samedi 3 octobre 2026

(17) LE GUIDE DE LA VIE PIEUSE Méditations sur le Sermon sur la Montagne Par F. B. Meyer

Chapitre 16

L'INTENTION DE L'ÂME

Matthieu 6:22

L'œil est la caractéristique la plus frappante et la plus importante du visage. Bleu comme l'azur du ciel, marron comme la noisette, noir comme une pierre de jais, il donne de l'expression et de la beauté au visage, se remplit de larmes de pitié, brille de l'éclat de l'affection et s'embrase du feu de la colère. Grâce à l'œil, nous sommes donc capables de discerner une grande partie des pensées et des intentions du cœur.

L'œil est également indispensable pour nous permettre d'accomplir les tâches de la vie. C'est grâce à l'œil que nous voyons pour accomplir notre travail, que nous découvrons le chemin que nous devons suivre et que nous regardons les visages de nos amis ou la beauté de la création de Dieu. Chaque fois que nous voyons une personne aveugle ou que nous passons devant des institutions consacrées à la restauration de la vue, élevons notre cœur pour remercier Dieu de ce don inestimable.

Il est intéressant de noter la comparaison que notre Seigneur utilise. Il parle de l'œil comme de la « lumière du corps » ; ailleurs, le même mot grec est traduit par « lampe » ou « bougie ». Dans Matthieu 5, nous découvrons la même expression : « On n'allume pas non plus une lampe pour la mettre sous le boisseau. » Le même mot est utilisé dans Luc 12 : « Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. » C'est le mot par lequel Jean-Baptiste est désigné dans Jean 5 : « Il était une lumière ardente et brillante » — par opposition à l'autre terme, appliqué uniquement à notre Seigneur : « C'était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant dans le monde. » Le ministère de Jean était la lampe qui éclairait les pas des hommes jusqu'à ce que « le Soleil de justice se lève avec la guérison dans ses ailes ». L'œil, dit notre Seigneur, est la lampe de la maison du corps. C'est comme s'Il considérait l'œil comme suspendu dans le vestibule du palais de la vie, projetant ses rayons vers l'extérieur, sur la voie publique animée, et vers l'intérieur, dans les profondeurs de l'âme.

Il est évident qu'il doit exister quelque chose dans notre vie intérieure qui correspond à l'œil, car notre Seigneur fait référence à l'œil comme emblème et symbole de quelque chose qui se trouve à l'intérieur. Il ne parle pas seulement de l'œil du corps, mais aussi de son corrélatif, l'œil de l'âme.

Quel est cet œil intérieur ? Certains ont supposé qu'il s'agit du pouvoir d'une affection concentrée, car l'amour répand véritablement une lueur chaleureuse sur tout le mobilier de la vie intérieure, ainsi que sur le vaste monde extérieur. D'autres ont affirmé que l'intellect est l'œil de l'âme, grâce auquel nous sommes capables de contempler le processus ordonné du monde et de considérer les processus de la pensée en nous. Une conception plus juste de la signification des paroles de notre Seigneur nous amène cependant à conclure que l'œil du corps correspond à l'intention et au but intérieurs de l'âme.

Si vous examinez un instant votre vie intérieure, en descendant dans les profondeurs qui se trouvent sous la surface de votre être, vous découvrirez qu'il existe un but ou un objectif profond qui est la véritable intention de votre vie. Au plus profond de vous-même, au-delà du jeu des émotions et de l'intellect, et de votre engagement dans divers intérêts, il existe un courant puissant qui coule perpétuellement à travers les ravins sombres de votre nature. Il se peut que vous en soyez à peine conscient ; vos amis les plus proches et les plus chers ne s'en rendent pas compte. Vous seriez surpris si cela était exprimé en autant de mots, mais il n'en est pas moins vrai qu'il existe une unité dans chaque caractère humain que Dieu perçoit. En chacun de nous, Il peut lire une unité de but et une unité de volonté. C'est là l'intention de l'âme, qui distingue chacun de nous de tous les autres.

LA LEÇON DE L'ŒIL

L'œil peut bien sûr être en bonne santé ou non. S'il est en bonne santé, un minuscule rideau suspendu à l'arrière de l'organisme s'ajuste pour recevoir les rayons focalisés provenant des objets extérieurs. Sur ce minuscule rideau se forme une image inversée de toutes les choses visibles.

Si vous regardez dans les yeux d'une autre personne, et en particulier dans les yeux d'un petit enfant, vous verrez tout le panorama du monde se présenter comme dans un cinémascope. Ce rideau est constamment réajusté, afin que l'image nette du monde extérieur puisse s'y projeter. Lorsque nous voyageons en train, il est probable que la mise au point soit modifiée des milliers de fois en une heure, car chaque secousse et chaque oscillation du véhicule nécessitent un réajustement de la lentille.

Lorsque l'œil est en mauvaise santé, l'image est double ou floue. Il existe deux façons dont l'œil peut devenir défectueux. Pour employer une expression courante, il peut y avoir une obliquité appelée strabisme, telle celle qui défigure le noble visage d'Edward Irving. Mme Oliphant nous raconte que, bébé, il était couché dans un berceau en bois, à travers un trou qui lui permettait de regarder la lumière d'un œil, tandis que l'autre conservait sa direction habituelle. Ses yeux n'étaient donc pas parallèles, et il était impossible de les focaliser sur un objet donné. L'intention de l'âme peut être détournée d'un objectif unique dans une double direction. Nous pouvons prier dans le but d'obtenir une réponse de Dieu et, en même temps, de recevoir la reconnaissance des hommes. Nous pouvons essayer d'amasser les trésors de ce monde et, en même temps, être riches envers Dieu. Nous pouvons nous efforcer de servir deux maîtres : Dieu et Mammon. C'est l'équivalent, dans la vie spirituelle, d'un strabisme.

Une autre cause de mauvaise santé oculaire est lorsque les petites vésicules, qui alimentent en sang la minuscule membrane, sont surchargées, de sorte qu'il est impossible pour les nerfs délicats d'ajuster le cristallin, et que la vision devient floue et indistincte.

Une autre cause encore du mauvais œil est la formation d'un film à la surface de la pupille, qui empêche la lumière de pénétrer.

À l'opposé de tous ces maux, combien il est bon d'avoir un œil clair avec une vision nette ; et combien il est encore meilleur lorsque le but et l'intention de l'âme sont si unis que toute la vie est illuminée par la lueur d'une lumière claire et belle. Tout au long de ce chapitre, notre Seigneur s'oppose à cette double vision. Il dit : « Ne prétendez pas appartenir au royaume des cieux alors que vos cœurs sont enfouis dans la terre ; n'ayez pas deux maîtres ; ne soyez pas divisés par des soucis anxieux ; recherchez d'abord le royaume de Dieu. » Tout au long de ce chapitre, il nous invite en fait à faire de notre prière constante le cri du psalmiste : « Unis mon cœur pour craindre ton nom. » Notre Seigneur s'oppose avec force à toute duplicité de caractère, si bien décrite par John Bunyan dans le personnage de M. Facing-both-ways, qui avait un œil tourné vers le ciel et l'autre vers la terre, qui professait sincèrement une chose et en faisait sincèrement une autre, et qui, à cause de son irréalité invétérée, était incapable de voir la contradiction de sa vie. « Il essayait de tromper à la fois Dieu et le diable, mais en réalité, il ne trompait que lui-même et ses voisins. »

UN BUT SUPRÊME

Il existe trois types d'individus. Premièrement, ceux qui n'ont aucune intention. Deuxièmement, ceux qui ont une double intention. Troisièmement, ceux dont l'intention est pure et simple.

(1) Certains n'ont aucune intention. Ils vivent au jour le jour sans but ; leur regard intérieur n'est fixé sur rien en particulier. Ils prennent chaque jour comme il vient, en tirant tout ce qu'il peut leur apporter, en accomplissant le devoir qu'il leur impose ; mais leur existence est précaire, aléatoire, sans but, sans ambition, sans objectif divin. Ils ne peuvent pas dire, avec l'apôtre, qu'ils laissent derrière eux ce qui est passé et qu'ils s'efforcent d'atteindre ce qui est devant eux, ou qu'ils sont toujours engagés dans une seule chose. Il est tout à fait vrai que, dans de nombreux cas, il n'y a peut-être pas de grande cause à défendre, pas de sujets à explorer, pas d'objectif à atteindre pour gagner de l'argent, car on dispose déjà d'une compétence suffisante. Certaines personnes qui lisent ces mots sont peut-être des filles issues de familles aisées, ou de jeunes hommes héritiers d'une fortune considérable, ou encore des personnes menant une vie modeste qui n'ont pas vraiment besoin de voir plus loin que le quotidien ou la semaine avec sa routine habituelle ; mais même ces personnes devraient avoir un objectif suprême, celui de faire descendre la Nouvelle Jérusalem du ciel, d'établir le royaume de Dieu parmi les hommes, d'accélérer la venue du jour du Christ, ou d'être elles-mêmes plus pures et plus saintes. Devenir peut toujours être le but et l'intention suprêmes de l'âme : être un peu plus semblable au Christ, mieux le connaître et l'aimer, être capable de répandre davantage sa douceur et sa force sur les autres. Aucune vie n'est à ce point enfermée dans les hauts murs des circonstances qu'elle ne puisse s'élever vers la lumière profonde du ciel azur qui l'enveloppe.

Ne vous contentez pas de dériver à travers la vie ; ne soyez pas satisfait d'être un morceau de bois flottant, balayé çà et là par le flux et le reflux du courant ; ne soyez pas une créature de circonstances ; car il est certain que si vous ne vivez pas avec un but divin pour Dieu et l'éternité, vous vivez certainement pour vous-même, pour votre confort, ou votre plaisir indolent, ou pour traverser les années avec le moins d'agitation et de friction possible, ce qui, au fond, et dans un monde comme celui-ci, si misérable et si nécessiteux, est de l'égoïsme pur et simple. Ne pas avoir de but, c'est avoir le pire des buts ; ne pas avoir d'ambition, c'est vivre pour soi-même ; ne pas avoir d'intention, c'est dériver sur la grande route en compagnie de ceux qui s'y engagent vers leur propre destruction.

(2) Certains ont une double intention. Ils ont entendu l'appel du Christ et ont reçu la semence du royaume ; mais dès qu'elle a atteint leur cœur, deux puissants concurrents ont tenté de partager avec elle la nourriture de l'âme. D'un côté, il y avait les soucis du monde, qui touchent principalement les pauvres et ceux qui luttent pour survivre ; de l'autre, la tromperie des richesses, qui touche principalement les opulents et les nantis. Pendant un bref intervalle, une lutte s'engagea pour savoir lequel des deux serait le maître, mais le conflit se termina rapidement par la victoire des épines robustes : ces brigands impitoyables s'emparèrent de toute la nourriture que le sol du cœur pouvait fournir et devinrent de plus en plus vigoureux et grands, jusqu'à ce que le petit grain se flétrisse et ne parvienne pas à porter son fruit à maturité.

