lundi 30 janvier 2017

(10) A ceux qui font profession d'être chrétiens Charles Finney

Fichier informatique Numérisation M-C P. Ocr Yves PETRAKIAN Fev 2007 – Mars 2011 France Copie autorisée pour produit gratuit en indiquant la source: http://456-bible.123-bible.com et la disponibilité au format Logiciel Bible Online:http://456-bible.123-bible.com/

X° DISCOURS MALHONNÊTE DANS LES PETITES CHOSES, MALHONNÊTE EN TOUT.

« Celui qui est injuste dans les petites choses l'est aussi dans les grandes.» Luc XVI :10.

C'est le principe que pose Jésus-Christ, et que je me propose d'exposer en montrant successivement :

I. En quel sens il ne faut pas le prendre.

II. Ce qu'il signifie.

III. Je prouverai ce qu'il affirme, à savoir que celui qui est malhonnête dans les petites choses, n'est en réalité pas honnête du tout.

IV. Je montrerai par quel principe agissent ceux qui, malhonnêtes dans les petites choses, semblent être honnêtes et même religieux dans les 'grandes.

V.  Je mentionnerai plusieurs cas où l'on manque souvent de principes dans les petites choses.

I.

Le sens que je ne donne pas au principe.

                    Je ne veux pas dire que si une personne est malhonnête dans les petites choses et se fait indûment de petits profits en de petites affaires, il soit certain que dans les affaires de grande importance, cette personne ne se conformera pas aux règles généralement admises de la loyauté commerciale.

                   Je ne veux pas dire que si un homme commet de petits vols ou se rend coupable de légères déprédations, il deviendra infailliblement un voleur de grand chemin. Il pourra, en effet, avoir bien des raisons pour ne pas commettre des délits plus graves. Je ne veux pas dire que si l'on tolère en soi des pensées impures, on en arrivera certainement à commettre l'adultère.

                  Que si l'on nourrit dans son coeur des pensées de convoitise, on ne manquera pas d'en arriver à commettre le vol.

                   Que si l'on se livre à des sentiments malveillants envers quelqu'un, on sera fatalement conduit au meurtre. Ou que si l'on tient un de ses semblables dans l'esclavage et qu'on le prive d'instruction et de tous les droits de l'homme, on en arrivera certainement à commettre d'autres crimes d'une pareille énormité.

                   Ou encore que si quelqu'un fait tort au gouvernement en de petites choses, comme l'affranchissement des lettres, les droits de douane, etc., il pillera le trésor public.

II.

                 Quel est donc le sens du principe que pose ici Jésus-Christ, à savoir que si l'on est malhonnête dans les petites choses, l'on n'est réellement honnête en rien ?

                     J'entends ce principe en ce sens que si quelqu'un est malhonnête dans les petites choses, cela montre qu'en aucune chose il n'agit par principe. Il est donc certain que ce n'est pas la réelle honnêteté du cœur qui le conduit à agir correctement dans les grandes choses. Il obéit à des motifs d'un autre ordre lorsqu'il paraît agir honnêtement dans les grandes choses tandis qu'il agit malhonnêtement dans les petites.

III.
Preuve de la vérité du principe.

                  Je ne veux pas le tenir pour accordé, malgré la déclaration formelle du Seigneur Jésus-Christ. Je désire au contraire mentionner plusieurs considérations à l'appui. Elles ne seront pas superflues, car on se figure généralement qu'il est possible d'être honnête dans les grandes choses et de mériter la réputation d'honnête homme, tout en étant coupable de malhonnêteté dans les petites choses.

1. Si un homme était pénétré d'un profond respect pour l'autorité de Dieu, et si c'était là la disposition habituelle de son âme, cette disposition se manifesterait tout aussi bien dans les petites choses que dans les grandes.

                   J'ajoute même que dans les petites choses, il est plus sûr encore qu'un tel homme agira consciencieusement, parce qu'ici la tentation à s'écarter de la droite voie sera plus faible. Qu'est-ce que l'honnêteté? Si un homme n'a pas d'autres motifs pour agir honnêtement que l'égoïsme, le démon est aussi honnête que lui; car je ne doute pas que le démon ne soit honnête dans ses rapports avec les autres mauvais esprits autant que le demande son propre intérêt. Mais, est-ce là de l'honnêteté ? — Certainement non ! Si donc un homme n'a pas de motifs plus élevés pour agir honnêtement, il n'est pas honnête du tout.

2. Il est certain que si quelqu'un est malhonnête dans les petites choses, ce n'est pas l'amour de Dieu qui est le principe de ses actions.

                    Autrement, il sentirait que la malhonnêteté dans les petites choses est tout aussi incompatible avec cet amour que la malhonnêteté dans les grandes. Celle-là est une violation de la loi de Dieu aussi réelle que celle-ci, et celui qui aime véritablement. Dieu ne se permettra pas plus l'une que l'autre.

3. Il est certain que celui qui est malhonnête dans les petites choses n'est pas inspiré par un réel amour pour le prochain tel que le requiert la loi de Dieu.

                    S'il aimait son prochain comme lui-même, il ne voulait pas plus lui faire du tort dans les petites choses que dans les grandes. On s'expliquerait même mieux qu'il dans quelque grande chose, sous l'empire d'une puissante tentation. Rappelez-vous l'histoire de Job. Ce patriarche aimait vraiment Dieu et vous savez quelle souffrance il endura sans jamais vouloir prononcer un mot qui pût donner tort à Dieu. Quand sa détresse devint intolérable et que son âme entièrement dans les ténèbres ne pouvait trouver aucune raison à tant de souffrances; quand sa femme elle-même osa l'inciter à maudire Dieu avant de mourir, il demeura ferme et dit :
                    « Tu parles comme une femme insensée. Quoi! nous recevons de Dieu les biens et nous n'en recevrions pas les maux! » Supposez-vous que Job aurait abandonné son intégrité en de petites choses ou dans de petites tentations? Jamais! Il aimait Dieu. Montrez-moi un homme qui aime aiment son prochain, vous ne le verrez pas lui faire du tort en cédant à de légères tentations.


IV.

                 J'examinerai quelques-uns des mobiles qui font agir celui qui, malhonnête dans les petites choses, semble néanmoins honnête dans les grandes.

                      Au premier abord, il semble que les faits contredisent notre texte. Jésus-Christ a dit : « Celui qui est injuste dans les petites choses, le sera aussi dans les grandes. » Or, il y a beaucoup de gens qui dans les petites choses manquent visiblement de principes et qui dans les grandes semblent honorables et même pieux. Comment expliquer cela? La contradiction disparaîtra dès que nous aurons montré qu'ici l'honnêteté apparente dans les grandes choses s'explique par des motifs qui n'ont rien de commun avec l'intégrité du coeur.

1. On peut agir honnêtement dans les grandes choses par crainte du déshonneur.

                 On sait que certaines petites choses peu avouables ne parviendront certainement pas à la connaissance du public, qu'on ne fera pas du bruit pour si peu, aussi se les permet-on; mais on se garde bien de se conduire d'une manière répréhensible en des choses plus importantes, parce qu'on sait que cela ferait du bruit. Ce qui revient à dire qu'une considération égoïste l'emporte sur une autre. Toujours égoïsme et non pas honnêteté !

                Un commerçant voit qu'il se ferait grand tort s'il était malhonnête avec des hommes d'affaires, aussi traitera-t-il honnêtement avec eux pour d'importantes sommes ; mais en de petites choses, où il ne risque pas de compromettre sa réputation, il fera autant de profits illicites qu'il pourra. Il paiera une couturière un peu moins que cela n'est juste, tandis qu'il se gardera bien de tromper sur une balle de marchandise. Quand il a affaire à un homme qui n'a ni crédit, ni rang dans la société, il lui extorque quelques sous, vu qu'il n'y a pas là de scandale à craindre; mais aucune considération ne le déterminera à faire un acte qui l'exposerait au blâme et au mépris du public.

2. La crainte des lois humaines 

                   peut porter un homme à agir honnêtement en des choses que la loi prendrait en considération ; tandis qu'en de petites choses que la loi dédaigne, ce même homme se permettra d'agir frauduleusement.

3. L'amour de la louange 
                 porte beaucoup de gens à agir extérieurement d'une manière honnête, honorable, et même pieuse, en ce qui doit, selon toute apparence, arriver à la connaissance du public.

                      On retiendra injustement quelques sous à un pauvre ouvrier sur le prix de son travail, tandis que dans les grandes occasions, on fera montre d'une libéralité princière. Les mêmes hommes qui font preuve de la plus sordide avarice vis-à-vis de leurs domestiques, de leurs couturières, et autres pauvres gens qu'ils emploient, leur disputant jusqu'au dernier centime, enverront par un hiver rigoureux des charretées de combustibles pour les pauvres, ou donne ont de grosses sommes d'argent aux différents comités de bienfaisance. Il est visible qu'ils agissent par amour pour la louange, c'est-à-dire par amour pour eux-mêmes, et non par amour pour Dieu et pour les hommes.

4. La peur de Dieu

                     On sera effrayé à la pensée de la colère de Dieu, de sorte que l'on se gardera de commettre des actes malhonnêtes de quelque importance; mais l'on sera malhonnête en de petites choses parce que l'on suppose que Dieu ne prendra pas garde à ces bagatelles.
5. L'homme peut mettre un frein à ses convoitises pour obéir à un sentiment de propre justice.

