vendredi 12 juin 2015

LES SERMONS DE WESLEY Sermon 15 : LES GRANDES ASSISES

Numérisation Yves PETRAKIAN
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(tiré du livre  LES SERMONS DE WESLEY  -1- )


Romains 14,10   (1758)

« Nous comparaisons tous devant le tribunal de Christ ». (Romains 14 : 10)

                Ce sermon fut prêché par Wesley, dans l'église Saint-Paul de Bedford, le vendredi 10 mars 1758 à 
l'occasion des Assises tenues à ce moment dans cette ville, sous la présidence de Sir Edward Clive, Il fut publié à la requête du Shérif du comté.
              Combien de circonstances concourent à donner un caractère auguste à la solennité actuelle ! Ce rassemblement considérable de gens de tout âge, de tout sexe, de tout rang, de toute condition sociale, réunis volontairement ou non, de près et de loin ; ces criminels, qui vont comparaître devant la justice, sans possibilité d'échapper ; ces fonctionnaires prêts, selon leurs diverses attributions, à exécuter les ordres qui leur seront donnés ; et le représentant de notre souverain, que nous révérons et honorons si hautement ! Le motif de ce rassemblement ajoute encore à sa solennité. Il s'agit en effet d'entendre et de juger des causes diverses, dont quelques-unes sont de la plus haute importance, puisqu'il y va de la vie ou de la mort des accusés, et non seulement de leur mort, mais aussi de leur éternité ! Ce fut sans aucun doute pour accroître encore le sérieux de ces occasions, et non pour amuser le vulgaire, que la sagesse de nos pères ne dédaigna pas de régler les moindres détails de ces solennités. Car ces détails, en frappant l'oeil ou l'oreille, peuvent plus fortement affecter le coeur. Considérés à ce point de vue, les trompettes, les masses, les costumes ne paraissent plus des superfluités insignifiantes ; mais ils servent, à leur manière et en quelque mesure, à la réalisation des meilleurs progrès sociaux.
                      Mais, quelque auguste que soit cette solennité, il en est une bien plus auguste encore qui approche. Car encore un peu de temps, et « nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ ». « Car je suis vivant, dit le Seigneur, que tout genou fléchira devant moi et que toute langue donnera gloire à Dieu ! » « Et dans ce jour, chacun rendra compte à Dieu pour soi-même (Romains 14 : 10-12) ».
                   Plût à Dieu que tous les hommes fussent pénétrés de cette pensée ! Ce serait la meilleure sauvegarde de la société. Il n'est point de mobile plus puissant pour nous pousser à remplir les devoirs d'une vraie moralité, à pratiquer fidèlement les vertus solides, à marcher avec persévérance dans les voies de la justice, de la bonté et de la vérité. Rien ne peut fortifier nos mains pour tout ce qui est bon, et nous détourner du mal sous toutes ses formes, comme cette ferme conviction que « le Juge est à la porte (Jas 5 : 9) » et que nous allons bientôt comparaître devant lui.
                Il peut donc y avoir quelque utilité dans la circonstance actuelle, à examiner : D'abord quelles sont les principales circonstances qui précéderont notre comparution devant le tribunal de Christ ; puis le jugement lui-même, et enfin quelques-unes des circonstances qui le suivront.