MOTIF SOUS-JACENT

Ne pourriez-vous pas vous examiner vous-même ? Vous pensez être sincère, alors que vous pourriez être hypocrite ; ou, pour reprendre une comparaison du prophète, cuit d'un côté et pas de l'autre ; ou, pour reprendre une comparaison du grand rêveur, regardant dans une direction et louchant dans une autre. Vous semblez très sérieux dans votre travail chrétien, mais êtes-vous tout à fait sûr que votre dévotion apparente ne provient pas d'un caractère autoritaire qui aime être indépendant et grossier ? N'est-ce pas plutôt dû à une activité fébrile qui doit s'exercer dans de nombreuses directions afin que l'âme puisse s'échapper d'elle-même ; ou à une pitié et une sympathie naturelles pour les hommes qui vous inciteraient à accomplir un acte similaire même si vous n'aviez jamais entendu parler du Christ ? Bien sûr, vous vous dites que votre motivation est pure et unique, et que vous ne désirez que glorifier Dieu ; mais à ses yeux, il se peut que vous soyez en réalité motivé par les penchants naturels de votre nature, par votre désir d'être le premier, ou par votre appétit de notoriété ou d'argent. Le cœur est si trompeur qu'il nous convient de nous examiner avec toute la prudence nécessaire, de peur qu'à la fin de notre vie, nous ne découvrions que, tandis que nous semblions accomplir l'œuvre de Dieu, nous accomplissions en réalité la nôtre ; et que, tandis que nos amis nous attribuaient une grande dévotion religieuse, nous étions en réalité animés par un but vain, orgueilleux et indigne, qui privait notre noble service de toute valeur aux yeux de l'éternité.

Comme le dit l'apôtre, la seule intention suprême de chaque enfant de Dieu devrait être de plaire à Dieu. Combien peu d'entre nous peuvent dire avec lui : « À qui j'appartiens et qui je sers ! » « Il m'importe peu d'être jugé par vous ou par le jugement des hommes ; celui qui me juge, c'est le Seigneur. »

(3) Veillons à avoir une intention pure et simple. Notre but devrait être de mettre toute notre âme dans une seule chose : faire la volonté de Dieu, afin que toute notre vie religieuse soit passée devant le Père, qui voit dans le secret ; que nos aumônes, nos prières, nos jeûnes soient pour ses yeux, et ses yeux seuls ; et que toute notre vie émane de sources cachées où l'Esprit de Dieu couve, comme ces sources du Nil dissimulées au cœur des grandes montagnes, dont le secret a si longtemps défié les recherches des explorateurs. La lampe d'une vie sainte est la pure intention de l'âme, qui ne cherche à rien gagner pour elle-même, qui n'a aucun désir de plaire aux hommes ou de recevoir leurs éloges, qui ne fuit pas l'adversité et ne recherche pas le soleil, mais qui se fixe comme seul but suffisant que Dieu soit satisfait et qu'à la fin du bref pèlerinage de la vie, on puisse dire de chacun de nous, comme on l'a dit d'Hénoch : « Il avait ce témoignage, qu'il avait plu à Dieu ».

Quelle bénédiction qu'une telle vie ! La lumière de l'intention pure de l'âme illumine Dieu, le devoir, l'amour humain, la gloire de la création et la signification de l'histoire, de la littérature et de l'art. Je me souviens d'un moment de ma vie, lors d'une crise très importante, où pendant des semaines j'ai été déchiré entre deux revendications fortes et contradictoires, et où j'ai finalement été contraint de mettre de côté tous mes engagements et de partir seul au milieu de la nature, où j'ai soigneusement examiné mon cœur jusqu'au plus profond de moi-même. J'ai découvert que la difficulté à discerner la volonté de Dieu venait du fait que je laissais trop de considérations personnelles entrer en conflit avec ma voix intérieure ; et lorsque je les ai définitivement mises de côté, que j'ai apaisé et calmé ma vie afin de prendre conscience que je n'étais animé que par un seul but — connaître et accomplir la volonté de Dieu —, alors la lampe de l'intention pure a éclairé le chemin qui, j'en étais sûr, était celui qui m'était destiné. Et depuis que j'ai osé suivre cette voie à partir de ce moment-là, tout le reste m'a été donné. C'est lorsque Salomon a demandé à avoir un cœur sage et intelligent, afin de connaître le dessein de Dieu, que Dieu lui a donné l'honneur, la richesse et une longue vie. Ces paroles du Christ résonnent encore et encore parmi les plus profondes qu'il ait jamais prononcées : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. »

UNE PRIÈRE INDISPENSABLE

Si la lampe de la pure intention de l'âme n'est pas maintenue pure et propre, « combien grande est l'obscurité ! » Notre Seigneur fait bien sûr allusion au fait que lorsque l'obscurité s'installe dans la forêt, les bêtes se faufilent, les clairières résonnent du rugissement du lion, du cri du chacal, du rire de la hyène. Une multitude d'animaux qui sont restés tranquilles dans leurs tanières pendant que le soleil brillait se glissent dehors ; et Notre Seigneur dit que lorsque le cœur d'un homme est déterminé à faire la volonté de Dieu, les passions les plus basses et les plus viles de sa nature — comme autant d'animaux de proie — restent dans leurs cachettes ; mais dès que le brouillard s'installe et que l'âme cesse de vivre dans le seul but intense de plaire à Dieu, alors les ténèbres envahissent la maison de la vie, et toutes sortes de choses mauvaises et impures, qui autrement seraient réduites au silence et au secret, commencent à se révéler. « Quelle est la grandeur de ces ténèbres ! » Si je m'adresse à des hommes qui sont conscients qu'il y a des ténèbres sur la vie, sur la vérité, sur la Parole de Dieu ; s'ils sont perplexes et tourmentés par l'intrusion de choses mauvaises qui les remplissent de doutes, permettez-moi de les exhorter à demander à Dieu de « purifier les pensées de leur cœur par l'inspiration de son Saint-Esprit, afin qu'ils puissent L'aimer parfaitement et magnifier dignement son Saint Nom ».

(à suivre)

Version originale anglaise disponible dans le domaine public

source : https://connaitrechrist.net/


vendredi 2 octobre 2026

(16) LE GUIDE DE LA VIE PIEUSE par F. B. Meyer Méditations sur le Sermon sur la Montagne

 L'UTILISATION DE L'ARGENT PAR LES DISCIPLES

 Chapitre 15

Matthieu 6:19-24

Deux éléments peuvent perturber notre vision, c'est-à-dire entraver la pureté des intentions de l'âme : l'un est la tentation de la prospérité et de l'aisance ; l'autre est celle de la pauvreté, qui nous rappelle la graine semée parmi les épines. « C'est celui qui entend la parole, mais les soucis de ce monde (c'est la tentation des pauvres et de ceux qui luttent) et la séduction des richesses (c'est la tentation de ceux qui s'efforcent d'acquérir des biens ou commencent à en acquérir) étouffent la parole, et elle devient infructueuse. »

C'est des tentations qui découlent de la gestion de l'argent que nous devons maintenant parler. Notre message s'adresse à ceux qui, pour reprendre les mots de l'apôtre, désirent être riches. Ce sont ceux qui « tombent dans la tentation et dans le piège, et dans de nombreux désirs insensés et nuisibles, qui noient les hommes dans la destruction et la perdition » (1 Timothée 6:9).

Notre Seigneur fait d'abord allusion au caractère éphémère et destructible des richesses terrestres. La richesse orientale consistait principalement en robes magnifiquement brodées ; et dans un pays où il n'y avait pas de banques (au sens où nous l'entendons aujourd'hui), les pièces de monnaie étaient enterrées dans la terre — souvent, comme dans le cas d'Acan, dans un trou creusé dans l'enceinte de la maison. Cela nous rappelle également la parabole de notre Seigneur sur le trésor caché dans le champ, dont le propriétaire n'avait aucune idée de la richesse enfouie sous la surface du sol, jusqu'à ce que le soc de la charrue le heurte et que le son métallique l'incite à arrêter ses bœufs afin de déterrer le pot de pièces de monnaie, caché lorsque l'invasion a balayé le pays, et que le propriétaire n'est jamais revenu réclamer.

Notre Seigneur rappelle à ses auditeurs que la teigne et la rouille détruisent tous les trésors terrestres, et que des voleurs peuvent à tout moment franchir les minces murs d'argile de leurs maisons et emporter leurs réserves accumulées. Et ses paroles peuvent certainement s'étendre à ce « voleur couronné et sceptré » qui, un jour, creusera à travers les murs d'argile de notre demeure mortelle et nous enlèvera les vêtements dont nous sommes revêtus, la richesse que nous aurons amassée, les actions qui sont à notre nom, les terres que nous aurons achetées à grands frais, nous renvoyant nus et dépouillés, privés de tout, dans un monde où nous atterrirons comme des indigents, parce que nous n'aurons pas su y amasser de trésor.

POUR « LES JOURS PLUVIEUX »

Notre Seigneur n'a certainement pas voulu condamner toute forme d'épargne. Par exemple, l'apôtre Paul recommande aux parents de mettre de côté pour leurs enfants (2 Corinthiens 12:14). Il est certainement juste que nous tirions parti des grandes lois de l'assurance-vie afin de nous constituer une réserve raisonnable et modérée pour nos vieux jours ; et surtout, nous devrions, moyennant une petite cotisation annuelle, assurer à ceux qui nous survivront une existence convenable. Je pense sincèrement que chaque jeune homme et chaque jeune femme devraient, dès le début de leur vie, commencer à cotiser auprès d'une grande compagnie d'assurance, afin qu'à l'âge de cinquante-cinq ou soixante ans, ils puissent disposer d'une somme qui leur sera utile dans leurs vieux jours — la même somme étant versée à leur mère, leur épouse ou leur sœur en cas de décès prématuré ; et je ne peux pas croire un seul instant que l'esprit ou la lettre des paroles de notre Seigneur contredisent ce principe de l'économie chrétienne.

Il semble également certain que rien dans ces paroles du Maître n'interdit de mettre de côté une certaine somme comme capital, qui peut être utilisée pour le développement d'une entreprise et donc pour l'emploi d'un grand nombre d'ouvriers. Rien ne me semble plus bénéfique qu'un industriel qui augmente son capital, et donc ses machines et sa production annuelle, car tout cela signifie l'élargissement de son influence et la création d'emplois pour un plus grand nombre d'hommes, de femmes, jeunes filles et jeunes garçons — d'autant plus s'il contribue à la construction d'une cité-jardin, exempte de débits de boissons, libérée de l'enfermement de la grande ville, exempte des vices inhérents à toute grande agglomération humaine, où chaque maison est entourée d'arbres et de fleurs, où chaque ouvrier possède son lopin de terre et où les enfants respirent un air pur et salutaire.