                      Il agira honnêtement dans les grandes choses afin de conserver la bonne opinion qu'il a de lui-même; tandis que dans de petites choses il agira comme un coquin.

                J'ai dit en commençant que si un homme se permet un gain déshonnête en de petites choses, il n'en faut pas conclure que cet homme n'agira jamais avec une apparente droiture.

6. On peut, en effet, agir correctement dans les grandes choses sous l'empire des motifs les plus divers.

                    Tel qui commet de petits larcins peut avoir beaucoup de raisons (où l'honnêteté n'a rien à voir) pour ne pas se livrer au brigandage sur les grands chemins et pour ne pas pratiquer l'enlèvement des porte-monnaie dans les foules. Il peut n'avoir pas assez de courage, ou d'adresse, ou d'énergie;  il peut avoir peur de la loi, peur du déshonneur, et bien d'autres motifs de la même espèce.

                      On peut tolérer habituellement en soi des pensées impures sans arriver à commettre l'adultère. On peut être retenu non par un principe moral, mais par la frayeur, par le manque d'occasion, par toutes sortes de raisons. Mais il est certain que celui qui tolère en son âme des pensées, impures, agira d'une manière impure chaque fois qu'il n'y aura pas quelque raison étrangère à l'amour de Dieu pour l'en détourner.

                     Un homme peut aimer l'argent et ne pas voler ; mais il est animé d'un esprit qui le conduirait au vol, s'il n'était retenu par des motifs tirés de son intérêt personnel et des circonstances ou il se trouve.
Un homme peut être colère et néanmoins ne jamais tuer quelqu'un dans sa colère. Mais sa haine le conduirait au meurtre s'il n'existait pas de motif intéressé qui s'y opposât.

                      Un homme peut opprimer son semblable, le tenir en esclavage, le priver d'instruction, le forcer à travailler pour lui, sans aucun salaire; et cependant ne pas commettre le meurtre proprement dit, ne pas aller non plus en Afrique faire la traite des esclaves, et cela parce qu'il ne veut pas mettre en péril sa réputation et sa vie. En effet, si pour satisfaire son orgueil et son avarice, il dépouille son semblable de tout ce qui rend la vie désirable, ce n'est certainement pas par principe, je veux dire par amour pour Dieu ou pour l'homme, qu'il s'abstient d'aller plus loin dans la voie du crime.

                     De même, un individu qui vole au trésor des Etats-Unis les dix-huit centimes requis pour le port d'une lettre, ne sera pas empêché par ses principes de mettre le trésor à sec, s'il peut le faire avec la même espérance d'impunité. Les mêmes raisons qui lui permettent de faire l'un, lui permettront de faire l'autre.

                       Encore un exemple. Un homme se rend coupable d'exagération en racontant ce qu'il a vu, ou bien il présente les faits sous un jour qui n'est pas le vrai; et cependant il n'oserait pas faire un grossier mensonge. Il est pourtant clair que s'il exagère, s'il colore et dénature les faits avec l'intention de les faire paraître autres qu'ils ne sont, il ment réellement; et il en viendra à faire de grossiers mensonges quand son intérêt le demandera et qu'il ne sera plus retenu par aucune autre raison que le respect dû à la vérité.


V.

                    Je mentionnerai quelques cas où bien des gens sont malhonnêtes dans les petites choses, tandis qu'ils semblent honnêtes et même pieux dans les grandes.

1. On rencontre souvent des gens qui font preuve d'un manque de principe presque absolu en ce qui concerne le paient de toutes sortes de petites dettes, tandis qu'ils mettent beaucoup de soin et d'exactitude à payer les traites des banquiers et à faire honneur à leurs affaires.

                        Voici par exemple un homme qui s'abonne à un journal; le prix en est minime, de sorte que l'éditeur ne pourrait pas envoyer un agent spécial pour recueillir le prix des abonnements; aussi notre homme attend-il des années avant de payer le sien, et peut-être ne le paie-t-il jamais. Ce même homme aurait remué ciel et terre plutôt que de ne pas payer à leur échéance les traites qui lui viennent du banquier. Et pourquoi? Parce que s'il ne les payait pas, elles seraient protestées et son crédit en souffrirait. Mais une petite dette de quatre ou cinq francs pour un journal n'occasionnera pas un protêt, il le sait bien, aussi ne s’en met-il point en peine ; tant pis pour l’éditeur qui sera dans l’embarras et qui devra faire des frais pour recouvrer son argent, ou s'en passer! Evidemment cet homme ne paie pas les traites du banquier par vraie honnêteté, mais uniquement par égard pour son propre crédit et pour ses propres intérêts.

2. Voici un industriel qui emploie des couturières et pour pouvoir vendre meilleur marché que ses concurrents, il paie leur travail au-dessous de sa valeur. Il est clair que cet homme n'est honnête en aucune chose; s'il semble l'être dans ses transactions publiques, ce n'est pas lui qu'il faut en remercier, car il ne faut pas en chercher la cause dans l'honnêteté de son coeur, mais bien dans son intérêt.

3. Chez d'autres, l'absence de principe se montre dans les petits vols qu'ils se permettent

                S'ils sont pensionnaires dans une maison, ils voleront du combustible, par exemple. Ils ne veulent pas faire la dépense d'en acheter; il ne leur en faut qu'un peu pour faire de temps en temps du feu le matin ; aussi en prendront-ils une poignée dans la provision du voisin quand le besoin s'en fera sentir. Celui qui agit de la sorte montre que son coeur est entièrement perverti.

                        Un individu était assis dans une chambre où un monsieur avait laissé sur la table un grand verre de vin et une cruche d'eau. Le monsieur sortit de la chambre et laissa par mégarde la porte légèrement entre baillée; se retournant, il vit alors l'individu qui buvait une portion du vin, puis qui, pour cacher son méfait, achevait de remplir le verre avec l'eau de la cruche. Il est clair que cet individu prouvait par là qu'il aimait le vin, et que son honnêteté ne l'empêchait pas de voler; il montrait que ses principes devaient faire, de lui un ivrogne, s'il en avait les moyens, et un voleur s'il en avait l'occasion. En fait et en regardant au coeur, — c'est au coeur que Dieu regarde, — il était tout à la fois un ivrogne et un voleur.

4. Bien des gens agissent malhonnêtement à l'égard d'objets perdus par autrui
                      surtout quand il s'agit de quelque objet de peu de valeur. Ils ont trouvé un canif ou un porte-crayon peut-être, et ils ne font pas de recherches pour en trouver le propriétaire, même quand ils ont quelque raison de soupçonner quel il peut être. Il est clair qu'ils feraient de même pour un portefeuille plein de billets de banque, s'il y avait chance égale de n'être pas connu. Cependant les mêmes  gens, trouvant un portefeuille contenant vingt mille francs en billets de banque, publieront la chose dans les journaux et en feront grand tapage, faisant profession d'être des prodiges d'honnêteté. Le tout parce qu'ils savent bien que l'on ferait des recherches, que les billets sont numérotés, qu'ils seraient découverts, etc. Merveilleuse honnêteté que celle-là !

5. Beaucoup de gens se taisent sur de petites erreurs qui sont faites en leur faveur 

                   dans des règlements de compte, ou en changeant des valeurs, etc. Il est clair qu'il ne manque à ces gens-là que l'occasion, avec chance d'impunité, pour commettre des détournements beaucoup plus considérables.

6. On se permettra de la petite contrebande

                 cela est fréquent. Combien de gens qui, revenant d'Angleterre, s'arrangent pour passer en contrebande quantité de petits articles ; ils pensent, que ce qu'ils font là n'est pas grave, vu que la somme qu'ils économisent ainsi est petite. Mais plus elle est petite, et plus le soin qu'ils auraient mis à la payer aurait mis en évidence leur intégrité et leur respect pour la loi. Le fait que la tentation est petite et qu'elle est cependant plus forte en eux que le principe de l'honnêteté, montre combien est faible en eux ce principe. Ces mêmes gens pas seraient en contrebande un navire s'ils pouvaient le faire avec la même facilité et la même impunité. Si l'on peut consentir à vendre son intégrité pour une petite somme, on n'aura pas  d'objection à la vendre pour une grande.

7. On fraudera la poste en mainte petite chose (1)

(1) Suit, dans l'anglais, la mention d'un abus qui a disparu depuis l'invention des timbres-poste. Supprimée ici, en conséquence: en revanche, numéros 8 et 9, ajoutés. (Trad.)

8. Beaucoup de gens empruntent des livres, et ne se mettent pas en peine de les rendre

                    Ils n'y mettent ni soin, ni importance, ni conscience. Ils les oublient eux-mêmes; ou bien ils pensent que le prêteur les oublie; ou bien encore, ils pensent que s'ils ne les rendent pas, le prêteur attribuera le fait à un oubli de leur part. Dans tous les cas, pensent-ils, les conséquences n'en sont pas graves. Mais le principe? Votre conduite ne montre-t-elle pas qu'il n'a aucune puissance en vous? Et s'il n'a pas de puissance dans les petites choses, est-ce à lui que sera la puissance dans les grandes?

