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Ne nous induis pas en tentation
Nous considérerons la sixième demande à part de la septième, suivant l’ancien usage. « Et ne nous induis point en tentation ». Le mot et que l’on oublie assez souvent, n’est pas sans importance, il relie cette demande à la précédente. Après avoir sollicité la rémission de nos dettes, nous demandons à ne pas en contracter de nouvelles, car chaque fois que nous avons imploré le pardon, nous devons avoir le désir sincère de ne pas pécher de nouveau, donc d’être préservés de la tentation. Or la tentation est d’autant plus forte qu’on est déjà tombé dans un péché, selon la parole : « Celui qui commet le péché en est l’esclave, » c’est-à-dire qu’il y est en quelque sorte enchaîné et se laisse attirer par lui. Il faut donc qu’en demandant le pardon des péchés habituels en particulier, on se préoccupe de l’avenir. Tenons compte de ce que nous enseigne le petit mot et au début de la demande : « Ne nous induis point en tentation. » Cette demande a d’ailleurs besoin d’être approfondie. Elle nous fait involontairement penser au tentateur ; c’est comme si nous disions : « Ne nous livre pas au pouvoir du tentateur. »
Elle nous rappelle aussi la tentation de Jésus. « Il fut conduit, est-il dit, par l’esprit dans le désert pour être tenté par le diable. » La preuve devait être faite qu’il ne pouvait, être tenté même par le diable. La tentation n’était pas pour lui dont le cœur était pur, le danger qu’elle est pour nous dont le cœur recèle toujours un fond de perversité. « C’est du cœur que sortent les mauvaises pensées, le libertinage, les vols, les meurtres, les adultères, la rapacité, la malhonnêteté, la fourberie, le dérèglement, le regard envieux, la calomnie, l’orgueil, la déraison. »
Les mauvais penchants qui sommeillent en nous n’attendent, que l’occasion de se manifester. Il y a dans l’homme des germes de ténèbres et ce monde démoniaque de la postérité du serpent est appelé à la vie par la tentation. Nous ne devons pas devenir ses esclaves, mais lui résister ainsi que nous y exhorte saint Paul (Romains 6.12-13) : « Que le péché ne règne donc point dans votre corps mortel, de sorte que vous obéissiez à ses passions, et n’abandonnez pas vos membres au péché, comme (les instruments de perversité. Mais donnez-vous vous-mêmes à Dieu, comme étant vivants, de morts que vous étiez, et consacrez-lui vos membres comme des instruments de justice. »
Si nous sommes des disciples de Jésus, nous pouvons résister au mal qui est en nous, l’empêcher de prendre vie, même s’il nous agite extérieurement. Mais si une tentation extérieure vient réveiller le démon qui sommeille, il est très possible que nous succombions. C’est pourquoi nous prions : « Ne nous induis pas en tentation », demandant ainsi que la tentation ne dépasse pas nos forces. Il n’y a donc pas de contradiction entre la sixième demande et les paroles de saint Jacques, quand il dit (Jacques 1.13-15) : « Que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise : C’est Dieu qui me tente ; car Dieu ne peut être tenté par le mal et il ne tente lui-même personne. Chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise, puis la convoitise ayant conçu, enfante le péché ; et le péché étant consommé, enfante la mort. »
La tentation se produit donc lorsque la convoitise qui dort dans l’homme l’attire et l’amorce, ce qui n’arrive pas facilement de soi-même chez un disciple de Jésus, sans occasion extérieure, et nous demandons à Dieu d’éloigner de nous les occasions de chute, de nous empêcher de tomber dans les pièges qui nous sont tendus. Il importe d’envisager ainsi la sixième demande, elle nous avertit de ne pas nous hasarder avec insouciance dans le monde dont nous ne connaissons pas les dangers, sans être bien armés intérieurement et sans nous placer sous la protection de Dieu.
Pour celui qui est tombé déjà dans le péché, la sixième demande a une importance toute spéciale. Il se laisse tenter d’autant plus facilement qu’il a péché plus souvent, car le germe mauvais une fois vivifié, se développe rapidement. La tentation peut venir par nos semblables, ou bien par des événements qui effrayent ou réjouissent vivement, qui nous émeuvent d’une manière quelconque et nous excitent à la colère, au dépit, à la rapacité, au dérèglement, à la déraison, à toutes sortes de pensées et d’actes mauvais.
Quand la vie est paisible et unie, le mal reste généralement assoupi dans le cœur de l’homme, mais le tentateur peut très vite attiser le feu qui couve et faire se produire au dehors tous les mauvais instincts. La demande : « Ne nous induis pas en tentation », renferme avec une prière renouvelée et plus instante pour le pardon de nos péchés, l’expression de notre connaissance de nous-mêmes et de notre sincère repentir. Celui qui a déjà péché doit d’autant plus craindre le pé- ché et supplier Dieu de l’en préserver. Il peut compter sur l’exaucement si sa prière est sérieuse, c’est-à-dire si son repentir est assez profond pour qu’il évite lui-même la tentation autant que cela est en son pouvoir.
Mais beaucoup semblent plutôt la rechercher. Ils vont, pleins d’assurance, dans des endroits dangereux où les tentations foisonnent, et ils en veulent à ceux qui les avertissent, ils sont blessés de ce qu’on n’ait pas confiance en eux. Ils veulent tout voir, lisent les livres les plus éhontés, les plus impudiques, n’évitent pas les mauvaises sociétés et ne veulent pas croire qu’ils puissent être entraînés au péché. Mais ne réveillent-ils pas le démon de la convoitise ? Et ils continuent de prier étourdiment : « Ne nous induis pas en tentation. » La prière peut aussi signifier : « Préserve-nous des situations d’où peuvent naître des tentations. » Etre trop riche, ou trop pauvre, ou trop malade, ou trop malheureux pour n’importe quel motif, ce sont de nombreuses occasions de tentation et de péché.
On est tenté surtout de s’aider soi-même par de mauvais moyens. On se dit que dans la détresse tout est permis, qu’il faut s’aider comme on peut. Quelques-uns vont jusqu’à recourir à la magie ou à d’autres pratiques défendues. D’autres ont recours à l’imposture, au jeu, à toutes sortes de fourberies. Il y en a qui sont tentés de s’ôter la vie. Mais ce n’est jamais sans raison que la tentation prend tant de force ; on a généralement péché dans le passé, on a mal agi en d’autres occasions, dans des circonstances moins graves, et alors, pour éprouver celui qui se croit converti, Dieu permet la tentation plus forte. En ce sens on peut prendre à la lettre la prière : « Ne nous induis point en tentation. » Nous pouvons demander à Dieu de nous épargner cette épreuve et nous devons être reconnaissants au Sauveur de nous avoir enseigné la sixième demande : nous savons que Dieu exauce les prières sincères. Nous voyons clairement par tout ce qui précède combien il est nécessaire d’obtenir le pardon complet de ses péchés et comment nous devons prier Dieu de ne plus se souvenir de nos fautes passées et de ne pas nous éprouver par des tentations nouvelles. Puissions-nous apprendre à lutter sérieusement contre le péché et nous laisser purifier par le sang de Christ !
(à suivre)
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