Cependant, aucune de ces méthodes pour mettre de l'argent de côté n'est contraire à l'injonction de notre Seigneur : « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre. » Ce qu'Il interdit, c'est l'accumulation d'argent, non pas pour l'usage que nous en faisons, non pas pour protéger nos proches de l'anxiété, mais pour l'argent lui-même, à tel point que l'effort d'accumulation accapare des affections qui devraient être fixées sur des choses plus nobles et plus divines, et conduit à la concentration de tout l'être sur le solde croissant de la banque ou l'augmentation des biens immobiliers. Dans le jugement de l'éternité, il est tout à fait indigne d'un être immortel de mettre en péril ses intérêts les plus élevés, sa vision de Dieu, sa puissance spirituelle, sa paix et sa béatitude, pour des choses aussi éphémères et faciles à perdre que les richesses. Certes, les choses pour lesquelles les hommes luttent ne sont plus détruites par les mites et la rouille, ni volées par les voleurs nocturnes, mais l'incertitude des richesses est proverbiale ; à tout moment, elles peuvent prendre leur envol et s'envoler. Une panique à la Bourse, une dépréciation de la valeur des titres, une nouvelle invention, le détournement du commerce d'un port vers un autre ou la concurrence étrangère peuvent, en très peu de temps, faire s'effondrer et disparaître comme le Campanile de Venise les gains soigneusement accumulés au cours de notre vie.

LA COURSE À LA RICHESSE

Notre Seigneur avait de bonnes raisons de dénoncer la pratique consistant à amasser des trésors, en raison de la tentation que représente le désir de les acquérir. Lorsqu'un jeune homme entre dans la vie avec la seule intention de faire fortune le plus rapidement possible, il est presque certain qu'il commencera à la faire selon les maximes et les pratiques qui prévalent dans le monde qui l'entoure. De loin, il voit le but qui l'attend et il est tenté de prendre le raccourci pour l'atteindre, sur une route semée de mensonges et de malhonnêteté, de réputations perdues et de caractères détruits. Cette route est empruntée par des myriades de personnes dans leur course effrénée vers la richesse, sans se soucier de la misère qu'elles peuvent causer aux autres et du tort qu'elles se font à elles-mêmes. Notre Seigneur a bien fait de décrire les richesses comme « les richesses injustes » (Luc 16:11). C'est pourquoi, avec la plus grande urgence, on répéterait à tous ceux qui commencent leur vie, les paroles avec lesquelles le grand apôtre des Gentils a conclu l'une de ses dernières épîtres : « Recommande aux riches de ce monde de ne pas être orgueilleux, de ne pas mettre leur espérance dans la richesse, qui est incertaine, mais en Dieu, qui nous donne avec abondance toutes choses pour en jouir. »

Passons maintenant aux raisons invoquées par notre Seigneur pour justifier son interdiction formelle à ses disciples d'accumuler des trésors.

Premièrement, l'accumulation d'argent induit un amour démesuré pour celui-ci. « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Même l'homme le plus pieux, qui commence sa vie consacré à Dieu et au meilleur service de ses semblables, est fortement tenté, lorsqu'il voit l'argent commencer à s'accumuler en sa possession, de se détourner de l'objectif principal de sa vie pour se concentrer sur sa fortune grandissante. Que les jeunes hommes d'affaires qui portent le nom du Christ s'évaluent eux-mêmes et se demandent si leur cœur n'est pas insensiblement détourné. Ils ne sont peut-être pas conscients de ce qui se passe. Des cheveux gris se répandent abondamment sur leur tête sans qu'ils s'en rendent compte. La fascination de l'argent est l'une des plus fortes au monde. Il est presque impossible de le gérer, qu'il provienne d'un héritage du passé ou qu'il ait été gagné par des transactions fructueuses dans le présent, sans finir par l'apprécier pour lui-même, sans se féliciter lorsqu'il augmente et sans comploter pour l'accumuler davantage. Ainsi, le cœur devient inconsciemment lié par des chaînes de plus en plus serrées, tout comme le ballon rempli de gaz léger, destiné à commercer avec les nuages, est retenu au sol par de solides amarres dont il ne peut se libérer.

Il n'est pas difficile pour les observateurs de discerner le processus par lequel le cœur s'éloigne de l'invisible et de l'éternel pour se tourner vers le temporel et le transitoire. On constate un relâchement de l'intérêt pour le culte religieux et le service chrétien, une absorption dans le cercle familial qui montre que le cœur n'est plus là, une réticence à se séparer de l'argent qui était autrefois donné librement pour les missions nationales et étrangères. Il devient de plus en plus difficile de retenir l'attention sur quoi que ce soit qui détourne le temps ou la pensée de la banque, de l'usine ou du magasin. Le processus est très subtil, mais, en comparant les années, ceux qui aiment la nature tentée et fascinée secouent gravement la tête lorsqu'ils se rendent compte que le cœur est trahi et voué à sa perte, et qu'une autre vie sera bientôt écrasée sous les roues du terrible char de Juggernaut, symbole de l'ambition et du succès mondains.

CINQ TESTS

Il existe cinq tests qui nous permettent de savoir si ce parasite s'est emparé de nous. Osons interroger notre cœur et demandons à Dieu de le sonder par son Saint-Esprit. Ces cinq tests suffiront :

(1) Notre esprit se tourne-t-il vers la petite réserve d'argent que nous avons constituée, avec une certaine satisfaction, en calculant sans cesse son montant et en estimant combien nous pourrions encore y ajouter au cours de l'année à venir ? Lorsque nous sommes insomniaques la nuit ou que nous sommes assis dans un coin de notre voiture de train, nous surprenons-nous à penser systématiquement à cette compétence croissante ? Si tel est le cas, n'est-il pas évident que notre cœur est fasciné et attiré ?

(2) La pensée que nous avons désormais moins de chances que jamais de finir nos jours dans un hospice respectable ou de dépendre des autres, voire de Dieu Lui-même, nous envahit-elle constamment l'esprit ? Regardons-nous en arrière, vers nos jeunes années, et les comparons-nous au présent, avec le sentiment que nous sommes en train de devenir indépendants ? Notre confiance en Dieu est-elle moins totale qu'auparavant ? N'y a-t-il donc pas un risque que notre cœur faible et trompeur se fie à ces richesses incertaines et soit dépouillé de cette foi simple qui faisait le charme des jours passés, lorsque nous étions satisfaits d'accomplir Son œuvre et de Lui faire confiance pour tout ce qui était nécessaire ?

(3) Envions-nous les autres qui gagnent de l'argent plus rapidement que nous et nous considérons-nous comme lésés si nous ne pouvons pas les suivre ?

(4) Considérons-nous chaque service que nous rendons, notre connaissance croissante des hommes, chaque nouvelle information que nous recueillons, à la lumière de leur avantage monétaire ?

(5) Avons-nous l'habitude de mesurer les gains de l'année simplement en fonction de ce que nous avons gagné, sans tenir compte de ce que nous sommes, de l'argent que nous avons accumulé, plutôt que du bien que nous avons fait ?

Il nous incombe de nous poser ces questions avec révérence, comme devant Dieu, et de manière réfléchie, dans notre propre intérêt supérieur ; car elles nous révéleront presque certainement si le poison lent d'un amour absorbant de l'argent ne s'insinue pas dans notre cœur, le privant de ses attributs les plus nobles. Il est regrettable d'aimer l'or pour lui-même plutôt que pour l'usage que nous pouvons en faire, car le cœur a tendance à devenir semblable à ce qu'il aime. Non seulement le cœur est enfoui là où se trouve le trésor, mais il devient semblable au trésor. L'ossification est une terrible maladie physique, lorsque le cœur se transforme en une substance dure et osseuse ; mais elle a son équivalent spirituel pour ceux dont l'amour de l'or fait se ratatiner le cœur jusqu'à le rendre à peine meilleur que du métal.

Il n'est pas nécessaire de s'attarder longuement sur la deuxième raison que notre Seigneur invoque contre l'accumulation de trésors, à savoir que cette accumulation détourne l'âme de ses intentions pures et obscurcit toute lumière spirituelle. Nous savons tous que la foi n'est possible que pour les cœurs purs. La faculté de vision spirituelle et de réceptivité dépend de la simplicité et de l'intégrité de notre vie morale. Ainsi, lorsque le cœur est rempli de pensées concernant ses richesses terrestres, il devient grossier et insensible au domaine spirituel et éternel. Les choses de Dieu s'estompent de la vision, l'amour de Dieu décline dans le cœur, l'âme n'a plus d'objectif unique, l'œil s'obscurcit, la force spirituelle s'affaiblit, la paralysie morale s'installe et tout le corps se remplit de ténèbres, sous le couvert desquelles les choses mauvaises se glissent. Oh, ne laissez pas vos yeux spirituels être éblouis par l'éclat des biens de ce monde, de peur que vous ne soyez incapables, comme l'homme de Bunyan avec son râteau à fumier, de voir l'ange qui, une couronne d'or à la main, attend pour vous bénir. Au lieu de vous accroupir sur le tas de trésors éphémères, levez-vous de toute votre hauteur et réclamez la couronne qui ne se flétrit pas !

LES DEUX MAÎTRES

La troisième raison invoquée par notre Seigneur est que l'accumulation d'argent finit par asservir. Il dit : « Nul ne peut servir deux maîtres, car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. » Il utilise deux mots significatifs : l'un, Mammon (un ancien mot chaldéen désignant le dieu de la richesse) ; l'autre, servir, qui renvoie à la soumission de l'esclave aux caprices de son propriétaire. Notre Seigneur met en parallèle les deux maîtres — Dieu, le Père bienveillant, et Mammon, le dieu de la richesse — et dit que chacun doit choisir entre eux. Celui que vous choisirez de servir deviendra la force dominante suprême dans votre vie, ne vous laissant d'autre choix que l'obéissance d'un esclave.

Remarquez alors le danger qui guette le chrétien qui tombe sous l'emprise de la convoitise, que l'apôtre qualifie d'idolâtrie (Colossiens 3:5 ; Éphésiens 5:5). À la fin du processus, qu'il soit long ou court, il renoncera entièrement au service de Dieu et deviendra esclave de l'argent. La moindre connaissance des milieux commerciaux suffit à démontrer la tyrannie de Mammon, qui contraint ses esclaves à travailler jour et nuit, exige le sacrifice de l'amour et de la santé, des joies du foyer et des plaisirs naturels, insiste pour que tous les intérêts soient subordonnés à son service dévorant et, à la fin de la vie, jette son adepte, ruiné et sans le sou, sur les rivages de l'éternité. L'alcool lui-même, qui dépouille les hommes de tout ce qui vaut la peine d'être vécu, n'est pas plus redoutable.

Quelle est donc l'alternative à cette accumulation interdite d'argent ? Devons-nous donner sans discernement et à tous ceux qui le demandent ? J'avoue que je n'ai aucune confiance dans cette générosité aveugle qui démoralise celui qui donne et celui qui reçoit, qui engendre une multitude de fainéants et de bons à rien, au détriment des pauvres économes et industrieux, et qui satisfait le sentiment de pitié par une aumône paresseuse, alors qu'elle devrait s'attacher à améliorer radicalement la situation du mendiant suppliant. Il est relativement inutile de donner un repas ici et là, sans s'efforcer, par une sympathie pratique et un coup de main, d'aider les familles à s'aider elles-mêmes. C'est ce qui est nécessaire ; et aider un individu ou une famille à se prendre en main et à assurer sa propre subsistance est infiniment plus important que de fournir une aide temporaire, qui répond aux besoins d'aujourd'hui, mais n'apporte aucun changement permanent à la situation de demain ou de l'avenir. Il est beaucoup plus difficile d'utiliser notre argent de manière réfléchie et économe pour aider les autres que de leur remettre une demi-couronne ou une souveraine.

