samedi 26 septembre 2026

(10) LE GUIDE DE LA VIE PIEUSE Méditations sur le Sermon sur la Montagne par F. B. Meyer

 Chapitre 9

LA SIMPLICITÉ DANS LE DISCOURS

Matthieu 5:33-37

La parole ! Qu'est-ce que c'est ? La vibration de l'air mise en mouvement par les cordes vocales, la langue et les lèvres. Apparemment mécanique, mais pourtant si spirituelle. Enrichie par les voix de la nature, le fracas des vagues, le murmure de la brise, le chant des oiseaux et le cri des bêtes, elle n'en reste pas moins, dans sa source originelle, un don évident du Créateur.

La parole est l'expression de l'âme, et plus encore, car l'âme teinte et imprègne la parole de ses émotions et de ses inspirations, de sorte qu'elles sont communiquées aux autres comme par magnétisme spirituel. Même lorsque les mots eux-mêmes sont incompréhensibles, nous saisissons l'inspiration divine, ou nos pas s'accélèrent sous l'appel retentissant. Dieu a parlé, et la création visible est sortie du domaine de la pensée pour devenir réalité. C'est par la parole que la Loi a été promulguée depuis le Sinaï ; et c'est par la parole que Celui qui parlait comme aucun homme n'avait jamais parlé, et qui était le Verbe de Dieu incarné, nous a laissé des pensées qui ne mourront jamais. La parole a brûlé avec la véhémence de Démosthène, brillé avec l'éloquence de Cicéron, tremblé avec le pathos de Chrysostome, tonné avec l'emphase de Luther, résonné avec la note aiguë de Pitt, scintillé avec l'éclat de Sheridan et jailli comme un torrent des lèvres de Burke. Quel merveilleux don que celui de la parole humaine. À quelles hauteurs elle peut s'élever, à quelles profondeurs elle peut descendre. « Avec elle, nous bénissons le Seigneur et le Père, et avec elle, nous maudissons les hommes, qui sont faits à l'image de Dieu. De la même source jaillissent l'eau douce et l'eau amère. »

La forme la plus noble du discours est le reflet, en mots simples et naturels, des pensées nobles et bonnes qui occupent l'esprit de l'orateur. Le langage devient alors puissant dans sa simplicité et majestueux dans sa vérité sans fioritures. Il n'y a guère besoin de phrases bien équilibrées ou de discours hautement colorés lorsque l'âme du patriote, de l'orateur ou du prédicateur rayonne de conceptions exaltées et inspirantes. Les feux volcaniques qui brûlent en lui s'expriment dans des syllabes enflammées qui se frayent un chemin dans le cœur des auditeurs. Lorsque l'orateur est profondément ému, son manuscrit se froisse dans sa main, les mots précis qu'il avait soigneusement préparés sont oubliés, et il se fraye un nouveau chemin avec des mots qui jaillissent, brûlants et vivants, de ses lèvres. Les oui et les non du Christ ont suffi à révolutionner les âges, non pas en raison de leur éloquence (selon les critères humains), mais parce qu'ils sont imprégnés de la sagesse et de la vie de Dieu. Des phrases concises, sans fioritures et simples — telles que celles qu'Abraham Lincoln avait coutume de prononcer — suffisent lorsqu'il s'agit d'annoncer des principes profonds et d'une grande portée en matière de conduite personnelle ou de politique publique.

Si nous voulons obéir à ce commandement de notre Seigneur concernant la parole et nous limiter à un langage pur et simple, nous devons commencer à penser plus profondément, à aimer plus tendrement, à cultiver notre âme vers des objectifs plus nobles et à amasser des trésors spirituels. Nous pouvons sans crainte laisser nos paroles parler d'elles-mêmes si notre vie intérieure est pure, douce et forte. Imprégnons-nous simplement de l'esprit de notre Maître, aimons Dieu avant tout et notre prochain comme nous-mêmes, et alors de la source pure jailliront des flots limpides comme ceux qui émanent du trône de Dieu et de l'Agneau.

Il faut toutefois admettre à regret que, dans l'ensemble, notre façon de penser et celle des autres ne sont pas de cet ordre. Les hommes ne sont ni sincères, ni profonds, ni altruistes au plus profond de leur cœur, et ils le savent. C'est pourquoi, à toutes les époques, ils ont cherché à compenser la pauvreté de leur pensée par l'extravagance de leur langage.

Les hommes ne sont pas sincères. Pour compenser leur manque de véracité et inciter les autres à penser qu'ils ne mentent ni ne trompent, ils ont associé leurs paroles au nom redoutable de Dieu, mettant au défi le Tout-Sincère de sortir de son silence pour les confondre si ce n'était pas comme ils le disaient.

« ÂMES ÉPUISÉES ! »

Les hommes ne sont pas profonds. Pour compenser leur manque de pensées profondes et originales, et détourner l'attention du public de leurs âmes usées et appauvries, ils emploient un langage extravagant et exagéré, semblable à celui qu'une jeune fille frivole de l'époque utilise pour s'exprimer lorsqu'elle se trouve pour la première fois en présence de la majesté solennelle des Alpes, à l'aube ou sous le regard de la lune argentée.

Les hommes ne sont pas altruistes. Pour compenser leur manque conscient de cet amour qui s'oublie dans son dévouement aux intérêts des autres, ils remplissent leurs discours d'expressions extravagantes, qui peuvent impressionner l'oreille et le cœur de ceux qui les entendent pour la première fois, mais qui semblent vaines et insipides à ceux qui savent que l'amour qui se vante le plus passionnément est plus que susceptible de comploter pour son avantage personnel.

Il est assez courant pour nous de cacher notre nudité, notre malhonnêteté, notre égoïsme, sous de fortes affirmations et protestations, qui appellent l'Être suprême à témoigner contre nous si ce n'est pas comme nous l'affirmons.

Ce qui est remarquable, c'est que Dieu reste silencieux. Bien que son verdict soit invoqué par le menteur et le blasphémateur invétéré qui jure que le noir est blanc et appelle Dieu à le frapper de mort, ou à prouver d'une autre manière que ses paroles sont fausses, le Ciel ne donne aucun signe. Aucune voix ne sort du silence, aucun coup de tonnerre ne fend l'air, aucun signe n'est donné pour montrer que Dieu n'est pas moqué. En effet, on pourrait croire que Dieu n'a pas entendu, ou qu'il est parfaitement indifférent.

Mais ce n'est pas le cas. Il existe de nombreux exemples, comme celui d'Ananias et de Saphira, où, en réponse à un appel blasphématoire, Dieu est intervenu pour justifier ce qui avait été honteusement déformé. Dieu n'est pas indifférent. Il ne se désintéresse pas de la vérité et de la justice. Il se cache sous l'action lente de lois immuables. Mais on ne fait jamais appel à lui sans qu'il réponde tôt ou tard à cet appel, justifiant l'innocence et dénonçant le menteur et le profane. Avec une précision lente, silencieuse et inexorable, le gouvernement divin traite toutes les exagérations, les mensonges et les blasphèmes, montrant leur vacuité, exposant leur futilité et les rejetant sur le rivage de l'univers, à la dérision de toutes les âmes pures et justes.

Afin d'éviter d'utiliser le nom de Dieu dans leurs protestations, les hommes ont introduit dans leur langage des expressions qui, en fait, tiraient toute leur signification de leur association avec Lui. Ce fut un subterfuge mesquin. Ils n'ont pas aimé dire « Par Dieu » ou « Par la vie de Dieu », et ils ont donc substitué l'expression « Par le ciel ». Ils ont hésité à dire « Que Dieu me frappe de mort si je mens », et ont donc légèrement modifié leur discours pour dire « Par ma vie » ou « Par ma tête », bien qu'ils sachent parfaitement que la vie et la mort ne dépendent en fin de compte que du Tout-Puissant.

Dans notre propre langage, nous avons hérité de certains de ces subterfuges et les utilisons apparemment sans y penser.

« Zounds » est une contraction de « By the wounds of Christ » (Par les blessures du Christ).
« My dear » ou « Dear me » est une forme anglaise de l'italien « Dia mia », ma déesse.
« Good gracious » ou « My gracious » sont clairement des abréviations de « My gracious God » (Mon Dieu miséricordieux).
« By Jove » est bien sûr le nom latin de la divinité.
« Begad » signifie « By God » (par Dieu).

De nombreuses expressions similaires viendront à l'esprit de mes lecteurs, et elles ont toutes pour but de donner une impression de solennité et de fiabilité aux déclarations ; elles n'ont d'autre raison d'être que leur association avec le nom et l'être redoutables de Dieu.

FAUSSES IDÉES JUIVES

Les Juifs, comme toutes les nations orientales, étaient particulièrement enclins à utiliser ces jurons, et se protégeaient en prétextant que tant qu'ils ne mentionnaient pas l'Être divin, ils pouvaient être excusés. Ils disaient que « Tu accompliras tes serments au Seigneur » signifiait que les serments qui n'étaient pas expressément faits au Seigneur, ou par l'invocation du nom de Dieu, n'étaient pas contraignants.

Notre Seigneur montre la fausseté de ce raisonnement. Il dit que, quelle que soit l'importance que les allusions au Ciel, à Jérusalem ou à la tête peuvent donner à notre discours, elle découle de leur association avec Dieu ; et que, par conséquent, si nous voulons éviter d'être accusés de blasphème, nous devons cesser d'entrecouper notre discours de telles expressions. Elles sont inutiles lorsque notre cœur est pur et nos paroles sincères ; elles sont répréhensibles, et pire encore, lorsqu'elles sont introduites pour donner une importance fausse et artificielle à notre discours.

