mardi 29 juillet 2014

Le Ciel par Dwight L. Moody

“ La ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour l 'éclairer ; car la gloire de Dieu l'éclaire , et l'agneau est son flambeau. ” Apocalypse 21:23

    Je publie ce petit livre qui traite d'un sujet que j'affectionne d'une manière toute particulière, dans l'espérance qu'il contribuera à relever le courage et la foi de plusieurs. Je désire qu'il fortifie les faibles, qu'il console les affligés et qu'il encourage ceux qui ont l'esprit abattu à regarder avec plus de confiance vers cette incomparable cité, cette meilleure patrie, qui est la demeure du Rédempteur et de ses rachetés.
D. L. Moody.

Chapitre 1 - Le ciel notre espérance

Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre. ” 2 Timothée 3:16-17

Nous rendons grâces à Dieu qui est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ... à cause de l'espérance qui nous est réservée dans les cieux. 1 Corinthiens 1:3-5

“que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ !
Je rends à mon Dieu de continuelles actions de grâces à votre sujet, pour la grâce de Dieu qui vous a été accordée en Jésus -Christ. Car en lui vous avez été comblés de toutes les richesses qui concernent la parole et la connaissance , [...] ” » suite ”

    Bien des gens se figurent que tout ce qu'on peut dire du ciel n'est que pure spéculation. Ils en parlent comme s'il s'agissait des plaines éthérées. Cependant, si Dieu avait eu l'intention de laisser la race humaine dans l'ignorance sur ce sujet, il n'en aurait pas parlé aussi souvent dans sa Parole. Il nous est dit que "toute l’Écriture est divinement inspirée, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans 2 Timothée 3:16-17"

“Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre. [...] ” »

    Ce que la Bible nous dit sur le ciel est tout aussi vrai que les autres doctrines qu'elle enseigne ; elle est inspirée, et il est évident que tout ce que nous savons du paradis ne peut nous être révélé que par le moyen d'une inspiration divine. Dieu seul sait ce qui en est à cet égard, c'est pourquoi nous ne pouvons en rien connaître qu'en consultant sa Parole. Le Dr Hodge de Princeton dit que la meilleure preuve de la divine inspiration des Écritures se trouve dans les Écritures mêmes. Elles l'affirment de la même manière que le caractère du Christ y manifeste jusqu'à l'évidence la divinité de sa personne. Christ, par ce qu'il a fait, montre qu'il est plus qu'un homme; la Bible, par ce qu'elle dit, montre qu'elle est plus qu'un livre humain.
    Si nous croyons à sa divine inspiration, ce n'est pourtant pas qu'elle soit écrite avec plus de génie littéraire que les livres des meilleurs auteurs, ni que sa connaissance du coeur et ses paroles éloquentes soient au-dessus de celles des hommes; nos appréciations diffèrent quant à la limite que l'art peut atteindre. La raison pour laquelle nous croyons à l'inspiration de l’Écriture est si simple que le plus humble enfant de Dieu peut la comprendre; si notre motif ne se fondait que sur la sagesse qu'on trouve dans ce livre, les ignorants ne pourraient arriver à la foi. Mais nous croyons à sa divine origine, parce que nous ne trouvons rien en lui qui ne puisse venir de Dieu. Dieu est sage, et il est bon. Tout dans la Bible porte le sceau de la sagesse et de la bonté; si quelque chose en elle était opposé à la raison ou à notre sens moral, nous pourrions penser peut-être que ce livre est semblable à tous ceux que les  hommes ont écrits.
    Les écrits des hommes contiennent, comme leur vie, bien des absurdités et bien des choses mauvaises. La vie du Christ seule a été parfaitement pure, divine et humaine comme elle était. Aucun des livres qui prétendent à une divine origine, comme le Coran, par exemple, ne porte le cachet du bon sens, tandis que dans la Bible tout est conforme au bon sens. Ce qu'elle nous raconte d'un déluge qui a détruit le monde et de Noé sauvé seul avec sa famille, n'est pas plus étrange que l'enseignement donné dans nos écoles qui affirment que tout est sorti d'un globe de feu. N'est-il pas plus facile de croire que l'homme a été créé à l'image de Dieu, que d'ajouter foi à l'idée qu'on essaie d'inculquer dans l'esprit de notre jeunesse, que nous provenons d'un singe ?
    La Bible, comme toutes les œuvres merveilleuses de Dieu, porte l'empreinte visible de son auteur; elle lui ressemble. L'homme sème, et Dieu fait épanouir des fleurs parfaitement belles comme lui. La main de l'homme a écrit la Bible, mais la Bible est l’œuvre de Dieu. En général, les natures les plus cultivées sont celles qui aiment le plus les fleurs, et les meilleurs d'entre les hommes sont ceux qui aiment le plus la Bible. Le goût des fleurs élève le niveau moral, et l'amour pour la Bible rend meilleur. Tout ce que la Bible dit de Dieu, de l'homme, de la rédemption et de la vie future, s'accorde admirablement avec les idées que nous nous faisons de ce qui est juste, avec nos raisonnables appréhensions et avec notre expérience personnelle. Les événements historiques y sont racontés de manière à nous les montrer tels
qu'on avait l'habitude de les considérer au moment où ils furent écrits.
    Ce que la Bible nous dit du ciel n'est pas la moitié aussi étrange que les descriptions que fait M. Proctor des myriades d'étoiles qui ne peuvent être aperçues par aucun de nos télescopes. Pourtant, l'opinion générale est que la science ne repose que sur des faits, tandis que la religion n'est que le pur effet de notre imagination. Combien de personnes qui admettent sans hésiter que Jupiter et d'autres planètes sont habitées, ne peuvent se résoudre à croire qu'au delà de cette terre, les âmes peuvent avoir une vie immortelle. Le vrai chrétien place la foi avant la raison et pense que celle-ci se trompe toujours quand elle répudie la foi. Si les hommes consentaient seulement à étudier davantage ce que la Bible dit du ciel, ils ne seraient pas aussi attachés au monde; leur coeur s'affectionnerait aux choses invisibles et aux biens célestes et impérissables.
    Le péché existe sur la terre. Il est très naturel de supposer que Dieu ait voulu nous donner quelque aperçu de l'avenir. Nous perdons successivement nos amis et, quand ils sont morts, la première pensée qui nous vient est celle-ci : Où sont-ils allés? Nous nous demandons avec anxiété si nous pourrons les revoir, dans quel lieu et à quel moment? Alors nous prenons notre Bible, car nul autre livre dans le monde ne peut nous donner la moindre consolation à ce sujet, aucun ne peut nous dire où nos bien-aimés sont allés. Je rencontrai, il y a peu de temps, un de mes bons vieux amis. Je lui pris la main pour lui demander des  nouvelles de sa famille, et je vis aussitôt des larmes couler le long de ses joues.
- Je n'ai maintenant plus de famille! me dit-il.
- Quoi ! votre femme est morte ?
- Oui, monsieur.
- Et tous vos enfants aussi?
- Oui, tous partis! et je suis resté seul avec ma douleur.
    Qui voudrait enlever à cette homme l'espoir de rejoindre un jour ceux qu'il a tant aimés? Qui oserait lui persuader qu'il ne les reverra plus jamais? Non! il n'est nullement nécessaire d'oublier les êtres chers qui nous ont devancés; bien au contraire, nous pouvons saisir fermement l'espérance qu'un jour viendra où nous nous retrouverons, libres de toute chaîne et bienheureux dans les lieux célestes, où brille une éternelle lumière, et où les âmes s'abreuvent à cette source de l'amour suprême qui sort du trône de Dieu.
    Dans le fond de nos âmes, nous nous sommes tous demandé s'il y a une vie à venir :


Parle de lui, de réelle espérance,
Dis à mon cœur, dis s'il existe un lieu
Où le péché, la mort et la souffrance
Ne pourront plus me séparer de Dieu.
Existe-t-il une heureuse patrie,
Où des mortels pourront être reçus,
Où de ses maux l'âme sera guérie,
Où le repos attend les cœurs déçus?
Oui, c'est la foi, l'amour et l'espérance,
Ces biens si doux que Dieu nous a donnés,
Qui rompent seuls ce douloureux silence,
Pour dire : A toi les cieux sont destinés!

   Vous rencontrez des personnes qui prétendent qu'il n'y a point de ciel. Un homme me soutenait un jour que rien ne pouvait nous démontrer qu'il existait un autre paradis que celui que nous pouvons nous créer sur la terre. Si nous n'en avons pas un meilleur, il faut avouer que ce monde, si rempli de souffrances et de péchés, est un étrange ciel! Je plains du fond de mon cœur celui qui a une pareille idée.
    Ce monde, que quelques-uns prennent pour un ciel, est le lieu où le péché habite, où toutes les douleurs ont leur rendez-vous, où rien ne peut satisfaire les besoins de nos âmes. Les hommes le parcourent en tous sens, ils désirent même aller au delà; mais plus ils connaissent ce qui s'y passe, plus dégoûtés ils en sont. On est bientôt lassé des plaisirs les plus attrayants qu'il offre; il ressemble à une mer orageuse, a-ton dit, dont chaque vague porte les restes de ceux qui y ont péri. Toutes les fois que notre poitrine respire, quelqu'un sur la terre a cessé de vivre. Nous savons tous que notre existence ici-bas sera courte; elle n'est qu'une vapeur qui s'évanouit, une ombre qui passe.
    Quelqu'un a dit : « On se rencontre, on se salue, on passe son chemin et l'on disparaît. La vie n'a qu'un pouce de durée; puis les siècles reprennent leur cours. » Il est donc parfaitement raisonnable d'étudier notre Bible pour savoir où nous allons et où sont nos amis partis avant nous. La vie la plus longue comparée à l'éternité, n'est qu'une goutte dans l'océan des âges.
Les villes de l'antiquité.
    Que sont-elles devenues? Où est Babylone la grande? On dit qu'elle fut fondée par la reine Sémiramis qui, durant des années, employa deux millions d'hommes pour la bâtir.
    Il y a mille ans environ, un historien écrivait que les ruines du palais de Nébucadnetzar étaient encore debout, mais que nul n'osait s'en approcher à cause de la quantité de scorpions et de serpents qui y faisaient leur gîte. Il ne reste plus d'elle aujourd'hui aucun vestige. Ninive aussi a disparu. Ses tours et ses bastions se sont écroulés. Le voyageur ne trouve que peu de restes de Carthage. Corinthe, où florissaient, autrefois, les arts et tant de luxe, n'est plus qu'une masse informe. Éphèse, qui fut si longtemps la métropole de l'Asie, le Paris des temps modernes, dont les édifices étaient aussi élevés que le Capitole à Washington, ne ressemble plus guère qu'à un cimetière abandonné.
    La ville de Grenade, si élégante avec ses douze portes, ses tours et son palais de l'Alhambra, est maintenant toute délabrée. On vend comme des reliques, les petites pièces de monnaie des grandes villes d'Herculanum et de Pompéi. Jérusalem, qui fut la joie de toute la terre; n'est plus que l'ombre d'elle-même. Thèbes, qui, jusqu'à la venue du Christ, fut la plus grande et la plus riche cité du monde, n'est qu'un tas de décombres. Ce qui reste encore debout de l'ancienne Athènes et de tant d'autres orgueilleuses villes de l'antiquité, suffit à peine pour nous dire l'histoire de leur décadence. Dieu a fait passer sur elles sa charrue et les a bouleversées comme la surface d'un champ.

Esaïe 49:15-17
“Une femme oublie-t-elle l'enfant qu'elle allaite ? N'a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles? Quand elle l'oublierait , Moi je ne t'oublierai point. Voici, je t'ai gravée sur mes mains; Tes murs sont toujours devant mes yeux. Tes fils accourent ; Ceux qui t'avaient détruite et ravagée sortiront du milieu de toi.

    Voyez jusqu'à quel point est tombée Antioche Quand Paul y prêcha, c'était une superbe métropole traversée par une rue de cinq kilomètres, ornée de colonnades et de galeries couvertes. A chaque coin, on voyait les statues de ses grands hommes dont on ne parle plus; tandis que le pauvre artisan prédicateur qui a passé sous ses magnifiques portiques, est resté debout comme le plus grand personnage de l'histoire. L'art grec avait fourni aux autels des temples d'Antioche ses plus belles décorations; aujourd'hui encore, rien ne peut être comparé à ses bains et à ses aqueducs. Les hommes d'alors, comme nos contemporains, recherchaient la fortune, la renommée, et gravaient leurs noms et leur souvenir sur de l'argile périssable. Dans l'enceinte de ses murs, se trouvaient des collines de plus de sept cents pieds, des précipices rocheux et de profonds ravins, ce qui donnait à cette cité un caractère pittoresque et sauvage qui ne se rencontre dans aucune de nos villes modernes.
    Ces collines étaient admirablement fortifiées, ce qui leur dominait un aspect sévère et redoutable. L'immense population de cette brillante cité était adonnée au plaisir tout autant que le sont celles de nos capitales ; l'art de la savante Grèce se rencontrait là avec la légèreté et l'amour du luxe de la superstitieuse Asie. Les citoyens jouissaient des spectacles, des jeux, des courses et des danses; ils avaient leurs sorciers, leurs acrobates, leurs bouffons et leurs prestidigitateurs ; ils cherchaient tous ainsi à exciter et à satisfaire les désirs les plus corrompus de la nature humaine. C'est justement ce que font les masses populaires encore aujourd'hui dans nos grandes villes. Antioche était descendue plus bas qu'Athènes, car les passions les plus grossières étaient alimentées même par son culte idolâtre.
    C'est là que Paul vint prêcher la bonne nouvelle de l’Évangile, c'est là que les disciples furent pour la première fois appelés chrétiens; auparavant ils se nommaient saints ou frères. On dit que c'est d'Antioche que la source du christianisme a jailli comme un puissant fleuve qui a arrosé le monde.
    Astarté, la reine des cieux, adorée dans cette ville, Diane, Apollon, les pharisiens et les Saducéens ne sont plus; mais les chrétiens tant méprisés subsistent encore. Elle est tombée cette cité païenne qui n'a pas voulu s'attacher au christianisme et le retenir dans son sein!  
   Toutes les villes qui n'ont pas été placées sous son austère et pure influence d'une manière complète, n'ont pas eu de gloire durable; à la lumière des siècles, on les a vues s'éteindre peu à peu. Un petit nombre de nos villes d'Amérique ont à peine cent années d'existence, tandis qu'Antioche, qui a prospéré près d'un millier d'années est tombée.
Sur le point d'émigrer.
    Je ne crois pas que ce soit mal de penser au ciel ni d'en parler. Je suis bien aise de savoir où se trouve ce ciel et tout ce qui peut s'y rapporter, car j'espère l'habiter durant toute l'éternité. Si je devais faire ma résidence dans une ville étrangère, la première chose que je ferais, ce serait de m'informer de l'endroit où elle se trouve, de son climat, des personnes auprès desquelles je devrais vivre, en un mot, de tout ce qui la concerne. Si l'un d'entre nous était sur le point d'émigrer, ce serait justement là ce qu'il ferait.
    Or, nous allons tous partir pour un pays fort éloigné, nous devons passer l'éternité dans un autre monde, le monde grand et glorieux où Dieu règne. N'est-il pas dès lors urgent pour nous de faire tous nos efforts pour savoir par qui il est habité, et par quel chemin on y arrive ?
    Peu de temps après ma conversion, un incrédule me demanda pourquoi je levais les yeux en haut pendant que le priais; le ciel, pensait-il, est partout, pas mieux en haut qu'en bas. J'avoue que cette question me troubla profondément et que la première fois que je priai après cet entretien, il me semblait que mes paroles se perdaient dans les airs.
    Depuis lors, j'ai beaucoup mieux étudié ma Bible, et je suis arrivé à cette conviction que le ciel est au-dessus de nous et non pas en bas. L'Esprit de Dieu est partout, mais Dieu est dans le ciel; n'importe quel point du globe nous habitons, le ciel est toujours au-dessus de nos têtes.
    Dans Genèse 17, il est dit que Dieu s'éleva en quittant Abraham. Dans Jean 3, nous lisons que le Fils de l'homme est descendu du ciel, et dans les Actes, que Jésus fut élevé au ciel et qu'une nuée le déroba aux yeux des disciples. Le ciel est donc en haut. Le firmament lui-même, qui s'étend au-dessus de nos têtes, montre que le siège de la gloire de Dieu est au-dessus de nous. Job demandait que Dieu ne regardât pas d'en haut ;

Deutéronome 30:12
“Il n'est pas dans le ciel, pour que tu dises : Qui montera pour nous au ciel et nous l'ira chercher, qui nous le fera entendre , afin que nous le mettions en pratique ? ”
Psaumes 113:5
“Qui est semblable à l’Éternel, notre Dieu ? Il a sa demeure en haut ; ”

    Toute l’Écriture nous le représente comme se trouvant au-dessus du firmament. Le ciel étoilé est lui-même si vaste que celui où Dieu habite doit être un royaume d'une immense étendue; et pourquoi nous en étonner? Ce n'est pas à des êtres comme nous, dont la vue est bornée, à demander pour quel motif Dieu a fait le ciel tellement grand que les astres qui l'éclairent sont visibles de toutes les parties de notre petit globe !