I

                Premièrement donc, voyons quelles circonstances précéderont notre comparution devant le tribunal de Christ. Et d'abord, Dieu fera « des signes en bas sur la terre » (Actes 2 : 19) ; « il se lèvera pour frapper la terre (Esaïe 2 : 19) ». « Elle chancellera entièrement comme un homme ivre, et, sera transportée comme une loge (Esaïe 24 : 20) ». « Il y aura des tremblements de terre », non en divers lieux seulement, mais « en tous lieux (Luc 21 : 11) ; » non ici ou là, mais dans toutes les parties du monde habité, et tels enfin qu'il n'y en a jamais eu de semblables depuis que les hommes sont sur la terre. Dans l'un de ces cataclysmes, « toutes les îles s'enfuiront, et les montagnes ne seront plus trouvées (Apocalypse 16 : 20) ». En même temps, toutes les eaux de notre globe ressentiront la violence de ces secousses, « la mer et les flots faisant un grand bruit (Lu 21 : 25) ; » et leur agitation sera telle que rien de pareil n'aura été vu, depuis le jour où « les fontaines du grand abîme furent rompues (Genèse 7 : 11) », pour détruire la terre « tirée de l'eau et qui subsistait au milieu de l'eau (2Pierre 3 : 5) ». L'atmosphère sera bouleversée par des ouragans et des tempêtes, pleine de noires vapeurs et de « colonnes de fumée (Joel 2 : 30)», ébranlée par les éclats du tonnerre d'un pôle à l'autre pôle, et déchirée par des myriades d'éclairs. Ces commotions n'ébranleront pas seulement notre atmosphère ; « les puissances des cieux seront aussi ébranlées, et il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles (Luc 21 : 25,26) ; » tant dans les étoiles fixes que dans leurs satellites. « Le soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang ; avant que le jour grand et terrible de l’Éternel  vienne (Joel 2 : 31) ». « Les étoiles cesseront de briller (Joel 3 : 15) » « elles tomberont du ciel (Apocalypse 6 : 13) », précipitées hors de leurs orbites. C'est alors que se fera entendre le cri retentissant que pousseront à la fois toutes les légions célestes et qui sera suivi par «la voix de l'archange », annonçant la venue de celui qui est en même temps Fils de Dieu et Fils de l'homme, et « la trompette de Dieu (1 Thessaloniciens 4 : 16) » donnera le signal à tous ceux il lu dorment dans la poussière de la terre. Et aussitôt tous les tombeaux s'ouvriront, et les corps morts ressusciteront. La mer elle-même « rendra les morts qui sont en elle (Apocalypse 20 : 13) » et chacun ressuscitera avec « son propre corps », en substance du moins, mais doué de propriétés nouvelles qu'il nous est impossible de concevoir actuellement. Car « ce corps corruptible sera alors revêtu d'incorruptibilité et ce corps mortel d'immortalité (1Corinthiens 15 : 53) » « La mort et le Hadès, de monde invisible) rendront leurs morts (Apocalypse 20 : 13) », en sorte que tous ceux qui. auront vécu et, qui seront morts depuis la création de l'homme, ressusciteront. incorruptibles et immortels.
                  Au même moment, « le Fils de l'homme enverra ses anges » par toute la terre, «pour rassembler ses élus des quatre vents des cieux, depuis un bout du ciel jusqu'à l'autre bout (Matthieu 24 : 31) ». Le Seigneur lui-même viendra sur les nuées, dans sa propre gloire et la gloire de son Père, avec les dix milliers de ses saints et des myriades d'anges et il s'assiéra sur le trône de sa gloire. « Toutes les nations seront assemblées devant lui, et il séparera les uns d'avec les autres, et il mettra les brebis (les justes) à sa droite et les boucs (les méchants) à sa gauche (Mat 25 : 31 et suivants.) »
                C'est de cette grande assemblée que le disciple bien-aimé parle, quand il dit : «Je vis aussi les morts » (ceux qui l'avaient, été) « grands et petits, qui se tenaient debout devant Dieu ; et les livres furent ouverts » (expression figurée, empruntée aux usages des hommes) « et les morts furent jugés selon leurs oeuvres, par ce qui était écrit dans les livres  (Apocalypse 20 : 12).

