dimanche 30 août 2026

(6) LA PRIÈRE DU ROYAUME par Jean-Christophe Blumhardt

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Pardonne-nous nos péchés

            Selon Matthieu : « Remets-nous nos dettes, comme nous remettons (ou avons remis) leurs dettes à nos débiteurs ». Selon Luc : « Pardonne-nous nos péchés, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Rappelons-nous que Jésus enseigne à prier à ses disciples qui ne doivent plus, en se présentant devant Dieu, être aussi lourdement chargés de péchés que les inconvertis, ni garder rancune, dans leur cœur, à ceux qui les ont offensés. Ils doivent savoir que leurs péchés sont pardonnés et il ne doit pas arriver que dans leurs prières, après les grandes demandes pour le Royaume, ils aient à s’accuser devant Dieu de péchés très graves. Sous les dettes (selon Matthieu) comme sous les péchés (selon Luc), il faut comprendre plutôt des offenses moins graves, des manquements par inattention ou faiblesse, qui peuvent se produire chez les disciples de Jésus.

              Un vrai disciple ne devrait jamais avoir à se reprocher que des négligences involontaires par rapport à ce qu’il doit à Dieu et à son prochain. Il ne faut pas qu’il se sente accablé par ces fautes, mais il ne doit pas non plus les passer sous silence devant Dieu, car il en augmenterait ainsi la gravité. Les fautes auxquelles nous ne prenons pas garde peuvent devenir très importantes aux yeux de Dieu, tandis qu’il pardonne les mêmes fautes à ceux qui les confessent sincèrement. Si cependant il arrive à un chrétien, à un enfant de Dieu, converti et croyant, de se laisser entraîner à un péché grave, il ne peut pas s’en libérer en disant simplement un Notre Père. Il faut qu’il se repente sérieusement qu’il confesse son péché, pour ne pas en rester intérieurement captif. La cinquième demande renferme une proposition complémentaire qui doit nous enseigner que le pardon ne peut nous être accordé qu’à une condition qui est absolue : « Comme nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. »

           Il ne suffit pas de nous repentir de nos propres fautes, nous ne devons pas garder le moindre reste de rancune contre l’un ou l’autre de ceux qui peuvent avoir commis des fautes envers nous. Souvent nous ne nous rendons compte de nos mauvais sentiments qu’à la vue du débiteur, mais l’amertume n’en réside pas moins au fond de notre cœur. La cinquième demande doit nous empêcher de penser que le pardon va toujours de soi et de prendre nos péchés à la légère. Nous avons besoin de la rémission de toutes nos dettes petites ou grandes, que ce soient de simples erreurs et négligences ou des fautes graves. Mais d’autre part il ne faut pas perdre courage, si dans un monde plein de tentations, nous tombons par manque de vigilance dans quelque faute. Le pardon ne nous est pas refusé, pourvu que nous regardions sincèrement, notre faute en face, que nous en reconnaissions le danger et qu’en disant : « Remets-nous nos dettes, ô notre bon Père céleste, » nous soyons décidés à lutter vaillamment contre elle. Dieu pardonne volontiers aux sincères qui ne veulent pas laisser subsister le mal à côté du bien, car il est miséricordieux. 

                Les mots : « Comme nous avons remis leurs dettes à nos débiteurs », ne sont pas l’expression d’un droit. Ils ne signifient pas que Dieu nous doit le pardon, parce que nous avons pardonné. En les comprenant ainsi, nous aurions l’air de croire que le pardon est dû à nos mérites et nous prierions dans un méprisable sentiment de justice propre. Le sens de ces mots est que nous ne devons pas oser implorer pour nous le pardon de Dieu, si nous-mêmes ne pardonnons pas. Si, avec un cœur plein de rancune nous prions pour que nos autres péchés nous soient pardonnés, Dieu ne serait-il pas forcé de se détourner de nous et de nous infliger un châtiment pour notre impudence de lui demander pour nous ce que nous refusons aux autres.

              Que de fois, tous les jours, le Notre-Père est dit en vain, parce que le dépit, la colère, la soif de vengeance, l’amertume, l’inimitié restent dans nos cœurs, pendant que nous prions ! Garde-toi de dire un Notre Père qui ne peut qu’aggraver tes fautes aux yeux de Dieu ! Remarquons bien encore que le Sauveur ne nous enseigne pas à dire que nous pardonnerons après que Dieu nous aura pardonné, en reconnaissance de son pardon, pour ainsi dire. Le sens de la cinquième demande, tel qu’il ressort d’une traduction exacte, est que nous avons déjà pardonné, que nous nous présentons devant Dieu sans animosité ni amertume, sans rancune contre personne. S’il t’est trop difficile de vaincre tout mauvais sentiment contre ton prochain, si tu ne peux pas dire en toute sincérité : « Comme nous pardonnons, » tu peux prier ainsi : « Aide-moi, ô Père céleste, à bannir de mon cœur toute inimitié, car tel est mon sincère désir. » Si tu lui adresses cette prière avec recueillement, le Père qui est au ciel t’écoutera avec bienveillance et t’exaucera.

              L’importance que le Sauveur met à ce que nous pardonnions, nous est prouvée par ces paroles qui suivent le Notre-Père : « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » Il est question ici d’offenses quelconques. Nous ne devons pas regarder comme très graves les fautes des autres envers nous, mais les juger avec indulgence et dire avec le Sauveur : « Ils ne savent ce qu’ils font. » Des péchés graves ne devraient plus se trouver chez les disciples de Jésus, mais quels qu’ils soient, ils ne peuvent être pardonnés si nous nous montrons durs et impitoyables envers nos semblables. Le miséricordieux seul obtiendra miséricorde, et la plus grande miséricorde est d’avoir pitié de ceux qui ont péché contre nous. Souvent ils sentent combien ils sont coupables et ils en sont malheureux. Ne devrions-nous pas les rassurer et les consoler ? Et si notre débiteur ne reconnaît pas sa dette, et que nous lui témoignions de la bonté, nous amasserons sur sa tête des charbons de feu qui feront fondre dans l’amour son cœur que la haine avait rendu dur comme la pierre. Au dernier jour, quand le pécheur se présentera devant Dieu, il lui sera demandé s’il a pardonné à ceux qui l’ont offensé, ou s’il a cherché à se venger d’eux. Puissent tous les hommes, et avant tout les disciples de Jésus, acquérir la sagesse !

(à suivre)

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