En tant que disciples de Jésus, nous devons éviter, dans notre habillement, nos dépenses, notre équipement ménager, tout ce qui a un goût d'extravagance. Dans tout notre comportement, ainsi que dans notre discours, il doit y avoir la simplicité et la beauté de Jésus. Il y a peut-être plus de vérité que nous ne voulons l'admettre dans le procès-verbal suivant d'une ancienne réunion des Amis : « Les Amis estiment que nous devrions nous abstenir d'avoir de belles tables à thé dressées avec de la porcelaine fine, car elles sont plus destinées à être admirées qu'à être utilisées, et il est conseillé aux Amis de ne pas avoir autant de porcelaine ou de faïence sur leurs cheminées ou leurs commodes, mais plutôt de les ranger dans leurs placards jusqu'à ce qu'ils aient l'occasion de les utiliser. Et nous souhaitons un changement dans les choses contre lesquelles le témoignage de la Vérité s'est élevé, à savoir les robes des Amis, qui sont indécentes, dont une partie est trop longue et l'autre trop courte, avec du plomb dans les manches, et que les Amis parviennent à une stabilité et se satisfassent de la forme et de la mesure que la Vérité leur inspire, sans changer au gré des changements du monde, afin que les vêtements des Amis soient d'une couleur décente et modeste, sans coupe de cheveux ni poudre, et que les coiffes ne soient pas faites avec des fronces sur le front, à la manière du monde.

Cette interdiction de notre Seigneur, « Ne jurez pas du tout », ne concerne pas, à mon avis, le fait de prêter serment devant un tribunal ou d'assumer de hautes fonctions. Il traite simplement de l'utilisation de jurons dans le langage courant. Lors de son propre procès, il n'a pas hésité à prêter serment. Lorsque le grand prêtre lui dit : « Je t'adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu », Jésus répondit : « Tu l'as dit. »

Et lors d'une occasion solennelle, l'apôtre Paul appela délibérément Dieu à témoin qu'il disait la vérité en Christ, « sa conscience rendant témoignage dans le Saint-Esprit ».

Il n'est pas inadmissible que, lors d'occasions solennelles et importantes, nous nous découvrions la tête devant Dieu et lui demandions solennellement de se tenir à nos côtés pour attester la véracité des paroles que nous prononçons et des vœux que nous faisons. Mais il y a une grande différence entre cela et l'appel incessant et irréfléchi à Dieu à chaque occasion insignifiante et frivole.

L'âme véritable et sainte trouve Dieu partout et en toute chose. Le ciel au-dessus est le trône de Dieu ; la terre en dessous, son marchepied ; Jérusalem, la ville sainte, la résidence du grand Roi. Notez ces derniers mots : « le grand Roi ». Cela nous rappelle les paroles sublimes avec lesquelles le dernier des prophètes a réprimandé le culte laxiste et négligé du peuple élu : « Depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, mon nom est grand parmi les nations ; et en tout lieu, on offre de l'encens à mon nom et une offrande pure, car je suis un grand Roi, dit le Seigneur des armées, et mon nom est redoutable parmi les nations (Malachie 1:11,14).

PÈRE ET ROI

Cultivons cette pensée que Dieu n'est pas seulement notre Père, mais aussi un grand Roi, et que toute la familiarité des petits enfants sera mêlée à une crainte révérencielle. Où que nous allions, nous nous souviendrons de la présence de Dieu, et cela nous empêchera d'avoir un esprit qui se trahit par des paroles extravagantes. Nous ne songerons pas à utiliser des mots qui relèvent de la condamnation de notre Seigneur lorsque nous nous souviendrons que chaque mot est prononcé en présence de notre Juge et que nous devrons rendre compte de chaque parole inutile que nous prononcerons.

Tous les jugements sévères sur les autres, qui sont des créatures de Dieu ; toutes les références désinvoltes aux Écritures, pour pimenter notre conversation et suggérer des plaisanteries et des énigmes ; toutes les remarques légères sur les relations de Dieu avec les hommes, comme dans un livre publié autrefois, intitulé « L'histoire comique de l'Angleterre » ; toutes les plaisanteries sur des sujets sacrés, ou les exposant au ridicule, seront impossibles à ceux qui les investissent de la pensée que Dieu est grand, qu'il est grand à craindre et qu'il doit être vénéré par tous ceux qui l'entourent. L'utilisation respectueuse du Jour de Dieu ; l'entrée dans Sa Maison avec des pensées pieuses et sacrées ; la participation prudente et attentive à la Cène du Seigneur ; le traitement aimant des Écritures, et même du Livre qui les contient ; l'honneur avec lequel les parents et les amis, jeunes et vieux, sont traités — tous ces traits admirables et magnifiques, si nécessaires au perfectionnement du caractère, ont la même origine et la même source. Lorsque Dieu est traité comme le Grand Roi, toute la vie tombe dans la symétrie et l'ordre, et devient un oui prolongé à la vérité, un non profond au mensonge et à l'erreur, à la gloire de Celui qui est le oui et l'amen de Dieu à tous les besoins de l'âme humaine.

(à suivre)

Version originale anglaise disponible dans le domaine public

source : https://connaitrechrist.net/


vendredi 25 septembre 2026

(9) LE GUIDE DE LA VIE PIEUSE Méditations sur le Sermon sur la Montagne par F. B. Meyer

 Chapitre 8

LA RÈGLE DE L'ŒIL

Matthieu 5:28

Nous avons déjà vu que si un homme laisse son cœur se remplir d'une colère qui bouillonne sans cesse ou qui explose sous forme d'expressions dures et méprisantes, il est exclu du Royaume des Cieux et rejeté comme inutile — le feu de la géhenne étant une expression bien connue pour désigner le tas d'ordures. Nous sommes maintenant amenés à aller plus loin et on nous enseigne que l'impureté peut avoir le même effet terrible, à moins que ses premiers mouvements ne soient sévèrement réprimés. En effet, le Christ enseigne que ce qui est aussi naturel que la main droite ou l'œil droit peut, à moins d'être rigoureusement contrôlé, devenir la cause de la condamnation de tout le corps à la géhenne.

L'extérieur et l'intérieur, l'expression par le corps et le désir passionné de la partie inférieure de l'âme (que nous pourrions appeler l'âme animale), agissent et réagissent l'un sur l'autre. Le premier influence le second, tout comme le versement d'huile ravive une flamme étouffée. D'autre part, grâce à la combinaison du désir et de l'imagination, qui s'allient dans les cavernes obscures de l'âme, le corps peut devenir l'instrument d'actes qui font rougir les étoiles pures.

Les législateurs d'autrefois ont décrété qu'aucun membre de la communauté ne devait commettre d'adultère, et ont promulgué des peines terribles si leur interdiction était bafouée (Deutéronome 22:24) ; mais l'Homme Divin, qui lit dans le cœur des hommes, remonte au-delà de l'acte jusqu'à ses prémices, légifère sur le regard qui peut enflammer la passion ; et condamne l'âme qui ne détourne pas instantanément les yeux de ce qui l'attire, vers le Tout-Saint, demandant d'être purifiée, non seulement par des larmes, mais aussi par le sang, et suppliant que les yeux soient désormais voilés de pitié, fondus dans la tendresse, et enflammés par la lumière de Ses yeux, qui sont décrits comme étant semblables à une flamme de feu.

LE STADE LE PLUS PRÉCOCE DU PÉCHÉ

L'importance du régime des yeux est reconnue dans de nombreux passages de l'Écriture : « La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue… » ; Lot vit la plaine de Sodome. C'est aux regards errants de David que l'on doit son grand péché (2 Samuel 11:2). Le psalmiste demande que ses yeux soient détournés de la vanité. Job a fait une alliance avec ses yeux, et le Sage nous dit de ne pas regarder le vin quand il est rouge et qu'il donne sa couleur dans la coupe. Chaque passage renforce les paroles de notre Seigneur.

La première étape dans la vie religieuse consiste à détecter le bien et le mal, non pas dans l'acte, mais dans la pensée et l'intention. Si le péché est arrêté à ce stade, il est arrêté à son stade le plus précoce. Lorsque les sens intérieurs sont exercés et entraînés à discerner le bien et le mal, et lorsque l'âme non seulement discerne, mais résiste, il n'y a pas à craindre que la vie soit dominée par le tentateur. Le serpent est tué dans l'œuf ; le microbe est détruit avant qu'il ne puisse se reproduire ; l'ennemi est vaincu avant qu'il ne puisse s'installer à l'intérieur des murs de la ville.

Il est remarquable de constater à quel point peu de chrétiens pratiquent ce discernement entre des choses qui diffèrent. Ils sont tout à fait disposés à admettre que l'âme a des sens, identiques à ceux du corps ; qu'elle a des yeux, avec lesquels elle peut voir Dieu ; des oreilles, grâce auxquelles elle peut entendre la voix intérieure ; le sens du toucher, et même de l'odorat, qui lui permettent de distinguer entre ce qui est sain et ce qui est corrompu, entre l'air du paradis et le souffle de l'enfer. Mais ils n'ont jamais appris à les exercer, à noter leurs premières suggestions et à agir en conséquence (Hébreux 5:14). C'est la cause d'innombrables échecs, qui maintiennent ces chrétiens à l'état de bébés. Ils ne grandissent jamais et ne se nourrissent pas de la nourriture solide de la Parole (comparez également 1 Corinthiens 3:1-2).

Une illustration curieuse de cela m'est arrivée une fois. Une dame chrétienne tenait beaucoup à ce que je lise un certain roman qui venait de paraître et qui suscitait un vif intérêt. Elle m'assurait que j'y trouverais beaucoup de choses qui me plairaient et que j'apprécierais. Suivant son conseil, j'ai emporté le livre pour occuper quelques heures de loisirs sur l'Atlantique, et je me suis assis un après-midi sur ma chaise longue pour le lire. Cependant, lorsque j'arrivai à la page 50, je le jetai à la mer, pensant que son contenu serait moins nocif pour les poissons que pour moi-même. Si j'avais continué à lire cette histoire, j'aurais joué avec le feu.

Qu'est-ce qui faisait la différence entre cette dame chrétienne et moi ? N'était-ce pas que mes sens intérieurs étaient plus sensibles que les siens et capables de discerner le mal contenu dans ce livre, qu'elle aurait involontairement laissé empoisonner et contaminer toute sa nature ? Certains d'entre nous ont des sens naturels plus aiguisés que d'autres. Le garde-côte, habitué à surveiller l'océan, détectera un petit bateau qui échapperait à l'attention d'un terrien moyen ; l'œil expérimenté du scout recueillera toute une série d'informations utiles à partir de l'examen d'une empreinte de pas, ou même d'une poignée de cendres, qui ne seraient d'aucune utilité pour le voyageur ordinaire. Des différences similaires existent dans le domaine de l'âme ; et beaucoup reçoivent du poison dans leur organisme avant même de s'en rendre compte.