II

           Telles sont, d'après les oracles sacrés, les principales circonstances qui précéderont le jugement 
dernier. Considérons, en second lieu, le jugement lui-même, autant, qu'il a plu à Dieu de nous le révéler.
            Celui par qui Dieu jugera le monde, c'est son Fils unique, dont « les issues sont dès les temps éternels (Michée 5 : 2), « qui est Dieu par-dessus toutes choses, béni éternellement (Romains 9 : 5) ». C'est à lui, « la splendeur de la gloire de Dieu et l'image empreinte de sa personne (Hébreux 1 : 3) », que le Père « a donné l'autorité d'exercer le jugement, parce qu'il est le Fils de l'homme (Jean 5 : 22,27) ».
            « Car, étant en forme de Dieu, il n'a point regardé comme une usurpation d'être égal à Dieu ; mais il s'est anéanti lui-même, en prenant la forme de serviteur, se rendant semblable aux hommes et ayant paru comme un simple homme, il s'est abaissé lui-même, s'étant rendu obéissant,jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé (Philippiens 2 : 6-9) » même dans sa nature humaine, et il l'a établi, lui homme, pour juger les enfants des hommes, « pour être le juge des vivants et des morts (Actes 10 : 42) ». tant de ceux qui seront trouvés sur la terre à son avènement, que de ceux qui auront été retirés vers leurs pères.
        Le jour appelé par le prophète « le grand et terrible jour (Joel 2 : 11) », est généralement désigné dans l'Écriture comme le jour du Seigneur. Le temps qui va de la création de l'homme jusqu'à la fin de toutes choses, c'est le jour des fils des hommes ; le temps où nous sommes est notre jour ; quand il prendra fin, alors commencera le jour du Seigneur. Mais qui dira sa durée ? « A l'égard du Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour (2Pierre 3 : 8) ». Quelques pères de l'Église, s'appuyant sur ce texte, en ont conclu que le jour du jugement s'étendra sur une période de mille années ; et il semble bien que leur opinion sur ce point se tient plutôt en deçà de la vérité qu'elle ne va au delà. En effet, si nous tenons compte de la multitude de ceux qui doivent, comparaître en jugement et des actions sur lesquelles ils seront interrogés, il ne semble pas que mille ans puissent suffire pour achever la tâche de ce jour, et il ne parait pas improbable qu'il s'étende sur plusieurs milliers d'années. Mais Dieu nous en instruira, quand l'heure en sera venue.
              Quant au lieu où nous serons jugés, il n'est point clairement déterminé dans l'Ecriture. Un auteur éminent (et qui n'est pas seul de son avis) a émis l'opinion que ce lieu sera notre globe, qui a servi de théâtre aux oeuvres qui seront jugées, et que Dieu emploiera ses anges, comme dit le poète, 

A aplanir et à étendre l'espace immense 
Où il réunira toute l'espèce humaine 
(Young, The last day).

                 Mais peut-être est-il plus conforme aux enseignements de notre Seigneur, qui doit venir « sur les 
nuées », de supposer que le jugement aura lieu au-dessus de la terre, ou dans les espaces planétaires. Cette supposition semble fortement appuyée par cette déclaration de saint Paul aux Thessaloniciens : « Ceux qui seront morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous qui vivrons et qui serons restés sur la terre, nous serons enlevés tous ensemble avec eux dans les nuées, au-devant du Seigneur, en l'air (1 Thessaloniciens 4 : 16,17) ». Il semble donc probable que le grand trône blanc sera haut élevé au-dessus de la terre.
              Qui nous dira maintenant le nombre des personnes qui seront jugées ? Autant vaudrait essayer de compter les gouttes de pluie ou les grains de sable de la mer ! « Je vis», dit, saint Jean, « une grande multitude que personne ne pouvait compter ; ils se tenaient devant le trône et devant l'Agneau, vêtus de robes blanches, et des palmes à la main (Apocalypse 7 : 9) ». Quelle immense assemblée que celle qui comprendra toutes les nations, toutes les tribus, tous les peuples, toutes les langues, tous les enfants d'Adam depuis le commencement du monde jusqu'à la fin des temps !
            En admettant, comme on le croit généralement et comme cela semble fort. probable, que la population de la terre ne soit pas en moyenne inférieure à quatre cents millions d'âmes (On sait qu'on estime aujourd'hui la population du globe à un chiffre au moins triple (Note de l’Éditeur en 1888) ), hommes, femmes et enfants, quelle multitude que celle qui se sera grossie de toutes ces générations pendant sept mille ans ! Et comme dit le poète :

Les armées innombrables du grand Xercès et celles qui luttèrent à Cannes,
Seront là réunies ; et y seront comme perdues.
Vainement elles essayeraient d'attirer l'attention.
Elles seront perdues comme une goutte d'eau dans l'Océan, 
(Young, The mast day)

                Chaque homme, chaque femme, chaque enfant ayant respiré l'air vital, entendra alors la voix du fils 
de Dieu, se lèvera vivant et comparaîtra devant lui. C'est ce que semble signifier cette expression : « les morts, petits et grands : » tous sans exception, quels que soient le sexe, le rang ; tous ceux qui ont vécu et sont morts ou qui auront été transformés sans passer par la mort. Car, longtemps avant ce jour, le fantôme de la grandeur humaine se sera évanoui et sera rentré dans le néant. C'est dès l'heure de la mort qu'il disparaît. Qui est riche ou grand dans la tombe ?
               Chacun aura à « rendre compte de ses oeuvres », un compte complet et véridique de tout ce qu'il aura fait étant dans son corps, soit bien, soit mal. Oh ! quelle scène paraîtra alors aux yeux des anges et des hommes ! alors que le Dieu tout-puissant, qui sait tout ce qui se passe dans les cieux et sur la terre, interrogera et châtiera les coupables (Ainsi le Rhadamanthe de la mythologie :