Jérémie 51:15
“Il a crée la terre par sa puissance, Il a fondé le monde par sa sagesse, Il a étendu les cieux Par son intelligence. ”

    Nous savons pourtant bien peu de chose sur cette puissance, cette sagesse et cette intelligence !

Job 26:14
“Ce sont là les bords de ses voies, C'est le bruit léger qui nous en parvient ; Mais qui entendra le tonnerre de sa puissance ? ”
Esaïe 42:5
“Ainsi parle Dieu, l’Éternel, Qui a créé les cieux et qui les a déployés , Qui a étendu la terre et ses productions, Qui a donné la respiration à ceux qui la peuplent, Et le souffle à ceux qui y marchent . ”

    Ce n'est pas toujours par le moyen des grandes choses qu'on discerne la puissance de Dieu et que les messages célestes nous sont envoyés.

1 Rois 19:11-12
“ L’Éternel dit : Sors , et tiens -toi dans la montagne devant l’Éternel ! Et voici,  l’Éternel  passa. Et devant l’Éternel, il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers : l’Éternel n'était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre : l’Éternel n'était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu : l’Éternel n'était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger. [...] ” » 

    C'est encore par un son doux et subtil que Dieu parle à ses enfants. Il y a des gens qui cherchent à connaître à quelle distance exacte se trouve le ciel. Nous savons une chose, c'est qu'il n'est pas tellement éloigné que Dieu ne puisse de là entendre nos prières. Je ne crois pas que depuis la chute, une seule larme ait été versée sur un péché sans que le Seigneur en ait tenu compte. Notre Dieu n'est pas à une si grande distance de notre terre que nous ne puissions nous approcher de lui ; si, à cette heure, un soupir monte d'un cœur troublé, il entend ce soupir; si un cri sort d'un cœur brisé à cause de son péché, il entend ce cri. Il n'est pas loin de nous ! Son ciel n'est pas tellement élevé, que le plus petit enfant puisse en trouver le chemin inaccessible. Nous lisons:

2 Chroniques 7:14
“si mon peuple sur qui est invoqué mon nom s'humilie , prie , et cherche ma face, et s'il se détourne de ses mauvaises voies,-je l'exaucerai des cieux, je lui pardonnerai son péché, et je guérirai son pays. ”

    Lorsque j'étais à Dublin, on me parla d'un homme qui venait de perdre son petit garçon. Cet homme ne s'était jamais occupé jusque-là de la vie à venir, absorbé qu'il était dans les affaires de ce monde. Mais quand son unique enfant mourut, son cœur de père fut brisé... Chaque soir, en rentrant, il s'enfermait dans sa chambre pour chercher ardemment dans sa Bible tout ce qu'il pouvait y trouver sur le ciel. Il voulait savoir où son enfant était allé, disait-il. Je trouve que c'était là un homme plein de sens. Je pense qu'il n'existe pas une seule personne qui n'ait vu mourir quelque parent ou de chers amis. Fermerons-nous cette Bible aujourd'hui, ou bien la consulterons-nous pour apprendre où ils sont allés ?
    Je lisais dernièrement qu'un pasteur avait perdu l'un de ses enfants. Il avait accompagné bien des convois funèbres, il avait apporté à beaucoup d'affligés les consolations de l’Évangile  mais cette fois le fer avait pénétré dans sa propre âme... Un de ses collègues était venu officier à sa place au convoi funèbre. Quand il eut fini de parler, le père se leva et se tint debout auprès du cercueil. Il dit que lorsqu'il était arrivé dans cette Église quelques années auparavant, il regardait l'autre bord de la rivière sans prendre aucun intérêt aux personnes qui y habitaient, car elles n'appartenaient pas à sa paroisse et n'étaient que des étrangères pour lui. Quelque temps après, sa fille, s'étant mariée, alla demeurer au delà de la rivière. Dès ce moment, il s'était intéressé aux habitants de cette contrée, et il regardait chaque matin en se levant la maison de sa fille qui était sur l'autre bord.
    - Maintenant, ajouta-t-il, une autre enfant m'a été enlevée; elle a traversé une autre rivière, et le ciel me semble plus précieux et plus près de moi que jamais.
    Mes amis ! croyons ce que nous dit ce bon vieux livre ; soyons convaincus que le ciel n'est pas un mythe, et préparons-nous à aller y rejoindre les bien-aimés qui nous ont devancés. C'est ainsi seulement que nous pourrons obtenir la consolation que nous cherchons.

A la recherche d'une meilleure patrie.
    Quel a été et quel est encore l'un des plus ardents désirs du cœur de l'homme ? N'est-ce pas de trouver une place meilleure, un lieu plus agréable que celui où il vit ? Ce lieu il peut le rencontrer s'il le veut, en regardant, non en bas pour l'y chercher, mais en haut. A mesure que les hommes acquièrent plus de connaissances, ils rivalisent de luxe pour embellir de plus en plus leurs demeures; mais la plus élégante de ces demeures terrestres n'est qu'une grange vide en comparaison de celles qui nous sont réservées dans les cieux.
    Vers quoi tendent nos désirs quand notre vie arrive à son déclin? N'est-ce pas vers quelque doux abri bien tranquille, une maison où nous pourrons jouir, sinon d'un constant repos, du moins des avant-goûts du repos éternel? Qu'est-ce qui poussa Christophe Colomb à traverser les mers occidentales inexplorées sans savoir le sort qui l'attendait, si ce n'est l'espoir de découvrir un beau pays! Nos pères, chassés de leur terre natale par la persécution, osèrent affronter une côte sauvage hérissée de récifs, dans l'espoir de trouver au delà des terrains fertiles et une patrie libre où ils trouveraient le repos et adoreraient Dieu en paix.
    Le chrétien a une espérance à peu près semblable ; seulement, le ciel qu'il désire n'est pas pour lui un pays inexploré, ni qui possède rien de ce qui attire vers les choses de la terre. Peut-être la faiblesse seule de notre vue nous empêche-t-elle de voir les portes des cieux toutes grandes ouvertes, et celle de nos oreilles, d'entendre les joyeuses volées des cloches célestes? Que de sons autour de nous que nous ne pouvons saisir ! Que de brillants soleils semés dans l'espace que nous n'avons jamais vus ! Nous connaissons peu du ciel radieux, et cependant, de temps à autre, quelque rayon de sa gloire arrive jusqu'à nous.


Je ne vis pas dans ses airs balsamiques,
Je n'ai pas vu de ses fleurs les beautés,
Ni tressailli de ses divins cantiques
Sur ses bords enchantés.
De sa cité, les tours étincelantes
N'ont ébloui jamais mes faibles yeux.
Muet gardien de ses portes brillantes,
La mort ferme les cieux.
Mais des rayons inondent l'étendue
Quand le soleil disparaît vers le soir ;
La main de Dieu semble du ciel tendue
Pour nous le laisser voir.
Parfois aussi, pour notre âme ravie,
Les cieux dorés entrouvrent leurs trésors,
Et nous voyons de la douce patrie,
Un court instant les bords.

  Les voyageurs qui font des ascensions sur les Alpes, disent qu'ils peuvent apercevoir distinctement des villages très éloignés, et même compter les vitres des églises. La distance qui les sépare du lieu où ils se rendent, leur paraît raccourcie ; mais après des heures de marche, ils s'en trouvent encore fort loin. Cela tient à la pureté de l'atmosphère. Pourtant, à force de persévérance, le voyageur fatigué atteint le but et trouve enfin du repos. Parfois aussi, quand nous demeurons sur les sommets élevés de la grâce, le ciel nous semble très près de nous. Mais il est des heures dans notre vie où les brouillards et les nuages, qu'amassent autour de nos âmes le péché et la souffrance, le dérobent à notre vue. Cependant, il est tout aussi près alors, et nous sommes aussi sûrs d'y arriver, si toutefois nous ne quittons pas le sentier où
Christ a marché lui-même.
    Sur les rives de l'Adriatique, les femmes, qui ont vu partir leurs maris pour aller pêcher au loin sur les eaux profondes, ont l'habitude de se réunir le soir sur le rivage, pour chanter de leur voix la plus douce le premier verset de quelque beau cantique. Puis, elles prêtent l'oreille jusqu'à ce que, porté sur les ailes des vents au-dessus des flots, le second verset chanté par les braves pêcheurs leur arrive. Tous sont heureux alors... Peut-être qu'en écoutant mieux, nous pourrions saisir, nous aussi, au-dessus de la mer agitée de ce monde, quelques sons, quelque léger murmure lointain, qui nous dirait qu'un ciel existe, qu'une demeure céleste nous attend ! Et quand nous entonnons des hymnes sur les rives de cette terre, peut-être que nous pourrions entendre quelques doux échos venant des cieux dont les accords, en traversant les plages éthérées, viendraient réjouir les cœurs de ceux qui sont encore ici-bas étrangers et voyageurs!    Oui, nous avons besoin de regarder vers le ciel et par delà cette basse terre, afin de vivre
plus haut dans nos pensées et dans notre activité.
    Vous savez que, lorsqu'un homme se prépare à monter dans un ballon, il se munit de sable pour lui servir de lest. Quand il veut s'élever, il jette une partie du sable par-dessus bord ; il en jette encore lorsqu'il désire que son ballon monte plus haut ; plus il jette de sable, plus il monte. Ainsi, plus nous voulons nous approcher de Dieu, plus nous devons rejeter loin de nous les choses de ce monde.
   Laissons-les tomber ! Ne plaçons pas en elles les affections de nos cœurs  mais, comme dit le Maître, «amassons-nous des trésors dans les cieux. »
    On me parlait un jour d'une dame qui, depuis des années, était couchée sur un lit de douleur. C'était une de ces âmes sanctifiées que Dieu prépare pour son royaume céleste. Je crois qu'il y a dans ce monde un grand nombre de ces chrétiens dont nous n'entendons jamais parler, leurs noms ne sont point publiés, mais ils vivent très près du Seigneur et très près du ciel. Je suis convaincu qu'il faut une plus grande mesure de grâce pour se soumettre à la volonté de Dieu que pour l'accomplir ; si une personne, couchée sur un lit de maladie, souffre joyeusement, cela est tout aussi agréable à Dieu que si elle allait travailler dans son œuvre.
    Eh bien donc, cette dame était une de ces personnes excellentes. Elle racontait qu'elle avait souvent pris plaisir à observer un oiseau qui construisait son nid près de sa fenêtre. Une année, il le plaçait si bas, que la dame craignant que ses petits ne fussent exposés, ne cessait de lui dire - Petit oiseau, bâtis plus haut !
    Elle prévoyait pour le pauvre animal des chagrins et des désappointements.... Enfin, le nid terminé, l'oiseau y déposa ses œufs et les couva. Chaque matin la dame regardait le nid pour voir s'il était encore là ; elle prenait grand plaisir à observer la mère quand elle apportait la nourriture à ses petits.
    Mais un jour, elle ne vit plus que des plumes dispersées et se dit : « Ah ! le chat a dévoré la mère et la couvée ! »
   C'eût été un acte de bonté de détruire ce nid de bonne heure. C'est là ce que Dieu fait très souvent pour nous ; il arrache nos biens avant qu'il ne soit trop tard.... Il faut dire aux chrétiens de profession qu'ils seront désappointés s'ils construisent pour ce monde. Dieu leur dit : « Bâtissez plus haut ! » Il vaut mieux vivre avec Christ en Dieu, que nulle part ailleurs. Je préférerais vivre ainsi avec Christ en Dieu que d'être en Éden comme Adam. Adam aurait pu subsister dans le paradis des milliers d'années et tomber ensuite ; mais si notre vie est cachée avec Christ, quelle parfaite sécurité pour nous !


Je veux savoir.
Depuis le jour où tu quittas la terre,
J'ignore si, par delà du tombeau,
Les anges saints tout brillants de lumière,
T'ont accueilli dans un monde plus beau .
Je veux savoir de quelles joies sublimes
Tu dois jouir auprès de ton Sauveur,
Car entre nous s'étendent des abîmes;
Ah! parle-moi de ton divin bonheur!
As-tu grandi sous les rayons célestes
Jusqu'à nous prendre en profonde pitié?
Sont-ils si beaux les parvis où tu restes
Que notre amour, tu l'aurais oublié?
As-tu trouvé nos amis dans ta gloire
Pour leur parler des peines du passé,
Et rappeler, sans doute, à leur mémoire
Mon grand chagrin quand ils m'ont tous laissé?
As-tu compris l'insondable problème
Que nos esprits voudraient chercher encor?
Et portes-tu le divin diadème,
La blanche robe et la couronne d'or?
Ne peux-tu donc, en soulevant les voiles,
Nous révéler les délices des cieux?
Nous envoyer d'au delà des étoiles,
Un mot d'amour qui nous rendrait joyeux?
Mais Dieu défend que mon cœur te questionne !
Il me suffit de savoir par la foi
Qu'au ciel Jésus me garde une couronne,
Qu'auprès de lui tu vivras avec moi.

Chapitre 2 - Le ciel et ses habitants

“Aucun habitant ne dit : Je suis malade ! Le peuple de Jérusalem reçoit le pardon de ses iniquités. ” Esaïe 33:24

    Ceux qui vivront dans le ciel formeront une société choisie ; l’Écriture ne laisse aucun doute à cet égard. Ce monde a plusieurs genres d'aristocraties, mais là-haut il n'y aura que celle de la sainteté. Le plus humble sur la terre sera le plus élevé dans le paradis : « Ainsi parle le Très-Haut, dont la demeure est éternelle et dont le nom est saint : J'habite dans les lieux élevés et dans la sainteté, mais je suis avec l'homme contrit et humilié. » Impossible de s'exprimer plus clairement ! Quiconque n'a pas un cœur contrit et humble, n'habitera jamais dans le lieu saint et élevé où Dieu demeure.
   Ce qui doit rendre aux chrétiens le ciel désirable , c'est de savoir qu'ils y trouveront le Seigneur ainsi que tous leurs bien-aimés. Qu'est-ce qui rend la maison paternelle si attrayante? Est-ce parce qu'elle est belle? parce qu'elle est entourée de fraîches pelouses ou de beaux arbres ? parce qu'elle est ornée de superbes tableaux et meublée avec luxe ? Non ! ce qui la rend chère, c'est que nos bien-aimés y habitent.
    Je me souviens, après une absence, d'être revenu chez moi pour voir ma vénérée mère. Je voulais lui faire une surprise et je me glissai furtivement dans la maison à son insu. Je parcourus toutes les chambres, mais je ne trouvai pas ma bien-aimée mère : Où est-elle? demandai-je à l'un des membres de la famille. On me répondit qu'elle était partie et, dès ce moment, ma vieille demeure n'eut plus de charme pour moi. C'était la présence de cette mère qui me la rendait si agréable ; c'est la présence de ceux que nous aimons qui embellit notre intérieur ; elle embellira aussi pour nous le ciel. Christ est dans le ciel, le Père y est aussi ; un grand, grand nombre de ceux qui nous ont été chers ici-bas y sont, et bientôt nous y serons avec eux.