9. Falsifications de marchandises.

                  Vin, denrées alimentaires, lait, etc. etc. Encore ici, beaucoup de gens montrent une totale absence de principe. Un peu d'eau dans le lait, peu de chose, disent-ils. — Peu de chose? Cependant vous cherchez à en mettre le plus que l'on peut, en mettre sans s'attirer du désagrément. Vous en mettez donc autant que vous pouvez. Et pourquoi? Parce que votre propre intérêt, votre égoïsme le veut ainsi,

                      D'autre part, il est vrai, vous en mettez peu, peu en comparaison de ce que, matériellement, vous pourriez mettre encore. Mais si, à ce point de vue, vous en mettez peu, à quoi le devons-nous? Pas à vos principes assurément; mais à votre crainte de la police et de tous les ennuis que l'indignation de vos clients pourrait vous susciter, à votre crainte du déshonneur et de la ruine de votre industrie, c'est-à-dire encore une fois à votre propre intérêt, à votre égoïsme.

                    L'égoïsme est donc ici le seul principe. C'est lui qui vous fait mettre une si forte proportion d'eau et c'est encore lui qui s'oppose à ce que cette proportion soit plus forte. Si vous n'avez en ces petites choses d'autre principe que l'égoïsme, comment peut-on supposer que ce soit l'amour de Dieu et des hommes qui vous inspire en des choses plus considérables?

REMARQUES

                       1. L'état réel du coeur de l'homme se manifeste souvent avec plus d'évidence dans les petites choses que dans les grandes.

                         A cet égard, les hommes sont souvent dans une grande erreur; ils pensent que leur honnêteté dans les grandes choses prouve l'honnêteté de leur coeur, en dépit de la déloyauté dont ils font preuve dans les petites choses. C'est pourquoi ils ne manquent pas d'être sur leurs gardes dans les grandes choses, tandis qu'ils sont pleins d'insouciance dans les petites; c'est ainsi qu'ils manifestent le véritable état de leur coeur. Ils ne voient pas que leur honnêteté dans les grandes choses découle d'un principe mauvais; qu'elle procède du DÉSIR DE PARAÎTRE honnête et non pas de la DÉTERMINATION D'ÊTRE honnête. Ils ne font pas attention à leurs petites fraudes, parce que leur attention se porte sur celles des manifestations de leur caractère qui paraissent le plus en public, et qu'ils tiennent leur honnêteté pour bien établie, tandis que leur coeur est profondément corrompu. Celui qui s'écarte de la stricte intégrité dans de petites choses quand il n'est pas surveillé, ne se conduit pas par principe, ce n'est pas l'honnêteté du coeur qui le fait agir. Si vous voulez connaître votre vrai caractère, examinez votre coeur et observez comment la disposition qui y domine se manifeste dans les petites choses.

                         Vous êtes, par exemple, employé au service d'autrui et vous ne vous faites aucun scrupule de flâner de temps en temps, quand votre maître n'y est pas. Dans ces moments-là vous abandonnez le travail ou vous le faites mal, ce que vous ne feriez pas sous les yeux de votre maître. L'homme qui agit de la sorte est complètement (1) malhonnête et ne mérite aucune confiance; il prendrait de l'argent dans la bourse de son maître s'il n'était pas retenu par la crainte d'être découvert ou par tout autre motif également égoïste. On ne pourra se fier à lui que dans les circonstances où son intérêt exigera de lui une conduite honnête.

                       Ceux qui, le sachant et le voulant, rapportent inexactement dans leurs conversations les faits qu'ils connaissent, seront faux témoins devant les tribunaux quand ils y seront poussés par l'intérêt et que l'impunité leur sera assurée. Ils ne disent jamais la  vérité parce qu'elle est la vérité; ils ne la disent pas parce qu'ils l'aiment. N'ayez jamais confiance en eux.

                    Ceux qui sont impurs dans leurs paroles, le seront dans leur conduite, moyennant opportunité et impunité. Tenez à distance tout homme et toute femme qui se permettra des discours impurs, ne fût-ce qu'en conversant avec ceux de son sexe. Ceux qui sont chastes par principe n'auront pas moins d'éloignement pour les paroles impures que pour les actes impurs. Ils auront, en horreur « même la tunique souillée par la chair. »

                        (1) Complètement, dit Finney; peut-être n'en sera-t-il pas ainsi aux yeux des hommes, qui regardent aux apparences; mais il en sera ainsi aux yeux de Dieu qui regarde au coeur; il en sera ainsi en réalité. (Trad.)

                       2. Quiconque se livre volontairement à un péché quelconque montre par là qu'il ne s'abstient pas des autres péchés parce qu'ils sont des péchés.

                        S'il haïssait le péché comme tel, il ne se livrerait pas plus à un péché qu'à un autre. Si quelqu'un s'en va choisir parmi les péchés évitant l'un, pratiquant l'autre, il est évident qu'il ne s'abstient d'aucun péché par haine du péché ou par respect pour l'autorité de Dieu (1).

(1) Nous omettons ici, à propos de l'oeuvre de la tempérance, une remarque qui, à sa place en Amérique, ne le serait pas parmi nous. (Trad.)

                      3. Celui qui pour gagner de l'argent vend des liqueurs enivrantes et présente à sou prochain la coupe qui va ruiner son corps et son âme; consentirait à vendre son semblable comme esclave, s'il y trouvait son bénéfice et sa convenance, et s'il pouvait, le faire avec impunité.

                      Si l'égoïsme est si puissant en lui, qu'il puisse consentir à donner des liqueurs fortes à son prochain, afin d'en retirer de l'argent, l'égoïsme seul, sous quelque autre forme venant à prévaloir sur l'amour de l'argent, pourra l'empêcher d'assassiner son prochain ou de le vendre comme esclave. Il peut aimer assez sa réputation, craindre assez les pénalités de la loi humaine, ou redouter assez la destruction de sa propre âme pour renoncer à commettre un pareil crime; mais ce n'est certainement pas le principe de l'amour de Dieu et des hommes qui l'en préservera.

                  4. Celui qui tient dans l'esclavage quelques-uns de ses semblables, afin de parvenir à ses fins égoïstes, réduirait en esclavage beaucoup d'autres personnes et même tout le monde, si ses intérêts le demandaient et s'il avait pour cela les facilités qu'il a eues à l'égard des esclaves qu'il possède déjà.

                  Si un homme s'empare des droits d'un seul de ses semblables, il n'aura aucune répugnance à s'emparer des droits de tous les hommes, s'il peut le faire avec la même impunité. Celui qui dépouille un homme noir de sa liberté et en fait un esclave, ne se fera aucun scrupule de réduire en esclavage un homme blanc, s'il rencontre pour cela des circonstances également favorables. Celui qui soutient que le travailleur noir du sud doit être tenu en esclavage, soutiendrait une thèse semblable, s'il l'osait, afin de réduire en esclavage les travailleurs blancs du nord; il se servirait pour cela des mêmes arguments; il dirait que la paix et l'ordre l'exigent et que les travailleurs s'en trouvent beaucoup mieux quand ils ont un maître qui prend soin d'eux. Le fameux argument biblique, lui aussi, se trouverait aussi bon en faveur de l'esclavage des blancs qu'en faveur de l'esclavage des noirs; il faudrait seulement avoir assez de puissance pour le traduire par des faits. Il est clair que celui qui détient, son prochain comme sa propriété, pourra de même le prendre comme sa propriété, s'il peut le faire avec la même impunité. En principe, les deux choses sont parfaitement identiques. Ce ne sont donc point leurs principes qui empêchent les esclavagistes de faire, en Afrique, le métier de voleurs d'hommes ou de faire la guerre afin de réduire en esclavage les libres travailleurs du Nord.

                       5. Celui qui ne veut pas renoncer à lui-même dans les petites choses afin d'avancer le règne de Dieu, ne serait pas prêt à endurer la persécution pour la cause de Dieu.

                    Il est clair que ceux qui ne peuvent renoncer à leur confort ne voudraient ni  du fouet ni du bûcher. Peut-être cependant que si la persécution venait à sévir, quelques-uns l'endureraient à cause des louanges qui leur en reviendraient; ils se piqueraient d'honneur et tiendraient à montrer leur vaillance. Il y a naturellement chez l'homme un esprit de résistance qui est souvent réveillé par la lutte et qui est capable de lui faire accepter le bûcher plutôt que de céder en un seul point. Toujours est-il que ce n'est pas le vrai amour pour la cause de l’Évangile qui pousse un homme à endurer la persécution, alors qu'il ne veut pas renoncer à lui-même dans les petites choses pour le même motif.

                     6. Les petites circonstances manifestent souvent le véritable état du cœur. Si nous voyons quelqu'un être malhonnête dans de petites choses, nous en conclurons naturellement qu'il le serait encore plus dans de grandes choses si les circonstances étaient également favorables.

               Si vous trouvez une personne qui, par vanité, porte de petits ornements, vous pouvez être sûr que le coeur de cette personne-là est encore mauvais. Si une telle personne le pouvait, elle s'adonnerait tout entière à la vanité; elle le ferait certainement, si elle n'avait pas d'autres considérations pour la retenir que le respect pour l'autorité de Dieu et l'honneur de la religion. Vous avez tous les jours dans les rues l'occasion de faire de semblables réflexions. Vous y voyez des hommes portant leurs manteaux très soigneusement arrangés sur leurs épaules, de manière à en montrer le velours ; des femmes faisant balancer dans l'air les plumets de leurs chapeaux..... Il est étonnant de voir de combien de façons l'orgueil et la perversité du coeur se montrent dans les petites choses.

                    Vous dites que ce sont de petites choses; je le sais, et c'est précisément parce que ce sont de petites choses que je les mentionne. C'est parce qu'elles sont petites qu'elles montrent si clairement le vrai caractère des gens. Si l'orgueil n'était pas si profondément enraciné, il ne se montrerait pas en ces petites choses. Si un homme pouvait s'accorder la satisfaction d'habiter dans un palais et de vivre à l'avenant, on s'étonnerait moins qu'il succombât à une tentation si forte; mais quand sa vanité se montre dans les plus petites choses, il est évident qu'elle possède son. âme entière.