Castigatque auditque dolos ; subigitque fateri Quae quis apud superos, furto laetatus inani, Distulit 
in seram commissa piacula mortem. Virgile, Enéïde VI, 567-569. 
« Il punit, il juge les crimes ; il contraint chaque homme d'avouer les fautes qu'il a commises sur la terre, et qu'il dissimula pendant toute une longue vie, espérant follement qu'elles demeureraient cachées ». )

                  Et ce ne seront pas seulement les actions, mais aussi les paroles de chacun des fils des hommes qui 
seront mises en lumière ; car, dit Jésus, les hommes rendront compte, au jour du jugement, de toutes les paroles vaines qu'ils auront dites ; car tu seras justifié par tes paroles, et par tes paroles tu seras condamné (Matthieu 12 : 36,37) », Dieu ne révélera-t-il pas aussi toutes les circonstances qui auront accompagné chaque parole ou chaque action et qui, sans en altérer la nature, auront diminué ou augmenté ce qu'il y avait de bien ou de mal en elles ? Rien de plus facile à celui qui a « une parfaite connaissance de toutes nos voies et pour lequel la nuit même resplendit comme la lumière ( (Psaume 139 : 3,12) ».
            De plus, Dieu mettra en évidence, non seulement, les oeuvres qui se seront cachées dans les ténèbres, mais aussi les pensées et les intentions secrètes des cœurs. Il n'y a là rien d'étonnant : ; car « Dieu sonde les cœurs et les reins (Jérémie 6 : 20) ; » «toutes choses sont nues et entièrement découvertes aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte (Hébreux 4 : 13) ; » « le sépulcre et le gouffre sont devant l’Éternel ; combien plus les cœurs des enfants des hommes (Proverbes 15 : 11) ! »
               Dans ce jour, tous les mobiles cachés de chaque âme humaine seront découverts, tous ses appétits, ses passions, ses inclinations, ses affections, ainsi que leurs diverses combinaisons, aussi bien que toutes ces dispositions qui forment le caractère complexe de chaque individu. On verra alors clairement et sans erreur qui aura été juste et qui aura été injuste, et à quel degré chaque action, chaque personne, chaque caractère auront participé au bien ou au mal.
              « Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger et vous m'avez recueilli ; j'étais nu et vous m'avez vêtu (Matthieu 25 : 34,36) ». C'est de telle sorte que tout le bien qu'ils auront fait sur la terre sera récité devant les hommes et les anges ; tout ce qu'ils auront fait, en parole ou en action, au nom ou pour l'amour du Seigneur Jésus. Tous leurs bons désirs, leurs bonnes pensées, leurs dispositions saintes seront aussi rappelés, et l'on verra que, si les hommes les ignoraient ou les oubliaient, Dieu les inscrivait dans son livre. De même tout ce qu'ils auront souffert pour le nom de Jésus et pour le témoignage d'une bonne conscience, le juste Juge le publiera à leur louange et à leur honneur devant les saints et les anges, et pour l'accroissement de ce « poids éternel d'une gloire infiniment excellente ( 2Corinthiens 4 : 17) » qui sera leur partage.
                Mais sera-t-il fait mention aussi, dans ce jour et devait cette grande assemblée, de leurs mauvaises actions ? (Car, à prendre la vie dans son ensemble, il n'est pas un homme qui ne pèche.) Plusieurs croient que non, et demandent : « Si cela était, n'en résulterait-il pas que leurs souffrances ne seraient point finies, même après la fin de leur existence, et qu'ils auraient toujours en partage la tristesse, la honte et la confusion de face? » Et l'on ajoute : « Ce serait aller à l'encontre de cette déclaration du prophète : « Que si le méchant se détourne de tous les péchés qu'il aura commis, et qu'il garde tous mes statuts, et fasse ce qui est juste et droit, certainement il vivra, il ne mourra point ; il ne sera fait aucune mention de tous les péchés qu'il aura commis (Ézéchiel 18 : 21,22) ».