Il est donc de la plus haute importance d'exercer l'âme à discerner les sens intérieurs et de l'habituer à agir en fonction de ses découvertes ; et c'est probablement ce que notre Seigneur avait à l'esprit lorsqu'il a parlé avec tant de sérieux de la règle de l'œil, trop habitué à se déplacer sans soin sur les visages et les formes, sur le spectacle de la vie humaine et naturelle, qui défile devant nous comme un panorama incessant. Il n'aurait pas été facile de parler à tout le monde des sens de l'âme. La plupart des hommes ne l'auraient pas compris. Mais s'il pouvait seulement leur enseigner qu'il peut y avoir du péché dans un regard, et qu'un regard non maîtrisé peut conduire au péché, ce serait au moins un pas vers l'éveil de l'âme à la vigilance contre ces premières tentations, qui se révèlent non seulement dans le regard, mais aussi dans le mouvement intérieur de l'âme. Qu'un homme commence à surveiller ses regards, il finira par garder son cœur plus que tout autre chose, puisqu'il aura compris que c'est de là que proviennent les enjeux de la vie.

Nous devons avant tout apprendre à vaincre le désir passionné. Les appétits que Dieu a implantés en nous, pour la nourriture, le sommeil, l'amour humain et autres choses similaires, ne sont pas mauvais en eux-mêmes, mais ils sont très susceptibles de mal tourner dans deux directions. Soit nous désirons une chose bonne avec trop de passion et pour le simple plaisir qu'elle procure, plutôt que pour le service qu'elle nous permettra de rendre aux autres ; soit nous désirons la satisfaction d'un objet qui, pour de bonnes raisons, est placé en dehors du cercle de notre vie.

La présence d'un tel objet peut exciter le désir passionné de notre nature ; et, si tel est le cas, notre Seigneur dit que nous ne devons pas le regarder. Dans ce cas, le vieux proverbe « Loin des yeux, loin du cœur » est notre seule protection. Ce que l'œil ne voit pas, le cœur sera moins enclin à le désirer. Le Maître va plus loin et dit que si nous sommes amenés à être en contact presque constant avec un objet qui nous tente, et si nous ne pouvons pas vaincre son attrait inévitable sur notre tempérament, il vaudrait mieux pour nous de l'arracher et de le jeter, même s'il était aussi précieux qu'un œil et aussi utile qu'un pied. Bien sûr, la meilleure politique serait d'acquérir une telle élévation et une telle force d'âme que nous soyons supérieurs à la tentation de tout piège mauvais ou nuisible. Quand un enfant est bien nourri, il ne se battra pas avec les chiens pour les ordures dans les rues. Quand nous descendrons du mont de la Transfiguration, avec la lumière de sa gloire récente sur nos visages, nous ne trouverons aucun attrait dans les vanités de Vanity Fair. Mais, à défaut de cela, et comme deuxième meilleure option, il serait plus sage, comme Joseph autrefois, de laisser notre vêtement et de fuir, refusant même d'être dans la même pièce que la tentatrice. Quel qu'en soit le prix, cependant, nous devons apprendre à maîtriser les désirs de nos sens et ne pas laisser nos pieds errer dans la direction qu'ils sollicitent, à moins que ce ne soit celle que Dieu lui-même nous a tracée. Même dans ce cas, nous devons avancer avec modération, d'une part en nous rappelant que tout don bon et parfait vient du Père et doit donc être utilisé avec respect, et d'autre part en craignant de nuire à autrui et en oubliant que dans chaque acte, nous devons considérer le bien-être de tous ceux qui nous entourent comme primordial par rapport à notre propre plaisir.

HÉRÉDITÉ — VICTOIRE !

Il faut bien sûr toujours garder à l'esprit que le péché ne doit pas être imputé au corps. Ce n'est pas l'œil qui pèche, mais le cœur qui l'utilise pour pécher. Ce n'est pas le corps qui s'abandonne à l'entrée des choses mauvaises, mais l'âme qui tourne la clé, ouvre la porte et leur permet d'entrer. Il ne fait aucun doute que le corps est un poids dans la course céleste, car dans son mécanisme nerveux subtil, il porte l'empreinte et l'impulsion de nombreux actes de mal incontrôlé commis par nos ancêtres. C'est une chaîne dont les maillons ont été forgés par de nombreux actes distincts, qui sont devenus des habitudes. Mais le pouvoir ultime est toujours investi dans l'esprit, qui doit toujours prononcer son « Je le veux ! » ou son « Je ne le veux pas ! » avant qu'un acte puisse être accompli qui ait une qualité morale, dont nous devons rendre compte, et qui soit un pas vers le ciel ou vers l'enfer.

Si vous péchez, ce n'est pas votre corps qui pèche, mais vous à travers votre corps ; et vous transformez en porcherie ce que Dieu a créé pour être son palais et son temple. Aussi forte que puisse être l'hérédité, vous êtes plus fort. Aussi fougueux que soient les chevaux attelés au char de la vie, le Créateur bienveillant ne vous les aurait jamais donnés s'il n'avait pas su que vous étiez tout à fait capable, avec Son aide, de les maîtriser, de les contraindre à suivre leur course, à courir la course et à atteindre le but. Si donc vous voulez mettre fin aux actes de péché dans le corps, il est impératif que vous vous occupiez du sens intérieur et des désirs de l'esprit.

COMMENT POUVONS-NOUS ALORS PURIFIER LES DÉSIRS DE L'ESPRIT ?

(1) Nous devons nous prémunir contre la moindre pensée malveillante. Les microbes flottent dans l'air, et si à un moment donné nous baissons notre garde et les laissons se poser, ils trouveront infailliblement un nid où se reproduire. Si nous lui confions cette tâche sacrée, le Saint-Esprit nous rendra très sensibles à la moindre parcelle de mal qui flotte vers nous et nous rappellera de nous réfugier sous le Sang. Les hommes peuvent rechigner à utiliser ce mot mystique, mais croyez-moi, il n'y a pas d'autre talisman infaillible pour remporter la victoire. « Ils ont vaincu par le sang de l'Agneau. »

(2) Nous devons éviter les occasions de tentation. Il est inutile de demander à Dieu de ne pas nous exposer à la tentation si nous nous y exposons nous-mêmes. J'ai dû un jour conseiller à un jeune artiste de renoncer à peindre des personnages, car il lui était impossible de suivre la formation jugée nécessaire sans être submergé par les tentations inhérentes à cette voie d'étude. C'était le bon choix, mais cela le faisait toujours trébucher, et il fallait y renoncer. Une autre fois, je n'ai eu d'autre choix que de conseiller à une jeune fille de rompre avec un attachement qui lui était cher comme la vie, car elle ne pouvait le conserver sans courir un grave danger spirituel. C'était le bon œil, mais il fallait l'arracher. Mais ces pertes sont-elles sans compensation ? Non, vraiment. Il est impossible de renoncer à de telles choses pour le Christ sans recevoir le centuple dans la vie présente. Lorsque les yeux de Milton se ferment sur les scènes de la terre, ils s'ouvrent sur le trône de Dieu et de l'Agneau. Nous sommes complets en Lui. Nous entrons dans la vie mutilés !

(3) Nous devons nous approprier la grâce opposée. Il est bon, mais pas suffisant, de détourner les yeux de la vanité, ni de les fermer comme le ferait un ascète à tout ce qui est juste, naturel et innocent. Il y a quelque chose de mieux, fourni par le principe universel que nous utilisons tout au long de ces chapitres — l'amour.

Lorsque nos cœurs sont remplis d'amour, nos yeux ne se posent pas sur un objet pour notre plaisir égoïste. Ils se posent sur les intérêts d'autrui ; ils voient toute l'agonie et la douleur qui peuvent découler du fait que cet autre soit détourné, comme la pauvre Bath Schéba l'a été du chemin de la justice immaculée ; ils se rempliront de larmes à la simple pensée d'apporter la honte et le déshonneur dans la vie d'autrui ; ils deviendront tendres d'un amour saint et désintéressé ; ils se soumettront comme des organes de la vision même du Christ ; et de tout cela naîtra la transparence d'un cœur pur, que le Saint-Esprit fera sa demeure.

« Qui parmi nous habitera dans les flammes éternelles » de la pureté divine ? Celui qui « détourne ses yeux de regarder le mal, il habitera dans les hauteurs » (Ésaïe 33:14-16).

(à suivre)

Version originale anglaise disponible dans le domaine public

source : https://connaitrechrist.net/




jeudi 24 septembre 2026

(8) LE GUIDE DE LA VIE PIEUSE Méditations sur le Sermon sur la Montagne par F. B. Meyer

Chapitre 7

L'AMOUR CONTRE LA COLÈRE

Matthieu 5:21-26

« Les anciens », les philosophes et les législateurs de l'humanité, ont compris que la colère meurtrière menaçait l'existence même de la famille humaine et devait être stoppée. Ils l'ont donc interdite, accompagnant leur interdiction d'une menace de condamnation devant leurs hautes cours. « Quiconque tuera », ont-ils dit, « sera passible de jugement ».

Mais ni l'interdiction ni la menace n'ont été efficaces. Les barrages qu'ils ont construits étaient trop fragiles pour résister aux vagues de haine et de vengeance qui se sont abattues sur leur fragile résistance. Les hommes ont approuvé leurs lois, les jugeant bonnes. Dans leurs moments de lucidité, ils ont acquiescé et apporté leur aide. Mais lorsque la tempête s'est déchaînée en eux, ils ont été emportés à toute vitesse de la pensée au désir, du désir à l'intention pleinement formée, de l'intention à la parole, et de la parole à l'acte.

Puis l'Amour de Dieu incarné s'est tenu parmi les hommes. Sa législation a commencé plus tôt, à l'origine du péché. Il ne traite pas de l'acte de meurtre, mais voit d'abord l'explosion de colère dans les paroles — « Imbécile » ; puis, derrière cela, le sentiment d'aversion — « Vaniteux » ; et derrière cela encore, la colère du cœur, cachée à tous les yeux sauf aux siens. Dans Sa salle d'audience, cette colère est aussi mauvaise que le meurtre devant le tribunal des hommes. Il lui inflige la même condamnation que la société humaine attribue au meurtrier.