Prenons l'exemple d'une femme pauvre dont le cas suscite votre compassion. Il est bien sûr très facile de lui donner quelques shillings et de la chasser de votre esprit, mais le plus noble serait de lui procurer une machine à coudre ou une essoreuse, lui donnant ainsi la possibilité de s'aider elle-même. Il est tout aussi important de ne pas donner d'argent sans discernement que de ne pas l'accumuler. La méthode de vie idéale consiste à utiliser ce que vous avez pour aider les autres, à considérer votre argent comme une responsabilité pour le bien-être du monde et à vous considérer comme un fiduciaire pour tous ceux qui sont dans le besoin. Au lieu de laisser vos robes suspendues dans votre armoire, donnez-les à des personnes pauvres respectables dont les vêtements sont usés, afin qu'elles puissent occuper convenablement la position dont dépend leur subsistance. C'est la meilleure façon de les protéger des mites. Tout ce que vous possédez en matière de livres, de loisirs, de chambres d'amis, de maisons élégamment meublées, considérez-le comme autant d'occasions d'aider et de bénir les autres.

DONNER DE MANIÈRE PROPORTIONNELLE

Si vous êtes dans les affaires, à la fin de l'année, mettez de côté ce qui est nécessaire pour subvenir aux besoins de votre famille dans la position où Dieu l'a appelée ; ensuite, mettez de côté ce qui peut être nécessaire pour le développement de votre entreprise ; troisièmement, assurez-vous que grâce à un système d'assurance-vie, vous pourvoyez à vos besoins pour vos vieux jours ; mais lorsque tout cela est fait, considérez le reste comme appartenant à Dieu, à utiliser pour Lui. Ne donnez jamais moins d'un dixième à Dieu, mais donnez-Lui autant que possible. Si vous avez hérité d'une somme d'argent, vous n'avez pas le droit de la donner ou de la gaspiller ; transmettez-la telle que vous l'avez reçue, en considérant toujours, si vous le souhaitez, que les intérêts appartiennent à Dieu et attendent que vous les gériez en tant que Son intendant et Son fiduciaire.

Que chaque chrétien adopte le principe de donner une certaine proportion de ses revenus à la cause du Christ, et chaque fois que la fascination de l'argent commence à se faire sentir, qu'il fasse immédiatement un don généreux à une cause dans le besoin. Chaque fois que la tentation de considérer l'argent d'un point de vue égoïste se présente, qu'il y fasse face en se tournant vers Dieu et en disant : « Je te remercie de m'avoir donné ces choses dont je peux profiter pleinement, et je désire la sagesse et la grâce pour les utiliser pour toi et les tiens. »

Quel sera le résultat d'une telle attitude spirituelle ? Ah, la bénédiction totale ne peut être exprimée par des mots, — mais vous découvrirez que vous aurez un trésor dans le ciel, car ce que vous investissez dans le service des autres est un capital déposé dans la banque de Dieu, dont les intérêts vous reviendront toujours. Je crois fermement que les intérêts réels proviennent de l'argent qui est investi pour faire le bien ; et finalement, ceux que nous avons aidés nous accueilleront dans les demeures éternelles (Luc 16:9). De plus, votre cœur sera de plus en plus attaché à l'endroit où se trouve votre trésor, dans l'invisible et l'éternel. Votre regard sera unique, votre vie harmonieuse, votre attachement aux choses terrestres minime, et votre amour pour votre Maître, le Christ, deviendra une passion. Finalement, vous constaterez que le désir ardent que vous aviez autrefois pour la satisfaction égoïste et le confort disparaîtra, car la bénédiction de Celui qui était prêt à périr tombera sur votre tête, et les remerciements de la veuve et de l'orphelin anticiperont le « Bien fait ! » de votre Seigneur.

(à suivre)

Version originale anglaise disponible dans le domaine public

source : https://connaitrechrist.net/

jeudi 1 octobre 2026

(15) LE GUIDE DE LA VIE PIEUSE par F. B. Meyer Méditations sur le Sermon sur la Montagne***

Chapitre 14

LA PRIÈRE DES DISCIPLES

Matthieu 6:9-13

Au fil de leur vie, les hommes pieux se tournent de plus en plus vers la prière — non pas les prières au pluriel, mais la prière au singulier ; c'est pourquoi le psaume 90, qui semble refléter l'expérience mûre de Moïse, se termine par la prière suivante : « Que ton œuvre se manifeste à tes serviteurs, Et ta gloire sur leurs enfants! Que la grâce de l'Éternel, notre Dieu, soit sur nous! » C'était comme si, après une longue vie d'activité intense, au cours de laquelle le Grand Législateur avait porté le peuple dans son sein comme un père nourricier, et alors que les activités de sa vie touchaient à leur fin, il avait été poussé à se tourner vers la prière et à rassembler les aspirations, les désirs et le but de sa vie en une seule requête constante.

À mesure que nous avançons en âge, nos prières ont tendance à devenir plus simples et plus courtes, et à s'inspirer davantage de cette prière, qui est si brève et pourtant si profonde ; si concise que nous pouvons la réciter en trois minutes ; et pourtant si complète et si concise que la réciter avec sincérité et continuellement est l'aboutissement et le point culminant de la vie spirituelle.

Cette prière a été appelée le Notre Père. Elle pourrait être plus justement connue sous le nom de Prière des disciples, mais elle porte à jamais la marque du Maître. On a dit qu'elle n'était pas originale et que ces phrases avaient été prononcées par des hommes pieux dans le passé. Cela ne doit pas nous surprendre, car notre Seigneur méditait constamment sur les prières des psalmistes et des prophètes, les adaptant à ses propres besoins et les intégrant dans sa communion avec le Père. Mais si les matériaux Lui ont été fournis par des carrières anciennes, cette prière est la structure de Sa propre pensée ; et tandis que nous parcourons ses allées majestueuses, si sévères dans leur simplicité, si majestueuses dans leur force et leur ampleur, nous ne pouvons nous empêcher de penser aux myriades de personnes qui se sont tenues sur le même sol, façonnées par les mêmes phrases et les mêmes pensées, et qui ont trouvé dans ces sept requêtes courtes mais complètes une expression suffisante pour leurs moments les plus profonds et les plus sacrés.

LA PRIÈRE DE L'ÉGLISE

Les personnes seules dans leur souffrance et les assemblées nombreuses ; les jeunes enfants joignant simplement les mains en prière et les saints dirigeants de l'Église ; les protestants ; les anglicans et les non-conformistes ; le serviteur et son maître — toutes leurs différences de croyance ou de condition, de sexe ou de nationalité, sont oubliées lorsqu'ils entrent pour se tenir ensemble dans l'enceinte de cette structure exquise et noble. Elle résonne de leurs voix, s'imprègne de leurs larmes et vibre de leurs adorations. Si, par conséquent, on peut l'appeler la prière du Seigneur, parce qu'Il a tissé ensemble les fils d'or des temps anciens pour former un motif exquis dont la symétrie et la beauté sont inégalables, on peut également l'appeler la prière des disciples, car son utilisation a permis à toute l'Église de ne faire qu'un.

Notre Seigneur l'a récitée à deux reprises au cours de Son ministère. La première fois, c'était depuis le mont des Béatitudes, dans Son manifeste à Ses disciples et au grand monde des hommes. La deuxième fois, Il priait dans un certain endroit, peut-être à l'aube. Tandis que Ses disciples Le regardaient absorbé dans Sa dévotion, ils restaient probablement à une distance respectueuse ; mais lorsqu'Il eut fini, ils s'approchèrent de Lui et l'un d'eux, parlant au nom des autres, dit : « Seigneur, apprends-nous à prier. » Quelle belle illustration du pouvoir de l'influence inconsciente ! Le Christ ne semble pas avoir constamment insisté sur la nécessité de la prière, mais Il priait Lui-même sans cesse. Ses disciples savaient que tôt le matin, Il se retirait dans un endroit isolé pour prier ; et ils se souvenaient des nuits où Il les avait renvoyés chez eux, tandis qu'Il gravissait les pentes de la montagne pour être seul avec Dieu ; et n'avaient-ils pas vu les résultats, dans la gloire transfigurante qui se répandait sur Son visage, dans le calme avec lequel Il traversait les scènes de tumulte, dans le pouvoir que les démons Lui reconnaissaient ? Pas étonnant qu'ils aient désiré posséder ce talisman sacré qu'est la prière ! Heureux seront l'Église et le monde lorsque la gloire de la véritable dévotion sera si évidente que les hommes, attirés par ses bienfaits manifestes, diront : « Apprends-nous aussi à prier » !

Ces prières concises et magnifiques peuvent donc être utilisées comme une forme de prière. Dans Luc, la préface est : « Quand vous priez, dites ». Dans Matthieu, la préface est : « Voici donc comment vous devez prier ». Il semble donc indubitable que notre Seigneur voulait que Ses disciples utilisent ces mots précis : « Quand vous priez, dites ». Des crises surviennent souvent dans notre expérience lorsque nous sommes heureux de savoir exactement quoi dire. Il est bon d'avoir un moule dans lequel couler le métal en fusion de nos cœurs fervents. Et parfois, lorsque l'esprit de prière s'affaiblit, l'âme s'enflamme grâce aux expressions utilisées par ceux qui l'ont précédée, et s'élève jusqu'à la présence de Dieu dans des chars et des chevaux de feu. Les formes de prière peuvent être utilisées comme aides à la dévotion, mais elles ne doivent jamais se substituer à l'expression libre de l'âme.

Mais l'utilisation la plus noble de cette prière est probablement celle de modèle. Elle nous indique le type de requêtes que nous devons présenter, ainsi que leur juste et équitable proportion les unes par rapport aux autres. Nous apprenons que les demandes relatives à la subsistance de la vie peuvent légitimement trouver leur place dans notre prière quotidienne ; nous avons tout à fait raison de parler librement à Dieu des besoins récurrents en nourriture et en vêtements, des tâches quotidiennes, même si celles-ci ne doivent occuper qu'une place sur sept. Trois doivent être consacrés aux besoins de notre vie intérieure, et le reste doit être consacré à l'adoration et à l'intercession. Ensuite, nous apprenons que nos demandes pour nous-mêmes doivent toujours être subordonnées à celles que nous faisons pour la venue du Royaume et la sanctification du Nom. Celles-ci viennent en premier dans la prière, et elles doivent toujours venir en premier dans nos pensées et dans nos vies. Cette prière semble donc être une sorte de modèle. En haut de chaque page se trouve une requête en caractères cursifs que nous devons relire et répéter exactement ; et en dessous, il y a une feuille blanche que nous devons remplir avec nos propres requêtes, formées sur le modèle de celle qui se trouve en haut de la page, mais aussi différentes que l'Esprit de Dieu et les exigences du moment peuvent le suggérer.