                     Qu'il est important de connaître tout cela et de rester dans la vigilance, l’œil ouvert sur les petites choses,  de manière à savoir réellement ce que l'on est aux yeux de Dieu !

                      Qu'il est important de garder la plus stricte honnêteté de manière à ce qu'elle règle la conduite dans les plus petites choses aussi bien que dans les grandes ! C'est quelque chose de si beau que de voir un homme agissant dans les petites choses avec le même soin, la même conscience, la même droiture que dans les choses de la plus grande importance! Tant que ceux qui font profession de piété ne cultiveront pas cette honnêteté en toutes choses, ils seront un opprobre pour la religion.

                    Quel immense gain ne serait-ce pas pour la cause du Seigneur, si ceux qui font profession d'être chrétiens voulaient montrer une entière honnêteté, une entière pureté en toutes choses, vis-à-vis de tout le monde, de manière à rendre la religion recommandable aux yeux des incrédules! Qu'il est fréquent de voir ceux-ci fixer leur regard sur quelque petite infidélité du chrétien et s'étonner de rencontrer semblable chose dans la vie de celui qui prétend avoir la crainte de Dieu ! C'est un sujet constant de reproches adressés à la religion que toutes ces petites malhonnêtetés dont se rendent coupables beaucoup de ceux lui la professent. Le méchant ne manque pas de raisons pour croire que ces chrétiens de nom sont dénués de tout principe d'honnêteté, que la religion qu'ils professent n'est bonne à rien et qu'il ne vaut pas la peine de l'acquérir.

                     De quelle utilité peut-il être que cette dame parle de religion à sa servante inconvertie, quand celle-ci sait fort bien que sa maîtresse n'hésiterait pas à tromper et à tricher en quantité de petites choses? Ou à quoi servirait-il que ce marchand parlât à ses commis du salut de leurs âmes, tant qu'ils le voient peu consciencieux dans les petites choses, malgré tout le soin qu'il a de conserver les apparences de l'honnêteté dans des affaires plus considérables et mieux connues du public? Les exhortations de cet homme-là feraient plus de mal que de bien.

à suivre......

samedi 28 janvier 2017

(9) A ceux qui font profession d'être chrétiens Charles Finney

Fichier informatique Numérisation M-C P. Ocr Yves PETRAKIAN Fev 2007 – Mars 2011 France Copie autorisée pour produit gratuit en indiquant la source: http://456-bible.123-bible.com et la disponibilité au format Logiciel Bible Online: http://456-bible.123-bible.com/

IX° DISCOURS  LA VRAIE ET LA FAUSSE REPENTANCE.

«La tristesse selon Dieu produit une repentance à salut dont on ne se repent jamais, tandis que la tristesse du monde produit la mort.»  2 Corinthiens VII :10.

                   Dans ce chapitre, l’apôtre Paul s’en réfère à une autre épître écrite par lui précédemment aux Corinthiens au sujet de fautes graves qu’ils avaient commises. Il mentionne l’effet excellent produit par cette lettre précédente; les fidèles de Corinthe avaient été amenés à une vraie repentance : ils s’étaient attristés selon Dieu. « Et voici, cette même tristesse selon Dieu, quel empressement n’a-t-elle pas produit en vous ! Quelle justification, quelle indignation, quelle crainte, quel désir ardent, quel zèle, quelle punition ! Vous avez montré à tous égards que vous étiez purs dans cette affaire. »

                Dans le verset que j’ai pris pour texte, Paul parle de deux sortes de tristesse au sujet du péché; l’une produit la repentance pour le salut; l’autre produit la mort. Ces deux tristesses sont ce que l’on nomme ordinairement « la vraie et la fausse repentance » et c’est de quoi nous parlerons ce soir.

Je désire montrer :

I. En quoi consiste la vraie repentance.
II. A quoi on la reconnaît.
III. En quoi consiste la fausse repentance.
IV. A quoi on la reconnaît.

                  Il est grand temps que ceux qui font profession de piété apprennent à distinguer beaucoup mieux qu’ils ne le font entre les différents sentiments religieux, entre les différents états d’âme ; si l’on avait eu la lumière à cet égard, l’église ne serait pas envahie par d’inutiles et faux chrétiens. J’ai été souvent conduit, ces derniers temps, à rechercher pourquoi il y a tant de fausse religion et je me suis efforcé de remonter aux causes premières de ce mal. Fait notoire et considérable, il y a un très grand nombre de gens qui croient être religieux et qui, à moins que la Bible ne soit fausse, ne le sont point. Comment se fait-il qu’ils se trompent ainsi? Pourquoi y a-t-il tant de pécheurs impénitents qui s’imaginent avoir passé par la repentance? C’est sans doute parce qu’on ne leur a pas appris à discerner les vrais fondements de toute vie religieuse, et tout spécialement qu’ils ne savent pas faire la différence entre la vraie et la fausse repentance.

I.

En quoi consiste la vraie repentance.

                       La vraie repentance est un changement complet et de l’idée que l’on se fait du péché et des sentiments que l’on éprouve à son égard. Le mot du texte grec traduit en français par repentance implique cela, il signifie changement d’opinion et de disposition. Le sentiment est un résultat de la pensée. Si l’idée que l’on se fait du péché est juste et si elle est accompagnée du sentiment qui lui correspond, la repentance sera vraie. L’idée que l’on se fait du péché étant semblable à celle que Dieu en a, la tristesse selon Dieu découlera de cette idée.

PREMIÈREMENT. 
Il doit y avoir CHANGEMENT D’OPINION à l’égard du péché.

1. Changement d’opinion 
sur la nature du péché.

                       A celui qui se repent véritablement, le péché parait tout différent de ce qu’il est pour celui qui ne s’est pas repenti. Au lieu de se montrer désirable et plein d’attraits, il se montre souverainement odieux et détestable, tellement que le pénitent s’étonne d’avoir jamais pu désirer chose pareille. Les pécheurs impénitents peuvent comprendre que le péché causera leur ruine parce qu’il attirera sur eux le châtiment de Dieu; mais il leur parait, en somme, désirable; ils l’aiment; ils le caressent dans leur imagination; et s’il pouvait avoir une fin heureuse, l’idée ne leur viendrait jamais de l’abandonner. Mais quant à celui qui se repent, c’est tout autre chose; le péché lui apparaît dans sa propre conduite comme absolument haïssable; « quelle chose abominable et digne de l’enfer? s’écrie-t-il, comment ai-je pu l’aimer ? »

2. Changement d’opinion 
touchant le jugement que Dieu porte sur le péché.

                      Les pécheurs ne voient pas pourquoi Dieu  menace le péché d’un si terrible châtiment. Ils l’aiment tant eux-mêmes, qu’ils ne peuvent comprendre pourquoi Dieu le juge digne d’un châtiment éternel. Lorsqu’ils sont fortement « convaincus de péché, » ils pensent tout différemment ; l’opinion qu’ils se font du péché est alors d’accord avec celle qu’en ont les chrétiens, et pour devenir chrétiens eux-mêmes, il ne leur manque plus qu’une chose : un changement correspondant dans leurs sentiments. Maint pécheur, en effet, voit que sa conduite à l’égard de Dieu le rend digne de la mort éternelle, mais son coeur ne suit pas les lumières de son esprit. C’est le cas des démons et des méchants qui sont en enfer. En résumé : un changement d’opinion est indispensable à a vraie repentance et la précède toujours. Il peut y avoir changement d’opinion sans vraie repentance; mais il ne peut y avoir vraie repentance sans changement d’opinion.

3. Changement d’opinion 
quant aux tendances du péché.

                        Le pécheur doit arriver à reconnaître que le péché ne tend qu’à le détruire ; qu’à perdre tout homme, corps et âme, pour le temps et pour l’éternité, et qu’il est en complète opposition avec tout ce qui est aimable et heureux dans l’univers. Il faut qu’il comprenne qu’il n’y a pour lui d’autre remède à ce mal que le rejet absolu, la délivrance complète de tout péché. Satan lui-même sait cela, et il est possible que bien des pécheurs, ici, dans cette  assemblée, le sachent aussi.

4. Changement d’opinion 
touchant le salaire du péché.

                    Le pécheur insouciant est presque complètement dénué d’idées justes sur la rétribution que mérite le péché. En supposant  même qu’il admette en théorie que le péché mérite la mort éternelle, il ne le croit cependant pas. S’il le croyait, il lui serait impossible de demeurer pécheur insouciant; il serait tout au moins pécheur angoissé. Il se trompe quand il s’imagine croire sincèrement que le péché mérite la colère éternelle de Dieu. Mais quant à celui qui est véritablement réveillé et convaincu de péché, il n’a pas plus de doute à cet égard qu’il n’en a sur l’existence de Dieu; il voit clairement que le péché mérite un châtiment éternel de la part de Dieu.

SECONDEMENT. Ce changement d’opinion doit être accompagné d’un CHANGEMENT DE SENTIMENTS.

                        En toute vraie repentance, il y a changement de sentiment à l’égard du péché sous tous les rapports : changement de sentiment à l’égard de sa nature, changement de sentiment à l’égard de sa relation avec Dieu, changement de sentiment au sujet de ses tendances, changement de sentiment au sujet de la rétribution qu’il mérite.