Nous voyons dans Matthieu que les anges s'y trouvent : Matthieu 18:10

“Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits; car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux. ”

   Nous serons en bonne compagnie là-haut, non seulement avec ceux qui ont été rachetés, mais aussi avec ceux qui n'ont jamais été perdus, qui n'ont jamais connu le péché, qui ne savent ce qu'est la désobéissance et qui ont obéi depuis le jour de la création.
    Dans Luc 1, nous lisons que Zacharie mit en doute la parole de l'ange Gabriel, descendu du ciel tout exprès pour lui dire que le précurseur du Messie naîtrait de lui. Alors l'ange répondit à ce doute par cette déclaration : « Je suis Gabriel qui me tiens en la présence de Dieu ! » C'est glorieux de pouvoir affirmer cela !
   On a dit que trois choses nous surprendraient à notre entrée dans le ciel: d'abord d'y rencontrer bien des gens que nous ne nous attendions nullement à trouver là; en second lieu, de ne pas en voir d'autres que nous pensions y trouver ; et enfin, ce qui nous étonnera le plus, de nous y trouver nous-même.
   Une pauvre femme disait un jour à Rowland Hill que le chemin qui conduit au ciel était court, simple et facile. Trois pas seulement : sortir de soi, être en Christ, entrer dans la gloire. Mais la route est plus courte encore : sortir de soi et être en Christ, c'est vivre déjà là-haut. De même qu'un homme mort ne pourrait hériter d'une propriété, aussi une âme morte ne saurait hériter du ciel ; il faut donc que nos âmes soient tout d'abord ressuscitées avec Christ.
   Quant aux chrétiens que nous espérons rencontrer dans les cieux, nous voyons, d'après l’Écriture, qu'ils seront de goûts et de caractères divers. Il n'y a pas là-haut une seule demeure, mais plusieurs demeures ; pas une seule porte, mais plusieurs : trois au nord, trois à l'est, trois à l'ouest et trois au midi. Les pèlerins lassés y entreront revenant de diverses écoles théologiques, ayant appartenu à des Églises opposées, à des positions sociales différentes, ayant des caractères dissemblables, des manières diverses d'exprimer leur foi et leurs espérances, et convertis par des moyens variés, par différents textes des Écritures. Ils se rencontreront tous ensemble , « non sans surprise, » sur les bords du fleuve de vie. Sur les rives de ce fleuve; ils trouveront un arbre portant douze fruits, non pas continuellement des fruits de même espèce, mais douze espèces de fruits appropriés aux- besoins de chacun; il y en aura pour ceux qui ont souffert avec patience, pour ceux qui ont activement travaillé, pour les esprits raisonneurs humbles et sanctifiés, pour ceux des justes arrivés enfin à la perfection. Les feuilles de cet arbre ne seront pas pour la guérison d'une seule Église et d'un seul peuple, mais de toutes les nations et pour ceux-là mêmes qui, parmi ces nations, ont le moins entendu parler du Seigneur, mais dont les cœurs affamés et altérés de justice, auront besoin d'être rassasiés.
   Un de nos éminents théologiens contemporains raconte ce fait : « Lorsque j'étais un jeune garçon, je me représentais le ciel sous la forme d'une cité brillante entourée de murs, avec des dômes et des clochers, et qui n'avait pour habitants que des anges vêtus de blanc, de vrais étrangers pour moi. A cette époque je perdis un petit frère et, dès lors, je me figurais que le ciel était toujours la même grande ville avec des murs, des dômes et des clochers , où habitaient une multitude d'anges inconnus avec le cher petit camarade que je connaissais si bien.
  Puis, un autre de mes frères mourut; puis des amis dont le nombre s'accrut considérablement dans le ciel. Mais ce ne fut que lorsque j'eus envoyé un de mes propres enfants à Dieu, son Père céleste, que je compris un peu mieux ce qu'était ce séjour béni. Un second partit, ensuite un troisième, puis un quatrième et, dès lors, j'eus tant d'êtres chers là-haut , que je ne pensai plus aux murs, aux dômes ni aux clochers, mais à ceux qui habitaient la cité céleste. Et maintenant, un si grand nombre de mes bien-aimés y sont montés, qu'il me semble parfois que j'en ai plus là-haut que sur la terre. »

Notre vie sera éternelle. Nous trouvons cette parole dans Luc : Luc 12:26

“Si donc vous ne pouvez pas même la moindre chose, pourquoi vous inquiétez-vous du reste ? ”

  Je ne puis penser, avec certaines personnes, que l'âme de saint Paul dort encore dans la tombe après dix-huit siècles. L'apôtre qui a tant aimé le Seigneur, dont le cœur a brûlé d'un zèle si ardent, ne peut être séparé de lui depuis lors et dans un état inconscient.

Jean 17:24 “Père, je veux que là où je suis ceux que tu m'as donnés soient aussi avec moi, afin qu'ils voient ma gloire, la gloire que tu m'as donnée , parce que tu m'as aimé avant la fondation du monde. ”

   Telle est la prière de Christ. Quand un homme croit en Jésus, il obtient une vie éternelle. Bien des gens sont dans l'erreur sur ce point : « Celui qui croit au Fils, a, - il a - la vie éternelle. » Il n'est pas dit qu'il l'aura quand il mourra; le verbe est au présent, ce qui m'assure que, si je crois, j'ai dès maintenant la vie éternelle. Elle est le « don de Dieu, » cela suffit! Vous ne pouvez enterrer ce don de Dieu, vous ne pouvez ensevelir la vie éternelle. Tous les fossoyeurs du monde ne pourraient creuser un sépulcre assez large et assez profond pour contenir la vie éternelle. Tous les faiseurs de cercueils ne pourraient fabriquer un cercueil assez large et assez profond pour renfermer la vie éternelle; elle est à moi! elle est à moi !
   Lorsque Paul parlait d'être « absent du corps et présent avec le Seigneur, » il savait ce qu'il disait; il savait qu'il n'allait pas être séparé de Jésus pendant dix-huit cents ans; il savait que l'Esprit lui avait communiqué le jour de sa conversion une vie nouvelle, une nouvelle nature, que le sépulcre ne pourrait contenir et qui devait s'envoler vers son Créateur. Il se peut bien qu'il ne soit pas pleinement satisfait et qu'il ne puisse l'être jusqu'à la résurrection des corps, car Esaïe dit du Christ :

Esaïe 53:11 “A cause du travail de son âme, il rassasiera ses regards ; Par sa connaissance mon serviteur juste justifiera beaucoup d'hommes, Et il se chargera de leurs iniquités . ”

   C'est ici seulement une question de temps. La grande aurore luira bientôt sur notre monde. Les morts se relèveront, et entendront la voix de Celui qui est lui-même la résurrection et la vie. 


Paul dit aussi : « Nous savons que si cette tente où nous habitons sur la terre est détruite, nous avons dans le ciel un édifice qui est l'ouvrage de Dieu, une demeure éternelle qui n'a pas été faite de main d'homme. 2 Corinthiens 5:1

“Nous savons , en effet, que, si cette tente où nous habitons sur la terre est détruite , nous avons dans le ciel un édifice qui est l'ouvrage de Dieu, une demeure éternelle qui n'a pas été faite de main d'homme. ”  2 Corinthiens 5:1

   Il pouvait se dépouiller de sa tente d'argile et l'abandonner, car une meilleure demeure l'attendait. Il a dit encore :

Philippiens 1:23-24 “ Je suis pressé des deux côtés : j'ai le désir de m'en aller et d'être avec Christ, ce qui de beaucoup est le meilleur; mais à cause de vous il est plus nécessaire que je demeure dans la chair. [...] ” » suite ”

   Cette pensée que la mort ne nous sépare pas du Seigneur, est douce pour moi. Un très grand nombre de personnes sont encore les esclaves de la crainte de la mort; mais la mort ne peut m'enlever la vie éternelle si je la possède! Elle peut toucher à la maison dans laquelle je vis, elle peut changer ma forme extérieure et envoyer mon corps dans la tombe; mais elle ne saurait atteindre la vie nouvelle que j'ai reçue de Dieu.
    Je suis attristé par la pensée que tant de chrétiens de profession envisagent la mort comme ils le font. Je reçus, il y a quelque temps, d'un ami de Londres, une lettre que je voudrais montrer à bien des gens pour les engager à considérer la mort comme mon ami le faisait. Il avait perdu une mère bien-aimée. Il est d'usage en Angleterre d'envoyer des cartes en mémoire de ceux qui viennent de quitter ce monde; elles sont bordées de noir, quelquefois d'une bordure d'un quart de pouce. Mon ami avait mis, à celles qu'il envoya une bordure dorée sans aucune trace de deuil. Sa mère était allée dans la cité d'or, c'est pourquoi il avait orné ses cartes d'un filet d'or, ce qui valait bien mieux que du noir. Lorsque nos amis partent pour la gloire, je crois que nous devrions entourer les lettres de faire-part d'une bordure d'or au lien de les assombrir. Ce qu'ils ont trouvé, ce n'est point la mort mais la vie. 
    Quelqu'un disait à un mourant :
- Eh bien ! vous êtes encore sur la terre des vivants ?
- Non, répondit-il. Je suis encore dans le pays des mourants, mais je m'achemine vers celui des vivants.
    Là, tous vivent et ne meurent plus Ici-bas, c'est un monde de péché, de mort et de larmes ; là-haut nul ne peut plus mourir. C'est une vie éternelle, une joie qui n'a point de fin... « C'est glorieux de mourir! » disait Hannah More sur son lit de maladie; cependant sa vie avait été embellie par des amitiés de choix et l'âge n'avait pas affaibli sa mémoire au point de lui faire oublier les petits hameaux semés sur les falaises de sa terre natale, ni les écoles missionnaires qu'elle avait fondées avec persévérance et où elle allait être si vivement regrettée.
    Nous nous reconnaîtrons. Bien des personnes se demandent si elles reconnaîtront leurs amis dans le ciel :

Matthieu 8:11 “Or, je vous déclare que plusieurs viendront de l'orient et de l'occident, et seront à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux. ”

  Nous voyons ici qu'Abraham, Isaac et Jacob qui vivaient tant de siècles avant Jésus-Christ, avaient conservé leur complète identité; ils étaient connus par leurs noms. Et dans cette magnifique scène de la transfiguration. Moïse, qui avait vécu quinze cents ans auparavant, s'y trouvait. Pierre, Jacques et Jean le virent, lui Moïse, qui n'avait point perdu son nom. De celui qui vaincra Jésus a dit : « Je n'effacerai pas son nom du livre de vie. » Nos noms sont donc écrits dans les cieux; nous les porterons là-haut et on les y connaîtra.

Psaumes 17:15 “Pour moi, dans mon innocence, je verrai ta face; Dès le réveil , je me rassasierai de ton image. ”

   Cela nous suffit! Ici-bas, le mot besoin est écrit sur tout coeur d'homme, mais là-haut tous nos besoins sont satisfaits. Parcourez le monde d'un bout à l'autre, et vous ne trouverez pas un seul homme ni une seule femme parfaitement satisfait; mais au ciel, nous n'aurons plus besoin de rien. l'apôtre dit aux chrétiens :

1 Jean 3:2-3  “Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n'a pas encore été manifesté ; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté , nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est . Quiconque a cette espérance en lui se purifie , comme lui-même est pur. [...] ” » suite ”

   Néanmoins, il paraît probable, - je crois voir cela enseigné clairement dans les Écritures, qu'un grand nombre de chrétiens peu sanctifiés entreront pourtant dans le ciel ; ils y entreront comme Lot s'enfuit de Sodome, sauvés à travers le feu, tout juste et à grand-peine, sans couronne de gloire ni de joie. Mais tout le monde n'y entrera pas facilement, des multitudes en seront bannies. Vous savez que bien des gens disent qu'ils iront au ciel, convertis ou non ; qu'ils sont sur le chemin, qu'ils y vont pour sûr et que tout le monde y va, bons, mauvais et indifférents. D'après eux, tous entreront dans le royaume des cieux sans distinction ; en un mot, s'il m'est permis de parler clairement, en ceci ils donnent un démenti à Dieu.
   « Nous croyons en la miséricorde de Dieu! » disent-ils. Et moi aussi, j'y crois! mais je crois aussi en sa justice. Le ciel serait pire que la terre si des créatures irrégénérées pouvaient en franchir les portes. Si un homme pouvait vivre dans le péché éternellement dans ce glorieux monde, que deviendrait ce monde-là ? ne ressemblerait-il pas à l'enfer lui-même ? Prenez dans l'histoire de notre pays des hommes qui y aient vécu, et supposez qu'ils n'aient pu mourir jusqu'à présent tout en persévérant dans le péché et la révolte. Pouvez vous, penser que Dieu soit disposé à recevoir ces hommes-là, qui ont rejeté son Fils, rejeté ses offres de miséricorde et de salut, et foulé sous leurs pieds ses commandements et ses lois
Pourra-t-il les faire entrer tout droit dans son ciel et les y laisser vivre à toujours? Nullement! Point d'ivrognes dans le ciel.

1 Corinthiens 6:10 “ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les outrageux, ni les ravisseurs, n'hériteront le royaume de Dieu. ”

   « Aucun ivrogne n'héritera le royaume de Dieu. » Que les mères dont les fils commencent à mener une vie dissipée, n'aient de repos, ni nuit, ni jour jusqu'à ce que leurs enfants soient convertis par la puissance de la grâce, parce qu'aucun ivrogne ne peut hériter le royaume des cieux. Un grand nombre de buveurs modérés deviendront de vrais ivrognes, car nul n'arrive jusqu'à ce point tout d'un coup. Ah ! comme le diable les aveugle ces buveurs modérés! Je ne connais aucun péché plus tyrannique que celui de l'intempérance. Il lie un homme pieds et mains avant qu'il s'en doute.
   Je lisais dernièrement un fait à propos des adorateurs de serpents dans l'Inde. C'est horrible Une mère vit entrer un serpent dans sa maison ; le reptile s'enroula autour de son petit enfant âgé de six mois, mais elle pensait que cet animal était un objet trop sacré pour qu'elle dût le toucher. Elle le vit tuer son bébé; elle entend les pitoyables cris de celui-ci sans oser le défendre.... Mon âme se révoltait en lisant ce récit ! Je ne sais pourtant si nous n'avons pas, dans nos pays mêmes, des influences aussi pernicieuses que les reptiles de l'Inde. Elles pénètrent dans les familles chrétiennes, s'enroulent autour des fils et les enlacent pieds et mains, tandis que les pères et les mères ferment les yeux devant un pareil danger. Oh que le Saint-Esprit nous réveille : « Aucun ivrogne n'héritera le royaume de Dieu, ni aucun débitant de liqueurs, souvenez-vous-en! « Malheur à celui qui fait boire son prochain!» Je plains tout chrétien de profession qui loue sa maison pour un débit de liqueurs ; je le plains du plus profond de mon âme ! S'il veut hériter un jour le royaume de Dieu, qu'il renonce à ce gain-là. Si vous ne pouvez louer pour un meilleur usage, il vaut mieux laisser votre maison inoccupée. L'idée que tout va bien et que tout le monde ira au ciel, qu'on se repente ou non, n'est enseignée nulle part dans l’Écriture.
   Il n'y aura pas de « ravisseurs » dans le royaume de Dieu, aucun de ceux qui profitent du malheur de leurs frères en détresse, quand la maladie fond sur leurs familles, pour s'emparer de leurs propriétés en faisant des saisies contre eux par un homme qui leur mettra la main sur la gorge afin d'obtenir un intérêt aussi élevé que possible ; celui-là est un ravisseur qui n'héritera pas le royaume des cieux. Je plains celui qui gagne de l'argent d'une manière déshonnête. Voyez comme il a de la peine à le conserver! Sa fortune se dissipera, soyez-en sûr ! Il ne pourra la garder, ni ses enfants non plus, vous pouvez observer ce fait partout. Un homme qui gagne un écu injustement fera mieux de le restituer tout de suite, sans quoi cet argent le brûlera dans sa poche.
    Plusieurs n'entreront pas. Nous lisons que Noé fut sauvé comme à travers le déluge, parce qu'il était alors le seul homme qui fût juste. Mais, d'après une certaine théorie, Dieu prit le reste des habitants de la terre, méchants et souillés comme ils l'étaient, - trop mauvais pour vivre, - et les jeta dans son ciel en ne laissant passer que Noé par l'épreuve de l'inondation générale. Ainsi : ivrognes, voleurs, vagabonds, tous s'en allèrent dans ce paradis. Quand on adopte une pareille idée, on peut se mettre à prêcher et dire : « Jurez tant que vous le  voudrez, tuez tant qu'il vous plaira, tout finira bien pour vous. Dieu vous pardonnera ! Dieu est si miséricordieux!»
  Supposez que le chef d'un État accorde une grâce absolue à tous les prisonniers condamnés par les tribunaux et renfermés dans les cachots ou les maisons centrales. Il leur donne la liberté parce qu'il a le cœur trop compatissant pour les punir. Je crois qu'après cela il ne restera par bien longtemps gouverneur ! Ceux-là mêmes qui pensent que par bonté Dieu va épargner tous les hommes et les recevoir dans le ciel sans distinction, seraient les premiers à déclarer que ce gouverneur mérite d'être mis en accusation et révoqué.
   L’Écriture affirme qu'une certaine classe de personnes n'hériteront pas le royaume des cieux. Je ne veux plus vous citer que l’Écriture ; il vaut mieux, dans un cas semblable, la laisser parler elle seule ; si vous n'êtes pas de son avis, c'est avec elle que vous discuterez et non plus avec moi. Qu'on ne m'accuse donc pas d'avoir dit : « Un tel ira au ciel et un tel autre n'ira pas : » Je laisse parler la Bible; elle a dit: 

« Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront pas le royaume de Dieu? 1Corinthiens 6:9
“ Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront point le royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les infâmes, ”

Esaïe 55:7 “Que le méchant abandonne sa voie, Et l'homme d'iniquité ses pensées; Qu'il retourne à l’Éternel, qui aura pitié de lui, A notre Dieu, qui ne se lasse pas de pardonner . ”

   Cependant, si l'injuste dit : « Je ne me détournerai point du péché, je persisterai dans mon iniquité et, malgré cela, j'irai au ciel ! il se trompe. »

   Celui qui me dérobe mon porte-monnaie, perd bien plus que moi. Que gagne-t-il ? quelques sous c'est peu. Mais voyez tout ce qu'il perd ! Il perd le ciel. Pensez à ceci : « Aucun voleur n'héritera le royaume de Dieu. » Je voudrais dire à tous ceux qui dérobent le bien d'autrui : « Ne faites plus cela ! » Que chacun demande à Dieu de lui pardonner, que chacun se repente et se retourne vers Celui qu'il a offensé. La vie éternelle vaut mieux que le monde tout entier.
   Quand bien même vous pourriez voler le monde tout entier, vous ne gagneriez pas grand-chose, après tout! Le monde tout entier ne sera pas d'une grande ressource pour vous, si vous n'avez pas la vie éternelle et le bonheur du ciel.


Est-ce mourir?
Est-ce mourir que de fermer des yeux,
Souvent, hélas! voilés par tant de larmes !
Est-ce mourir que s'éveiller aux cieux,
Dans le repos, à l'abri des alarmes?
Est-ce mourir que d'entendre la voix
Du messager qui vient briser mes chaînes
Et libre enfin de déposer ma croix
Pour m'élancer jusqu'aux célestes plaines?
Est-ce mourir que de laisser tomber
Ce faible corps, ce lambeau de poussière ?
Et dans l'azur, vers les cieux remonter,
Pour revêtir un manteau de lumière?
Ouvrez-vous, cieux! Christ est mon Rédempteur,
Et recevez pour toujours ma pauvre âme!
Elle pourra fixer votre splendeur,
Et désormais briller comme une flamme.
Ouvre tes bras! car pour l'éternité,
Ô mon Sauveur! à l'abri sous ton aile,
Je veux jouir de ta félicité,
Et recevoir la couronne immortelle.
Ouvrez vos rangs, phalanges des élus!
Je viens m'asseoir au banquet de la gloire,
Dans les parvis où l'on ne pleure plus,
Où de Jésus l'on chante la victoire


Chapitre 3 - Le ciel et sa félicité

1 Corinthiens 3:24 Ce sont des choses que l’œil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues, et qui ne sont point montées au coeur de l'homme ; des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment.

Esaïe 44:4 “Ils pousseront comme au milieu de l'herbe, Comme les saules près des courants d'eau . ”

1 Corinthiens 11:9  “et l'homme n'a pas été créé à cause de la femme, mais la femme a été créée à cause de l'homme. ”

   S'il existe un nom, qui mieux que tout autre, puisse ouvrir toutes grandes les portes éternelles, c'est certainement celui de Jésus. Ici-bas il ne manque pas de mots d'ordre et de convention, mais ce nom sera pour nous l'unique consigne pour pénétrer dans le ciel. Jésus en est lui-même la porte. Quiconque cherche à y entrer par un autre endroit, est un larron et un voleur. Mais nous éprouverons en y entrant une joie qui surpassera toutes nos autres joies, ce sera celle de voir Jésus lui-même et d'être constamment auprès de lui.
    Esaïe donne à ceux qui sont sauvés par la foi cette promesse divine :

Esaïe 33:17 “Tes yeux verront le roi dans sa magnificence, Ils contempleront le pays dans toute son étendue. ”

   Nous ne pouvons pas tous faire le tour du monde, ni même peut-être voir une contrée étrangère; mais tous les chrétiens verront cette terre éloignée, la véritable terre promise. John Milton dit des bienheureux qui y sont déjà, qu'ils marchent avec Dieu sur les plus hautes cimes du salut et de la félicité.
   C'est une atmosphère bénie que celle du ciel. Ici-bas, on s'agite pour aller trouver des climats tempérés où l'on ne rencontrera ni peine ni douleur. Eh bien ! dans la sereine atmosphère du paradis, ni peine ni douleur ne sauraient exister ; elles ne peuvent y entrer ; nous les laisserons derrière nous, et nous jouirons là-haut d'une santé éternelle inconnue sur cette terre.
   Mais vous savez que nos faibles yeux ne pourraient contempler la gloire de notre céleste Roi dans les cieux : 

« Christ est le bienheureux et seul souverain, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, qui seul possède l'immortalité, qui habite une lumière inaccessible que nul homme n'a vue ni ne peut voir, à qui appartiennent l'honneur et la puissance éternelles. » 

    Nos regards éblouis seraient incapables de soutenir la vue d'une telle gloire pendant que nous sommes encore sur la terre. Le prophète Ézéchiel eut une vision des choses célestes :

Ézéchiel 1:28
“Tel l'aspect de l'arc qui est dans la nue en un jour de pluie, ainsi était l'aspect de cette lumière éclatante, qui l'entourait : c'était une image de la gloire de l’Éternel  A cette vue , je tombai sur ma face, et j'entendis la voix de quelqu'un qui parlait . ”

   Ici-bas bien des choses nous éblouissent; aucun de nous ne peut regarder le soleil en face. Mais, lorsque ce qui est corruptible aura revêtu l'incorruptibilité, ainsi que le dit Paul, nos facultés auront acquis une plus grande puissance, et nous pourrons contempler Christ dans sa gloire.
    Nous le verrons tel qu'il est quand le soleil sera obscurci et que la lune ne donnera plus sa lumière. C'est là ce qui fera du ciel un séjour de pure félicité; mais nous savons tous qu'une telle félicité ne se trouve point sur cette terre. La raison, la Bible et une expérience de six mille années, tout nous l'assure; aucune créature ne peut nous procurer le bonheur.   
    L'accomplissement du devoir ne le donne même pas entièrement, car le péché étant dans ce monde, les meilleurs des hommes ne peuvent y vivre parfaitement heureux. Pour être heureux, ils doivent attendre d'être dans le ciel ; parfois il peut leur sembler que ce ciel est si près d'eux, qu'ils peuvent déjà en apercevoir quelque signe avant-coureur, comme lorsque Colomb vit de magnifiques oiseaux voltiger autour des mâts de son navire, avant même d'avoir pu discerner les rivages de l'Amérique.
    Toutes les joies que nous goûterons dans les cieux n'auront d'autre source que la présence de Dieu ; c'est l'idée dominante qui traverse les Écritures. La vie éternelle sans cette présence serait semblable à la vie terrestre sans la santé. C'est cette présence qui sera la lumière et la vie même des rachetés. On a dit que ce mot pourrait se traduire ainsi : « Une vue qui rend heureux. » Cette vue nous remplira d'une joie pareille à celle que cause le retour vers sa mère d'un fils depuis longtemps perdu, ou le premier aperçu de notre demeure après un long temps d'absence. Plusieurs savent combien un rayon de soleil par une journée sombre, ou le visage bienveillant d'un ami au jour de l'épreuve, peut relever notre courage. Eh bien! notre bonheur sera encore mille fois plus grand, car nous verrons le Seigneur face à face et c'est ce qui nous le fera aimer d'autant plus.
   Nous l'aimons ici-bas à proportion de la connaissance que nous avons de lui; aussi, plusieurs auraient pour lui une bien plus grande affection s'ils le connaissaient plus intimement. Puisque déjà, sur cette terre, nous éprouvons tant de joie en pensant aux perfections de Christ, que sera-ce quand nous le verrons tel qu'il est!
    Nous serons semblables à Christ. On demandait à un chrétien ce qu'il pensait faire à son arrivée dans le ciel. Il répondit qu'il passerait les mille premières années à contempler son Sauveur et, qu'après cela, il chercherait à voir Pierre, puis Jacques, puis Jean, et emploierait joyeusement tout son temps à regarder ces grands personnages. Mais il me semble qu'un regard sur Jésus sera pour nous un dédommagement suffisant pour tous les sacrifices que nous aurons pu faire pour lui ; il nous suffira de le voir. Nous lui deviendrons semblables dès que nous le verrons, parce que nous serons remplis de son Esprit. Jésus, le Sauveur du monde, sera là dans le paradis, et nous le contemplerons face à face.
    Les portes de perles, les murs de jaspe et les rues pavées d'or transparent comme du cristal, ne constitueront pas pour nous le ciel. Toutes ces glorieuses choses ne sauraient nous satisfaire, elles seules ne nous feraient pas désirer y vivre éternellement. Une petite fille, qui avait sa mère très malade, fut emmenée par une voisine qui la prit en attendant que la mère se trouvât mieux. La maladie empira et la mère mourut. Les voisins ne voulurent rien dire d'abord à l'enfant, et ne la reconduisirent chez elle qu'après l'enterrement. La petite fille alla dans un salon, puis dans l'autre en répétant : « Où est maman? » Elle parcourut ainsi toute la maison sans la trouver. Et lorsqu'on lui eut dit qu'elle était morte, la pauvre enfant voulut retourner chez la voisine, car sa propre demeure n'avait plus aucun attrait pour elle. Ni les murs de jaspe, ni les portes de perles ne rendront pour nous le ciel attrayant, mais ce sera la présence du Rédempteur et le bonheur d'être pour jamais avec lui.
    Il fut un temps où je pensais davantage à Jésus-Christ qu'à Dieu le Père. Christ me semblait plus rapproché de mon âme, parce qu'il était devenu le Médiateur entre le Père et moi. Mon imagination reléguait Dieu bien loin sur un trône, le considérant comme un Juge sévère, tandis que Jésus étant intervenu comme Médiateur entre nous, je le voyais beaucoup plus près de moi. Je changeai de manière de voir lorsque j'eus un fils. Pendant dix ans je n'eus que ce fils et, quand je le voyais grandir, la pensée me vint que Dieu nous avait montré un plus grand amour en donnant son Fils que le Fils en mourant pour nous. Je sentis qu'il me serait plus facile de partir pour être mis à mort moi-même, que de voir mon unique enfant, le fils de mes entrailles, livré pour être crucifié. Voyez donc quel amour Dieu a eu pour un monde coupable puisqu'il lui a donné Jésus-Christ
    Lisez au chapitre VII des Actes. Vous verrez qu'avant d'être lapidé, Étienne leva les yeux; alors, Dieu souleva le voile, et lui permit de jeter un regard dans la cité céleste pour y contempler Christ debout à la droite du Père. Quand le Sauveur, au jour où son œuvre fut accomplie, fit son ascension en emmenant en haut des captifs, il s'assit sur son trône, nous est-il dit. Mais comme Étienne le vit debout, je me représente Jésus se levant pour souhaiter la bienvenue au premier des martyrs qui luttait seul et désarmé.
    Déjà vous auriez pu entendre les pas fermes des millions qui ont marché sur ses traces en donnant leur vie pour le Fils de Dieu. Étienne formait l'avant-garde. Comme il mourait, il regarda vers le ciel; son Sauveur alors se leva pour l'accueillir, et le Saint-Esprit fut envoyé pour témoigner que Christ était bien là-haut. Comment pourrions-nous en douter maintenant ?
    Un mendiant n'a pas de plaisir à contempler un palais; la beauté de son architecture ne lui dit rien. Un homme affamé ne sera pas rassasié en assistant à un banquet royal. Mais voir le ciel, c'est y avoir une part. Ce regard ne nous communiquerait aucune joie, si nous ne savions qu'une portion de ce ciel nous appartient. Dieu s'unit à notre âme, et nous devenons 

(2 Pierre 1:4) “lesquelles nous assurent de sa part les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise, ”

    Si vous placez un morceau de fer dans un foyer allumé, il perdra bientôt sa couleur sombre et deviendra rouge et brûlant comme le feu lui-même, sans perdre cependant sa nature métallique! Ainsi l'âme, au contact de Dieu, devient brillante comme lui, belle de sa beauté, pure de sa pureté, brûlante en réfléchissant la gloire de son parfait amour, mais sans cesser pourtant de rester une âme humaine. Nous serons faits semblables à lui tout en conservant notre humanité.
    Un bon roi, - ceci est une fable, - chassant un jour dans une forêt, rencontra un jeune aveugle orphelin qui vivait là à la manière des bêtes. Touché de compassion, le monarque adopta ce pauvre garçon et lui fit apprendre tout ce que l'on peut enseigner à un aveugle. Lorsque celui-ci eut atteint sa majorité, le roi, qui était aussi un habile médecin, rendit la vue au jeune homme; après quoi, il le prit avec lui dans son palais au milieu des nobles qui composaient sa cour ; avec tous les honneurs possibles il déclara qu'il le recevait au nombre de ses fils, et ordonna à tous de lui rendre amour et obéissance. L'orphelin délaissé devint un prince: il eut sa part de toutes les dignités, des félicités et de la gloire qu'on peut trouver dans le palais d'un roi. Qui pourrait exprimer la joie qui dut remplir son cœur lorsqu'il put contempler de ses propres yeux, pour la première fois, la magnificence, la grande puissance et l'excellence du monarque qu'il avait entendu vanter si souvent? Et qui dira son bonheur lorsqu'il se vit revêtu d'un habit de prince et qu'il entra dans la famille royale avec le titre de fils adoptif, honoré et aimé de tous ?
    Et maintenant, Christ est le Roi puissant qui trouve nos âmes égarées dans ce monde de péché comme dans un désert; il nous y trouve « malheureux, misérables, pauvres, aveugles et nus ; mais il nous lave de nos péchés par son sang, il nous revêt des vêtements du salut, il nous couvre du manteau de la délivrance, comme le fiancé s'orne d'un diadème, comme la fiancée se pare de ses joyaux. »
    Le Sauveur explique à Paul la mission que devait remplir l’Évangile à l'égard des pécheurs; il était destiné à leur « ouvrir les yeux pour qu'ils passassent des ténèbres à la lumière et de la puissance de Satan à Dieu, pour qu'ils reçussent par la foi en Jésus le pardon des péchés et l'héritage avec les sanctifiés. » Voilà ce que Christ opère dans le cœur de tout chrétien ; il lui fait don de sa grâce et l'adopte pour être son enfant. C'est pourquoi il nous est dit : « Tout est à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir, tout est à vous, et vous à Christ, et Christ à Dieu. » Il vous a donné sa parole pour vous former pour le ciel, il a ouvert vos yeux, et vous voyez maintenant. Par le moyen de sa grâce qui agit en vous et par vous, votre âme se développe graduellement et arrive à lui ressembler toujours davantage.
    Un jour, votre Père céleste vous rappellera auprès de lui. Là, vous verrez les anges et les saints revêtus de la beauté de Christ, qui se tiennent debout autour de son trône, et vous entendrez cette parole du Maître au moment où il vous introduira au milieu d'eux : « Cela va bien, bon et fidèle serviteur! Entre dans la joie de ton Seigneur." Jésus a dit (Jean 16) : « Tout ce que le Père a est à moi; c'est pourquoi j'ai dit qu'il prendra de ce qui est à moi et qu'il vous l'annoncera. » Toutes choses seront donc à vous. Ah! combien les plaisirs terrestres paraissent mesquins et insignifiants en comparaison !