SUGGESTIONS DE PRIÈRE

Nous pouvons obtenir quelques suggestions générales pour la prière.

(1) La prière doit être directe. Un proverbe juif dit : « Quiconque multiplie les prières est exaucé. » Ils prononçaient des sons monotones et dénués de sens, tout comme les musulmans répètent sans cesse « Allah » et les hindous répètent pendant des jours le monosyllabe « Om ». Et c'est cette répétition insensée et dénuée de sens que notre Seigneur a interdite. « Ne multipliez pas les vaines répétitions comme le font les païens. » Que vos requêtes soient simples, directes, intelligentes. Exprimez ce qui est dans votre cœur de manière concise, réfléchie, sincère. Venez vers votre Père comme un enfant et confiez-Lui tous vos désirs ; et, après avoir formulé vos demandes précises, attendez les réponses précises qu'il vous enverra certainement. « Votre Père, qui voit dans le secret, vous le rendra. »

Bien sûr, il y a dans toutes les vies des moments d'agonie à Gethsémani où l'âme ne peut que se prosterner et s'écraser devant Dieu, incapable de formuler beaucoup de requêtes, et seulement capable de répéter faiblement, encore et encore, le nom de Jésus, ou la phrase qu'Il a si souvent utilisée à l'heure de Sa propre douleur : « Que Ta volonté soit faite. » Mais cette expérience fait loi. La plupart du temps, nous devons veiller à ne pas prier par habitude ou par routine. Une prière qui, comme celle-ci, ne prend que trois minutes à répéter, est une prière.

(2) La prière doit être respectueuse. Le respect est suggéré par les mots « qui est aux cieux ». Loin de moi l'idée de dire un seul mot qui puisse décourager cette sainte familiarité avec laquelle l'enfant de Dieu s'adresse au Père. Les mots les plus tendres, la confiance la plus totale, l'intimité la plus étroite seront les bienvenus et réciproques. Mais n'oublions jamais que le trône de la miséricorde est un trône, et que le Père est un grand roi. Sa demeure n'est pas seulement une maison, mais un palais, sur les sols duquel les anges marchent avec révérence ou, debout, voilent leur visage de leurs ailes. Arrêtons-nous un instant au seuil de nos prières et retirons respectueusement nos chaussures de nos pieds. « Dieu est au ciel, et toi sur la terre ; ne sois pas précipité dans tes paroles, et que ton cœur ne se hâte pas de prononcer quoi que ce soit devant Dieu. »

(3) La prière doit être désintéressée. « Lorsque vous priez », ne dites pas « je », « moi », « mien », mais « nous », « notre ». Non pas « mon Père », mais « notre Père ». Au lieu d'enseigner le devoir d'intercession à l'aide de phrases abstraites, le Seigneur l'intègre si habilement dans la structure de cette prière que nul ne peut l'utiliser sans devenir un intercesseur et plaider pour ses frères. Il est remarquable de constater comment, d'une part, notre Seigneur insiste sur la prière solitaire : « Entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est là dans le secret » ; et pourtant, un instant après, Il montre que cette prière secrète ne doit pas être une prière égoïste, mais liée aux besoins de la grande famille qui se trouve derrière la porte de la chambre. La prière qui ne reconnaît pas les besoins des autres autant que les siens n'est pas la prière la plus noble. Une véritable appréciation de la paternité implique toujours l'idée de fraternité. Comme Jésus l'a dit, je monte vers mon Père, mais il est aussi votre Père ; vers mon Dieu, mais il est aussi votre Dieu.

En quoi les hommes sont-ils meilleurs que les moutons ou les chèvres,
Qui nourrissent une vie aveugle dans leurs veines,
Si, connaissant Dieu, ils ne lèvent pas les mains en prière
À la fois pour eux-mêmes et pour ceux qu'ils appellent leurs amis ?

L'ISOLEMENT DU CHAGRIN

Dans les moments où nous sommes convaincus de péché, nous nous sentons seuls — personne n'a péché comme nous ; et nous disons : « Dieu, aie pitié de moi, le pécheur ; j'ai péché et perverti ce qui était juste, et cela ne m'a pas profité. » Dans les moments de chagrin terrible, nous nous sentons seuls. Le chagrin a un pouvoir d'isolement extraordinaire : nos proches et nos amis se tiennent à distance tandis que nous nous écrions : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Cependant, dans nos expériences quotidiennes, nous réalisons que nous sommes des gouttes dans un vaste océan, des membres d'un même corps, des unités dans une multitude que nul ne peut compter, et que nous nous tenons devant le trône de Celui qui vit pour toujours et à jamais, en disant : « Notre Père ».

La porte est toujours ouverte ; et, lorsque vous y entrez, veillez à dire « Notre Père », ce qui inclut non seulement vos frères et sœurs de chair — votre mère et votre père, votre épouse et vos enfants, ainsi que vos proches —, mais aussi une grande communauté qui dépasse toute estimation. L'âme qui peut dire « Père » est toujours consciente de faire partie d'une vaste fraternité. Là-bas, il y a une femme qui a autrefois vécu pour tenter les autres, mais qui, le cœur brisé, dans sa chambre pauvre, mal meublée et délabrée, revient vers Dieu, les lèvres remplies de paroles de repentance et de contrition : est-elle incluse ? Oui, « notre ». Là-bas, il y a un pauvre esclave, dont la chair frémit sous les coups du fouet et qui, ignoré des hommes, se tourne dans son désespoir vers Dieu : est-il inclus ? Oui, « le nôtre ». Et là-bas, il y a un homme qui vous a toujours mal compris et soupçonné, qui a interprété de manière cruelle vos actions et vos paroles, et qui vous a attribué des motivations que vous rejetez totalement : est-il inclus ? Oui — « le nôtre ». Encore une fois, là-bas se trouve un homme que vous avez l'habitude de considérer comme un hérétique, parce qu'il n'articule pas exactement les vérités comme vous, bien qu'il croie en la divinité et en l'œuvre salvatrice de notre Seigneur : est-il inclus ? Oui — « notre ».

(4) Le véritable point de vue de la prière est l'honneur et la gloire de Dieu. Si nous supprimons l'invocation et la doxologie, cette prière se compose de sept demandes. Les trois premières concernent Dieu : la sanctification de Son Nom, la venue de Son Royaume, l'accomplissement de Sa volonté. En cela, notre Seigneur Jésus pouvait se joindre à Ses disciples. Vient ensuite la seule demande concernant le pain quotidien. Là encore, notre Seigneur pouvait joindre Sa voix à la nôtre. En effet, toute la création animale non déchue et tous les êtres saints de l'univers peuvent, à leur mesure, ajouter leur voix à la prière pour que Dieu leur fournisse la subsistance dont ils ont besoin. Cependant, dans les trois dernières, les prières énumérées concernent le pardon, le secours contre la tentation et la délivrance du mal, qui ne s'appliquent qu'à nous-mêmes en tant que créatures déchues.

« LES CHOSES IMPORTANTES EN PREMIER »

Si vous souhaitez prier correctement, entrez dans votre chambre, où Dieu vous attend, agenouillez-vous tranquillement avant de vous adresser à Lui, afin de prendre conscience de Sa présence, et que les images et les scènes terrestres cessent de vous distraire. Même s'il faut plusieurs minutes avant que la vase ne se dépose au fond et laisse le courant de votre âme s'écouler pur et clair, l'attente ne sera pas du temps perdu ; c'est seulement ainsi que le ciel bleu se reflétera dans la surface calme de votre âme. L'étape suivante consiste à vous unir au dessein puissant de Dieu. Ne demandez pas, dans un premier temps, ce que vous voulez pour vous-même. Obligez la foule envahissante des besoins et des désirs quotidiens à rester à l'extérieur de la clôture qui entoure le pied de la montagne de la prière, et montez seul à la rencontre de Dieu, désireux de considérer les besoins du monde et votre propre petite vie comme subordonnés à tout ce qui le rendra aimé, honoré et adoré. Faites passer les intérêts de Dieu avant les vôtres. Placez Dieu sur le trône de vos pensées et de vos prières. Donnez la priorité à l'essentiel. Allez vous tenir sous les étoiles et comptez-les ; observez leurs orbites puissantes ; réalisez l'immensité des mouvements de Dieu — faites cela avant de commencer à compter les vers luisants à vos pieds ou les lucioles qui scintillent autour de vous dans l'obscurité. Lors d'une campagne, le vrai soldat se soucie davantage de la sécurité de toute l'armée que de ses propres besoins ; sa première pensée est celle qui contribue au bien-être de son pays ; et il ne plaide pour lui-même que pour mieux servir les intérêts de sa patrie. Au premier abord, cela semble être un idéal impossible, mais c'est néanmoins un idéal vrai ; et nous parviendrons à atteindre ce sommet si nous désirons sincèrement et avons l'intention que notre seul but et notre seule raison d'être dans cette vie mortelle soient de faire en sorte que le nom de Dieu soit sanctifié, que Son règne vienne et que Sa volonté soit faite. Lorsque nous aurons déversé notre âme dans des prières pour cela, nous pourrons commencer à exprimer notre propre besoin de pain quotidien et de délivrance du mal.

« Notre Père ». Le suppliant doit reconnaître qu'il existe un lien naturel entre Dieu et lui-même, tel qu'il existe entre un enfant et ses parents. Il suffit de le suggérer pour que son importance soit reconnue. Un enfant a un droit particulier sur son père. « Vous m'avez donné la vie ; vous m'avez donné la nature que je possède ; vous comprenez ses mouvements, ses aspirations et ses instincts par une sympathie immédiate ; vous êtes tenu par les raisons les plus fortes de me donner ce dont vous savez que j'ai besoin. Je fais partie de vous ; et je revendique donc que, tout comme vous vous nourrissez et vous chérissez vous-même, vous devriez me nourrir et me chérir. » Aucun étranger ne peut introduire de tels accents dans son discours. Il peut plaider la cause de ses besoins, de l'humanité, de la gratitude, de l'amitié ; mais il ne peut pas s'exprimer à partir d'une nature commune. Au milieu d'une foule d'hommes d'État, de fonctionnaires, de magistrats, d'amis attachés et dévoués, se tient un jeune garçon mince ; mais il existe entre lui et le monarque, qui est le centre de cette foule scintillante, un lien qu'aucune autre personne, aussi noble soit-elle, ne peut revendiquer ; ses demandes ont donc un caractère plus profond et plus impératif que celles des autres.