              Joignez-y la promesse que Dieu fait à tous ceux qui acceptent son alliance de grâce : « Je pardonnerai leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché (Jérémie 31 : 34) ». Ou encore : « Je pardonnerai leurs injustices et je ne me souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs iniquités (Hébreux 8 : 12) ».
               Voici notre réponse. Il semble absolument nécessaire, pour la pleine manifestation de la gloire de Dieu, et afin de montrer clairement et parfaitement sa sagesse, sa justice, sa puissance et sa miséricorde en faveur des héritiers du salut, que toutes les circonstances de leur vie soient mises en pleine lumière, ainsi que toutes leurs dispositions, tous leurs désirs, toutes leurs pensées et tous les mouvements de leurs cœurs. Autrement, qui pourrait savoir à quel abîme de péché et de misère la grâce de Dieu les aura arrachés ? En effet, il faut que la vie de chacun des fils des hommes soit entièrement mise en lumière, pour faire ressortir l'enchaînement étonnant des événements conduits par la divine Providence ; sans cela, nous serions incapables, dans mille cas, de justifier les voies de Dieu envers l'homme.
            Si la déclaration suivante du Seigneur ne devait se réaliser pleinement, et sans restriction : « Il n'y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu (Matthieu 10 : 26) ; » un grand nombre des dispensations de Dieu nous paraîtraient sans raison. Et alors seulement que Dieu aura mis en lumière toutes les oeuvres cachées des ténèbres, quels que soient ceux qui les auront commises, l'on verra combien sages et excellentes furent toutes ses voies ; on verra que son œil pénétrait la sombre nuée et qu'il gouvernait toutes choses avec une sagesse infaillible, ne laissant rien au hasard ou au caprice des hommes, mais disposant tous les événements avec force et douceur tout ensemble, pour en former une admirable chaîne de justice, de miséricorde et de vérité.
               Cette révélation des perfections divines remplira les justes d'une joie ineffable, bien loin de leur faire éprouver de la douleur et de la honte pour leurs transgressions passées, dès longtemps effacées et lavées dans le sang de l'Agneau. Il leur suffira que, de toutes les transgressions qu'ils auront commises, aucune ne leur soit reprochée et que leurs péchés, leurs transgressions et leurs iniquités ne puissent plus les condamner. C'est là le sens bien clair de la promesse, et les enfants de Dieu en éprouveront la vérité, et y trouveront une éternelle consolation.
               Quand les justes auront été jugés, le Roi se tournera vers ceux qui seront à sa gauche, et eux aussi seront jugés, chacun selon ses oeuvres. Et ils ne rendront pas compte de leurs oeuvres extérieures seulement, mais de toutes les paroles mauvaises qu'ils auront prononcées, voire même de tous les mauvais désirs, de toutes les affections, de tous les penchants, auxquels ils auront donné place dans leurs âmes, comme aussi de toutes les mauvaises pensées et intentions de leurs cœurs. La joyeuse sentence d'acquittement sera alors prononcée en faveur de ceux qui seront à la droite, et la terrible sentence de condamnation contre ceux qui seront à la gauche ; et toutes deux également définitives et aussi immuables que le trône de Dieu.