                     1. Celui qui se repent véritablement ne voit pas seulement que le péché est en lui-même détestable, vil, absolument exécrable; il l’abhorre réellement, il le hait du plus profond de son coeur. On peut voir que le péché est pernicieux, abominable, et cependant l’aimer, le désirer et lui demeurer attaché. Mais quand on se repent véritablement, on l’abhorre de tout son coeur et l’on rompt absolument avec lui.

                      2. De même, considéré dans sa relation avec Dieu, le péché fait éprouver au pécheur repentant un sentiment tout nouveau; et c’est là qu’est la source de ces flots de tristesse qui envahissent parfois le coeur du chrétien à la vue du péché. Quand il le considère en lui-même, il éprouve un sentiment d’horreur ; mais quand il le voit dans sa relation avec Dieu, il pleure ; navré, désolé, son coeur se brise, il se jette sur sa face et répand des flots de larmes sur ses péchés.

                      3. Quant aux tendances du péché, il en est encore de même ; celui qui se repent véritablement sent tout ce qu’elles ont de funeste. Quand il considère ces tendances, il éprouve un désir véhément de mettre un terme au péché, d’en sauver ses semblables et de faire reculer cette vague de mort qui s’étend sur la terre. Plein d’une brillante ardeur, il prie, il travaille, il fait tous ses efforts pour arracher les pécheurs du feu, pour les sauver des suites effroyables du péché. Voir pécher les autres, c’est pour lui comme s’il les voyait prendre un poison mortel; il ne peut faire autrement que d’élever sa voix pour leur crier de prendre garde.

                        4. Enfin le pécheur repentant sent quelle doit être l’horreur de la rétribution méritée par le péché. Il n’est pas seulement intellectuellement convaincu que le péché mérite une punition éternelle, mais il sent qu’il aurait été raisonnable et juste que Dieu le condamnât, lui personnellement, à l’éternelle mort ; il approuve donc la sentence de mort que la loi prononce contre sa personne et regarde comme le miracle des miracles que Dieu puisse lui pardonner. Au lieu de trouver dur, sévère ou cruel que Dieu envoie en enfer les pécheurs incorrigibles, il adore Dieu, le coeur rempli de gratitude et d’étonnement de ce qu’il n’a pas été envoyé lui-même en enfer et de ce que ce monde criminel tout entier n’a pas été depuis longtemps déjà précipité dans le feu éternel. Que celui qui pèche soit condamné, c’est la dernière chose au monde dont il songerait à se plaindre; et quand il songe au salut d’un pécheur, son coeur se remplit d’un sentiment de gratitude tel qu’il n’en a jamais connu de semblable avant d’être chrétien.


II.

                      Je désire montrer maintenant quels sont les effets ou les fruits de la vraie repentance. Et j’espère apporter assez de lumière sur ce point pour que chacun de vous puisse reconnaître d’une manière infaillible s’il s’est repenti ou non.


1. 
Si votre repentance est vraie, vous aurez conscience qu’il s’est opéré en vous un changement de vues et de sentiments à l’égard du péché.

                    Vous serez tout aussi conscients de ce changement que vous avez jamais pu l’être de tout autre changement qui s’est accompli en vous. En est-il ainsi? Avez-vous conscience. qu’il y ait eu en vous changement de vues et de sentiments à l’égard du péché? que sur ce point, les choses anciennes sont bien passées et que toutes choses sont devenues nouvelles?

2. 
Quand la repentance a été vraie, la disposition à commettre de nouveau le péché n’existe plus.

                     Si vous vous êtes vraiment repentis, vous n’aimez plus le péché; et vous pouvez constater que vous ne vous en abstenez pas par crainte du châtiment, mais parce que vous le haïssez.. Où en êtes-vous à cet égard? Avez-vous connaissance que votre disposition à commettre le péché ait pris fin ? Rappelez-vous les péchés que vous aviez coutume de pratiquer lorsque vous étiez inconvertis. Sous quel jour les voyez-vous maintenant? Vous paraissent-ils agréables et aimeriez-vous à les pratiquer de nouveau si vous l’osiez? S’il en était ainsi, si la disposition à pécher était encore en vous, vous seriez seulement convaincus de péché.

                      Votre opinion quant au péché a pu être changée, mais si l’amour pour votre péché d’autrefois est encore en vous, aussi vrai que votre âme vit, vous êtes encore un pécheur impénitent.

3. 
La vraie repentance produit la réforme de la conduite.

                    Je crois que c’est la vérité que Paul avait surtout en vue dans la parole de notre texte traduite par ces mots: « la tristesse selon Dieu produit la repentance ; » le mot traduit ici par repentance indique le changement de la conduite. S’il n’en était pas ainsi, notre texte reviendrait à dire que la repentance produit la repentance. Or Paul parlait, à ce qu’il me semble, d’un changement de sentiment produisant un changement de conduite, et aboutissant par conséquent au salut. Maintenant, permettez-moi de vous le demander, êtes-vous réellement réformés? Avez-vous délaissé vos péchés? Ou les pratiquez-vous encore? s’il en était ainsi, vous seriez encore un pécheur (1). Il peut y avoir eu changement dans votre esprit, mais si le résultat n’a pas été le changement de votre conduite, la réforme actuelle de votre vie, vous: n’avez pas connu la « repentance selon Dieu, » celle que Dieu approuve.

(1) Dans la Parole de Dieu, le chrétien n’est jamais un pécheur, il en est toujours le contraire. Voyez par exemple Romains V :8 ; Galates II :17 ; 1 Timothée 1: 9 ; etc., dans le grec ou dans la version de Lausanne. Il serait manifestement absurde d’objecter 1 Timothée 1 :15 ; Paul était auparavant pécheur (1 Timothée 1 :13) et le premier des pécheurs, dit-il, mais il est maintenant un pécheur SAUVÉ (1 Timothée 1:15), sauvé du péché le modèle de ceux qui doivent arriver à la foi (1 Timothée 1:16). (Trad.)

4. 
La repentance, quand elle est vraie, produit la confession et la restitution.

                       Le voleur ne s’est pas repenti tant qu’il garde l’argent qu’il a volé ; il peut être convaincu de péché, mais il n’a pas la repentance; s’il l’avait, il s’empresserait de rendre l’argent qui ne lui appartient pas. Si vous avez dupé quelqu’un et que vous ne lui ayez pas rendu ce que vous lui avez pris injustement, ou si vous avez injurié quelqu’un et que vous n’ayez pas réparé, autant qu’il est en vous, le mal que vous avez. fait, vous ne vous êtes pas repenti véritablement.

5. 
La vraie repentance est un changement permanent et de caractère et de conduite.

                    Notre texte dit que c’est une repentance à salut, littéralement «changement de disposition, une conversion à salut, dont on ne se repent point ; qu’est-ce que cela signifie si ce n’est que cette vraie repentance est un changement si profond, si fondamental, que celui en qui elle a eu lieu ne retourne plus jamais en arrière? L’amour du péché a été véritablement abandonné; et le changement de vues et de sentiments a été tel, qu’il n’y aura plus de retour à cet amour. Mettez bien cela dans votre esprit maintenant, vous tous qui m’entendez : le pécheur qui s’est véritablement repenti est animé de sentiments tels qu’il n’en changera plus jamais: Notre texte dit : « repentance à salut; » dire que cette vraie repentance conduit droit au repos du et la vraie raison en est que cette repentance est celle dont on ne se repent jamais. »

                    Ici, je ne puis m’empêcher de le remarquer, vous apercevez que la doctrine de la persévérance des saints est vraie, et comment il faut l’entendre. La vraie repentance est un changement de sentiments si complet, elle produit une horreur du péché telle, que celui qui l’éprouve persévérera, cela va de soi; il n’annulera jamais sa repentance pour retourner au péché.

III.

En quoi consiste la fausse repentance.

                     La fausse repentance est appelée mondaine, elle est une tristesse du monde. » C’est une tristesse occasionnée par le péché, mais provenant de considérations mondaines qui sont toutes relatives au bonheur personnel et temporel du pécheur, tout au plus à son bonheur dans une vie future. Cette douleur-là n’a pas pour objet le péché comme tel.

1. 
Elle n’est pas fondée sur un changement d’opinion tel que celui que j’ai signalé comme appartenant à la vraie repentance.

                  Le changement qui la constitue ne porte pas sur des points fondamentaux. Vous pouvez voir les conséquences déplorables du péché en vous plaçant à un point de vue mondain, et en être rempli de consternation. Vous pouvez considérer qu’il porte atteinte à votre réputation, à votre honorabilité, qu’il met en danger votre vie; que si votre conduite cachée venait à être découverte, cela vous ferait le plus grand tort, et tout cela peut vous remplir de frayeur et de détresse... Cette sorte de tristesse selon le monde se rencontre très fréquemment elle a toujours pour principe une considération mondaine quelconque (1).

(1) Pour être complet, il faudrait ajouter que la fausse repentance peut comprendre un changement d’opinion analogue à celui qu’on remarque dans la vraie repentance; mais que ce changement d’opinion n’est pas suivi du changement de sentiment qui doit lui correspondre. Voir partie I, no 2. (Trad.)

2. 
La fausse repentance est fondée sur l’égoïsme.

                       La repentance peut n’être qu’un vif sentiment de regret éprouvé par le pécheur au sujet de la conduite qu’il a tenue, parce qu’il en voit les conséquences désastreuses pour lui-même et qu’il voit que cette conduite le rend malheureux, qu’elle l’expose à la colère de Dieu, qu’elle déshonore sa famille ou ses amis; en un mot, qu’elle lui cause du dommage soit pour le temps, soit pour l’éternité. Or, tout cela est pur égoïsme.