Ici-bas, tout est froid et sombre,
Ici-bas tout va se flétrir.
Brise qui passe, une vaine ombre...
Mon cœur se glace, il faut partir !
Viens donc, mon âme, sur tes ailes
Jusqu'au beau pays du soleil,
Car c'est aux rives immortelles
Qu'on goûte un bonheur sans pareil.
A l'autre bord.

    Il y a de la joie dans le ciel quand un pécheur se convertit sur la terre, « plus de joie même pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentance. » (Luc 15:7) Lorsqu'on est sur le point d'élire un président aux États-Unis, la surexcitation est intense; c'est un choc terrible pour la nation. Dans tous les journaux et sur presque chacune de leurs pages, depuis le Maine jusqu'en Californie, il est question des candidats. Le pays tout entier est en fermentation, mais je ne crois guère que dans le ciel on y prenne garde! Si la reine Victoria abdiquait, le monde entier serait dans l'agitation; toutes les nations prendraient un grand intérêt à cet événement; on télégraphierait  partout; mais peut-être la chose passerait-elle inaperçue clans le paradis. Tandis que si un petit garçon ou une petite fille, un homme ou une femme, se repentait de ses fautes en ce moment même, le ciel tout entier en serait ému. Des circonstances qui nous semblent considérables paraissent très petites là-haut ; d'autres qui nous semblent peu de chose sont regardées comme très importantes dans les cieux. Pensez à ceci, qu'un simple acte de votre part peut causer une grande joie dans les célestes demeures! Cette idée nous paraît presque trop magnifique pour y croire et, pourtant, le repentir du plus pauvre des pécheurs peut faire tressaillir de joie les habitants du ciel.
    « Il y a de la joie devant les anges de Dieu, » dit l’Écriture ; ce qui ne signifie pas que les anges se réjouissent, mais que devant eux, en leur présence, on se réjouit. Je me suis souvent demandé ce que ces mots voulaient dire et je les ai longtemps médités. Eh bien, je fais ici des conjectures, je l'avoue, - elles peuvent être oui ou non fondées, - mais les chers amis qui ont franchi le seuil de ce monde avant nous et qui ont été accueillis dans le bercail céleste, regardent sans doute vers la terre; et lorsqu'ils voient se repentir et se donner à Dieu un de leurs bien-aimés pour lequel ils ont longtemps prié avant de mourir, leur cœur frémit d'une sainte allégresse. En ce moment même, une mère considère de là-haut peut-être son fils ou sa fille, et si elle entend l'un d'eux dire en son cœur : - Je veux aller où est ma mère et me repentir. Oui, mère! je viendrai te rejoindre! cette nouvelle, rapide comme un rayon de soleil, atteint les régions célestes, et la mère se réjouit « devant les anges de Dieu. »
    Après un de nos services à Dublin, un homme entra dans la salle où on allait tenir la seconde réunion d'entretiens et de prières (inquiry room) ; il amenait sa fille unique, de qui la mère était partie de ce monde peu de temps auparavant : « Ô Dieu! dit-il dans sa prière, fais pénétrer jusqu'au fond du cœur de cette enfant les vérités qu'elle vient d'entendre, afin que les prières de sa mère soient exaucées aujourd'hui même et qu'elle soit sauvée! » En se relevant, la jeune fille entoura de ses bras le cou de son père en le baisant et dit : « Je veux retrouver là-haut ma mère! je veux appartenir à Christ. » Ce jour-là, elle accepta le salut. Cet homme est maintenant pasteur dans le Texas, et sa fille, morte là-bas depuis peu, est allée rejoindre sa mère dans le ciel. Quel doux et joyeux revoir !


A l'abri des douleurs, en paix elle repose
Dans le sein de Jésus. En ces bas lieux, la rose
Fleurit sur son tombeau.
On peut lire aux rayons du soleil qui le dore,
Effacé par des pleurs, ce mot visible encore :
« Elle a monté plus haut ! »
Seigneur! ah! monte aussi mon âme sur des ailes!
Montre-moi les beautés des rives éternelles
Avant mon dernier jour.
Qu'en élevant les yeux jusqu'à toi dans l'espace,
Je puisse voir les miens, ton sourire et ma place,
Dans ton divin séjour...

    Peut-être un frère, peut-être une sœur vous attend là-haut? Qui que vous soyez, répondez à son appel. Un père rentrait un soir très tard avec sa petite fille. La nuit était sombre; après avoir traversé un bois épais, ils arrivèrent au bord d'une rivière. Bien loin, sur la rive opposée, scintillaient des lumières dans quelques maisons éparses et, plus loin encore, brillaient celles de la ville où ils se rendaient. L'enfant était fatiguée et assoupie ; le père la prit alors dans ses bras en attendant le batelier qui arrivait de l'autre bord. Ils aperçurent enfin une faible lueur ; le bruit des rames se rapprochait peu à peu, et bientôt ils furent installés sains et saufs dans la barque.
- Père ! dit la petite fille, il fait bien sombre! Je ne vois pas le rivage ; où allons-nous ?
- Le batelier connaît le chemin, mon enfant: nous serons bientôt à l'autre bord.
- Oh! je voudrais bien y être!
    Quelques instants après, ceux qui l'aimaient accueillaient la petite fille dans leurs bras à la maison paternelle, et toutes ses craintes avaient disparu. Peu de mois s'écoulèrent; cette même enfant se trouvait alors sur les rives d'une autre rivière plus profonde, plus sombre, plus effrayante que la première. C'était la rivière de la mort. Le même tendre père se tenait auprès d'elle, tout désolé de ne pouvoir l'accompagner. La mère et lui veillèrent à son chevet bien des jours et bien des nuits en priant pour leur précieux trésor. Parfois, l'enfant paraissait  sommeiller, inconsciente comme si son esprit allait s'envoler doucement. Mais un matin elle se réveilla soudain, l’œil brillant, en pleine possession de ses facultés.
- Père, dit-elle en souriant, je suis de nouveau au bord de la rivière! J'attends que le batelier arrive pour me faire passer.
- Fait-il froid et sombre comme lorsque nous étions ensemble au bord de l'autre rivière, mon enfant ?
- Oh! non. Il n'y a point ici d'obscurité. La rivière est toute argentée. Le bateau qui vient me prendre est solide et brillant, et je n'ai pas peur du batelier.
- Peux-tu voir l'autre côté de la rivière ?
- Oh ! oui. Il y a là-bas une grande et belle ville étincelante de lumière, et j'entends des concerts comme ceux des anges.
- Peux-tu distinguer quelqu'un à l'autre bord ?
- Oh ! oui, oui ! Je vois un personnage si beau! Il me fait signe de venir maintenant. Oh batelier, hâte-toi! Je comprends qui il est. C'est Jésus, mon adorable Sauveur. Il me prendra dans ses bras ; je reposerai sur son sein. Je viens ! je viens !
    Ce fut ainsi qu'elle traversa la rivière de la mort, rendue semblable à un ruisseau d'argent, grâce à la douce présence du Rédempteur.
    Quelque chose de plus. Vous trouverez à peine un homme au monde, quelles que soient sa puissance ou ses richesses, qui ne finisse par vous avouer, quand vous aurez gagné sa confiance, qu'il n'est pas heureux. Il a encore des désirs qui ne sont pas satisfaits ou quelque chose qui l'embarrasse. On peut mettre en doute que le tsar de toutes les Russies, qui possède tout ce qu'il est possible d'avoir, soit un homme parfaitement content de son sort. On peut aussi se demander si la reine Victoria avec des palais et des milliers d'hommes à son service, et de plus, - ce que tous les souverains n'ont pas, - l'attachement de ses sujets, a une position qui lui donne beaucoup de jouissances. Quand les souverains aiment le Seigneur Jésus et sont sauvés, alors seulement ils peuvent être heureux ; s'ils sont assurés d'aller au ciel, ils peuvent dormir en pleine sécurité aussi bien que le plus humble de leurs sujets. Paul, le faiseur de tentes, aura une place plus honorable dans le ciel que le plus grand et le meilleur des monarques de ce bas monde. Si le tsar rencontre dans le ciel John Bunyan, il trouvera sans doute le pauvre étameur plus élevé que lui.
    Une vie vraiment chrétienne est la seule qui puisse être heureuse; dans toutes les autres se trouvent toujours quelques lacunes. Quand nous sommes jeunes, nous entreprenons de grandes choses que nous compromettons par notre témérité. Nous manquons alors d'expérience. Quand nous avons l'expérience, nous avons perdu la force d'exécuter nos desseins. « Heureux est le peuple dont l'Éternel est le Dieu! »
    La piété est le seul moyen d'être heureux. Celui qui dérobe parce qu'Il a faim, dérobe pour atténuer sa souffrance, mais il oublie à ce moment-là combien son péché aura de pénibles conséquences. Malgré sa mauvaise nature, l'homme est encore ce qu'il y a sur la terre de plus noble; il est aisé de comprendre dès lors qu'il ne puisse trouver le vrai bonheur dans les choses qui sont moins élevées que lui. Dieu seul est meilleur que nous, et c'est en lui seulement que nos âmes seront satisfaites. L'or, cette scorie tirée de la terre, ne saurait nous suffire, ni les honneurs, ni les louanges des hommes; il nous faut plus, et ce qu'il nous faut, nous ne l'obtiendrons que dans le ciel. Je ne dois plus m'étonner que les anges qui voient continuellement la face de Dieu, soient si heureux !
    Les publicains s'en allèrent trouver Jean-Baptiste au désert pour savoir ce qu'ils devaient faire ; d'autres, parmi les plus considérables du pays, le consultèrent pour savoir où se trouvait le bonheur. Il est écrit : « Heureux est quiconque se confie en l'Éternel. » C'est donc parce qu'ici-bas nous ne pouvons avoir de bonheur réel, qu'il ne vaut pas la peine de vivre pour la terre ; et c'est parce que le vrai bonheur est tout entier là-haut qu'il vaut la peine de mourir pour aller au ciel. Au ciel, c'est la vie et jamais la mort. En enfer, c'est la mort et jamais la vie. Sur la terre, il y a des mourants et des vivants. Si nous sommes morts au péché, nous vivrons dans le ciel, et si nous vivons ici dans le péché, nous pouvons attendre après cette vie une mort éternelle.
    Savez-vous bien que tout pécheur meurt deux fois ? D'abord il meurt spirituellement au péché ; il est alors régénéré et commence à goûter les joies célestes ; ces joies-là parviennent jusqu'à notre monde aussi nombreuses, aussi réelles que les rayons du soleil. Puis, la mort physique introduit notre âme dans les cieux, car nous ne pouvons emporter là-haut notre vieux corps de péché, il faut auparavant qu'il soit transformé ; ce corps de péché, quand il ressuscitera, sera glorifié à la ressemblance de celui de Christ.
    Nous n'aurons point de tentations là-haut. S'il n'y en avait point ici-bas, Dieu ne pourrait nous mettre à l'épreuve pour connaître si nous sommes sincères. C'est dans ce but qu'il plaça l'arbre de la science du bien et du mal dans l’Éden, et les Cananéens dans la terre promise.
    Lorsque nous mettons une semence en terre, elle disparaît, puis pousse et produit une autre semence semblable, mais qui n'est pourtant pas la même. Ainsi, nos corps et ceux de nos bien-aimés ressusciteront avec une certaine ressemblance sans être pourtant les mêmes corps. Christ a emporté dans les cieux le corps même qu'il avait livré à la mort de la croix, à moins qu'il n'ait été transfiguré quand une nuée le déroba aux yeux des disciples à mesure qu'il montait. La forme de son corps devait avoir déjà subi un changement après la résurrection, car Marie-Madeleine, qui fut la première à le revoir, ne le reconnut pas ; les disciples, qui cheminèrent et parlèrent avec lui jusqu'à Emmaüs, ne comprirent que c'était Jésus que lorsqu'il eut béni le pain. Pierre lui-même ne le reconnut pas sur le rivage, et Thomas ne put croire qu'après avoir vu la marque des clous et la blessure de son côté percé.
    Mais au ciel nous le connaîtrons tous. Il y a dans la Bible deux vérités aussi clairement enseignées que l'existence d'une vie éternelle. La première, c'est que nous verrons le Christ, la seconde, c'est que nous lui serons semblables. Alors, Dieu ne nous voilera plus sa face, et Satan ne nous montrera plus la sienne. Après tout, la différence entre la grâce et la gloire n'est pas tellement grande ! La grâce, c'est le bouton, et la gloire c'est la fleur. La grâce, c'est l'aurore, et la gloire c'est la pleine lumière. Ceux qui servent le Seigneur ici-bas ne trouveront pas difficile de le servir là-haut ; ils changeront de résidence, mais non d'occupation.
    Plus haut. Dès l'instant où une personne tourne vers les choses célestes ses pensées et ses affections, sa vie acquiert une beauté réelle ; la lumière des cieux brille sur son sentier ; elle ne passe plus son temps à s'accuser et à se flageller parce qu'elle ne ressemble pas davantage à Christ. Un Écossais, à qui l'on demandait s'il était sur le chemin du ciel, répondit : « Mais, c'est dans le ciel que je vis ! je ne suis pas sur le chemin qui y mène. » C'est là qu'il vivait ! Oui, il nous faut vivre dans le ciel tandis que nous sommes encore ici-bas ! notre privilège c'est d'avoir nos affections en haut. Une dame de Londres trouva un jour une pauvre chrétienne couchée sur un lit de douleur, mais très heureuse. Puis, elle visita une dame riche qui passait tout son temps à murmurer et à se plaindre de son sort. Je pense quelquefois que ceux à qui Dieu accorde le plus de biens temporels, pensent le moins à lui, l'oublient le plus complètement et travaillent le moins pour son service. Cette dame dont je parle, en allant visiter les pauvres, avait l'habitude de se rendre chez la chrétienne malade pour être elle-même encouragée et réjouie. Il se trouve à Chicago un certain quartier où, depuis des années, les chrétiens qui désirent être fortifiés dans leur foi vont visiter l'une de ces âmes d'élite. Une amie me disait que le Seigneur avait placé de ces âmes-là dans la plupart des villes, afin que les anges qui passent pour accomplir leurs messages de miséricorde, s'arrêtent pour les consoler, car elles ont l'air d'avoir souvent leur visite. La chrétienne qui voyait la pauvre malade, invita la dame riche à l'y accompagner ; celle-ci finit par y consentir. Elles montèrent ensemble un escalier obscur et mal tenu jusqu'au premier.
- Que c'est horrible ! dit la dame riche. Pourquoi m'avez-vous conduite ici ?
- C'est mieux plus haut ! répondit son amie. Elles montèrent jusqu'au second étage, et la première se plaignant toujours, l'autre lui dit encore - C'est mieux plus haut !
    Et ainsi elle répéta la même réponse à chaque étage, jusqu'à ce qu'elles eussent atteint le cinquième. La chambre où elles entrèrent était fort belle, garnie de tapis, avec des pots de fleurs sur la croisée et un petit oiseau qui chantait dans une cage. Là se trouvait la bonne chrétienne avec un visage tout souriant.
- Ce doit être bien dur pour vous d'être retenue ici et de souffrir, lui demanda la dame riche.
- Oh ! c'est peu de chose ! et ce n'est pas dur du tout, car je sais que je serai mieux plus haut.
    Ainsi, quand tout ne va pas à notre gré dans ce bas monde, que bien des choses nous contrarient, répétons : « Ce sera mieux plus haut ! » Nous pouvons élever nos cœurs vers les cieux et nous réjouir tout en cheminant vers la patrie.