III

            Considérons, en troisième lieu, quelques-unes des circonstances qui suivront, le jugement universel.
            La première sera l'exécution de cette double sentence : « Ceux-ci s'en iront, aux peines éternelles, mais les justes iront à la vie éternelle (Mat 25 : 46) ». Il est à remarquer que le même terme est employé dans l'une et l'autre clause. Il en résulte que, ou bien la punition est éternelle, ou bien, si elle prend fin, la récompense aussi aurait un terme. Non, jamais ! à moins que Dieu lui-même put finir, ou que sa miséricorde et sa vérité vinssent à faire défaut. « Alors les justes luiront comme le
soleil dans le royaume de leur, Père (Matthieu 13 : 43) », et s'abreuveront aux sources «des plaisirs, qui sont à la droite de Dieu pour jamais (Psaume 16 : 14) ». Mais ici toute description est insuffisante, tout langage humain est impuissant. Celui-là seul qui fut ravi au troisième ciel put s'en faire une juste conception ; mais lui non plus ne put exprimer ce qu'il avait vu ; ce sont des choses « qu'il n'est pas possible à l'homme d'exprimer (2 Corinthiens 12 : 4) ».
             Cependant « les méchants seront précipités en enfer, et toutes les nations qui oublient Dieu (Psaume 9 : 18) ». Ils seront « punis d'une perdition éternelle, par la présence du Seigneur, et par sa puissance glorieuse (2 Thessaloniciens 1 : 9) ». Ils seront « jetés dans l'étang ardent de feu et de soufre (Apocalypse 19 : 20) », « préparé pour le diable et, pour ses anges (Mat 15 : 41) », où ils se rongeront la langue d'angoisse et de douleur, où ils maudiront Dieu. Là, ces chiens hideux de l'enfer, l'orgueil, la méchanceté, la vengeance, la rage, l'horreur, le désespoir, les dévorent continuellement. Là « ils n'ont aucun repos ni jour ni nuit, mais la fumée de leurs tourments monte aux siècles des siècles (Apocalypse 14 : 11) ! » « Car leur ver ne meurt point et leur feu ne s'éteint point (Marc 9 : 44) ».
               Alors les cieux seront roulés comme un parchemin et passeront. avec un grand bruit : ils s'enfuiront devant la face de celui qui est assis ; sur le trône, « et on ne les trouvera plus (Apocalypse 20 : 11) »
              L'apôtre Pierre nous décrit la façon dont ils passeront : « Les cieux enflammés seront dissous et les éléments embrasés se fondront (2 Pierre 3 : 12) ». Toute cette oeuvre admirable sera dévorée par les flammes, ses diverses parties seront violemment séparées et il ne restera pas deux atomes ensemble : « La terre sera entièrement brûlée avec tout ce qu'elle contient (2 Pierre 3 : 10) ». Les oeuvres énormes de la nature, les coteaux éternels, les montagnes qui ont défié la rage du temps et dressé fièrement leur tête pendant tant de milliers d'années, s'affaisseront en ruines embrasées.
               Combien moins les oeuvres de l'art, même celles qui semblaient les plus durables, et qui représentaient le suprême effort de l'industrie humaine, pourront-elles résister aux flammes conquérantes : mausolées, colonnes, arcs de triomphe, châteaux, pyramides, tout, tout sera détruit, périra, s'évanouira comme un songe au réveil !
           Quelques auteurs, aussi distingués parla piété que par le savoir, ont bien avancé qu'aucune partie, aucun atome de l'univers ne sera jamais totalement détruit, attendu qu'il faut un égal déploiement de puissance pour annihiler que pour créer, pour réduire à rien que pour créer de rien. De plus, ils ont émis l'hypothèse que, le dernier effet du feu étant, d'après nos connaissances actuelles, de transformer en verre ce qu'il avait d'abord réduit en cendres, après quoi il ne peut plus rien, la terre entière, et peut-être aussi les cieux, en tant que matériels, subiront celle transformation au jour fixé par Dieu. Ils citent, à l'appui, ce passage de l'Apocalypse : « Il y avait aussi devant. le trône urne mer de verre semblable à du cristal (Apocalypse 4 : 6) ».
            Si les moqueurs, si certains philosophes méticuleux demandent : « Comment cela est.-il possible ?
            Où trouverait-on assez de feu pour consumer les cieux et tout le globe terrestre ? » nous leur ferons remarquer, premièrement, que cette objection ne s'applique pas uniquement au système chrétien ; car la même opinion avait presque universellement cours chez les moins fanatiques des païens. C'est ainsi que l'un de ces libres penseurs, Ovide, traduit les penses de ses contemporains dans ces vers bien connus :

Esse quoque in fatis reminiscitur, affore tempus,
Quo mare, quo tellus, correptaque regia coeli
Ardeat, et mundi moles operosa laboret
( « Il se souvient qu'il est aussi dans l'ordre des destins qu'un temps viendra où la mer, la terre et les palais des cieux s'embraseront et brûleront, où l'édifice de l'univers, élevé si laborieusement, s'écroulera ». Ovule. M tamorph., liv. 1. v. 256-258.)