Il dit que quiconque est en colère contre son frère est en danger devant le tribunal constitué pour juger les meurtres. Il ne dit pas : « Tu ne tueras point », car il s'occupe des sources de la volonté, de la pensée et de l'action, créant un cœur pur, renouvelant un esprit droit, éliminant la mauvaise disposition dont découle le meurtre. Pourquoi dire à un homme qu'il ne doit pas tuer son frère, alors qu'il a été amené à l'aimer comme lui-même ?

Notre Seigneur fait référence à deux tribunaux de la communauté juive : le tribunal local, qui avait le pouvoir de vie et de mort et infligeait la peine capitale par décapitation, et le Sanhédrin, ou cour d'appel suprême, à Jérusalem, dont la sentence de mort était exécutée par lapidation. Il existait un sort encore plus terrible que ces deux-là, lorsque le corps d'un criminel était jeté comme un déchet dans la vallée de la Géhenne, décrite ici comme « l'enfer de feu », car des feux brûlaient en permanence dans ses enceintes sinistres afin de détruire les ordures et les déchets qui auraient empoisonné la santé de la ville. Là où il n'existe pas de système d'égouts, comme dans les villes orientales, les chiens parias, le feu et les vers sont indispensables.

Dans le royaume du Christ, la colère injustifiée serait passible du tribunal inférieur, la colère qui s'exprimait par des phrases méprisantes et dédaigneuses du tribunal supérieur, et la colère qui explosait en épithètes véhémentes et passionnées du sort d'un paria. Il n'est pas allé plus loin, car le crime de meurtre serait impossible pour ceux dont le cœur avait été jugé et condamné dès les premières étincelles. Dans la législation du Christ, l'homme qui hait son frère est un meurtrier, et quiconque laisse la haine couver sans contrôle et sans repentir est coupable d'un crime capital contre Ses lois et perd tous les droits et privilèges de Son Royaume, de la même manière que le meurtre fait perdre au meurtrier tous les droits et privilèges de la nation à laquelle il appartient.

PÉNALITÉ AUTOMATIQUE

Ce sont des paroles solennelles. Elles sont rapides et puissantes, plus tranchantes qu'une épée à double tranchant. Elles transpercent l'âme et l'esprit, et critiquent les pensées et les intentions du cœur. Elles nous font lever les yeux vers cet homme humble et doux, qui parle avec une telle autorité, se plaçant au-dessus des hommes d'autrefois, avec son majestueux « Je vous le dis » ; et voici ! ses yeux sont comme une flamme de feu !

Ô âme de l'homme, Il regarde en toi et à travers toi. Es-tu en colère contre ton frère avec la chaleur d'une colère égoïste et injustifiable ? Tu as déjà été convoqué devant le tribunal du Christ ! Nourris-tu un mépris amer à son égard ? Tu as déjà été condamné à subir la mort du blasphémateur, car tu maudis celui qui est fait à l'image de Dieu ! Brûles-tu d'une colère véhémente, comme une fournaise ardente ? Tu es déjà dans l'enfer de feu, tu n'as pas besoin d'attendre la dissolution de ton âme et de ton corps. Les flammes de l'enfer t'ont déjà saisi. Ton péché est automatique dans la souffrance pénale qu'il inflige. Ainsi, de notre cœur, nous en venons à justifier le Christ et à réaliser qu'Il est plus grand que les plus grands fils des temps anciens.

Il va encore plus loin et nous montre comment nous pouvons gérer les premiers mouvements de notre esprit contre les sentiments négatifs qui, après avoir longtemps couvé, éclatent en un immense holocauste.

Nous sommes si souvent en colère contre les personnes à qui nous avons fait du tort ; il n'y a donc pas de meilleur moyen de nous éviter des explosions de colère que de réparer le tort causé, dès que nous en prenons conscience dans la lumière claire de la présence de Dieu. C'est pour cette raison que notre Seigneur nous demande de trouver le frère à qui nous avons fait du tort et de lui demander pardon.

De même, lorsque nous repensons aux heures passées dans la pénombre d'une journée ordinaire, nous prenons souvent conscience que, même si nous n'avons pas laissé nos mauvais sentiments s'exprimer, nous leur avons néanmoins donné une certaine manifestation, par une froideur dans nos manières ou un changement dans notre comportement, qui a dû être remarqué par notre frère, notre ancien ami, et qui l'a profondément blessé. Le symptôme de notre changement de sentiment à son égard a peut-être été très léger, mais tout à fait suffisant pour indiquer, comme le signal d'alerte sur la côte, qu'il y a eu une dépression dans l'atmosphère de notre âme et qu'une tempête se préparait. Il n'y a pas de méthode plus sûre pour arrêter la progression d'une tempête de colère que de se réconcilier immédiatement avec le frère sur ce petit détail qui a révélé notre antagonisme.

Pour chacune de ces raisons, c'est donc conformément à la philosophie la plus profonde de l'âme que notre Seigneur nous invite à aller vers quiconque pourrait avoir une juste raison de se plaindre de nous, à cause de notre attitude, de nos paroles ou de nos actes.

L'autel dont parle le Maître symbolise un acte d'abandon de soi à Son adorable service que nous sommes impatients d'accomplir. À côté de lui se tient le Grand Prêtre, attendant de consommer notre offrande, y ajoutant le mérite de Son intercession. La lumière du feu de la Shekinah, qui attend de consumer l'offrande, brille d'un éclat intense. Tout est prêt pour l'acte de dévotion de l'âme qui, contrainte par la miséricorde de Dieu, s'apprête à se présenter comme un sacrifice saint, raisonnable et vivant. Soudain, notre grand Melchisédek jette un regard scrutateur sur les heures qui viennent de s'écouler. Chaque incident apparaît aussi clairement que les objets d'un paysage illustré par un éclair à minuit. Et nous entendons sa voix dire solennellement et d'un ton inquisiteur : « Ton frère a-t-il quelque chose contre toi? »

RAISONNEMENT HUMAIN

Au début, nous frissonnons devant l'interrogatoire. Nous sommes conscients d'une faute cachée. Le poignard avec lequel nous l'avons frappé était si tranchant et si fin que nous nous sommes assurés contre nous-mêmes que le coup avait dû échapper à l'attention du Christ. Mais maintenant, nous savons que Lui, dont les yeux portent la lumière avec laquelle ils voient, l'a vu. Nous n'osons pas le tromper, mais nous éludons son interrogatoire en énumérant les nombreuses raisons que nous avons de nous plaindre de la personne même qui a fait l'objet de la question de notre Seigneur.

« Il ne m'a pas traité comme j'étais en droit de m'y attendre. Il a été ingrat, désagréable, intolérant. Il n'a pas tenu compte de mes intérêts. Il a profité de ma bonne volonté. Je ne m'entends jamais avec lui ; son tempérament et le mien sont si différents. Pourquoi me l'as-Tu donné comme frère ? Si cela avait été quelqu'un d'autre, nous aurions pu nous entendre. En apparence, j'ai essayé de faire de mon mieux. Peux-tu t'étonner que je cache une rancune dans mon cœur et que, presque involontairement, celle-ci se trahisse ? Mais, après tout, l'incident était très mineur ; il l'a sans doute déjà oublié. Il a l'habitude de me donner de mauvais coups ; sa peau est probablement trop épaisse pour ressentir une manifestation aussi légère de mon hostilité. »

Une fois encore, la voix inquisiteur demande : « Ton frère a-t-il quelque chose contre toi ? »

« Cela dépend, ô Maître, répondons-nous, du tribunal qui jugera l'affaire. Dans n'importe quel tribunal humain, une chose aussi insignifiante que celle qui est révélée par cette lumière intense serait considérée comme trop insignifiante pour être prise en compte. Devant un jury composé de mes amis, ou même de mes connaissances, il serait admis que je n'ai rien fait de très grave. On pourrait supposer que je devenais morbide et introspectif si je prenais des mesures pour une chose aussi insignifiante. »

Une fois encore, cette voix claire et forte se fait entendre : « Nous ne tergiverserons pas. Tu sais que ton frère souffre et qu'il perd foi en ta profession de religion, qu'il a des préjugés à mon égard ; ton refus de répondre à ma question est ta condamnation. Tu sais ce que tu as fait. En t'excusant, tu t'accuses toi-même. Laisse ici ton offrande sur l'autel. Va d'abord te réconcilier avec lui. Puis reviens ; je t'attendrai. Même si des heures s'écoulent, tu me trouveras ici. »

« Ne puis-je pas offrir mon offrande maintenant, puis aller trouver mon frère ? Mon cœur est rempli de désir. Je suis impatient d'être une offrande entièrement brûlée à mon Dieu. Cette ferveur ne va-t-elle pas disparaître et me laisser froid ? »

« Non, répond le Maître. Ton don actuel ne sera pas acceptable aux yeux de Dieu. Le désir impétueux de le faire vient de la chair, et non de l'Esprit. S'il venait de l'Esprit, il n'y aurait aucun doute quant à sa permanence ultime. Obéir vaut mieux que sacrifier, et écouter vaut mieux que la graisse des agneaux. Fais vite. Le ciel s'assombrit avec la nuit. Le chemin qui reste à parcourir par ton frère, qui est maintenant devenu ton adversaire, est court. Mets-toi d'accord avec lui rapidement pendant que tu es en route, de peur que le retard n'aggrave la querelle entre toi et lui, et que tu ne te retrouves dans des difficultés dont il sera impossible de te sortir. Chaque instant de retard intensifie le sentiment d'injustice et rend plus difficile ta tentative de réconciliation. »

« Mais il m'a fait du tort, gracieux Maître. Ne faut-il rien lui dire ? »

« Pas dans un premier temps », répond-il. « Il est nécessaire que tu te rétractes, quelle que soit ta part de responsabilité. Demande-lui pardon pour tes sentiments contrariés, ton attitude dure et peu aimable, ta réserve glaciale. Rends-lui tout ce qu'il peut légitimement revendiquer. Demande-lui pardon comme tu demanderais pardon à Dieu, et ton approche suscitera un flot de paroles de repentir et de protestation, qui montreront que tu as gagné ton frère. Et si cela ne se produit pas, et qu'il accepte tes excuses comme son dû, ou sans commentaire, tu auras néanmoins fait ta part, et il n'y aura plus rien à dire contre toi. Je m'occuperai de lui — puis viens m'offrir ton cadeau. »

LA MUSIQUE LA PLUS VRAIE

Quelle musique y a-t-il donc dans ce mot « Viens » ! Tout le ciel parle dans cette invitation. Viens, dit le Maître, et offre-toi en sacrifice vivant, ce qui est ton service raisonnable. Viens, et laisse- Moi faire de toi tout ce qui est possible dans ta brève vie. Viens, car tout est prêt.