                      La repentance peut être le remords de la conscience, remords rongeur, cuisant, implacable, mais non pas vraie repentance. Elle peut être de la frayeur, une frayeur extrême de la colère de Dieu et des peines de l’enfer, et cependant n’être que pur égoïsme. L’on peut être rempli de terreur à la pensée des justes jugements de Dieu, sans avoir jamais eu en son coeur l’horreur du péché, sans avoir jamais eu le coeur brisé à sa vue, et par conséquent sans avoir jamais senti tout ce qu’il a de grave et d’odieux.

IV.

A quoi l’on peut reconnaître cette fausse repentance.

1. 
Elle ne change pas les sentiments.

                      Elle laisse indomptée dans le coeur la disposition au péché. Les sentiments de celui qui n’a connu que cette fausse repentance ne sont pas tellement changés à l’égard de a nature du péché, qu’il n’éprouve encore le désir de pécher. Et s’il s’abstient de commettre le péché, ce n’est pas à cause de l’horreur qu’il lui inspire, c’est à cause de la crainte qu’il a des conséquences.

2. 
Elle produit la mort.

                     Elle conduit à une dissimulation hypocrite. Celui qui a passé par la vraie repentance veut bien que l’on sache qu’il un pécheur et qu’il s’est repenti. Celui qui ne connaît que la fausse repentance recourt aux excuses et aux mensonges pour couvrir ses péchés : il a honte de sa repentance. Quand on l’appelle à venir au banc des pénitents, il s’efforce de cacher ses péchés, il emploie toutes sortes d’excuses pour en voiler l’énormité. Quand il parle de sa conduite passée, il le fait toujours dans les termes les plus indulgents et les plus favorables. Il est toujours porté à cacher ses péchés. Cette repentance conduit à la mort. Elle fait commettre un péché pour en couvrir un autre. Et comment se manifeste-t-elle? — Triste spectacle! Au lien de la confession nette et franche d’un coeur ouvert et candide, vous ne trouvez qu’une sorte de verbiage insipide et doucereux; quelque chose de froid et de forcé; minauderies, aveux faits du bout des lèvres, qui ont la prétention d’être une confession et qui ne confessent rien.

                     Qu’en est-il de vous? Avez-vous honte que quelqu’un vienne vous parler de vos péchés ? S’il en est ainsi, votre tristesse n’est que la tristesse du monde qui produit la mort. Qu’il est fréquent de voir des pécheurs s’esquiver pour éviter un entretien au sujet de leurs péchés et continuer cependant à se donner pour des âmes angoissées qui recherchent le salut! comment peut-on espérer devenir chrétien en suivant, cette voie-là? L’angoisse de ces âmes n’est autre que celle qui se trouve dans l’enfer. Il n’y a pas de doute que tous les méchants habitants de l’abîme ne désirent fuir loin des regards de Dieu. Ni angoisse, ni désir de ce genre ne se trouvent parmi les saints dans le ciel. Leur tristesse est franche et ouverte, intègre et cordiale. Une pareille tristesse n’est pas incompatible avec le vrai bonheur. Les saints sont remplis de bonheur et cependant ils sont remplis d’une tristesse non déguisée, vive et profonde au sujet, du péché. Mais la tristesse selon le monde a honte d’elle-même, elle est vile et misérable ; elle ne produit que la mort

3. 
La fausse repentance ne produit qu’une réformation partielle de la conduite.

                     La tristesse selon le monde ne réforme la conduite d’un homme que dans les choses au sujet desquelles il a été fortement convaincu de péché. Elle ne change pas le cœur. Celui qui n’a, connu que cette repentance évite les péchés scandaleux, ceux auxquels il a été rendu particulièrement attentif.

                    Quand un nouveau converti retombe dans le péché, cherchez-en la cause et vous trouverez qu’il n’y a eu qu’un changement partiel dans sa conduite. Il s’est réformé en certaines choses, mais il y a beaucoup de choses qui sont décidément mauvaises et qu’il continue à pratiquer. Si vous faites sa connaissance intime, vous verrez qu’au lieu d’avoir une grande crainte du péché quel qu’il soit, et d’être prompt à découvrir en toute chose tout ce qui est contraire à l’esprit de l’Évangile, il sera relâché dans ses vues et dans sa conduite en beaucoup de choses, quoique strict peut-être et bien éclairé sur plusieurs points. Il n’a pas cet éloignement pour tout péché qui caractérise le chrétien.

Le changement de conduite produit par la fausse contrition non seulement est limité, mais n’est ordinairement que temporaire.

                        Celui qui ne connaît que cette fausse repentance retombe continuellement dans ses anciens péchés. La raison en est que sa disposition à pécher n’a pas disparu ; elle n’a été que comprimée par la crainte. Aussi, dès que la crainte s’est dissipée et que l’espérance est revenue ; dès que le néophyte s’est trouvé dans bien vu, bien soutenu, il est revenu graduellement en arrière. Maintenant il retourne à ses anciens péchés. C’est ce qu’on remarque dans l’histoire du peuple d’Israël. La vraie repentance faisait défaut ; aussi ce peuple retournait-il sans cesse à son idolâtrie et à ses autres péchés. Les enfants d’Israël n’avaient que la tristesse selon le monde. Il en est de même aujourd’hui partout dans l’Eglise. Les gens sont changés pour quelque temps, ils sont reçus dans l’église, puis ils retournent à leurs anciens péchés. Ils aiment à appeler cela : se refroidir, rétrograder, décliner, etc., mais la vérité est qu’ils ont toujours aimé le péché, et quand l’occasion leur en a été donnée, ils sont retournés à ce qu’ils aimaient; comme la truie lavée est retournée se vautrer dans le bourbier, parce qu’elle était toujours truie.

                        Combien je désire que vous compreniez cela à fond ! C’est ici que se trouve la raison d’être de toute cette vie de hauts et de bas que vous connaissez si bien. Les gens sont réveillés, puis convaincus de péché, et peu à peu ils reprennent espoir et s’établissent dans une fausse sécurité ; ils s’éloignent alors de plus en plus de Dieu. Ils peuvent veiller assez sur eux-mêmes peut-être pour pouvoir rester dans l’église, mais comme le germe du péché n’a pas été détruit en eux, ils retournent à leurs anciennes voies. La femme qui aimait la toilette l’aime encore et peu à peu elle retourne à ses rubans et à ses colifichets. L’homme qui aimait l’argent l’aime encore ; bientôt il glisse sur la pente, et le voilà qui s’enfonce de nouveau dans les affaires et poursuit les liens de ce monde aussi ardemment qu’il l’a jamais fait vaut de se joindre à l’église.

                          Parcourez tous les rangs de la société, et si vous trouvez des gens vraiment convertis, vous verrez que les péchés qui leur étaient le plus habituels avant leur conversion, sont ceux dont ils sont le plus éloignés. Celui qui est réellement converti est moins exposé que tout autre à tomber dans ce qui était précédemment son péché habituel, car il en a plus d’horreur que personne. Mais celui qui est dans l’illusion et dont les dispositions sont mondaines a toujours la tendance à retomber dans les mêmes péchés. Vous verrez la femme qui aime la toilette sortir de nouveau dans toute sa gloire et briller comme elle en avait l’habitude autrefois. La source du péché n’a pas été tarie, le coeur n’a pas été purifié ; au contraire, l’iniquité y est toujours demeurée.

5. 
C’est une réforme forcée.

                      La réforme de la conduite produite par la fausse repentance est non seulement partielle et temporaire, elle est encore contrainte et forcée; tandis que chez celui qui a passé par la véritable repentance, cette réforme vient du coeur, de sorte que la disposition à pécher n’est plus en lui. La promesse de la Bible est accomplie à son égard; il fait actuellement l’expérience que « les voies de la Sagesse sont des voies agréables » et que « tous ses sentiers sont des sentiers de paix (Proverbe 3:17). » Il fait l’expérience que « le joug du Sauveur est doux et son fardeau léger (Matthieu XI :30); » que « les commandements de Dieu ne sont pas pénibles (1 Jean V :3); » qu’ils sont au contraire une joie ; « qu’ils sont plus désirables que l’or, que beaucoup d’or fin; plus doux que le miel, que celui qui coule des rayons (Psaume XIX :11). » Mais la fausse repentance est toute différente ; elle est légale, elle provient de la peur et non de l’amour, c’est une repentance égoïste. Qu’il y a loin de cette repentance stérile à ce changement libre, volontaire et cordial par lequel on quitte le péché pour s’adonner à l’obéissance! S’il y a ici des personnes qui ne connaissent que la fausse repentance, elles savent qu’elles ne s’abstiennent pas du péché par choix, parce qu’elles le haïssent, mais par d’autres considérations. Elles s’en abstiennent parce que la conscience le défend et qu’elles veulent être en paix avec leur conscience ; elles s’en abstiennent par crainte de perdre leur âme, ou de compromettre leur réputation, bien plus que par horreur du mal et par amour pour le devoir.