               Mais, en second lieu, il suffit d'avoir une connaissance assez superficielle de la nature pour affirmer qu'il y a, dans l'univers, d'abondantes réserves de feu tout préparé et comme emmagasiné pour le grand jour du Seigneur. Avec quelle rapidité, dès qu'il en donnera le signal, une comète pourra se précipiter sur nous des confins de l'univers ! Et si elle heurtait, la terre dans sa course rapide, plus incandescente mille fois que le boulet rouge qui s'échappe du canon, qu'arriverait-il ? Mais, sans nous élever dans de si hautes régions que celles des cieux éthérés, ces éclairs qui illuminent soudain l'obscurité de la nuit ne pourraient-ils pas, au commandement du Dieu de la nature, mous apporter la ruine et, la destruction ? Ou, pour rester enfin sur le globe lui-même, qui pourrait sonder les profondeurs de ces prodigieux réservoirs de feu liquide que, d'âge en âge, la terre renferme dans son sein ? L'Etna, l'Hécla, le Vésuve et tous les autres volcans qui vomissent des flammes et des charbons incandescents, que sont-ils autre chose que les manifestations et les bouches de ces fournaises ardentes, nous fournissant autant de preuves que Dieu a en réserve tout ce qu'il faut pour accomplir sa parole ? De plus si nous bornons nos recherches à la surface de la terre, et aux choses qui nous entourent de tous côtés, il est, très certain (comme le démontrent mille expériences) que notre propre corps, aussi bien que les autres corps qui nous environnent, contiennent du feu. N'est-il pas aisé de rendre visible ce feu éthéré, et d'en obtenir les mêmes effets que produit le feu ordinaire sur des matières combustibles (Wesley fait évidemment allusion à l'électricité ; encore fort peu connue de son temps.) Dieu ne pourrait-il pas déchaîner cet agent actuellement enchaîné et latent dans chaque molécule de la matière ? Et avec quelle rapidité, une fois mis en liberté, il réduirait en poudre le monde universel et envelopperait toutes choses dans une commune ruine !
               Signalons une dernière conséquence du jugement dernier, qui mérite d'être prise en sérieuse considération : « Nous attendons », dit l'apôtre, « selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habite (2 Pierre 3 : 13) ». Cette promesse se lit en Esaïe : « Voici ; je vais créer de nouveaux cieux et une nouvelle terre, et on ne se souviendra plus des choses passées (Esaïe 65 : 17) ; » telle sera la gloire de la nouvelle création ! C'est elle que saint Jean a contemplée : « Je vis ensuite » , dit-il., « un ciel nouveau et une terre nouvelle ; car le premier ciel et la première terre étaient passés (Apocalypse  21 : 1) ». Là n'habite plus que la justice. Aussi ajoute-t-il : « Et j'entendis une grande voix qui venait du ciel et qui disait : Voici le tabernacle olé Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux ; ils seront son peuple, et Dieu sera lui-même leur Dieu, et il sera avec eux. (Apocalypse 21 : 3) ! »
              Il s'ensuit qu'ils seront heureux : « Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus ; et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni travail ; car ce qui était auparavant sera passé » (Apocalypse 21 : 4). « Il n'y aura plus là d'anathème ; ils verront sa face (Apocalypse 22 : 3,4) », c'est-à-dire qu'ils vivront dans son intimité et par conséquent lui ressembleront parfaitement. Cette expression est la plus forte qu'emploie l'Ecriture sainte pour désigner le bonheur le plus parfait. « Et son nom sera sur leurs fronts » ; Dieu les reconnaîtra évidemment comme siens, et sa nature glorieuse resplendira en eux. « Il n'y aura plus là de nuit, et ils n'auront point besoin de lampe, ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu les éclairera, et ils régneront aux siècles des siècles (Apocalypse 22 : 5) ».