Et nous découvrons ceci — lorsque nous avons agi comme l'amour devrait agir, non pas parce que nous ressentons l'amour, mais parce que le Maître nous le demande et que nous obéissons simplement, alors l'amour de Dieu jaillit dans notre cœur comme une source géothermique brûlante, et nous nous trouvons capables d'offrir notre don à Dieu avec une émotion d'amour que nous n'aurions jamais pu connaître autrement.

C'est là la gloire de l'enseignement de notre Seigneur : lorsque nous faisons ce qui est juste, sans éprouver aucune émotion de plaisir ou de désir, nous nous réjouissons de le faire. L'action juste s'accompagne du sentiment juste ; et en faisant Sa volonté, nous pouvons dire : « Je me réjouis de faire Ta volonté, ô mon Dieu. »

Essaie, ô âme humaine. Sois indifférent à l'émotion. Agis. L'émotion jaillira comme les fleurs qui tapissent les prairies en mai. Les oiseaux chanteront, les ruisseaux couleront, les fleurs apparaîtront, car par un seul acte, le règne du roi du gel est brisé.

(à suivre)

Version originale anglaise disponible dans le domaine public

source : https://connaitrechrist.net/


mercredi 23 septembre 2026

(7) LE GUIDE DE LA VIE PIEUSE Méditations sur le Sermon sur la Montagne par F. B. Meyer

 Chapitre 6

LE CHRIST, L'ACCOMPLISSEMENT DE LA VIE HUMAINE

Matthieu 5:17-20

La première question qu'une époque pose à un nouvel enseignant est : « Quelle est votre relation avec le passé ? Que pensez-vous des grands prophètes et enseignants, aux pieds desquels nos ancêtres se sont assis pendant des générations ? » À cette question, la réponse a souvent été : « Ma mission est de détruire ; vous avez été induits en erreur ; le chemin emprunté par les générations précédentes n'est en aucun cas le plus facile ni le meilleur. Je suis venu vous suggérer de faire table rase, d'effacer le passé, de commencer par poser de nouvelles fondations sur lesquelles construire un édifice plus grand et plus spacieux. »

Tel est le credo du révolutionnaire. Lors de la Révolution française, Robespierre et ses acolytes sont allés jusqu'à effacer la division septennale du temps, insistant pour que la semaine compte dix jours plutôt que sept. De nouveaux noms ont été attribués aux jours, aux rues et aux fonctionnaires de l'État. Mais ce n'est pas ainsi que le Christ a inauguré son œuvre. Il a répondu aux pensées de son époque en disant : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir. » Chaque « iota et chaque trait » de l'ancien code lui étaient chers. Jésus n'était pas un iconoclaste. Bien qu'Il fût radical dans Sa volonté d'aller au fond des choses, Il n'était pas un révolutionnaire.

Tout comme midi succède à l'aube, l'été succède au printemps, l'âge adulte succède à l'enfance, le grand artiste réalise l'idéal difficile à atteindre de l'humanité en général dans le poème, la statue ou la sonate, Jésus-Christ rassemble les idéaux les plus élevés inspirés par l'Esprit de Dieu dans le cœur des hommes ou gravés de Sa main sur des tables de pierre. Partout où il y a une suggestion de vérité éternelle, Il la réalise et montre aux hommes les étapes par lesquelles ils peuvent s'élever à Son niveau élevé.

Bien sûr, il y a eu une certaine proportion de dissolution. Lorsque l'épître aux Hébreux a été écrite, les institutions de l'Ancienne Alliance étaient en train de vieillir, de se détériorer, et étaient sur le point de disparaître (Hébreux 8:13). Mais cette dissolution n'était qu'une partie du processus naturel par lequel l'idéal des anciennes Écritures était en train de s'accomplir. Ce n'était pas une dissolution qui ne laissait aucune trace, comme lorsque le feu détruit l'atelier d'un artiste, brûlant ses croquis et ses tableaux, ses moulages en plâtre et ses statues achevées — mais la destruction de la forme imparfaite par opposition au dessin achevé et complet. Ainsi, l'esquisse grossière est remplacée par le tableau achevé, le bourgeon par la fleur, les jouets et les livres scolaires de l'enfance par les intérêts de l'homme mûr. Les emblèmes du jardin d'enfants accomplissent leur travail dans l'esprit de l'enfant, en lui donnant des conceptions de forme et de figure, et ses premières connaissances rudimentaires. Ils sont ensuite mis de côté ; mais les conceptions qu'ils ont contribué à former sont la possession permanente de la nature, qui a ainsi fait ses premiers essais sur le petit lac, avant de se lancer sur le puissant océan à l'horizon illimité.

LA BIBLE DE NOTRE SEIGNEUR

Le sacerdoce d'Aaron a été dissous afin d'être accompli dans le sacerdoce immuable du Fils de Dieu. Les autels sur lesquels dix mille victimes avaient été consumées ont été détruits, et leurs cendres ont été répandues sur le sol, car ils ont été accomplis dans cet autel unique sur lequel la suprême expiation a été accomplie. Le Temple a été détruit, car la Shékinah, la présence de Dieu, s'était retirée pour accomplir ce temple composé d'âmes sauvées, dont l'apôtre dit que « tout l'édifice, bien coordonné, s'élève pour être un temple saint dans le Seigneur. » Tout le système des observances cérémonielles, dont le Lévitique est rempli, a été détruit, car l'amour est devenu le principe intérieur du cœur chrétien, et « l'amour est l'accomplissement de la loi ».

Sous le terme « Loi et Prophètes », notre Seigneur inclut, selon une abréviation juive courante, l'ensemble de l'Ancien Testament (Matthieu 7:12 ; 22:40 ; Luc 16:16 ; 24:44 ; Actes 13:15). Il est probable qu'il n'ait jamais possédé d'exemplaire des Écritures de l'Ancien Testament pour son usage personnel. La seule Bible à Sa portée était celle qui était conservée dans la synagogue ; mais grâce à Sa mémoire prodigieuse et à Son cœur d'enfant, Marie à la maison, le vieux rabbin à l'école de la synagogue et, surtout, l'Esprit d'inspiration Lui-même, avaient profondément gravé dans Son esprit l'intégralité du texte des Écritures sacrées. C'est ainsi qu'il connaissait les Écritures, bien qu'Il n'ait jamais étudié dans les écoles de la métropole.

Rien ne pouvait dépasser la vénération de notre Seigneur pour les Écritures. Il les cite ou y fait référence quatre cents fois. Avec elles, Il a paré les tentations du désert, a rencontré et déjoué les critiques des pharisiens et des scribes, et a consolé Son propre cœur lorsqu'Il s'évanouissait dans l'ombre du Calvaire. Tout ce que le psalmiste avait dit de la loi et des témoignages de Dieu a été littéralement approprié par Jésus. Ils étaient doux comme le miel à son goût, « oui, plus doux que le miel et le rayon de miel ». Il y a trouvé le germe de l'idéal messianique, qu'Il a réalisé de manière tout à fait inattendue et dont l'accomplissement était son seul et unique objectif. Ce n'est pas sans une profonde signification que l'on nous dit que sur la croix, Il savait que « tout était accompli, à l'exception d'un passage de l'Écriture qui disait que la biche rejetée du matin « serait desséchée par la soif et recevrait de la main de ses ennemis, non pas de l'eau, mais du vinaigre ; alors, « afin que l'Écriture fût accomplie », il dit : « J'ai soif » (Jean 19:28).

Du début à la fin, la vie de notre Seigneur fut l'accomplissement, dans l'esprit et dans la lettre, de l'ancien rituel. En tant que Fils de la Loi, Il obéit au rite initial du judaïsme le huitième jour après Sa naissance, et il n'y eut aucun élément de la loi, pas même les points sur les i ou les barres sur les t, qu'il omit ou négligea. « Il est mort pour nos péchés selon les Écritures, et Il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures. » Ce qui ne pouvait être que partiellement vrai pour Son apôtre était littéralement vrai pour le Seigneur : « irréprochable, à l'égard de la justice de la loi ».

Notre Seigneur a accompli la loi cérémonielle (Luc 2:21, 22, 27; Galates 4:4) et a accompli la loi morale, puisqu'il était Jésus-Christ « le juste » (1 Jean 2:1) ; Il a honoré la loi par Son obéissance jusqu'à la mort, « expiant sa transgression et sa violation par l'humanité, et donnant par Ses souffrances inconnues une réponse à ses justes exigences, qui n'auraient pu être satisfaites même si toute la race humaine avait été punie jusqu'au dernier sou des conséquences pénales. Son accomplissement n'était donc pas seulement pour Lui-même, mais en tant que second Adam, l'homme représentatif, et pour nous tous (Ésaïe 42:21).

« La loi n'a rien rendu parfait » (Hébreux 7:19), car elle traitait principalement de cas particuliers et d'observances extérieures ; et les hommes cherchaient à s'y conformer par une obéissance qui consistait presque entièrement en « mets, boissons et ordonnances charnelles », imposées jusqu'au temps de la réforme. Un domestique dans votre maison, qui a été soigneusement formé, peut remplir toutes les exigences extérieures du travail ménager ; mais quelle différence entre le service imposé par une règle extérieure et rémunéré par un salaire déterminé, et le service que rendent l'épouse et la mère, inspirées par un amour qui se nourrit des sacrifices qu'elles font ! La loi ne pouvait pas produire des caractères parfaits, car elle ne traitait pas encore du principe de la vie égocentrique qui corrompt notre meilleure obéissance. En effet, dans la plupart des cas, l'ancien rituel développait même le principe de l'égoïsme, comme dans le cas des pharisiens, car l'accumulation d'obéissance extérieure était considérée comme produisant un grand mérite et donc une place plus élevée aux yeux de Dieu.