C'est ainsi que Jésus nous enseigne à prier. Il doit y avoir une intimité, une confiance filiale, une entrée dans le cœur de Dieu, car Il est votre Père par adoption et par grâce. Et si tel est votre sentiment à son égard, Il vous Le rendra. Non, Il n'attend pas que vous vous approchiez de Lui ainsi, Il anticipe votre venue. Comme Juda l'a dit à propos de Jacob, nous pouvons dire de Dieu : « Sa vie est liée à celle du jeune homme. » Tout comme un père a pitié de ses enfants, Il a pitié de nous. Il ne nous aime pas en tant que masse, mais chacun individuellement. Sa famille n'est pas plus grande pour Lui que la nôtre l'est pour nous ; et, tout comme nous avons une place pour chaque enfant, Dieu en a une pour chacun d'entre nous. Nous pouvons refuser de Lui faire confiance et de bénéficier de Son aide, mais nous ne pouvons pas changer ces paroles de Jésus : « Le Père Lui-même vous aime. »

Il y a trois conditions à respecter pour que nous puissions réaliser que Dieu est notre Père. (Bien sûr, il n'y a qu'un seul Fils unique — un seul peut écrire son nom avec un F majuscule. Tous les autres sont des fils avec un f minuscule. Il existe un fossé infranchissable entre la Filiation Divine et la filiation humaine, aussi élevée et proche soit-elle.)

(1) Nous croyons tous, avec les païens, que nous sommes issus de Dieu. Cela a toujours été la pensée chère à l'homme, à toutes les époques et dans toutes les religions. Le mot Jupiter est composé des deux mots Zeus, pater, le père céleste ; et où que vous voyagiez, sous tous les cieux, et parmi les hommes de toutes les langues, vous constaterez toujours que c'est là leur pensée la plus profonde : qu'il existe un Père universel dont l'homme est issu. Mais ce n'est pas là la relation la plus étroite ; et ce n'est pas par cette voie que vous reviendrez chez vous pour demeurer le plus près du cœur du Père.

NOTRE RAISON D'ÊTRE

(2) De plus, les Juifs ont toujours chéri la croyance particulière que leur nation entretenait une relation unique avec Dieu en tant que Père. « Assurément, s'écriaient-ils, dans les moments où l'angoisse et la détresse pesaient lourdement sur leur pays, assurément Tu es notre Père ; même si Abraham nous ignore et qu'Israël ne nous reconnaît pas, assurément Tu es notre Père. » Il existait donc une sorte de relation nationale entre Dieu et les Juifs. Cependant, nous ne pouvons prétendre nous tenir à leurs côtés sur ce terrain, et le Seigneur Jésus a montré que cette relation sacrée d'alliance avait été perdue à cause de leur péché. « Si Dieu était votre Père », a-t-il dit, « vous me reconnaîtriez », sous-entendant qu'ils n'avaient pas le droit d'appeler Dieu « Père », car ils avaient rompu le lien de l'alliance. C'est pourquoi il est venu — et c'est là le cœur même de la religion — afin de reproduire, par le Saint-Esprit, sa propre nature et son propre Esprit dans ses enfants. Ce n'est qu'en le recevant que nous avons le droit de devenir fils de Dieu, dès lors que nous croyons en Son nom (Jean 1:12).

(3) L'apôtre déclare clairement : « Nous sommes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ, et parce que nous sommes fils, Dieu a envoyé l'Esprit de son Fils dans nos cœurs, par lequel nous l'appelons Abba, Père. » De plus, dans cette remarquable deuxième épître de saint Jean, l'apôtre bien-aimé dit — et ces mots sont très significatifs — « Celui qui demeure dans la doctrine » — c'est-à-dire dans l'Évangile — « celui-là a le Père et le Fils ».

À partir de toutes ces références et de nombreuses autres similaires, nous pouvons conclure que, même si nous appartenons à Dieu en tant que Sa descendance, nous ne pouvons jamais entrer dans la relation la plus étroite avec Lui tant que nous ne sommes pas unis par la foi à Son Fils, qui est né d'une mère humaine, est mort sur la croix et a maintenant porté notre nature à la droite de Dieu. Par Son Esprit, nous recevons cette nature en nous-mêmes et sommes ainsi en affinité vivante avec le Fils de Dieu, qui a dit : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu », comme s'Il désirait que nous réalisions que, par l'union avec Lui, Dieu est devenu notre Père, presque au même titre que le Sien.

« Que ton nom soit sanctifié. » Le nom de Dieu est Sa nature, Ses attributs, les diverses propriétés qui font de Lui ce qu'Il est ; et lorsque nous demandons qu'il soit sanctifié, nous demandons que tout ce qui obscurcit le caractère de Dieu soit balayé comme la brume devant la lumière rose de l'aube. Nous remercions Dieu pour tout ce que nous savons de Son être merveilleux, pour le message de la nature, pour les révélations données aux voyants et aux prophètes, pour la vie et la mort du Fils, pour le don du Saint-Esprit. Mais il reste encore de grands domaines inexplorés. En raison de leur ignorance pécheresse ou de leur superstition, les hommes ont mal compris et déformé le caractère de Dieu ; c'est pourquoi nous prions pour que, dans ce monde et dans tous les autres mondes, Sa glorieuse personnalité soit comprise, appréciée et aimée.

« Que ton règne vienne. » Dans l'une de ces envolées sublimes dont regorgent les Épîtres de saint Paul, celui-ci nous dit que le temps vient où le Fils remettra le royaume à Dieu, c'est-à-dire au Père, lorsqu'il aura aboli toute domination, toute autorité et toute puissance. Nous pouvons en déduire que le royaume appartenait à l'origine au Père, mais qu'Il Lui a été enlevé par le péché et la chute de l'homme. Cependant, dans un but de rétablissement et de rédemption, il a été remis au Fils bien-aimé.

LE TRIOMPHE DU CHRIST

Le Seigneur Jésus s'est incarné dans le but de reconquérir le royaume par Ses souffrances, Son sang et Ses larmes ; bien qu'il ne soit pas encore Sien, Il est en train d'être acquis ; et Il sera Sien, et les voix des anges proclameront la bonne nouvelle que « les royaumes de ce monde sont devenus les royaumes de notre Dieu et de son Christ ».

« Lorsque nous prions « Père, que ton royaume vienne », nous demandons que la victoire complète de Jésus-Christ soit hâtée ; qu'Il triomphe rapidement de tous les obstacles et de tous les ennemis ; que toute tyrannie soit éradiquée, toute corruption exposée ; que la vérité règne dans le gouvernement, l'art et la science ; que le commerce soit exempt de tromperie et de fraude ; et qu'Il envoie rapidement ses anges pour rassembler hors de son royaume tout ce qui offense et ceux qui commettent l'iniquité, détruisant ce dernier ennemi, la mort, et instaurant l'âge d'or où tous les hommes connaîtront et aimeront le Père, et deviendront ses enfants obéissants et aimants.

« Que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel. » Il existe un lien étroit entre le Nom et la Volonté. Le nom est l'Être du Père, la nature de Dieu, ce qu'Il est en Lui-même ; la somme totale de Ses attributs divins. La Volonté est l'énergie de Dieu, qui se manifeste de manière pérenne et omnipotente pour accomplir Son propre dessein divin et aimant. Il est donc clair que la volonté et le nom ne sont que les deux facettes d'un même Être infini, saint et aimant, qui est Amour. Par conséquent, chaque fois que nous disons : « Que ta volonté soit faite », nous devrions commencer par dire « Père » — « Notre Père qui es aux cieux, que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel ». C'est parce que les gens saisissent cette requête soudainement, sans y accéder par les gradations régulières de la prière, qu'elle semble souvent si sévère et terrible ; mais si seulement nous pouvions commencer par dire « Mon Père », puis ajouter « Notre Père », et enfin penser à Sa nature, qui, comme un océan puissant, plein, profond et placide, reflétant à sa surface le ciel bleu de l'éternité, envoie toujours des vagues de bonne volonté et de paix dans les cieux et sur terre, peignant la plus petite fleur qui projette son ombre sur la pelouse, et dirigeant le monde le plus puissant qui roule à travers l'espace, s'élevant toujours en fontaines de tendresse à travers le ciel et la terre — alors nous cesserons de prononcer cette prière comme l'adresse du stoïque, ou le cri du cœur affligé, ou l'expression réticente de la résignation de la part de l'âme souffrante ; et elle deviendra l'hymne, le psaume de toute la vie. « Père, Père, dans tous les mondes, à toutes les époques et dans ma petite vie, que l'énergie de Ta volonté s'accomplisse jusqu'à son aboutissement ! »

Mais la volonté de Dieu n'est-elle pas toujours accomplie, quoi qu'il arrive ? Quel homme peut y résister ? Quel ange ou quel démon peut la renverser ? Est-il utile, est-il sage, est-ce que cela sert à quelque chose de toujours dire « Que Ta volonté soit faite » ? Elle sera certainement faite, quoi qu'il arrive. « Il fait ce qu'Il veut parmi les armées du ciel et les habitants du monde, et nul ne peut arrêter Sa main et dire : Que fais-Tu ? » C'est vrai ; mais êtes-vous tout à fait sûr que la meilleure volonté de Dieu est toujours faite ? On est tout à fait prêt à admettre que, d'une manière générale et dans l'ensemble, la volonté de Dieu est faite, mais Sa meilleure volonté est-elle faite ? La volonté royale est peut-être faite, mais la volonté du Père est-elle faite ? Et n'est-ce pas là la grande difficulté dans notre monde, que la volonté de Dieu est contrariée, tandis que quelque chose qui est le deuxième ou le troisième choix est substitué ? L'écart entre la meilleure volonté de Dieu et la meilleure volonté qui devient possible et pratique en raison de notre résistance est ce qui apporte le malaise, la tristesse, les frictions et la douleur dans nos vies. Cependant, si à partir d'aujourd'hui nous disions : « Père céleste, que ta volonté soit parfaitement accomplie », le ciel descendrait pour couver dans nos cœurs, et le paradis reviendrait sur terre.

LE BUT DE LA VIE

Combien de visages fatigués, de cœurs brisés, de vies qui n'ont pas accompli leur plein potentiel et leur promesse ! N'est-ce pas parce que, bien que Dieu ait œuvré sur eux pendant de nombreuses années, Il a rencontré tant de résistance et d'obstination qu'Il n'a pas pu réaliser Son plan cher ? Si seulement nous laissions le Père accomplir Sa volonté en nous, à quel niveau de bonheur, de paix et de force pourrions-nous parvenir ! Jeunes hommes et jeunes femmes, avant de faire un pas faux et précipité — avant de laisser vos passions et vos désirs dicter le cours de votre vie — laissez Dieu vous façonner comme le fer dans le feu, et cette prière prendra tout son sens : Que ta volonté, la meilleure volonté, la volonté du Père, soit faite, comme elle est faite au ciel !

« Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. » En grec, il existe deux mots pour désigner le pain — le premier, cytos (pain de maïs). Cependant, ce n'est pas ce mot qu'utilise notre Seigneur, mais un autre, artos, qui est un mot plus général, désignant la nourriture. C'est comme si notre Seigneur savait que Sa prière serait utilisée dans le monde entier et qu'Il avait donc choisi un terme qui engloberait aussi bien le riz des hindous, la graisse de baleine des Esquimaux, les macaronis des Italiens et les flocons d'avoine des Écossais — un mot général désignant la nourriture. Lorsqu'Il nous invite à faire cette prière, plusieurs choses sont suggérées.