                         De telles personnes ont toujours besoin d’être poussées à faire leur devoir; si vous ne pouvez pas les y contraindre en plaçant sous leurs yeux quelque déclaration expresse des Saintes Ecritures, elles excusent le péché, le commettent et pensent qu’après tout il n’y a pas si grand mal à agir comme elles font. La raison en est qu’elles aiment leur péché et que tant qu’il n’y a pas quelque commandement formel de Dieu qui s’y oppose et qu’elles n’osent fouler ouvertement aux pieds, elles ont la volonté de le commettre. Avec la vraie repentance, tout cela est changé : quand une chose semble contraire à la grande loi de l’amour, celui qui a passé par la repentance selon Dieu a horreur de cette chose et par conséquent l’évite, qu’il y ait à ce sujet un commandement exprès ou qu’il n’y en ait pas. Montrez-moi un homme qui se soit véritablement repenti, et je vous certifie que cet homme-là n’a pas besoin d’un commandement exprès pour s’abstenir de boire,de fabriquer ou de vendre des liqueurs fortes. Il voit que ces choses sont contraires à la grande loi de la charité, aussi les abhorre-t-il, et il ne voudrait pas plus les faire qu’il ne voudrait blasphémer, voler ou commettre quelque autre abomination. De même, celui qui a passé par la vraie repentance n’a pas besoin d’un : « Ainsi a dit le Seigneur » pour être gardé d’opprimer son semblable (Allusion à l’esclavage. (Trad.)); il ne voudrait pas faire quoi que ce soit de mal. Que tout cela est clair ! chacun aurait horreur de semblables choses s’il s’était véritablement repenti de ses péchés.

6. 
Cette fausse repentance conduit à la propre justice.

                         Celui qui n’a connu que cette repentance peut savoir que  Jésus-Christ est le seul Sauveur, il peut faire profession de croire en lui et de se confier en lui seul pour son salut, mais en réalité, il place actuellement dix fois plus de confiance, pour son salut, en la réforme de sa conduite qu’en Jésus-Christ. S’il veut veiller sur son propre coeur, il verra qu’il en est ainsi. Il peut dire qu’il attend son salut de Christ, mais en fait, son espérance repose sur ses oeuvres plus que sur l’expiation de Christ. En réalité tous ses efforts ne tendent qu’à rapiécer sa propre justice.

7. 
Elle conduit à la fausse sécurité.

                    On prend la tristesse selon le monde pour la vraie repentance et l’on s’en fait un oreiller de sécurité. C’est un fait étrange : autant que j’ai pu le voir, ceux qui ne connaissent que cette repentance du monde tiennent pour assuré que Christ les sauvera, parce qu’ils ont été affligés au sujet de leurs péchés, bien qu’ils n’aient pas conscience d’avoir, jamais goûté le repos qui est en Christ. Ils ont éprouvé de la tristesse, puis un certain soulagement ; c’est assez pour qu’ils comptent que Jésus-Christ les sauvera, quoique leur conscience même atteste qu’ils ne se sont jamais confiés de tout leur coeur en lui.

8. 
Elle endurcit le coeur.

                       Celui qui n’a connu que cette repentance du monde a le coeur endurci, et son coeur est dur à proportion du nombre de fois qu’il s’est ainsi repenti. Si la conviction de péché a été forte en lui, qu’il en ait éprouvé de vives émotions, et que malgré cela, son coeur ne se soit point brisé, ni épanché au dehors, la source du sentiment en a été de plus en plus desséchée et le coeur de plus en plus difficile à atteindre. Prenez au contraire un chrétien réel, celui qui a passé par la vraie repentance, chaque fois que vous lui appliquerez la vérité de manière à l’humilier devant Dieu, il en deviendra plus doux, plus sensible, plus tendre; il en sera tout à la fois plus ardent et, plus humble, et cela, jusqu’à la fin de sa vie et jusque dans l’éternité. Son coeur s’accoutume à suivre les convictions de son esprit, et il devient docile et maniable comme un petit enfant.

                        Oui, c’est bien là qu’est la véritable ligne de démarcation. Qu’un réveil se produise : vous verrez les églises et les individus qui ne connaissent que la repentance selon le monde s’éveiller, s’agiter un moment, puis se refroidir. Que la chose se répète plusieurs fois, et vous trouverez que ces gens-là sont de plus en plus difficiles à arracher au sommeil ; ils finiront par devenir aussi durs que la pierre, de sorte que, rien au monde ne pourra les rallier de nouveau à un réveil. Ceux qui ont passé par la vraie repentance sont entièrement différents ; qu’ils traversent plusieurs réveils successifs et vous les trouverez de plus en plus doux, tendres, sensibles; jusqu’à ce qu’ils arrivent à un état où le moindre appel les trouve toujours embrasés d’ardeur et prêts. à se mettre à l’oeuvre.

                         La différence qu’il y a entre ces deux classes de chrétiens est aussi grande que celle qu’il y a entre les ténèbres et la lumière. Partout vous retrouverez cette même différence soit entre les églises, soit entre les membres des églises.

                       Quant, aux pécheurs déclarés, la loi de l’endurcissement du coeur se manifeste chez eux telle que nous venons de la constater chez les « chrétiens » qui ne connaissent que la repentance selon le monde. Ceux d’entre ces pécheurs qui ont vu plusieurs réveils en viennent à se moquer de toute religion, et bien que le ciel soit comme chargé de nuages de miséricorde au-dessus de leur tête, ils n’y font aucune attention et rejettent tout ce qu’on peut leur en dire.

9. 
Elle cautérise la conscience.

                       Ceux qui n’ont pas passé par la vraie repentance courent le risque de tomber dans le désespoir chaque fois que la vérité illumine leur esprit. Le chrétien réel pourra avoir une conviction de péché plus forte que la leur, mais la paix remplira son coeur au moment même où cette conviction de péché lui fera verser les larmes les plus abondantes. Et chaque fois que cette conviction de péché se renouvellera, il deviendra, plus vigilant, plus attentif, plus sensible, jusqu’à ce que, semblable à la prunelle de son oeil, sa conscience soit si délicate que la moindre apparence de mal l’offusque. Mais, quant à cette repentance qui n’est point le renoncement du coeur au péché, elle laisse le coeur plus dur qu’auparavant, et peu à peu, semblable au fer rouge, elle cautérise la conscience et produit la mort.

10. 
Elle n’accepte pas .Jésus-Christ comme fondement de toute espérance.

                    Celui qui n’a que la repentance du monde, compte sur le changement de sa conduite, sur sa repentance, ou sur quelque autre chose, ce qui ne le conduit pas à mettre en Jésus-Christ cette confiance qui produit l’amour et qui pousse à travailler sans relâche à l’avancement du règne de Dieu.

11. 
C’est une repentance dont on se repent.

                       C’est immanquable, ceux qui n’ont que cette repentance en arriveront peu à peu à avoir honte des sentiments sérieux qu’ils ont eus. Ils n’oseront plus en parler, ou s’ils en parlent, ce sera toujours légèrement et froidement. Ils se sont peut-être beaucoup agités au moment du réveil, ils semblaient engagés dans l’oeuvre autant que personne, souvent même on les a vus donner dans les extrêmes en tout ce qui se faisait. Mais une fois le réveil passé, on les voit s’opposer aux mesures nouvelles, revenir en arrière, et avoir honte de leur zèle précédent. Il est de fait qu’ils se repentent de leur repentance.

                        Après que ces personnes-là se sont jointes à l’église, elles ont honte d’être venues au banc des pénitents. Quand le moment de la plus grande ferveur du réveil est passé, elles commencent à parler du trop d’enthousiasme que l’on aurait eu et de la nécessité de revenir à une « religion plus sobre et plus égale. » La raison secrète de toute cette conduite, c’est qu’elles n’ont eu qu’une repentance dont elles se repentent maintenant.

                   On rencontre parfois des personnes qui font profession d’avoir été converties dans un réveil et qui combattent les mesures mêmes, les doctrines et les moyens par lesquels elles font profession d’avoir été converties. Vous ne verrez jamais cela chez le vrai chrétien ; vous ne le verrez jamais avoir honte de sa repentance. Les émotions qu’il a ressenties dans un réveil sont la dernière chose au monde dont il aurait honte.

REMARQUES

1. Ce que j’ai dit a dû mettre en évidence, pour vous, l’une des raisons pour lesquelles il y a tant de religion intermittente dans l’église.
                         On a confondu la conviction de péché avec la conversion, la tristesse selon le monde avec la tristesse selon Dieu. Après des années d’observation, je demeure convaincu que telle est bien la véritable cause de l’état déplorable de l’église dans tout le pays.

2. Nous voyons ici pourquoi tant de pécheurs convaincus de péché considèrent comme une lourde croix le fait de devenir chrétiens.

             Ils regardent comme une grande épreuve l’obligation d’abandonner leurs péchés et leurs compagnons incrédules, tandis que s’ils avaient la vraie repentance, ils n’auraient pas l’idée d’y voir un sacrifice à faire. Je me rappelle les sentiments que j’éprouvai, lorsque, encore inconverti, je vis pour la première fois des jeunes gens devenir chrétiens et se joindre à l’église; je pensais qu’après tout c’était une bonne chose que d’avoir de la religion, parce que l’on sauvait son âme et que l’on s’assurait le ciel; mais pour le présent, la conversion me semblait être une chose fort triste, et je ne supposais pas que ces jeunes gens pussent être heureux actuellement. Cette manière de penser est fort commune ; on regarde la religion comme bonne en somme, bonne particulièrement pour la fin de la vie; mais, on regarde comme impossible d’être heureux présentement dans la piété. Tout cela vient de ce qu’on se méprend sur la nature de la vraie repentance. On ne comprend pas que cette repentance conduit, à prendre en horreur les choses qu’on aimait. Les pécheurs ne comprennent pas que lorsque leurs jeunes amis deviennent de vrais chrétiens, ils ont horreur de leurs bals, de leurs amusements et de toutes leurs folies pleines de péché, et que tout amour pour ces choses est désormais crucifié en eux.