Notre Seigneur, en revanche, est venu enseigner que l'amour remplirait toutes les exigences de la loi et des prophètes, et même plus. Il a enseigné qu'aimer son prochain serait l'accomplissement de la loi, et que l'obéissance à tous les commandements se résumait en un seul mot : « Tu aimeras ». Dans l'enseignement du Christ, toute la loi était accomplie dans ce seul mot : « Tu aimeras » (Romains 13:8-10 ; Galates 5:14). »

Annulons-nous donc la loi par la foi ? Non, car la foi est la capacité de Dieu, elle reçoit de Sa plénitude le baptême de l'amour parfait. Plus nous aimons, plus nous établissons la loi (Romains 3:31). Dans la mesure où nous marchons selon l'Esprit d'amour, l'exigence de la loi est accomplie en nous (Romains 8:4). Ainsi, Christ, en « répandant son amour dans nos cœurs », devient « la fin de la loi pour la justice de tous ceux qui croient » ; et nous présentons devant Dieu une révérence pour les anciennes Écritures et un accomplissement de leurs préceptes, qui ne peuvent être produits en nous que par l'Esprit d'amour.

Votre âme est-elle éprise de l'amour d'un grand idéal ? Et vous plaignez-vous que cet idéal soit trop élevé pour que vous puissiez l'atteindre ? Êtes-vous allongé au pied de la falaise, meurtri et mutilé par des échecs répétés ? Êtes-vous presque désespéré ? Prenez courage, le Christ est venu « non pour abolir, mais pour accomplir », pour prendre chaque désir ardent et le mener à maturité ; pour montrer comment chaque désir de bonté peut être réalisé, comment le croissant de la promesse peut devenir le globe plein de l'accomplissement ; et pour accomplir en vous et pour vous, ici et dans l'au-delà, chaque « iota et chaque trait » des exigences divines.

(à suivre)

Version originale anglaise disponible dans le domaine public

source : https://connaitrechrist.net/




mardi 22 septembre 2026

(6) LE GUIDE DE LA VIE PIEUSE Méditations sur le Sermon sur la Montagne par F. B. Meyer

 Chapitre 5

ALLUMÉ POUR BRILLER

Matthieu 5:16

« Pas cette Lumière. » Non, même Jean-Baptiste n'était pas cette Lumière ; il n'y a qu'une seule vraie Lumière, « qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme », celui qui est la Vie des hommes. Nous sommes des lumières ; Lui est « cette Lumière ». Nous sommes des étoiles qui n'ont pas de gloire originelle, et si l'une diffère de l'autre dans l'éclat qu'elle diffuse, c'est uniquement dans la mesure où elle reflète plus pleinement la splendeur de ce Soleil incréé. Il y a des siècles, ce Soleil brillait dans ce monde, sans aucun nuage obscurcissant entre Sa gloire et le monde des hommes, si ce n'est le voile de Sa chair ; mais pour le monde, le soleil s'est couché alors qu'il était encore midi, sur le Calvaire ; et nous avons été appelés à reprendre Sa mission et à briller comme des étoiles dans le ciel de minuit, ou comme des bougies dans une maison plongée dans l'obscurité, jusqu'à ce que les premiers rayons du matin éternel se reflètent sur les sommets alpins du temps, blancs de la neige des millénaires.

Il est intéressant d'appliquer l'analogie entre les disciples du Christ et les bougies ou les lampes. « Le souffle de l'homme est une lampe de l'Éternel » (Proverbes 20:27). Par nature, nous sommes comme autant de bougies éteintes. Tout comme la bougie est conçue pour capter la lumière, mais reste sombre et froide jusqu'à ce que la mèche soit allumée, notre nature a été créée pour brûler et briller de la nature de Dieu, mais elle est incapable de produire de la lumière par elle-même et reste froide et sombre jusqu'à ce qu'elle soit allumée par la nature éternelle de Celui qui est Lumière et en « qui il n'y a point de ténèbres ». Peu importe la nature du chandelier. Dans votre cas, il peut être en or, en argent ou en porcelaine. Il peut être finement ciselé ou de la fabrication la plus ordinaire qui soit. Le plus orné est incapable de produire la Lumière et sera mis de côté au profit du plus ordinaire, fixé à l'extrémité d'un morceau de bois, si seulement celui-ci a capté la précieuse Lumière dont l'autre est dépourvu. Les pharisiens et les scribes de l'époque de notre Seigneur étaient comme de beaux candélabres qui ne donnaient aucun rayon de lumière à l'obscurité épaisse de leur époque, tandis que ses disciples, de modestes pêcheurs, brillaient d'une lumière qui a irradié tous les temps qui ont suivi.

« AVEZ-VOUS ÉTÉ ALLUMÉ ? »

Il est intéressant d'appliquer l'analogie entre les disciples du Christ et les bougies ou les lampes. « Le souffle de l'homme est une lampe de l'Éternel » (Proverbes 20:27). Par nature, nous sommes comme autant de bougies éteintes. Tout comme la bougie est conçue pour capter la lumière, mais reste sombre et froide jusqu'à ce que la mèche soit allumée, notre nature a été créée pour brûler et briller de la nature de Dieu, mais elle est incapable de produire de la lumière par elle-même et reste froide et sombre jusqu'à ce qu'elle soit allumée par la nature éternelle de Celui qui est Lumière et en « qui il n'y a point de ténèbres ». Peu importe la nature du chandelier. Dans votre cas, il peut être en or, en argent ou en porcelaine. Il peut être finement ciselé ou de la fabrication la plus ordinaire qui soit. Le plus orné est incapable de produire la Lumière et sera mis de côté au profit du plus ordinaire, fixé à l'extrémité d'un morceau de bois, si seulement celui-ci a capté la précieuse Lumière dont l'autre est dépourvu. Les pharisiens et les scribes de l'époque de notre Seigneur étaient comme de beaux candélabres qui ne donnaient aucun rayon de lumière à l'obscurité épaisse de leur époque, tandis que ses disciples, de modestes pêcheurs, brillaient d'une lumière qui a irradié tous les temps qui ont suivi.

« Les hommes allument une bougie. » Ils placent la mèche contre une source de lumière, ou ils craquent une allumette, ou, de nos jours, ils actionnent un interrupteur ; et immédiatement, une lueur éclaire la pièce, dissipant l'obscurité et permettant à la maîtresse de maison de retrouver la pièce d'argent qu'elle avait égarée. Ô âme humaine, as-tu été éclairée ? Es-tu entrée en contact avec le Christ, ou avec l'un de Ses serviteurs en qui Sa nature s'est manifestée, ou avec Sa Parole, qui peut être comparée à une boîte d'allumettes, car tout le potentiel du feu et de la lumière sommeille jusqu'à ce qu'il soit sollicité ? Si ce n'est pas le cas, attends avec impatience et ardeur ; crie vers Lui : « Éclaire-moi, ô Lumière de la vie, et que ma nature n'ait désormais d'autre but que de briller sur la terre comme Tu brilles dans la gloire éternelle, émettant un rayonnement de même nature et produisant le même prisme que le tien. »

« La vie était lumière » (Jean 1:4). Remarquez ces mots. Christ était la lumière des hommes, non pas principalement parce qu'il accomplissait des miracles et prononçait des paroles merveilleuses, mais parce qu'Il vivait ! Il était la lumière de Nazareth, car il vécut dans le périmètre de ses collines pendant trente années silencieuses. La Galilée des Gentils — « le peuple qui était assis dans les ténèbres — a vu une grande Lumière, parce qu'Il est venu et a habité à Capharnaüm, qui est au bord de la mer ». Le pays des Juifs a été illuminé parce qu'« Il allait de lieu en lieu faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient opprimés ». L'influence silencieuse de cette Vie qui s'est déployée dans la beauté d'actes parfaits s'est répandue sur le monde comme l'aube sur le ciel ; et si le Seigneur n'avait jamais prononcé un mot, le témoignage de Sa vie pour Dieu, la Vérité et l'Amour aurait été l'épisode le plus remarquable des annales humaines. Il doit en être de même pour nous ; nous brillons par ce que nous sommes. Nous brillons parce qu'il y a moins de mèche de notre propre nature et plus de flamme de la Sienne. Nous brillons lorsque nous sommes altruistes, lorsque nous « faisons tout sans murmures ni hésitations » ; lorsque nous sommes « des enfants de Dieu irréprochables et purs » (Philippiens 2:14-15. Même si vous ne prononciez jamais un mot, vous pourriez encore accomplir la plus grande mission et le plus grand ministère de votre vie, si seulement vous viviez comme le Christ a vécu.

« Il était une lumière ardente et resplendissante » (Jean 5:35). Le Baptiste brillait parce qu'il brûlait. Sa lumière lui a coûté la vie. À une occasion, il a dit : « Il faut que je diminue » ; et son ministère n'a probablement duré que quelques mois. La lumière qu'il diffusait était si brillante qu'elle l'a épuisé prématurément. Il ne peut y avoir de véritable éclat sans brûler. La lumière qui ne vous coûte rien ne vaut guère la peine d'être donnée. Vous devriez brûler jusqu'à la moelle, en vous dépensant et en vous consumant pour les autres. Votre zèle pour la maison de Dieu devrait vous consumer.

Brûler signifie également chaleur. Jean était fervent, intense, passionné dans sa dévotion. Il avait une nature ardente, qui aimait comme peu d'hommes aiment. L'amour que d'autres donnent à leur femme, à leurs enfants et à leurs amis, il le consacrait à son Seigneur. Marie n'a pas brisé un vase d'albâtre sur la tête et les pieds de Jésus, mais lui a répandu le riche parfum de sa belle nature.