Ces mots suggèrent une grande paix intérieure quant à nos besoins quotidiens ; car si Jésus-Christ nous a enseigné à prier pour le pain quotidien, il sous-entendait que nous n'avions qu'à utiliser les lois de la prière et du travail, et que Dieu pourvoirait à tous nos besoins. Il n'aurait jamais mis dans nos bouches une prière qui ne soit pas conforme à la pensée et au dessein de son Père. Je ne sais pas quelles sont les inquiétudes de votre vie — concernant votre santé, vos investissements ou votre situation — mais je vous assure que puisque Jésus-Christ a mis cette prière dans votre bouche, c'est déjà une promesse de la part de Dieu qu'il vous nourrira de la nourriture qui convient et qu'il pourvoira à tous les besoins quotidiens de votre corps. « Tu m'as préparé un corps » ; et puisque vous lui avez implanté des appétits quotidiens, vous êtes certainement responsable de leur satisfaction nécessaire.

Il est bien sûr possible de citer de nombreuses personnes — peut-être les enfants de Dieu — qui souffrent de la faim et du dénuement. Comment se fait-il que leur nourriture soit si maigre et si irrégulière ? Je réponds : n'y a-t-il pas un manque dans leur foi, et n'est-ce pas parce qu'ils ne demandent pas, ou parce qu'ils n'exercent pas une foi définitive en Dieu ?

Dieu aime donner, non seulement du pain, mais aussi du poisson. « Ils virent un feu, et des poissons posés dessus, et du pain » — pas seulement des produits de première nécessité, mais aussi des produits de luxe. Il existe de nombreuses souffrances liées à la faim dans la nature humaine qui persistent même lorsque les privations physiques et les besoins ont été satisfaits. En réalité, beaucoup trouveraient relativement facile de souffrir de la faim physique s'ils étaient libérés de la souffrance d'autres appétits insatisfaits de la nature, qui ne cessent de réclamer : « Donne, donne ». Par exemple, combien d'entre nous ont faim d'amour humain, parfois au point de mourir de faim, cherchant avidement une petite miette tombée de la main d'un être cher ou du banquet où d'autres se régalent si copieusement ? N'y en a-t-il pas certains dont l'esprit est avide de vérité ? Ils désirent comprendre les mystères qui les déconcertent, pénétrer le brouillard épais qui voile les montagnes éternelles. Ils ont l'esprit d'un John Foster, qui parlait avec ravissement des révélations qui attendaient de l'autre côté de la mort.

ACCEPTER, ET NON S'EMPARER

Outre ceux-là, n'y en a-t-il pas d'autres dont la nature profonde crie vers Dieu, vers ce Pain de Vie qui descend du ciel, vers davantage de la présence et de la nourriture de Son caractère ? Ce sont ceux qui ont compris le sens des paroles mêmes du Sauveur : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Ainsi, lorsque nous nous agenouillons devant Dieu dans la prière et que nous prononçons cette requête, pour certains, ces mots signifient : Donne-nous aujourd'hui quelques lueurs d'amour humain ; quelques signes que notre travail est apprécié et qu'il a une influence positive sur les autres ; ou la vérité dont notre esprit peut se nourrir et se fortifier, car ceux qui connaissent Dieu sont forts et accomplissent des exploits ; et, par-dessus tout, nourris notre esprit de Toi-même, car Tu as implanté en nous un appétit pour l'invisible et l'éternel, qui ne peut être satisfait par rien de ce qui est simplement transitoire et temporel.

Lorsque nous disons : « Donne-nous, gracieusement et librement, le pain d'aujourd'hui », n'impliquons-nous pas que toute satisfaction bonne et parfaite doit venir de Dieu ? N'appréciez-vous pas de mettre l'accent sur le mot « donne » ? Ne pensez-vous pas que c'est une conception plus vraie de la vie que celle selon laquelle nous devons nous emparer de toute satisfaction à notre portée ? Combien de fois sommes-nous tentés de nous jeter sur ce qui promet d'apaiser les aspirations de notre affection, d'obtenir quelques mots d'appréciation, de nous immiscer dans des domaines où nous n'avons pas le droit de nous trouver et de demander aux hommes des cadeaux qu'ils n'ont pas le droit de nous offrir. Pourtant, lorsque nous prononçons cette prière du fond du cœur, comme Jésus nous a demandé de le faire, nous levons les yeux vers Dieu et nous disons : « Père, tu as façonné notre être, tu comprends ses désirs ; Tu connais bien tous les désirs, les espoirs et les craintes qui traversent notre nature, et moi, Ton enfant, je ne tirerai satisfaction que de Ta main ; donne-moi ce dont j'ai vraiment besoin pour satisfaire tous les appétits nécessaires d'aujourd'hui. » Ensuite, nous attendons avec espoir devant Dieu, jusqu'à ce qu'il y ait une communication de Sa part, un arrangement de Sa providence, l'envoi de Titus, ou l'arrivée d'une lettre, d'un télégramme ou d'un colis, l'éclat d'une nouvelle vérité, ou un passage de la Bible, ou un paragraphe d'une biographie — quelque chose par lequel Dieu Lui-même nous donnera notre pain quotidien.

Votre existence vous semble-t-elle presque insupportable en raison de sa pénurie, de sa pauvreté et de la précarité de votre subsistance ? Alors, tournez-vous vers le Père et dites : « Je suis déterminé à attendre sur Toi toute la journée ; non pas pour transformer les pierres en pain par une quelconque aliénation du pouvoir ou du talent dont je suis doté, mais prêt à attendre jusqu'à ce que Tu ouvres Ta main et satisfasses mon besoin, ou que Tu envoies Tes anges pour me servir. » Dieu n'aurait certainement jamais placé dans le champ de la nature humaine la faim, qui est en soi naturelle et innocente, sans s'engager en même temps à lui donner la nourriture et le soutien nécessaires ! D'ailleurs, observez la nature. Les oiseaux de la forêt cherchent la nourriture qui leur a été réservée dans les baies de l'automne ; les poissons, lorsqu'ils jaillissent du lac, trouvent les mouches qui leur sont destinées ; les jeunes lions, lorsqu'ils rugissent dans la forêt et cherchent leur nourriture auprès de Dieu, constatent qu'Il ouvre Sa main et la leur donne. Et il est impossible de supposer qu'Il laissera mourir de faim les appétits qu'Il a implantés. Vous devrez peut-être souffrir un peu de la faim afin que le mal qui se trouve dans votre appétit soit éliminé, que sa passion s'éteigne, que ce qui est mauvais soit extrait ; mais le désir lui-même, dans la mesure où il fait partie de la nature qu'Il vous a donnée, sera sûrement satisfait d'une manière ou d'une autre, à un moment ou à un autre. Attendez donc le Seigneur et soyez courageux ; Il ne refusera rien de bon à ceux qui marchent dans la droiture.

FAIM D'AMOUR

Nul n'a le droit de prononcer cette prière s'il n'est pas prêt, dans la mesure de ses moyens, à y répondre. Il est évident que cela exige qu'il soit prêt à travailler pour gagner sa vie, qu'il parte le matin et travaille dur pendant les heures d'une journée bien remplie, pour revenir fatigué le soir. Cela implique qu'il doit mettre toute son énergie dans son travail. Cela implique également qu'il ne doit pas gagner sa vie uniquement pour lui-même, mais aussi pour les autres, et que, dans la mesure de ses moyens, il doit subvenir à leurs besoins. Un homme n'a pas le droit de prier ainsi s'il n'est pas également prêt à délier les cordons de sa bourse et, lorsqu'il y a vraiment besoin de pain, à en donner. Mais dans un sens plus profond, la même pensée reste vraie. Nous disons à présent qu'il est possible d'avoir faim d'affection, d'appréciation, de vérité, de Dieu ; et lorsque nous disons : « Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien », nous incluons en réalité tous les cœurs solitaires, tous ceux qui aspirent à un sourire, tous ceux qui ont soif d'amour, tous ceux qui recherchent la vérité, tous ceux qui veulent Dieu ; et en vous plaçant parmi cette foule en haillons, avide et affamée, vous, en tant que leur porte-parole, dites : « Donne à tous leur pain quotidien ».

Cela ne signifie-t-il pas également que si vous connaissez une âme fatiguée qui a besoin d'un mot gentil, vous devriez le lui dire ? Que si vous connaissez quelqu'un qui a soif d'amour humain, vous devriez, si possible, lui en donner ? Que s'il y a à votre portée des personnes qui ont besoin de la vérité de Dieu et que vous pouvez la leur fournir, elle ne devrait pas leur manquer ? Que si certains ont besoin de cette impulsion de vigueur nouvelle qui vient du contact d'un homme ou d'une femme spirituel(le), pour se revigorer, se réanimer et se ré-inspirer, aucun d'entre eux ne devrait en être privé ?

Répondez à cette prière dans la mesure de vos moyens ; et précisément parce que le monde est si affamé, si fatigué et si épuisé, allez de l'avant et soyez ceux qui lui apportent le pain et le nourrissent. Dans la mesure de vos moyens, contribuez à atténuer le désespoir et le découragement, la misère et le péché des hommes, en transmettant le Pain de Dieu, le Pain de Vie, le Pain d'Amour, le Pain d'Espérance, dont vous vous nourrissez. Partagez votre dernière miette avec autrui. Si vous percevez une lueur de lumière, faites-la briller. Si vous découvrez une nouvelle vérité, communiquez-la. Si vous recevez le baptême du Saint-Esprit, ne vous reposez pas tant que les autres ne s'en réjouissent pas aussi.

« Et pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Chaque mot de cette prière mérite notre réflexion. On pourrait s'attarder longuement sur la conjonction « et », car il est remarquable qu'elle relie cette demande à celle du pain quotidien ; ce sont les seules demandes de cette prière qui soient liées entre elles. « Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien, et pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »

La conclusion est évidente : nous avons besoin de pardon aussi souvent que nous avons besoin de notre pain quotidien ; notre besoin de pardon est aussi urgent que notre besoin de nourriture quotidienne ; et le pardon de Dieu est aussi généreux que ses dons, qui remplissent les champs de blé doré et répandent si richement les fruits et les légumes pour les besoins des hommes.