Le revoir.
Bientôt ira fleurir ta corolle fanée
Sous un ciel toujours bleu, sous un soleil plus pur,
A la place qu'en haut Jésus t'a destinée,
Où jamais la tempête, en fureur déchaînée,
N'ébranle les échos lointains, les flots d'azur.
Là, brille le matin d'un jour exempt d'orages,
Là, d'un parfum divin les cours sont embaumés;
Amis! dans ce lieu saint, sans voiles, sans nuages,
Nous nous rencontrerons avec nos bien-aimés.
Alors seront finis nos sombres jours d'alarmes!
Vains plaisirs d'ici-bas, fantômes d'un moment,
Et vous, rêves trompeurs, qui coûtez tant de larmes,
Vous aurez fui! - Dépris pour jamais de vos charmes,
Nos cœurs libres n'auront ni péché, ni tourment.
Plus de veilles; de pleurs, plus de charges pesantes!
La mère a retrouvé les fils qu'elle a bercés....
Amis, c'est le revoir! Nos âmes triomphantes,
Reconnaîtront tous ceux qui nous ont devancés.
Là, se refermeront nos blessures cachées,
Là, nos cœurs rajeunis pourront s'épanouir;
Pauvres fleurs d'ici-bas, tremblantes, desséchées,
Vos soifs seront là-haut pour jamais étanchées
Aux sources d'un bonheur qui ne doit point tarir.
Aimant d'un saint amour, qu'un autre amour partage,
Sans honte, sans regret, tous en Dieu consommés,
Amis! dans des flots purs, profonds et sans rivage,
Nous nous abreuverons avec nos bien-aimés.
Mais, avant que des cieux la splendeur éphémère,
Se soit évanouie avec la terre en pleurs,
Le monde rajeuni dans sa vile poussière,
Revêtu de beauté, de parfum, de lumière,
Sortira libre et pur de toutes ses douleurs,
Alors, le Roi divin, dans sa pourpre et sa gloire,
Tiendra ses ennemis sous son pied désarmés,
Amis! saluons-le par des chants de victoire,
Car nous allons régner avec nos bien-aimés.


vendredi 25 juillet 2014

Erino Dapozzo

Erino Dapozzo est Italien, originaire de Gênes. Il est né en 1905, marié à une Suissesse et ils ont eu 5 enfants.
Son père est venu en Suisse comme bien d’autres Italiens parce qu’il n’y avait pas de travail en Italie. Ils se sont installés à Moutier et ont travaillé au tunnel « Moutier et Granges ». Les gens qui construisaient ce tunnel étaient presque tous des étrangers comme les Dapozzo, c’était un travail dangereux. M. Dapozzo père s’est marié à une Suissesse, une fille de Moutier. Elle s’est convertie dans l’église de Moutier et cela a engendré des tensions dans la famille, le père Dapozzo était d’origine catholique… Ce serait trop long à raconter comment, lui aussi, s’est converti. C’était une belle famille de chrétiens.
Mais il y a eu la crise dans les années 1920 : plus de travail, surtout pas pour des Italiens. Ils auraient pu bénéficier de la caisse de chômage, mais leur fierté de travailleurs et leur orgueil d’Italiens les ont amenés à refuser : « Nous, on veut travailler ! »
Alors, ils sont partis en France, là où il y avait tous ces villages détruits par la Première Guerre Mondiale qu’il fallait reconstruire. Après la journée de travail, le soir, avec un petit sac, le père et les enfants allaient distribuer des traités et évangélisaient. Erino avait 16 ans.
Ils ont ensuite déménagé dans la banlieue parisienne et se sont construits une petite maison, puis ont réussi à monter une entreprise de construction. Et à côté de cela, ils évangélisaient. Ils avaient même fait une salle de réunions dans leur maison. Il y a eu là une assemblée qui existe encore aujourd’hui, une belle assemblée qui était une grande bénédiction.
Puis est venue la Deuxième Guerre Mondiale, l’occupation allemande. Erino parlait allemand, parce qu’il avait fait des séjours en Suisse allemande chez des paysans. Alors les Allemands lui ont demandé de faire des traductions entre le maire de Palaiseau, les autorités et ceux de l’Occupation. Il a eu accès à certains documents. Il voyait que certaines personnes étaient dénoncées par d’autres; ils se dénonçaient d’une famille à l’autre et puis ils dénonçaient les Juifs, etc… Et lui, par derrière, il allait les avertir: «Attention, vous avez été dénoncés, demain matin les Allemands vont venir vous prendre et puis, ils vont vous déporter, alors si vous voulez, vous avez juste le temps de fuir». En même temps il leur parlait de sa foi.
Jusqu’à ce qu’il soit tombé sur une famille française dont il avait sauvé le père. Le fils était jaloux de son père. Il a su ce que Dapozzo avait fait, et il l’a dénoncé. Il a été arrêté et condamné à mort et c’est seulement parce qu’il avait quatre enfants (Marguerite, sa femme, était enceinte du 4ème) qu’il a été déporté au lieu d’être exécuté. Il raconte toute cette histoire dans le livre : «Hambourg».
Dans le camp, en Allemagne, on lui a cassé trois fois le bras à coups de matraque. Et puisque ceux qui ne pouvaient plus travailler étaient tués, il a demandé à un camarade de lui attacher la pelle au bras, à trois endroits, pour qu’il puisse quand même travailler dans la mine et échapper à la mort… Sans soins, sans aucun médicament, cela était terrible. Et là il dit que le Seigneur a guéri son bras. Pour lui, c’était un miracle.»
Erino est Italien, mais il est né à Moutier, il a grandi en Suisse et sur les bancs d’école, chanté les chants patriotiques suisses; il était plus Suisse que beaucoup de Suisses… Sa femme était Suissesse; lui est né en Suisse, cinq enfants Suisses et pourtant il était considéré comme un indésirable, un étranger, à cause de sa foi…
Madame Dapozzo l’a aidé. A l’époque, les Italiens étaient considérés un peu comme des gens du sud, des gens primitifs, des gens « de 2ème classe ». Quand le Seigneur a uni ces deux vies et que dans sa famille, dans l’assemblée, dans la région, on a appris cela, elle a été prise à partie… Il est venu en Suisse la chercher, pour l’épouser, et puis elle a accepté d’aller avec lui en France, malgré toutes les oppositions.
Je vous l’assure, elle a eu du courage, c’était vraiment parce qu’elle l’aimait et qu’elle voulait partager sa vie au service de Dieu. Elle a accepté bien des renoncements, c’était une vie de combats, de luttes, mais aussi de bénédictions. Ils ont eu une vie très dure. Quand ils se sont mariés, la veille de sa venue en Suisse, c’est à dire un ou deux jours avant le mariage, le rendez vous était pris pour l’état civil et pour le mariage religieux. Ils n’avaient pas l’argent pour le voyage, ils n’avaient pas de meubles, ils n’avaient rien, même après avoir travaillé si dur pendant tant d’années. Pour finir quelqu’un leur a avancé l’argent du billet. Mais Erino n’avait pas d’habits de cérémonie! C’est elle qui, ayant travaillé, a pu lui fournir ce qu’il fallait. Il en a souffert dans sa légitime fierté d’homme.
Comme les gens savaient qu’ils étaient chrétiens, ils ne payaient pas leurs factures! La famille Dapozzo ne recevait donc qu’une partie de ce qui lui était dû, ils arrivaient juste à vivre, à vivoter.
Notons aussi le dur combat que mena madame Dapozzo durant la Deuxième Guerre Mondiale, où séparée de son mari déporté en Allemagne, elle resta seule avec ses quatre enfants, d’abord en France; puis en Suisse en 1944 où elle fut rejointe par son mari l’année suivante grâce à une permission providentielle, tout à fait exceptionnelle, accordée par Himmler lui même !
Le frère Dapozzo a travaillé à plein temps dans le ministère seulement après la guerre ; avant c’était toujours en plus du travail professionnel ! Il a fait des réunions clandestines d’abord, puisqu’on lui avait interdit de parler. Les gens l’invitaient et il allait clandestinement dans les maisons pour tenir des réunions.
C’était un homme joyeux avant tout, très épanoui ! Ce qui l’attristait, par contre, c’était de voir la cadette de la famille ne pas vouloir marcher dans les voies du Seigneur. Cela a été toujours un grand fardeau pour lui.
Il a aussi connu le mépris, l’incompréhension, beaucoup d’incompréhension… Mais une autre source de grande souffrance c’était aussi, bien sûr, ce qui se passait, ce qui se passe encore aujourd’hui, dans les églises: la mondanité, la superficialité, l’amour de l’argent, le matérialisme… Cela le faisait beaucoup souffrir.
Il y a eu aussi ses combats en Italie, contre le clergé, qui lui en a fait voir de toutes les couleurs… Mais ça, c’était peu. Il souffrait beaucoup plus de tous les problèmes qui agitaient les églises. Il était tout à fait désintéressé et très sérieux. Il contrôlait avec soin les dépenses; ainsi, il a pu acheter et donner 27 tentes dont une quinzaine aux églises pentecôtistes d’Italie. Ce ne sont pas des petites tentes de camping, ce sont de grandes tentes d’évangélisation de 200, 800 ou 1000 places. Il travaillait du Nord au Sud de l’Italie avec les évangélistes, à tel point qu’il aurait pu faire une mission sous tente «Dapozzo», mais il n’a jamais voulu faire ainsi.
Il repérait sur place, en Italie, un chrétien authentique, qui voulait faire quelque chose, un missionnaire, un pasteur qui n’avait pas d’outil, pas de moyens, juste de quoi vivre. Alors il lui donnait une tente, quelle que soit sa dénomination : « C’est à vous », disait-il ! Ils lui répondaient: « On t’écrira ! » « Non, non, faites rapport au Seigneur. Vous êtes responsables devant Dieu. Non, pas de rapport à m’envoyer, cela vous appartient ». Il travaillait librement avec une grande bénédiction. Voilà le genre d’homme que c’était, tout à fait désintéressé. C’était l’affaire du Seigneur, pas son affaire.
Après sa maladie, il a remonté la pente, il s’en est remis, même si ce n’était pas à 100%. Il était complètement paralysé, mais il a réappris à marcher. Ils habitaient là haut, chez des amis, parce qu’il avait quand même besoin de soins et sa femme ne pouvait pas le soigner toute seule. Et là, il se remettait, il récupérait bien des forces, et voilà que tout d’un coup, un jour, il a eu des maux de ventre terribles. Ils ont tout de suite avisé le médecin qui est venu et qui a dit : « C’est très très grave ! Il faut tout de suite l’hospitaliser ». Ils ont fait des analyses. Et ils ont dit : « C’est une question d’heures. On ne sait pas exactement ce qu’il y a, mais dans l’état de faiblesse où il est, il y a de grands risques, il faudrait tout de suite l’opérer pour voir ce qu’il y a, mais on ne peut pas vous garantir qu’il supporte cette opération ». Alors tout de suite, ils ont fait venir toute la famille, pour décider : Qu’est ce qu’on va faire ? Est ce qu’on prend le risque de l’opérer, ou bien… ?» Certains disaient : « Mais c’est sûr qu’il faut tenter… » Et d’autres disaient : Il faut demander à Erino. C’est lui qui doit décider, puisqu’il est lucide, tout à fait lucide. Erino, c’est toi qui dois dire ! On va prier, mais c’est toi qui diras ce qui doit se faire. »
Alors on a prié ensemble. Et puis, il a dit: «Chers enfants, chère famille, je ne veux pas qu’on m’opère. J’ai travaillé pour le Seigneur, toute ma vie lui a été consacrée, je suis dans sa main ; le Seigneur peut faire un miracle comme il en a fait souvent dans ma vie, il peut le faire instantanément, et puis sinon, si c’est l’heure qu’il me rappelle, et bien, moi, je me réjouis d’arriver dans sa présence ». Alors, ils ont dit au médecin : « C’est tout clair. Nous nous soumettons à sa décision. C’est lui qui l’a décidé comme ça, alors on renonce. » Et puis, trois quart d’heure après, il partait, c’était en 1974, il avait 67 ans.


« Erino Dapozzo par Fredy Gilgen », biographie trouvée sur www.lirelabible.com


jeudi 17 juillet 2014

LE TESTAMENT DE PIERRE (2Pierre 3.18)

1 Simon Pierre, serviteur (esclave d'amour dans l'original -doulos) et apôtre de Jésus-Christ, à ceux qui ont reçu en partage une foi du même prix que la nôtre, par la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ:
2  que la grâce et la paix vous soient multipliées par la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur ! 

    Cette lettre commence en citant le double nom de l'apôtre : Simon Pierre. Ce double nom rappelle l'origine de l'apôtre : Simon le pécheur que le Seigneur a appelé, cette homme du peuple sans aucune érudition, si ce n'est que, comme tous les Juifs de son temps, il savait, il connaissait la loi par la mémorisation. Il ne savait pas lire et la première lettre qu'il a envoyée a été écrite par Sylvain (1Pierre 5.12). C'est la seule lettre du Nouveau Testament où l'auteur met ses deux noms dans sa salutation. Ils rappellent les deux natures de l'apôtre, avant et après son appel. Je crois que c'est pour appuyer ce qu'il va partager dans ce bref billet, mais très riche pour nous. Nous pouvons dire que c'est le testament spirituel de Pierre pour les chrétiens de tous les temps. 
    Il a écrit "à ceux qui ont reçu en partage une foi de même prix que la nôtre". Il précise l'origine de cette foi : "par la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ." La foi que le Seigneur nous a donnée se saisit de cette justice, et la source de cette foi est la justice de Jésus-Christ Dieu et Sauveur. Cette traduction correspond littéralement au grec. Certaines traductions ont "de notre Dieu et du Sauveur Jésus-Christ", mais nous avons une forme similaire dans 1Pierre 1.3 "le Dieu et Père". Dans le texte grec, l'article devant Sauveur est absent. C'est bien Sa divinité qui est affirmée par cette formule. Ce n'est pas la seule du Nouveau Testament. (Jean 1.1, 16, 20.28 . Hébreux 1.9;  Romains 9.4s etc)
    Par la bénédiction du verset 2, Pierre introduit le message de son testament spirituel. Il écrit: "que la grâce et la paix vous soient multipliées par la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur !" La connaissance de Dieu et de Jésus, voilà ce qu'est le testament de notre frère bien-aimé. Il bâtit son exhortation sur cette connaissance que chaque chrétien doit avoir et poursuivre tout au long de sa vie: la connaissance de Christ, Dieu et Sauveur. C'est par la connaissance que nous avons de notre Seigneur que la grâce et la paix sont multipliées! Si nous connaissons la source de toutes choses, nous pouvons apprécier la valeur de cette paix et cette grâce et elles se multiplient dans nos vies! 
    Chouraqui traduit : "par la pleine pénétration d'Elohim et de Iéshoua, notre  Adôn." Et il poursuit au verset 3 "La puissance divine nous a tout donné, vie et ferveur, à travers la pénétration (connaissance) de celui qui nous a appelé." C'est une connaissance intime, très profonde qui ne s'obtient que par la fréquentation, la vie et des expériences en commun. Cette "connaissance" ne s'acquiert que par cette vie commune, cette communion intime avec notre Seigneur. Il n'est pas question, ici, de lectures, d'enseignements, de partages, (qui sont utiles) mais qui ne remplaceront jamais la communion du croyant avec Son Seigneur. Les partages, les enseignements, les lectures, les témoignages sont utiles pour nous donner envie d'entrer dans cette communion avec notre Sauveur! Toutes ces choses sont utiles et nécessaires pour nous donner faim de cette proximité avec notre Seigneur. Rien n'est plus précieux que ces moments d'intimité avec notre Dieu et Père par la communion de l'Esprit avec Son Fils, notre Frère aîné. Rien ne peut être plus précieux que cette communion qui nous mène à la révélation! Les lectures et les partages sont là pour amorcer notre pompe spirituelle! Rien ne peut remplacer notre communion "du secret de la chambre"!