Veillez à ce qu'il y ait de la ferveur, de l'ardeur, de la passion, le feu d'un cœur brûlant, derrière votre témoignage pour le Sauveur. Socrate a donné de la lumière ; il a brillé, mais il n'a pas brûlé. Wesley a donné de la lumière, mais il a brûlé ; et il est difficile de lire une page de ses sermons sans être réchauffé par le feu de sa nature intense. Que dire du grand apôtre dont la nature s'est enflammée sur le chemin de Damas, et qui a dit que, qu'il semble hors de lui ou sobre, il était dominé par une seule passion et contraint par l'amour du Christ ?

BOISSEAUX MODERNES

Le boisseau. Il serait absurde de prendre la peine d'allumer une lampe, puis d'en obscurcir les rayons en la plaçant sous le boisseau. Le but de l'allumage serait contrecarré et frustré si un habitant de la maison venait à couvrir la lumière. Combien d'enfants de Dieu ont placé des boisseaux sur la lumière de leur témoignage quotidien pour Dieu ? Le boisseau des paroles peu charitables ! Le boisseau des plaintes maussades et des murmures ! Le boisseau d'un esprit qui ne pardonne pas ! Le boisseau d'un défaut flagrant ! N'importe lequel de ces boisseaux suffit à contrecarrer tout l'effet de notre témoignage. Un jour, alors qu'une mère reprochait à son fils adulte de ne pas être devenu chrétien, celui-ci lui répondit : « Maman, tu as toujours semblé avoir tellement peur de Dieu. Chaque fois que quelque chose n'allait pas dans ta vie, tu étais tellement bouleversée, tellement effrayée par l'avenir, que tu nous as fait croire que nous pouvions aussi bien nous en sortir sans religion qu'avec. » N'est-ce pas là un exemple typique des boisseaux qui couvrent notre lumière ? Chaque fois que vous entendez des hommes dire : « C'est un homme très bien, mais… » ; « C'est une femme très bien, mais… », vous pouvez être sûr qu'il y a un boisseau dans leur vie qui empêche la Vie de briller.

Remarquez ce que dit le Maître : « Que votre lumière brille. » Ce n'est pas à vous d'allumer la flamme, de fournir l'huile ou de tailler la mèche ; votre simple devoir est de vous prémunir contre tout ce qui pourrait empêcher la vie de Dieu de rayonner de votre âme. Si vous veillez à éliminer tout ce qui pourrait nuire à l'efficacité de votre témoignage et ternir votre influence, Christ veillera à ce que votre lumière accomplisse pleinement son dessein. Laissez ces mots résonner dans votre cœur : « Que votre lumière brille ». Laissez-la briller ; protégez-la de tout ce qui pourrait l'empêcher de briller.

Contrairement au boisseau, le chandelier n'est pas sous le boisseau, mais sur le socle. Quel est votre socle ? N'est-ce pas votre place dans la société, votre position dans votre foyer, votre sphère d'influence, votre poste dans cette entreprise, cette usine ou cet atelier ?

Avec une infinie attention et prévoyance, Dieu a choisi l'endroit même où vous pouvez accomplir votre meilleur travail pour le monde. Vous vous sentez peut-être seul, mais vous n'avez pas plus le droit de vous plaindre que la lampe qui a été placée dans une niche pour éclairer un palier sombre ou un escalier dangereux en pierre. Le maître de la maison vous a peut-être placé dans un tout petit coin, sur un socle très modeste, mais cela suffit si telle est sa volonté bénie. Un jour, il passera, et vous éclairerez ses pas alors qu'il partira à la recherche de ce qui est perdu pour le sauver ; ou vous illuminerez une grande lumière qui brillera comme un phare sur l'océan balayé par la tempête. Ainsi, l'obscur André a été le moyen d'enflammer son frère Pierre lorsqu'il l'a amené à Jésus.

Quelle bonne chose c'est quand un homme enlève son boisseau de sa lumière, le retourne et place la lumière au-dessus ! Supposons, par exemple, que le boisseau d'un homme ait été l'amour des boissons fortes. Qu'il le vainque et le mette sous ses pieds ; qu'il devienne un apôtre de l'abstinence totale ; qu'il gagne d'autres vies maudites par l'alcool. Alors, ce qui menaçait d'éteindre son influence sera le moyen de l'étendre, car d'autres qui ont été maudits comme lui se tourneront naturellement vers lui pour obtenir de l'aide. C'est une chose bénie lorsque le feu de l'amour divin enflamme les boisseaux eux-mêmes, les détruisant et provoquant un incendie qui oblige les hommes à se détourner du pouvoir des ténèbres pour se tourner vers sa lueur attrayante.

LA MOTIVATION SUPRÊME

Le motif. N'oubliez jamais que le seul objectif d'une vie sainte n'est pas de convaincre les hommes, mais de « glorifier votre Père qui est dans les cieux ». Si vous vivez en pensant aux hommes, même si votre motif est purement bienveillant à leur égard, vous aurez moins d'influence sur eux que si votre vie est entièrement tournée vers Dieu et que votre seul but est qu'Il soit glorifié.

La gloire du Père était le seul motif qui occupait l'esprit de notre Seigneur depuis l'heure où il a dit : « Je dois m'occuper des affaires de mon Père », jusqu'à celle où, debout sous l'ombre de sa croix, il a dit : « Père, glorifie ton nom… Je t'ai glorifié sur la terre » (voir aussi Jean 14:13 ; 15:8). Vivez, parlez et aimez de manière à ce que Dieu soit glorifié ; et considérez votre vie comme un échec si les hommes ne se détournent pas de vous pour se tourner vers Lui. Il ne suffit pas que votre lumière brille ; elle doit briller de telle manière. Toute lumière qui n'amène pas les hommes à glorifier Dieu est insuffisante. Elle peut être bonne, mais elle n'est pas la meilleure. Votre lumière doit être gérée de telle sorte que les hommes ne parlent pas de vous, mais de Celui qui a fait de vous ce que vous êtes. « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu » (1 Corinthiens 10:31).

Dieu alimentera la lampe en huile. Après tout, nous ne sommes que des mèches, jusqu'au bord desquelles, comme sur une échelle, l'huile monte depuis la citerne. Qui pourrait lire ou travailler à la lumière d'une mèche ? Non, c'est l'huile qui brûle sur la mèche, tandis que celle-ci se consume lentement, se sacrifiant pour servir d'intermédiaire entre le feu d'un côté et l'huile de l'autre. Continue de brûler, ô âme chrétienne ! Dieu ne te décevra jamais, aussi longue que soit la vie, aussi sombre que soit la nuit ! Dieu te fournira l'huile qui coule des deux oliviers qui représentent la double fonction de Christ en tant que Prêtre et Roi (Lévites 24:1-4 ; Zacharie 4:1-3).

Certains ouvriers chrétiens craignent constamment de ne jamais tenir le coup. Mais cela ne devrait pas être leur souci. Le Christ vit éternellement, le Christ aime éternellement, le Christ est éternel et suffit à tout. Puisez en Lui ; que toutes vos sources fraîches soient en Lui ; laissez-le être ce que Dieu a voulu qu'il soit — « sagesse, justice, sanctification et rédemption ».

Dieu devra certainement tailler votre lumière. Il ne confiera cette tâche sacrée à aucune autre main que la sienne ; et il réserve pour cela des mouchettes d'or » (1 Rois 7:50).

Très souvent, l'âme redoute l'application de Sa providence qui semble la menacer d'extinction. Il s'avère cependant que l'amour de Dieu ne faisait que supprimer quelque chose qui entravait notre droiture, afin que la véritable flamme puisse jaillir plus pleinement. Il peut y avoir une limitation de la zone d'illumination, mais il y aura une augmentation marquée de l'intensité du rayonnement. La limitation de l'emprisonnement de Paul a donné toute sa puissance à ses épîtres. Les mouchettes de la prison de Bedford ont produit « Le Voyage du pèlerin ».

Demandez une vie rayonnante et faites confiance à Dieu pour prendre les meilleurs moyens possibles afin d'accomplir une réponse abondante à votre demande.

(à suivre)

Version originale anglaise disponible dans le domaine public

source : https://connaitrechrist.net/

lundi 21 septembre 2026

(5) LE GUIDE DE LA VIE PIEUSE Méditations sur le Sermon sur la Montagne par F. B. Meyer

 Chapitre 4

L'INFLUENCE SILENCIEUSE

Matthieu 5:13-16

Être, c'est agir. Notre plus grande œuvre pour Dieu, pour l'Église et pour l'humanité, c'est d'être. L'influence d'une vie sainte est notre plus grande contribution au salut et à la bénédiction du monde. Même si vous ne pouvez pas prêcher, enseigner ou vous engager dans un domaine quelconque du service chrétien, ne vous inquiétez pas, si seulement vous pouvez vivre la vie de Dieu parmi les hommes. Pendant trente ans, notre Seigneur s'est contenté de mener une vie absolument sainte, comme l'Agneau de Dieu sans défaut et sans tache ; et son œuvre suprême dans le monde n'a pas seulement été de donner Sa vie en rançon, mais aussi de vivre Sa vie afin de nous laisser un exemple à suivre.

Trop de chrétiens semblent supposer que le but principal de la vie est de s'engager dans un domaine de service direct, tout en laissant leur caractère personnel se développer presque au hasard ; alors que notre principale préoccupation devrait être que le Christ se forme en nous et se révèle dans chaque regard et chaque geste, chaque parole et chaque acte. De là découlera naturellement, inévitablement et heureusement notre service chrétien direct. Le meilleur travail est celui qui découle de la simplicité et de la beauté de notre témoignage pour la vérité et l'amour.

Nous devons bien sûr nous garder des extrêmes. D'une part, nous pouvons tenter de rendre tant de services que nous en venons à négliger cette culture intérieure qui a un effet inestimable sur le service, et nos incohérences personnelles neutraliseront l'effet de nos activités chrétiennes. D'autre part, nous pouvons sincèrement croire que nous cultivons notre caractère, alors qu'en réalité, nous sombrons dans une léthargie rêveuse, dont nous devons être réveillés par l'appel du devoir envers un monde mourant. Nous avons tendance à oublier que le développement de la vie intérieure n'est pas parfait s'il ne se traduit pas par des actions bonnes, comme l'ont été les trente années de vie de notre Sauveur.