Reconnaissez-vous cela ? Êtes-vous conscient de ce besoin profond de pardon ? En éprouvez-vous une envie irrépressible, aussi insatiable que la faim qui pousse à manger ? Savez-vous qu'aux yeux de Dieu, votre âme est affamée, simplement parce que vous n'avez pas appris à reconnaître votre propre besoin profond ? L'anesthésiant de l'engagement mondain vous a rendu insensible à la faim de votre esprit ; mais si vous vous connaissiez vraiment, vous n'élèveriez jamais votre cœur pour remercier Dieu de votre nourriture sans implorer son pardon ; et vous auriez le sentiment récurrent que même dans vos jours les plus heureux et les plus saints, il y a des choses qui doivent être pardonnées, le sang doit être appliqué, le sens de Dieu doit envelopper votre âme. « Donne-moi mon pain quotidien — je le veux ; mais aussi souvent que j'en ai besoin, accorde-moi aussi ton pardon. »

Le mot grec utilisé par Luc, et traduit par « offenses », signifie « manquer la cible ». Chacun de nous vise, comme nous l'espérons sincèrement, la cible ; et nous la manquons, et nous revenons comme le fils prodigue, en disant : « Père, j'ai manqué la cible. Je voulais être un fils bon, saint et dévoué ; je l'ai visé dans ma jeunesse, mais au fil des années, je l'ai manqué. »

LA DETTE DU PÉCHÉ

Mais dans Matthieu, notre Seigneur présente une autre idée : le péché est une dette, c'est le fait de ne pas payer ce que nous devons. Si le premier est le côté positif, celui-ci est le côté négatif. La faute est positive, la dette est négative. « Nous avons fait ce que nous n'aurions pas dû faire », c'est la faute ; « nous n'avons pas fait ce que nous aurions dû faire », c'est la dette.

Toute relation implique une responsabilité. Chaque lien qui nous unit à d'autres hommes et femmes comporte une obligation, et il arrive que le sentiment de nos dettes nous accable. Qui, parmi les plus saints et les meilleurs d'entre nous, n'est pas parfois absolument accablé par le sentiment des obligations qui n'ont pas été remplies, des dettes qui restent impayées ? Il n'existe pas un seul homme vivant qui ait jamais parfaitement acquitté ses dettes envers les autres, et certainement aucun qui les ait acquittées envers le Tout-Puissant. Les cloches d'alarme sont parfois conçues de telle manière qu'elles bougent au gré des vagues ; certaines sonnent donc en permanence, chaque vague les faisant résonner de leur note monotone. Ne réalisez-vous pas que la conscience sonne toujours le glas du devoir, de l'obligation, des dettes non acquittées ?

Dans l'ancien anglo-saxon, le pardon est appelé « forthgiving ». C'est ce que vous donnez, ce que vous offrez, ce qui passe de vos mains. Le mot grec signifie remettre, annuler, renoncer, de sorte que ce qui existait comme une obligation cesse de l'être. Notre Seigneur nous enseigne alors à demander à Dieu de remettre ce qui a été mal fait, d'annuler ce qui n'a pas été payé, de sorte que, même si, dans un certain sens, nous ne pourrons jamais réparer ce que nous avons fait de mal à nos semblables, la culpabilité qui en découle ne nous sera plus imputée. Lorsqu'un homme est véritablement pardonné, il peut prétendre non seulement que la culpabilité disparaîtra de son âme, mais aussi que la main réparatrice de Dieu réparera ce qui a été laissé en désordre, en ajustant nos obligations non acquittées, afin que les âmes que nous avons lésées puissent, par Sa main bienveillante, être en quelque sorte dédommagées. Le péché est une dette, mais il y a le pardon, la rémission, l'effacement absolu. Le fait que notre Seigneur nous ait enseigné à utiliser cette prière prouve que nous pouvons compter sur une réponse, car il était l'Agneau immolé avant la fondation du monde, et il a ôté le péché.

Lorsque Dieu dit « pardonné », Il dit aussi « restauré » ; et lorsque l'âme regarde avec nostalgie ceux à qui elle a fait du tort et dit : « Et ceux-là ? », Dieu semble répondre : « Je connais la dette contractée ; je t'ai pardonné, et je vais maintenant réparer ». Alors, le Saint-Esprit de Dieu tend la main vers les âmes à qui nous avons fait du tort ; d'un simple toucher, Il transforme le mal et verse de l'huile et du baume sur la blessure. Lorsqu'un enfant de Dieu comprend cela, son cœur devient très compatissant ; ayant ressenti l'agonie de sa propre dette et la joie du pardon, il commence à regarder autour de lui et, au lieu de dire « moi », il dit « nous ». Il pense à ses proches et, comme Job, il implore chaque matin : « Pardonne les péchés de ma maison ». Il pense au quartier dans lequel il vit et dit : « Ô mon Dieu, je prie pour ces hommes et ces femmes qui m'entourent, afin que Tu leur pardonnes ». Puis, en tant que prêtre, il prend le monde entier dans ses bras et implore : « Ô Dieu, pour l'amour de Ton Fils, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu'ils font ». La réponse à cette prière est une Pentecôte au cours de laquelle les hommes sont touchés au cœur et amenés à implorer la miséricorde que Dieu désire leur accorder.

« À toi appartiennent le règne, la puissance et la gloire. » L'authenticité et la validité de cette doxologie sont remises en question. Cependant, de nombreuses autorités anciennes l'ajoutent, et elle semble être une conclusion naturelle à cette prière glorieuse. Le royaume appartient à Dieu, même si ses revendications sont rejetées par les hommes qui disent : « Brisons ses liens et débarrassons-nous de ses chaînes. » Pourtant, Dieu est roi.

LA CONSOMMATION

Je n'oublierai jamais cette arche à Damas qui, depuis des siècles, contemple la mauvaise gestion des Turcs, mais qui porte l'inscription profondément gravée : « Ton royaume, ô Christ, est un royaume éternel. » Répétons-le encore et encore : « À toi appartient le royaume. »

« À vous appartient la puissance. » Il a le pouvoir d'établir son royaume pour vaincre le mal par le bien, la haine par l'amour et les ténèbres par la lumière. Quels que soient les idéaux qu'il ait pu susciter dans le cœur ou pour le monde, Dieu possède suffisamment de puissance pour les transformer en réalité.

« À toi appartient la gloire. » C'est l'aboutissement de tout. On raconte que lors de la campagne du grand Napoléon, lorsque ses soldats étaient fauchés au combat, ils se tournaient vers lui en agitant les mains et, dans un dernier souffle, criaient : « Vive l'Empereur ! » Ainsi, dans la vie et dans la mort, nous crions : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux. » C'est le point culminant de chaque prière, la passion de la vie et de la mort.

Notre Seigneur revient sur une clause de la prière en soulignant la pensée qui était déjà implicite dans la structure de la cinquième position lorsqu'il nous a dit que pour demander le pardon de nos offenses, nous devons toujours dire : « Comme nous avons pardonné à ceux qui nous ont offensés. » Remarquez la modification apportée dans la version révisée ; il ne s'agit pas de « comme nous pardonnons », mais de « comme nous avons pardonné ». Cela nous ramène, bien sûr, au verset 5:24, où il nous est demandé de laisser notre offrande sur l'autel et de nous réconcilier avec notre frère avant d'offrir notre offrande.

Notre Seigneur ne veut toutefois pas dire que le pardon de Dieu se mesure à notre propre pardon, ni que notre pardon est la cause du pardon de Dieu. Aucune de ces interprétations n'est fidèle à cette clause ; mais Dieu ne peut pardonner à un esprit qui ne pardonne pas. Le fait est que le seul indice certain que notre contrition et notre repentance sont sincères est que nous pardonnons. Si nous ne pardonnons pas, si notre cœur ne s'émeut pas de pitié et d'amour indulgent, cela prouve que nous nous sommes trompés sur nous-mêmes et que nous n'avons jamais atteint cette véritable position de l'âme devant Dieu dans laquelle Il est capable de pardonner.

N'avez-vous pas remarqué cela dans votre vie, après avoir pris conscience du pardon par le sang de l'expiation (qui n'est pas mentionné ici, mais sous-entendu), que la joie du pardon s'éteint parfois dans votre âme et que vous vous demandez si ce n'était pas un fantôme, un rêve lumineux et béni ? Vous vous demandez si les paroles d'absolution ont vraiment été prononcées et vous reprenez votre fardeau avec lassitude. Vous ne pouvez pas expliquer pourquoi, mais il semble que votre péché soit revenu sur vous. Laissez-moi vous expliquer ! Dans la parabole de notre Seigneur, le roi a pardonné à l'homme qui lui devait dix mille talents, et le pauvre débiteur était heureux ; mais en quittant sa présence, il a rencontré un de ses propres débiteurs qui lui devait deux cents deniers. Il a saisi cet homme à la gorge, en disant : « Paie-moi ce que tu me dois. » Il en résulta qu'il fut ramené devant le roi et que son pardon fut annulé, de sorte qu'il se retrouva à nouveau redevable des dix mille talents. Pourquoi ? Parce qu'il était incapable de pardonner, et celui qui est incapable de pardonner perd le sens du pardon de Dieu. La raison pour laquelle vous avez perdu le sens du pardon est probablement que vous avez insisté sur vos droits, que vous avez exigé des autres qu'ils fassent pour vous ce que vous n'avez pas fait pour Dieu, et que vous avez manqué de pardon dans ce que vous avez recherché. Ce n'est que lorsque nous avons appris à pardonner que l'Esprit de Dieu maintient dans nos cœurs la conscience bénie du pardon.

Qu'en est-il pour vous ? Pardonnez-vous ? Ou y a-t-il des personnes que vous refusez obstinément de pardonner ? Si tel est le cas, cela indique que votre âme n'est pas en paix avec Dieu ; votre amour pour Dieu se mesure à votre amour pour les autres ; votre relation avec Dieu se reflète dans votre relation avec vos semblables. Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit ne peut aimer Dieu qu'il ne voit pas. Découvrez où vous en êtes aujourd'hui. S'il y a des hommes et des femmes dans votre vie pour lesquels vous refusez de prier et de pardonner, sachez que votre cœur n'est pas en paix avec Dieu.

RÉPAREZ LE MAL

Faites la première chose à faire, commencez à prier pour eux et dites : « Pardonnez-nous, à nous, à cet homme qui m'a fait du mal, à cet homme qui m'a fait du tort ; il a besoin de pardon, mais j'en ai tout autant besoin. Nous avons tous deux commis une erreur ; j'aurais pu lui faciliter la tâche pour qu'il fasse le bien, contrairement à ce que j'ai fait. » Commencez par la prière. C'est la première étape ; obligez-vous à prier « Pardonnez-nous à tous deux ». Deuxièmement, demandez l'occasion de le rencontrer. Troisièmement, affirmez que lorsque vous le rencontrerez, vous serez peut-être animé par la grâce royale de Dieu, afin que vous puissiez vous comporter avec cet amour rare et gracieux qui couvre une multitude de péchés. Soyez disposé à ce que, par nos lèvres, la miséricorde compatissante de Dieu s'exprime en paroles de bonté humaine.

Que Dieu, pour l'amour du Christ, efface notre dette, passe avec miséricorde sur les torts que nous avons causés aux autres et les répare ! Ensuite, s'il nous en donne l'occasion, puissions-nous l'utiliser pour agir avec justice, gentillesse, amour, noblesse et générosité envers ceux à qui nous avons fait du tort ! « Pardonnez-nous nos offenses et aidez-nous à pardonner à ceux qui nous ont offensés ! »

(à suivre)

Version originale anglaise disponible dans le domaine public

source : https://connaitrechrist.net/