3  Comme sa divine puissance nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété, au moyen de la connaissance (pénétration selon Chouraqui) de celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa vertu,

    Nous avons tout reçu, tout ce qui nous est nécessaire, tout ce qui contribue à la vie et à la piété (attachement au Seigneur, ferveur selon les traductions.) Nous ne devons plus demander pour recevoir car nous avons tout reçu. Nous avons tout ce qui est nécessaire à la nouvelle vie qui vient de Dieu. Nous devons demander la révélation de ce que nous avons reçu afin de vivre de cette nouvelle vie qui doit détruire l'ancienne. Cela par le moyen de la connaissance de Celui qui nous a appelés! Cette connaissance n'est acquise que par la vie et la communion profonde avec notre Seigneur. C'est le seul chemin!
    Il nous a appelés par Sa propre gloire et par Sa vertu! La gloire de Son humanité sainte, douce, irréprochable, les multiples miracles, prodiges, libérations qui ont attesté de sa divinité, nous attirent et nous confondent. Son enseignement si merveilleux (quand Il parle de l'amour du Père et du Sien dans l’Évangile de Jean mais aussi cette sévérité quand Il explique comment est la profondeur de la loi dans les Évangiles de Mathieu, Marc et Luc,) doit être le fondement de notre vie pour Le connaître! Il démontre la grandeur de Sa vertu, celle qui nous a séduits et menés dans la vie éternelle. Il démontre dans ces évangiles que la stricte obéissance à la loi est insuffisante. Il nous invite à sonder notre cœur et nos pensées les plus secrètes! (Mathieu 5.21-48) Quelle grâce! Quel amour vrai pour nous séduire et nous attirer! Il nous dévoile Son cœur, un cœur en accord complet et obéissant sans réserve à la loi. Nous sommes souvent loin de tout cela!

4  lesquelles nous assurent de sa part les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise,
5   à cause de cela même, faites tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science,
6  à la science la tempérance, à la tempérance la patience, à la patience la piété,
7  à la piété l’amour fraternel, à l’amour fraternel la charité.
8  Car si ces choses sont en vous, et y sont avec abondance, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ.

    Lesquelles, c'est-à-dire la vie et la piété, nous assurent, nous certifient nous donnent les plus grandes, les plus précieuses promesses, celles acquises par Christ à la croix. Une promesse assurée est bien plus qu'une promesse, mais une réalité profonde dont nous pouvons nous emparer pour la vivre et en jouir. C'est celle de la nouvelle vie en nous, vie divine, miraculeuse, qui nous rend participants de sa nature divine. Il est important de pleinement réaliser ce qui est écrit ici et de le saisir par la foi et de le vivre! Nous sommes participants de sa vie divine!! C'est notre héritage! Quelle responsabilité!
    Par notre régénération, nous ne cessons pas d'être un humain, nous ne devenons pas un petit dieu! Par l'Esprit Saint en nous, nous devenons participants de la nature morale de Dieu! Cela nous donne une responsabilité que nous devons assumer par la soumission à l'Esprit. Il est bon de méditer cela!
    Pierre explique comment. Nous avons tout reçu et comment nous devons faire fructifier ce qui est à nous par pure grâce. Nous devons fuir la corruption qui existe dans le monde de multiples et nombreuses façons. Cette corruption est attisée, générée par la convoitise. Cette convoitise peut susciter en nous d'aimer ces choses du monde. Il n'est pas question de ne posséder aucun des biens de ce monde, mais de ne pas attacher notre coeur à ces "choses du monde." Lisons ce que dit Paul dans sa lettre aux Philippiens:

12  Je sais vivre dans l’humiliation, et je sais vivre dans l’abondance. En tout et partout j’ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l’abondance et à être dans la disette.
13  Je puis tout par celui qui me fortifie. (chapitre 4)

    Son coeur était attaché au Seigneur. Il n'avait aucune convoitise des biens de ce monde. La connaissance du Seigneur était son seul trésor. L'abondance ne le détournait pas de son Seigneur. Il n'était pas retenu prisonnier par cette abondance. Il en jouissait comme un don de Dieu et son coeur n'était pas lié par ces biens. Je suis persuadé que beaucoup ont pu profiter de l'abondance de Paul! Jean l'exprime très bien dans sa première lettre lorsqu'il écrit:

15  N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui ;
16  car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde.
17  Et le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. (chapitre 2)

    Jean mentionne trois paliers qui mènent à aimer le monde et les choses du monde. Ce fut les moyens par lesquels Ève a été séduite. En premier c'est la convoitise de la chair "bon à manger", puis la convoitise des yeux "agréable à la vue" et enfin l'orgueil de la vie "précieux pour ouvrir ou acquérir l'intelligence". 
    Pierre donne le moyen de résister à la corruption qui est engendrée par la convoitise. C'est simple: "faites tous vos efforts!", voilà ce qu'il écrit. Et il explique comment progresser dans la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ et à quoi nous devons nous efforcer. 
    La première des conditions est d'avoir la foi, et c'est Dieu qui la donne gracieusement, puis joindre à notre foi, la vertu dont Christ en est le modèle, celle qui est mentionnée plus haut, celle de notre Seigneur! Il est notre modèle! Jean n'as-t-il pas écrit dans sa première lettre: "tel Il est Lui, tels nous sommes aussi dans ce monde." Quelle responsabilité est la nôtre! Nous devons tendre à cela! La Bible Semeur traduit vertu par "force de caractère" dans le sens d'excellence morale.
    A cette vertu nous devons ajouter la science (connaissance, pénétration selon les versions). Nous devons connaître Celui qui nous a révélé le Père. C'est un exercice continuel de patience en travaillant à garder cette communion avec le Père par l'enseignement du Seigneur révélé dans nos cœurs par l'Esprit. Seule la révélation nous donne cette progression dans les choses de Dieu. Le Saint-Esprit nous a gracieusement été donné pour cela! Soyons lui soumis!
    A cette science ou connaissance divine doit se joindre la tempérance (ou la continence, la patience, la maîtrise de soi selon les versions) avoir ce coeur doux et humble comme celui de notre Seigneur. (Mathieu 11.29) C'est une des caractéristiques du fruit de l'Esprit (Galates 5) Imaginons d'avoir cette science sans cette attitude de coeur, nous serions imbus de nous- même et sûrement excessivement orgueilleux!
    A la tempérance doit aussi se joindre la persévérance. Cette persévérance (endurance, patience, constance, ténacité, selon les versions) est nécessaire pour être et vivre selon le coeur de Dieu. On a souvent comparé la vie chrétienne aux saumons qui remontent le cours des fleuves pour aller frayer. Ils ne peuvent pas s'arrêter de nager jusqu'à ce qu'ils atteignent leur lieu de frai. S'ils cessent de nager, ils régressent! C'est ce qui se passe pour nous, si nous arrêtons notre course, nous sommes en régression. Paul compare la vie chrétienne à ceux qui courent dans le stade pour gagner le prix. Impossible de s'arrêter!
    A la persévérance doit se joindre la piété (ferveur, attachement à Dieu selon les versions) J'aime cette la traduction de Chouraqui "ferveur" ou celle du Semeur "attachement à Dieu." C'est plus concret que piété, car ce mot a des connotations religieuses assez caricaturales!
    A cette piété, ferveur nous devons joindre l'amour fraternel, (affection, amitié selon les traductions) nécessaire, même essentiel pour notre vie communautaire, notre vie d'église. Notre Maître n'as-t-Il pas dit: "A ceci, tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres?" La communion fraternelle manifestée par l'amour (ou l'affection) fraternel est le témoignage, la preuve de ce qu'est une église. Elle n'est pas une assemblée de personnes sauvées seulement, mais de disciples. Une église avec un amour vrai, profond, est une église de disciples! Pierre clôt son énumération en mentionnant l'amour ou charité. L'amour ou charité est le fondement de tout ce qui vient d'être énuméré. Si l'amour n'est pas le fondement, le ciment, la motivation de tout cela, il est fort probable que la sévérité de cette exhortation nous mène dans une vie légaliste qui ne peut être féconde!
    Et donc "si ces choses sont en vous, et y sont avec abondance, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ."
     C'est une brève méditation sur cette lettre qui est très riche pour notre marche quotidienne avec notre Seigneur. Je voulais seulement souligner ce qui me paraît le plus important de ce court message: la connaissance de notre Seigneur. La richesse de notre vie spirituelle est proportionnelle à la connaissance que nous avons du Seigneur. Cette connaissance qualifiée par Chouraqui de pénétration. C'est de cela que nous avons besoin pour être des disciples accomplis et utiles à notre Maître. 
    Pierre a connu le Seigneur par sa vie assez étonnante. Il a connu la joie du Seigneur quand Il lui a dit "tu es heureux Simon, fis de Jonas; car ce n'est la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux." Immédiatement après, il a connu la sévérité du Seigneur lorsqu'Il lui dit "arrière de moi, Satan! Tu es pour moi un scandale, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes." (Mathieu 16.17 et 23)
    Plus tard, Pierre a connu l'humiliation et une profonde conviction de péché, lors de son reniement. Luc écrit, juste après ce reniement de Pierre "le Seigneur se retourna et regarda Pierre." Quelle souffrance et quelle détresse ont dû accabler l'apôtre en croisant le regard de Celui qu'il venait de renier et que, malgré tout il aimait! Il a connu les affres du péché, le puits profond de la conviction de péché et la grâce du rétablissement. Paul explique dans 1Corinthiens 14 que Jésus ressuscité a été vu par Céphas (Pierre), puis par les douze. Je pense que c'est à cette première rencontre avec Pierre que celui-ci a été rétabli dans la communion avec le Seigneur par la confession de sa faute. Il a ainsi connu cette grâce immense d'un rétablissement total avec le Seigneur. Plus tard, sur le bord du lac, après avoir mangé avec le Seigneur, Pierre a reçu l'ordre, devant les six disciples qui étaient présents, de paître Ses brebis. Il a été rétabli publiquement dans son ministère devant les disciples après avoir été interpellé trois fois par le Seigneur (Jean 21). Il a connu la tristesse qui vient de Dieu, dont on ne se repent pas et qui mène au salut. (2 Corinthiens 7.10)
    Encore bien plus tard, lorsqu'il se trouve à Antioche avec Paul, par son attitude, il devient une pierre d'achoppement  pour l'église. Paul "lui résiste en face parce qu'il était condamnable!" C'est encore une expérience qui a dû laisser un goût amer dans l'âme de cet homme de Dieu. Je suis persuadé que d'autres apôtres aussi ont dû avoir les mêmes chutes et les mêmes moments de repentance et de relèvement. 
    Par l'exemple de la vie de Pierre, le Seigneur montre que même les plus consacrés dans leur ministère peuvent chuter. Pierre connaissait le Seigneur. Il le connaissait de façon très concrète par une vie intime parsemée d'erreurs, de fautes, mais aussi par les miracles que le Seigneur lui permis d'opérer. Il a connu la grâce de Dieu, la sévérité de Dieu, la sainteté de Dieu, l'amour de Dieu. Il a eu la révélation de la gloire du Seigneur, lors de la transfiguration, sur la sainte montagne. Notre bien-aimé frère était vraiment qualifié pour nous donner cette exhortation! 
    Connaître le Seigneur, c'est connaître le Père. Pierre a entendu les paroles que le Seigneur a dites à Son Père dans Jean 17 : "or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ!"  Notre vie doit tendre de tout notre être à cela: la connaissance de Dieu et de son Fils. Si je connais Dieu, je Le connais par la révélation de l'Esprit de Christ (Romains 8.9) envoyé par le Fils et la Divinité habite en moi dans toute Sa plénitude!
    Il est remarquable que lorsque l'apôtre écrit cette lettre, il ne la fonde pas sur les expériences miraculeuses que le Seigneur lui a permis de vivre comme les trois mille convertis, lors de sa première prédication ou la guérison du boiteux de naissance (Actes 3.6-8) ou ce qui s'est passé avec Ananias et Saphira (Actes 5.1-11) Il ne s'appuie pas non plus sur la résurrection de Tabitha. Il aurai pu, mais il fonde son exhortation sur la révélation de la gloire du Seigneur reçue lors de la transfiguration sur la sainte montagne. Il ne s'appuie pas sur ses expériences mais sur la révélation, qu'il a reçue, sur la montagne, de la gloire du Fils. Il aurait pu se prévaloir de ses expériences miraculeuses. Il ne l'a pas voulu. Seule comptait la révélation du Fils. Il fonde son exhortation sur cette connaissance et il termine sa lettre ainsi:

CROISSEZ DANS LA CONNAISSANCE  ET DANS LA GRÂCE DE NOTRE SEIGNEUR ET SAUVEUR JÉSUS-CHRIST. A lui la gloire, maintenant et jusqu'au jour de l'éternité!