Bien que persécuté. Notre Seigneur avait décrit l'accueil que recevrait certainement le type de caractère qu'il était venu implanter. Au lieu d'attirer les hommes par sa beauté céleste, il les repousserait certainement. Au lieu d'être loué et accueilli, il susciterait l'aversion et le rejet. Le grand monde des hommes n'apprécierait pas les pauvres en esprit, ceux qui pleurent, les doux et les miséricordieux, les cœurs purs ou les artisans de paix — mais les reprocherait, les persécuterait et dirait toutes sortes de mal à leur sujet. Mais, malgré tout, il insistait pour qu'ils continuent à bénir le monde par l'influence silencieuse et gracieuse de leur vie sainte. Insultés, ils devaient bénir ; persécutés, ils devaient endurer ; diffamés, ils devaient supplier ; menacés de mort, ils devaient rester le sel de leurs persécuteurs et la lumière de leurs diffamateurs.

Quelle que soit la manière dont les hommes reçoivent notre témoignage, quoi qu'ils puissent dire ou faire contre nous, malgré le caractère déraisonnable de leur aversion, nous devons continuer à être ce que notre Seigneur veut que nous soyons, non, nous devons laisser Celui qui est en nous rayonner à travers nous, afin que les hommes soient contraints d'admettre que la beauté surnaturelle de nos vies est la preuve suprême de la divinité et de la gloire de notre religion.

Vous demandez quel est l'intérêt d'être bon. Vos détracteurs et vos oppresseurs se vantent à votre sujet, profitent de votre douceur tranquille et sans résistance, et interprètent mal votre retenue. Il semblerait presque qu'ils soient poussés à des extrêmes de méchanceté encore plus grands à cause de la provocation de votre bonté. Les soldats du gouverneur romain n'ont probablement jamais raillé aucune de leurs victimes ordinaires comme ils l'ont fait avec le Sauveur saint et sans résistance. La femme douce et aimante suscite parfois la haine la plus malveillante et la plus amère de son mari, qu'il ne manifesterait à personne d'autre. Mais vous ne savez pas à quel point votre comportement commence à faire fondre ce sol gelé, à quelle fréquence et à quel point le remords est à l'œuvre, ni à quel point la haine de votre oppresseur est sur le point d'être vaincue par l'amour. La chaleur printanière peut sembler tomber en vain sur les masses gelées de neige et de glace, mais chaque heure d'ensoleillement sape le règne du roi des glaces et accélère la fin inévitable de sa suprématie.

GAGNÉ PAR L'AMOUR

Cet ouvrier qui a supporté les insultes de ses collègues pour le Christ verra bientôt le meneur venir lui demander pardon, les larmes aux yeux, et lui demander de prier pour lui. Cette femme opprimée aura le plaisir de conduire son mari repentant à la croix. Cette sœur sera conquise par sa sœur, qui a supporté les outrages et les reproches avec une douceur inébranlable. Réjouissez-vous, vos souffrances auront pour résultat le plus béni qui soit, celui de vaincre le mal par le bien, comme nous l'avons dit. Rappelez-vous que l'apôtre parle du « royaume et de la patience de Jésus », ce qui signifie que la souffrance patiente garantit en fin de compte une suprématie bénie, une royauté, une domination sur la dureté et la méchanceté par la douceur, la vérité et l'amour.

Lors de la construction du pont Forth, les ouvriers sont arrivés à un point crucial où deux des poutres en fer les plus importantes refusaient de s'assembler de quelques centimètres pour permettre l'insertion des boulons, un processus absolument essentiel à leur union et à la stabilité de l'ensemble de la structure. Toutes les méthodes mécaniques pour les assembler furent essayées en vain ; finalement, désespérés, tous les efforts furent abandonnés pour la nuit. Pendant la nuit, un vent doux souffla, et le soleil du lendemain matin était si chaud que les grandes masses de métal se dilatèrent sous ses rayons bienfaisants, et, par le toucher silencieux du soleil, les résultats qui avaient défié tous les efforts furent obtenus. Il en va de même dans la vie humaine. La cohérence du caractère, la pureté, la douceur, la gentillesse, une vie sainte telle qu'elle découle des qualités énumérées par notre Seigneur, seront utiles lorsque les gardiens de la maison trembleront et que les hommes forts s'inclineront. (Ecclésiaste 12:3)

Le Seigneur connaissait bien l'état du monde. À Son jugement saint et infaillible, c'était une carcasse qui pourrissait lentement et qui avait cruellement besoin d'une influence pour enrayer sa corruption. Il n'y a jamais eu d'époque dans l'histoire du monde plus riche en génies éblouissants que celle où il est né. Certains des noms les plus brillants de l'histoire brillaient encore dans le ciel de minuit lorsque l'étoile du matin s'est levée sur Bethléem. Mais la grossièreté de l'époque était sans pareille et indescriptible. Les allusions qui y sont faites dans les Épîtres sont suffisamment terribles, mais toute la vérité n'est révélée que dans la littérature classique elle-même, qui survit pour montrer que la terre était corrompue devant Dieu et que toutes les pensées du cœur de l'homme n'étaient que mal continuellement.

SEL ET LUMIÈRE

Aux yeux de notre Seigneur également — pour reprendre une autre métaphore — le monde était plongé dans les ténèbres. Dans sa sagesse, il ne connaissait pas Dieu. Se prétendant sages, les hommes étaient devenus fous. Le dieu de ce monde avait aveuglé les yeux de ceux qui ne croyaient pas, et ils tâtonnaient en plein midi comme dans la nuit noire. Telle a été, telle est et telle sera la condition des hommes sans l'Évangile. L'histoire de la famille humaine se répète sans cesse. Nous ne pouvons être surpris ni par la description donnée par les missionnaires de la situation épouvantable des pays païens, ni par les flambées d'anarchie et de criminalité dans des nations qui ne sont chrétiennes que de nom. Nos inventions, nos organisations et notre civilisation tant vantée peuvent affecter l'apparence de notre société, mais sans la présence de l'Église du Seigneur Jésus et le témoignage rendu par la vie et les paroles de ses membres, rien ne pourrait la sauver de l'abîme de la corruption qui a englouti toutes les grandes nations qui se sont élevées pour diriger la race humaine.

Les hommes s'insurgent contre « Exeter Hall » et vilipendent ce qu'on appelle « la conscience non-conformiste », comme ils l'ont fait contre les puritains au cours des siècles passés, sans se rendre compte qu'ils manifestent l'antagonisme de la corruption envers le sel, et des ténèbres envers la lumière, et que l'existence même de notre société est plus largement due qu'ils ne le supposent aux éléments mêmes qu'ils détestent tant.

Le sel. Notre vie sainte et cohérente agira comme un antiseptique pour arrêter la corruption qui nous entoure. On dit que la présence d'un petit enfant, avec sa simplicité et sa pureté aux yeux bleus, a souvent empêché la commission de crimes sombres ; et on devrait en dire autant de l'influence de notre propre vie quotidienne. Un silence soudain devrait s'abattre sur certains types de conversations lorsque nous entrons dans la pièce. Telle ou telle forme de divertissement mondain, qui a fait son entrée dans des foyers se disant chrétiens, devrait être considérée comme déplacée lorsque nous y séjournons. Et dans toute la société dans laquelle nous évoluons, il devrait y avoir une conscience qu'il y a une incongruité entre notre caractère et tout ce qui a un goût d'impureté, de mensonge ou d'égoïsme.

Nous ne voulons pas imposer un sentiment de retenue et de morosité aux réunions sociales lorsque nous y entrons. Notre présence devrait être une source de joie pour les enfants, de réconfort pour les déprimés, de bonheur pour les jeunes et les vieux. Les fleurs devraient éclore à nos pas, les chants devraient jaillir sur notre chemin, et des rires innocents devraient nous accompagner. Les montagnes et les collines devraient se mettre à chanter devant nous, et tous les arbres des champs devraient applaudir. Au lieu des épines, il devrait y avoir des sapins, et au lieu des ronces, des myrtes. Mais notre présence devrait agir comme un antiseptique sur tout ce qui est inconvenant et indigne.

Un jeune garçon, tout droit sorti de l'éducation et des prières de sa mère, se retrouva soudainement plongé dans un grand cabinet d'avocats, où il était stagiaire. Au début, il fut déconcerté par cet environnement étrange, puis ses joues se couvrirent de rouge et ses yeux se remplirent de larmes. « Qu'est-ce qui t'arrive, jeune homme ? » dit une voix rauque. « Tu veux retourner sous la jupe de ta mère ? Non, répondit-il, mais chez moi, on ne dit pas les choses comme vous les dites ici. » Cette réponse provoqua un éclat de rire, mais le directeur du cabinet dit : « Messieurs, ce garçon a raison, et tant qu'il restera parmi nous, je vous demande de modérer votre langage. » Et à partir de ce moment, le ton général du bureau changea. La présence du garçon avait eu un effet salutaire.

LE PASSÉ RÉHABILITÉ

Nous pouvons facilement perdre notre saveur. Le sel laissé en contact avec un sol humide cesse d'être salé et ne sert plus qu'à être piétiné. Il n'est bon ni pour la terre ni pour le fumier. Lot a perdu sa saveur. Sodome a continué son chemin, sans se soucier de sa présence en son sein. Les sept Églises d'Asie ont perdu leur saveur et, avec celles d'Afrique du Nord, ont été piétinées par les musulmans. Rien n'est plus inutile et sans valeur qu'un chrétien incohérent et impuissant (Ézéchiel 15:3-5). Oh, brisez votre cœur si le péché est aussi effronté et imprudent en votre présence qu'en votre absence ! Qu'as-tu fait pour perdre le pouvoir que tu devrais exercer ? Repens-toi et fais les premières œuvres ! Oui, demande au Seigneur Jésus de t'insuffler Sa nature forte, douce et pure, devant laquelle les démons ont été chassés et dont la présence, à travers Son Église dans le monde, a mis un terme à bon nombre des formes les plus grossières de péché qui déshonoraient le monde de son temps et qui continuent de régner dans les pays où son nom n'est pas connu.

(à suivre)

Version originale anglaise disponible dans le domaine public

source : https://connaitrechrist.net/