                       J’ai connu une demoiselle qui fut convertie à Dieu et dont le père était un mondain très orgueilleux. Elle aimait beaucoup la toilette, les leçons de danse et les bals. Une fois convertie, son père voulut la forcer à aller aux leçons de danse. Il l’accompagna, comme il avait coutume de le faire, et la força à danser. Mais elle se prit à pleurer, et sa tristesse et son horreur de la danse devinrent tels, qu’elle ne put que se retirer à l’écart et éclater en sanglots. Vous en voyez la cause, je pense. Elle s’était vraiment repentie de toute sa vie passée et de tous ses amusements mondains, et sa repentance était celle « dont on ne se repent jamais. »

                      Quelle compassion elle avait pour ses gaies compagnes des jours précédents ! et quelle horreur pour leur étourdie gaîté! Combien il lui tardait que l’heure de la réunion de prières eût sonné ; et combien grandie était la joie qu’elle y trouvait! Les impénitents et ceux qui n’ont connu que la repentance du monde sont dans une bien grande erreur au sujet du bonheur qu’éprouve le chrétien réel.

3. Vous voyez maintenant ce qui en est de ces chrétiens qui regardent comme une croix l’obligation d’être strict dans sa conduite. Ces chrétiens-là font toujours l’apologie de leurs péchés, ils plaident toujours en faveur de certaines choses qui ne sont pas compatibles avec un vrai christianisme. C’est ce qui montre qu’ils aiment encore le péché, et qu’ils iront dans le péché aussi loin qu’ils l’oseront. S’ils étaient de vrais chrétiens, ils auraient le péché en horreur, ils se détourneraient de lui et regarderaient comme une croix d’être mis forcément en contact avec lui.

4. Vous voyez pourquoi il y a tant de chrétiens qui ne sont pas heureux dans leur religion.

                           Ils ne sont ni joyeux ni heureux. Ils sont au contraire très chagrinés de ce qu’il y a tant de choses qu’ils aiment et auxquelles ils doivent renoncer, ou de ce qu’ils doivent donner tant d’argent; ils sont toujours dans l’anxiété. Au lieu de se réjouir de chaque occasion qui leur est donnée de renoncer à eux-mêmes, au lieu de voir avec bonheur la vérité exposée de la façon la plus évidente et la plus incisive, c’est une grande peine pour eux qu’on leur dise quel est leur devoir, quand ce devoir contrarie leurs inclinations et leurs habitudes. La vérité claire et nette les jette dans la détresse. Pourquoi? — Parce qu’ils n’aiment pas à faire leur devoir. S’ils aimaient à le faire, chaque rayon de la lumière divine venant à l’éclairer serait pour eux le bienvenu et les rendrait de plus en plus heureux.

                        Si quelqu’un fait profession d’être chrétien et se sent gêné et malheureux parce que la vérité le presse, et si son coeur ne cède point à cette vérité et ne s’attache point à elle pour faire tout ce qu’elle exige, HYPOCRITE est le vrai nom de cet homme-là. Quand vous verrez des gens qui font profession de piété être dans la détresse comme les pécheurs angoissés, et que vous verrez leur détresse augmenter à mesure que vous leur signalerez leurs péchés, soyez sûrs qu’ils ne se sont jamais repentis véritablement et qu’ils n’ont point renoncé à eux-mêmes pour se donner à Dieu.

5. Vous voyez pourquoi beaucoup de gens qui ont fait profession d’être convertis, et qui ont passé par une grande angoisse au temps de leur conversion, apostasient ensuite.

                      Ils eurent de profondes convictions de péché et une grande détresse dans leur âme, puis ils trouvèrent le soulagement, et leur joie fut très grande, de sorte qu’ils jouirent pendant quelque temps d’un bonheur extraordinaire. Mais peu à peu ils déclinèrent et enfin ils apostasièrent. Ceux qui ne font pas la distinction convenable entre la vraie et la fausse repentance et qui pensent qu’une âme ne peut pas être « profondément travaillée » sans l’intervention du pouvoir divin, appellent cela « déchoir de la grâce. » Mais la vérité est « qu’ils se sont retirés parce qu’ils n’étaient pas des nôtres. » Ils n’ont jamais eu cette repentance qui tue et anéantit la disposition à pécher.

6. Vous voyez pourquoi les chrétiens rétrogrades sont si malheureux.

                   De ce que j’ai dit que la disposition à pécher doit être anéantie et remplacée par la disposition contraire, vous inférerez peut-être que selon moi tout vrai chrétien est parfait. Mais cette conclusion ne serait pas juste. Il y a une différence radicale entre un chrétien rétrograde et un hypocrite dont la vie ne correspond pas à la profession. L’hypocrite aime le monde et jouit du péché chaque fois qu’il en goûte. il peut éprouver des frayeurs, des remords, de l’appréhension au sujet des risques que court sa réputation, son honorabilité; mais en somme il jouit du péché. Il n’en est pas ainsi du chrétien rétrograde. Il a perdu son premier amour; puis il est tombé dans la tentation et a marché dès lors dans le péché. Mais il n’aime pas le péché; le péché lui est toujours amer; il se sent toujours malheureux et loin de la maison paternelle. Il est vrai qu’il n’a pas actuellement l’Esprit de Dieu; il n’a pas non plus l’amour de Dieu actif en lui de manière à le garder du péché; mais il sent qu’il. est un misérable, et il en est malheureux. Il est aussi différent de l’hypocrite que possible. Quand il a abandonné l’amour de Dieu, il a pu être livré à Satan pour un temps, pour la destruction de la chair, afin que l’esprit pût être sauvé ; mais il ne peut plus jouir du péché comme autrefois; il ne trouve plus aucune jouissance dans les plaisirs du monde, comme c’était le cas avant sa conversion. Il ne pourra plus jamais « boire l’iniquité comme de l’eau. » Mais il souffrira aussi longtemps qu’il vivra en cet état. S’il y a, ici de telles gens ils savent tout cela.
    
7. Vous voyez pourquoi des pécheurs « convaincus », mais non encore vraiment repentants, sont effrayés à la pensée de s’engager à abandonner leurs péchés.

                   Ils disent qu’ils n’osent pas promettre cela, parce qu’ils craignent de ne pas tenir leur promesse. La raison en est qu’ils aiment le péché. L’ivrogne sait qu’il aime les boissons alcooliques et bien qu’il puisse être contraint de tenir sa promesse de s’en abstenir, sa passion en réclamera toujours. Ainsi en est-il du pécheur convaincu de péché. Il sent qu’il aime le péché, que le lien qui l’attache au péché n’a jamais été brisé, aussi n’ose-t-il pas faire de promesse.

8. Vous voyez pourquoi certains chrétiens de profession sont si opposés aux engagements à prendre.

                    C’est toujours par la même raison. Ils aiment tant leurs péchés, ils savent si bien que leurs coeurs plaideront en faveur de ces péchés, qu’ils sont effrayés à la pensée de promettre de les abandonner. Beaucoup de gens qui font profession d’être chrétiens refusent néanmoins de se joindre à l’église. La raison secrète en est qu’ils sentent leur coeur encore attaché au péché et qu’ils n’osent prendre les engagements que suppose l’entrée dans l’église; ils redoutent la discipline ecclésiastique pour le cas où ils viendraient à pécher. Ces gens-là savent qu’ils sont des hypocrites.

9. Ceux d’entre vous qui ne connaissent que la tristesse selon le monde peuvent maintenant voir où est l’obstacle à leur salut, et quelle est la raison pour laquelle ils ne sont pas convertis.

                        Il se peut que leur intelligence juge si bien du péché, que si leur coeur était en harmonie avec elle, ils seraient chrétiens. Et peut-être croient-ils que cet état de leur pensée constitue la vraie repentance. Mais si vraiment ils avaient la volonté d’abandonner tout péché, ils n’hésiteraient pas à en prendre l’engagement, et ils ne craindraient pas de le faire à la face du monde. S’il y a ici des personnes de cette catégorie, je les prie de s’approcher maintenant et de prendre ces sièges. Si vous avez la volonté d’abandonner le péché, vous aurez la volonté de le promettre et vous accepterez que l’on sache que vous l’avez fait. Mais si vous résistez à votre conviction, si votre coeur se décide à suivre vos péchés, bien que votre intelligence éclairée voie très bien ce que vous devez faire, tremblez alors dans l’attente des choses qui doivent fondre sur vous! Toutes vos convictions ne vous serviront de rien ; elles ne serviront qu’à vous précipiter plus profondément dans l’enfer, parce que vous leur aurez résisté.

                       Si vous avez la volonté d’abandonner vos péchés, vous pouvez le témoigner de la façon que j’ai indiquée. Mais si vous aimez encore vos péchés et si vous voulez continuer à les pratiquer, vous pouvez rester sur vos sièges. Et maintenant, après nous être levés pour la prière, dirons-nous à Dieu que ces pécheurs ne veulent pas abandonner leurs péchés, que tout en étant convaincus qu’ils ont tort, ils aiment leurs idoles et veulent aller après elles ? Que le Seigneur ait pitié de ces âmes, car leur cas est affreux.

à suivre.....