    A chacun d'aller plus loin dans cette énorme perle de la Parole! 

jcb

lundi 7 juillet 2014

Le déclin de l'autorité de Christ dans les églises A. W. Tozer

C'est le fardeau de mon cœur. Et, quoique je ne prétende moi-même à aucune inspiration particulière, je crois que c'est aussi le fardeau du Saint-Esprit.
 Si je connais bien mon propre cœur, c'est seulement l'amour qui me motive en écrivant ces lignes. Ce que j'écris ici n'est pas le serment amer de pensées agitées par un esprit de dispute à l'encontre de mes frères Chrétiens. Il n'y a eu aucune querelle. Je n'ai été attaqué, maltraité ou dénigré par personne. Mes observations ne résultent pas non plus de quelque expérience déplaisante que j'aurais pu vivre dans mes relations avec les autres. Mes relations avec les membres de ma propre église, comme avec les Chrétiens d'autres dénominations, ont été amicales, courtoises et agréables. Mon chagrin résulte simplement d'une situation qui est, je le crois, presque universellement généralisée dans les églises.
Je pense aussi que je dois reconnaître que je suis moi-même largement impliqué dans la situation que je déplore ici. Je veux suivre l'exemple d'Esdras, qui s'est personnellement impliqué dans sa puissante prière d'intercession, en se mettant lui-même au rang des pécheurs : "Mon Dieu, je suis dans la confusion, et j'ai honte, ô mon Dieu, de lever ma face vers toi ; car nos iniquités se sont multipliées par-dessus nos têtes, et nos fautes ont atteint jusqu'aux cieux" (Esdras 9:6).
En toute honnêteté, que toute parole dure prononcée ici à l'encontre des autres retombe sur ma tête ! Moi aussi, je suis coupable. J'écris cela dans l'espoir que nous puissions tous nous tourner vers le Seigneur notre Dieu, en arrêtant de pécher contre Lui.
 Permettez-moi d'exprimer la cause de mon fardeau. La voici : Aujourd'hui, Jésus-Christ n'a pratiquement plus aucune autorité au milieu des groupes qui se réclament de Son nom.
Je ne parle ici ni des Catholiques Romains, ni des églises chrétiennes libérales, ni des diverses sectes qui se disent chrétiennes. Je veux parler clairement des églises Protestantes en général, dans lesquelles j'inclus celles qui proclament le plus haut être dans la lignée spirituelle de Jésus-Christ, c'est-à-dire les églises évangéliques.
Jésus-Christ Homme, après Sa résurrection, fut déclaré Seigneur et Christ par Dieu le Père, qui L'a investi d'une autorité absolue sur l'Eglise, qui est Son Corps. Il s'agit d'une doctrine fondamentale du Nouveau Testament. Toute autorité Lui a été donnée dans le ciel et sur la terre. Au temps marqué, Christ exercera pleinement cette autorité. Mais, au cours de la période actuelle de l'Histoire, Il permet que Son autorité soit contestée ou ignorée. Actuellement, Son autorité est contestée par le monde, et ignorée par l'Eglise.
La position actuelle de Christ dans les églises de l'Evangile peut être comparée à celle d'un roi dans une monarchie constitutionnelle à pouvoir limité. Le roi, parfois dépersonnalisé par l'emploi de l'expression "la Couronne," n'est plus, dans un tel pays, qu'un point de ralliement, un symbole agréable d'unité et de loyauté, tout comme un drapeau ou un hymne national. On le loue, on le fête, on l'entretient, mais il n'a que peu d'autorité. En principe, il est à la tête du pays, mais, en cas de crise, c'est quelqu'un d'autre qui prend les décisions importantes. A certaines occasions formelles, il apparaît en public, revêtu de ses ornements royaux, pour délivrer le discours terne et creux qui lui a été préparé par ceux qui gouvernent réellement le pays. Tout cela est sans doute un faux-semblant qui ne fait de mal à personne, et qui est le fruit d'une longue tradition. C'est très plaisant, et personne n'a envie de le supprimer.
Dans les églises évangéliques, Christ n'est actuellement guère plus qu'un symbole aimé de tous. "Tous proclament la puissance du Nom de Jésus !" Tel est l'hymne national de l'Eglise, et la croix est son drapeau officiel. Mais dans les réunions hebdomadaires de l'église, comme dans la conduite quotidienne de ses membres, ce n'est pas Christ qui prend les décisions, c'est quelqu'un d'autre. Dans certaines circonstances appropriées, on permet à Christ de dire : "Venez à Moi, vous qui êtes fatigués et chargés," ou "Que votre cœur ne se trouble point !" Mais quand Son discours est terminé, quelqu'un reprend les rênes. Ce sont ceux qui disposent de l'autorité réelle qui fixent les règles morales que doit suivre l'église, ainsi que les objectifs et les méthodes employées pour les atteindre. Grâce à une longue et minutieuse organisation, il est à présent possible, pour le plus jeune pasteur sortant à peine de son école biblique, de disposer, dans son église, de plus d'autorité que n'en dispose Christ Lui-même !
Non seulement Christ ne dispose plus que d'une faible autorité, quand Il en dispose, mais Son influence décroît sans cesse. Je ne dirais pas qu'Il n'a plus aucune influence, mais elle est faible, et elle diminue de plus en plus. On peut comparer cela à l'influence d'Abraham Lincoln sur le peuple Américain. L'honnête Abraham est toujours l'idole de notre pays. On voit partout l'image de son visage aimable et rugueux, tellement ordinaire qu'il en devient beau. Il est facile d'avoir les yeux embués de larmes quand on évoque sa mémoire. Les enfants grandissent en écoutant les récits de son amour, de son honnêteté et de son humilité.
Mais dès que nous avons repris le contrôle de nos tendres émotions, qu'en reste-t-il ? Rien d'autre qu'un bon exemple qui, à mesure que le temps passe, devient de plus en plus irréel, et exerce de moins en moins d'influence. N'importe quel scélérat est prêt à se draper dans le long manteau noir de Lincoln. A la froide lumière de la réalité politique des Etats-Unis, la référence constante faite à Lincoln par nos politiciens ressemble à une cynique plaisanterie.
Les Chrétiens n'ont pas complètement oublié la Seigneurie de Jésus, mais elle a été reléguée au niveau d'un livre de cantiques. On se décharge ainsi confortablement de toute responsabilité, sous l'effet apaisant d'une agréable émotion religieuse. Ou alors, si l'on enseigne la Seigneurie de Christ de manière théorique, elle n'est que rarement mise en pratique dans la vie de tous les jours. L'idée que Jésus-Christ Homme puisse disposer d'une autorité absolue et définitive sur toute l'Eglise et sur chacun de ses membres, dans tous les détails de leur vie, cette idée n'est tout simplement plus acceptée comme vraie par les Chrétiens évangéliques de base.
Voici ce que nous faisons : nous considérons que le Christianisme de notre église est identique à celui de Christ et de Ses apôtres. On met les croyances, les pratiques, les principes et les activités de notre groupe sur le même plan que ceux des Chrétiens du Nouveau Testament. Tout ce que notre groupe pense, dit ou fait, est conforme aux Ecritures, cela va de soi. On part du principe que tout ce que notre Seigneur attend de nous, c'est de nous occuper des activités de notre groupe. Ce faisant, nous sommes censés obéir aux commandements de Christ.
Afin d'éviter la dure nécessitée, soit de nous soumettre, soit de rejeter les claires instructions de notre Seigneur dans le Nouveau Testament, nous nous réfugions dans une interprétation libérale de ces instructions. La casuistique n'est pas réservée aux seuls théologiens de l'Eglise Catholique Romaine. Nous, Chrétiens évangéliques, savons comment esquiver les exigences les plus dures de l'obéissance, en ayant recours à des explications complexes et sophistiquées. Celles-ci sont parfaitement taillées pour satisfaire la chair.
Elles excusent la désobéissance, consolent la chair et annulent l'efficacité des paroles de Christ. A la racine de tout cela, il y a le fait que l'on ne croit pas que Christ ait vraiment voulu dire ce qu'Il a dit. En théorie, on accepte Ses enseignements, mais après les avoir édulcorés par une interprétation appropriée.
Pourtant, Christ est de plus en plus consulté par une foule de gens à problèmes, et recherché par ceux qui aspirent à la paix de l'esprit. On Le recommande hautement, comme s'Il était une sorte de psychiatre spirituel disposant de pouvoirs remarquables pour redresser les gens. Il est capable de les délivrer de leurs complexes de culpabilité, et de les aider à éviter de sérieux traumatismes psychiques, en les aidant à s'adapter en douceur à la société et à leur propre ego. Bien entendu, cet étrange Christ n'a aucun rapport avec le Christ du Nouveau Testament. Le véritable Christ aussi est Seigneur, tandis que ce Christ accommodant n'est guère plus que le serviteur du peuple.
Mais je suppose que je devrais offrir certaines preuves concrète me permettant d'affirmer que Christ n'exerce plus qu'une faible autorité aujourd'hui sur les églises chrétiennes, à supposer qu'Il l'exerce. Eh bien, permettez-moi de poser quelques questions, dont les réponses fourniront ces preuves.
Quel conseil presbytéral, quel conseil d'église, consulte réellement les paroles du Seigneur quand il y a des décisions à prendre ? Je demande à tous ceux qui lisent ces lignes, et qui ont l'expérience d'un conseil d'église, d'essayer de se rappeler à quel moment l'un des membres de ce conseil a fait référence à un passage de l'Ecriture pour appuyer ses arguments, ou quand le président de ce conseil a demandé aux frères de chercher à savoir quelles étaient les instructions du Seigneur concernant un problème particulier. En général, les conseils d'église commencent par une prière formelle, ou un "moment de prière." Après quoi, Celui qui est la Tête de l'Eglise demeure respectueusement silencieux, tandis que le véritable conducteur prend la direction des opérations. Je demande à tous ceux qui ne sont pas d'accord avec cette analyse de venir présenter leurs arguments pour la réfuter ! Pour ma part, je serais très heureux de les entendre !
Quel comité d'Ecole du Dimanche consulte la Parole de Dieu pour y trouver ses directives ? Est-ce que ses membres ne partent pas invariablement du principe qu'ils savent déjà tout ce qu'ils sont censés faire, et que leur seul problème est de déterminer les moyens efficaces pour parvenir à leurs fins ? Tout leur temps, et toute leur attention, sont absorbés par des plans, des règles, des "activités" et des nouvelles techniques méthodologiques. Ils prient avant les réunions afin de demander l'aide de Dieu pour réaliser leurs plans. Apparemment, l'idée que le Seigneur pourrait leur donner certaines instructions ne les a jamais effleurés !
Qui ne se rappelle avoir jamais vu le président d'un comité d'église mettre une Bible sur la table, dans le but de s'en servir ? Ordres du jour, règles et comptes-rendus, oui ! Mais quant aux commandements sacrés du Seigneur, c'est non ! Il existe une dichotomie absolue entre le moment de prière et la séance de travail qui suit. Le premier n'a aucun rapport avec la seconde.
Quel comité missionnaire cherche réellement à être guidé par le Seigneur, par Sa Parole et par Son, Esprit ? Tous ses membres sont persuadés qu'ils le font. Mais ce qu'ils font, en réalité, c'est présumer le caractère scripturaire de leurs objectifs, et demander l'aide du Seigneur pour qu'Il leur permette d'atteindre ces objectifs ! Ils sont prêts à prier toute la nuit pour que Dieu donne du succès à leurs entreprises. Mais tout ce qu'ils désirent, c'est que Christ les aide, sans être leur Seigneur. On définit des moyens humains pour atteindre des objectifs que l'on considère a priori comme divins ! On les met en forme pour en faire des politiques, mais, ensuite, le Seigneur n'a plus droit au vote !
Dans la conduite de nos cultes publics, où est l'autorité de Christ ? En vérité, c'est rarement le Seigneur qui dirige une réunion aujourd'hui, et l'influence qu'Il y exerce est très faible. Nous chantons sur Lui et prêchons sur Lui, mais Il ne faut pas qu'Il interfère ! Nous Lui rendons un culte à notre façon, et cela doit être bon ainsi, parce que nous l'avons toujours fait de cette manière, tout comme les autres églises de notre mouvement.
Quand un Chrétien rencontre un problème moral, fait-il immédiatement référence au Sermon sur la Montagne, ou à tout autre passage du Nouveau Testament, pour y trouver une réponse qui fera autorité ? Qui permet à la Parole de Christ d'avoir le dernier mot en matière de dons, de contrôle des naissances, d'éducation de la famille, de conduite de vie personnelle, de dîme, de loisirs, d'achat et de vente, ou d'autres matières importantes ?
Quel établissement d'enseignement biblique, qu'il s'agisse de la petite Ecole Biblique ou de l'Institut le plus réputé, pourrait continuer à subsister, s'il faisait de Christ le seul Seigneur de toutes ses décisions ? Certains subsisteraient peut-être, du moins je l'espère, mais je crois avoir raison en affirmant que la plupart de ces établissements, pour rester en activité, sont contraints d'adopter des procédures qui n'ont aucune justification dans la Bible qu'ils ont pourtant la prétention d'enseigner. Nous trouvons donc cette étrange anomalie : on ignore l'autorité de Christ, afin de conserver en vie une école qui est censée enseigner, entre autres choses, cette même autorité de Christ !
 Les causes de ce déclin de l'autorité de notre Seigneur sont nombreuses. Je n'en citerai que deux.
L'une est la puissance de l'habitude, des précédents et des traditions, dans les groupes chrétiens les plus anciens. Ces choses, de même que la gravitation, influencent toutes les pratiques religieuses du groupe, et exercent une pression régulière et constante dans une certaine direction. Bien entendu, cette direction est celle de la conformité au statu quo. Ce n'est pas Christ, mais la coutume, qui contrôle les situations. Une telle attitude a fini par passer dans d'autres groupes chrétiens, comme les églises du Plein Evangile, Pentecôtistes ou fondamentalistes, et dans les nombreuses églises indépendantes et non-dénominationnelles que l'on trouve dans tout le continent Nord-Américain.
La seconde cause est le réveil de l'intellectualisme chez les Chrétiens évangéliques. Si j'analyse correctement la situation, il s'agit, non de la soif d'apprendre, mais surtout du désir d'acquérir la réputation d'être érudit. A cause de cela, des hommes de bonne volonté, qui devraient pourtant être plus avisés, sont poussés peu à peu à collaborer avec l'ennemi. Permettez-moi de m'expliquer.
Notre foi évangélique, que je crois être la véritable foi de Christ et des apôtres, est aujourd'hui attaquée sur de nombreux fronts. Dans notre monde occidental, l'ennemi a abandonné le recours à la violence. Il ne vient plus nous attaquer avec l'épée et le fagot. Il vient avec le sourire, les mains chargées de présents. Il lève les yeux au ciel et jure que lui aussi possède la foi de nos pères. Mais son objectif réel est de détruire cette foi ou, tout au moins, de la modifier tellement qu'elle cessera d'être la chose surnaturelle qu'elle était auparavant. L'ennemi vient aujourd'hui au nom de la Philosophie, de la Psychologie ou de l'Anthropologie, et nous exhorte, avec de suaves raisonnements, à repenser notre position historique, et à être moins rigides, plus tolérants, plus ouverts dans notre compréhension des choses.
Il sait parler le jargon sacré des écoles, et beaucoup de nos Chrétiens évangéliques, imparfaitement éduqués, se presse pour l'aduler. Il couvre de diplômes académiques les fils des prophètes qui se bousculent à ses pieds, tel Rockefeller, qui avait l'habitude de jeter des piécettes aux enfants des paysans. Les Chrétiens évangéliques qui, avec quelque raison, pouvaient autrefois être accusés de manquer de réelle formation biblique, s'accrochent aujourd'hui à ces symboles de statut social, les yeux brillants. Et quand ils les décrochent, ils peuvent à peine croire qu'ils y sont parvenus ! Ils se promènent à la ronde, remplis d'une sorte d'incrédulité extatique, comme le ferait le chanteur solo d'une chorale de paroisse, qui serait invité à chanter à la Scala !
 Pour tout vrai Chrétien, le critère suprême de la valeur ultime et de l'orthodoxie de tout ce qui touche à la foi et à la religion, doit être la place qui y est réservée au Seigneur. Le Seigneur n'est-Il qu'un symbole ? Est-il en charge des commandes, où n'est-Il là que pour aider les autres à réaliser leurs projets ? Toutes nos activités spirituelles, que ce soit l'acte le plus simple du Chrétien individuel, ou les actions coûteuses d'une dénomination entière, peuvent être testées en répondant à une question simple : "Le Seigneur Jésus est-Il le Seigneur de cette action ?" De la réponse que nous apporterons à cette question dépendra ce qui sera manifesté au grand jour du jugement. Nous verrons alors si nous aurons construit avec du bois, du foin, et de la paille, ou avec de l'or, de l'argent et des pierres précieuses.
 Que devons-nous donc faire ? Chacun de nous doit en décider. Nous avons au moins trois réactions possibles. L'une serait de nous lever, dans un mouvement d'indignation choquée, et de m'accuser de tenir un discours irresponsable. Une deuxième réaction serait de m'approuver, d'une manière générale, mais de tirer réconfort du fait qu'il y a quand même quelques exceptions, et que nous faisons partie de ces exceptions. La troisième réaction serait de nous incliner, en toute humilité, et de confesser que nous avons attristé le Saint-Esprit et déshonoré notre Seigneur, en ne Lui accordant pas la place que Son Père Lui a accordée, en tant que Tête et Seigneur de l'Eglise.
Si nous adoptons la première ou la deuxième réaction, nous ne ferons que confirmer le mal. Mais si nous adoptons la troisième, et si nous allons jusqu'au bout de ce qu'elle implique, nous pourrons encore écarter la malédiction. La décision nous appartient.
 A.W.Tozer
 Source: Parole de vie.
Cet article parut dans "The Alliance Witness" le 15 mai 1963, juste deux jours après la mort du Dr Tozer. En un sens, ce fut son discours d'adieu, car il exprime la préoccupation de son cœur. On peut imaginer quelle est la situation aujourd'hui !