IV

               Il ne nous reste plus qu'à faire l'application des considérations qui précèdent à tous ceux qui sont ici en la présence de Dieu. N'y sommes-nous pas directement amenés par la  solennité présente, qui nous rappelle tout naturellement le jour où le Seigneur jugera le monde avec justice ? Il y a plusieurs leçons instructives à tirer de ce rapprochement ; permettez-moi d'en indiquer quelques-unes, et que Dieu les grave sur nos cœurs à tous !
              Et tout d'abord, combien sont beaux les pieds de ceux qui sont envoyés par la sage et bonne Providence de Dieu, pour exercer la justice sur la terre, pour prendre la défense des opprimés et pour punir les méchants ! Ne sont-ils pas « les ministres de Dieu pour notre bien (Romains 13 : 4) » , les fermes soutiens de la tranquillité publique, les défenseurs de l'innocence et de la vertu, la garantie suprême de tous nos avantages temporels ? Et ne sont-ils pas les représentants, non pas seulement d'un prince terrestre, mais du Juge de la terre, de celui dont le nom est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ? Puissent tous ces fils de la droite du Tout-Puissant être saints comme il est, saint, sage comme celui qui est la sagesse éternelle du Père ! Qu'ils ne fassent, comme lui-même, aucune acception de personne, mais qu'ils rendent à chacun selon ses oeuvres ; qu'ils soient, comme lui, inflexiblement, inexorablement justes, tout en étant pleins de pitié et de tendre compassion !
               Ainsi, ils seront terribles à ceux qui font le mal, et ne porteront pas l'épée en vain. Ainsi, les lois de notre pays seront obéies et respectées, comme cela se doit, et le trône de notre roi (Georges II) sera établi dans la justice.
            Et vous, hommes très honorables (Les membres du jury), que Dieu et le roi ont choisis, quoique dans un rang inférieur, pour administrer la justice, ne pouvez-vous pas être comparés à ces « esprits serviteurs (Hébreux 1 : 14) », qui seront les auxiliaires du Juge venant sur les nuées ? Puissiez-vous comme eux brûler d'amour pour Dieu et, pour l'homme ! Puissiez-vous aimer la justice et haïr l'iniquité ! Puissiez-vous (puisque Dieu vous appelle aussi à ce privilège) servir, dans vos diverses sphères, ceux qui seront les héritiers du salut et contribuer à la gloire de votre grand Souverain !
            Puissiez-vous contribuer à faire régner la paix, être les bienfaiteurs et les ornements de votre pays, et les anges gardiens de ceux au milieu desquels vous vivez !
         Et vous, dont c'est la tâche d'exécuter les sentences du juge, combien vous devez vous préoccuper de ressembler à ceux qui se tiennent devant la face du Fils de l'homme, et qui « font son commandement en obéissant à la voix de sa parole (Ps 103 : 20) ! » Ne vous importe-t-il pas, comme à eux, d'être incorruptibles, d'agir comme des serviteurs de Dieu, de faire ce qui est juste, de pratiquer la miséricorde et de faire aux autres ce que vous voudriez qu'on vous fit à vous-mêmes ?
             De la sorte, le grand Juge, sous les veux duquel vous êtes, pourra vous dire à vous aussi : « Cela va bien, bon et fidèle serviteur ! Entre dans la,joie de ton Seigneur !
           Permettez-moi d'adresser aussi quelques paroles à vous tous qui êtes ici devant le Seigneur. N'avez-vous pas entendu, tout aujourd'hui, une voix intérieure vous dire qu'un jour vient, plus terrible que celui-ci ? C'est une grande assemblée que celle-ci ! Mais qu'est-elle comparée à celle dont nous serons témoins un jour, à l'assemblée où comparaîtront tous les hommes qui ont vécu sur la terre ?
          Quelques accusés comparaîtront aujourd'hui devant les assises, pour répondre aux charges qui pèsent sur eux ; en attendant leur comparution et leur sentence, ils sont détenus en prison, et peut-être dans les chaînes. Mais nous tous, moi qui vous parle et vous qui n'écoutez, « nous comparaîtrons devant le tribunal de Christ ». Et nous sommes maintenant détenus sur cette terre qui n'est pas notre patrie, dans cette prison de chair et de sang, plusieurs d'entre nous peut-être dans des chaînes d'obscurité, jusqu'à ce que nous soyons amenés à la barre. Ici on questionne un homme sur un ou deux faits, sur lesquels il est inculpé ; là, nous aurons à rendre compte de toutes nos oeuvres, depuis le berceau jusqu'à la tombe, de toutes nos paroles ; de tous nos désirs, de tous nos sentiments, de toutes nos pensées et de toutes les inclinations de nos cœurs, de tout l'usage que nous aurons fait de nos divers talents du corps, de l'esprit, de la fortune, jusqu'au jour où Dieu nous aura dit : « Rends compte de ton administration, car tu ne peux plus administrer mes biens (Luc 16 : 2) ». Dans cette cour de justice, il est possible qu'un coupable échappe, faute de preuves ; mais au grand jour du jugement il ne sera pas besoin de preuves. Tous les hommes, avec lesquels vous aurez eu les relations les plus secrètes, qui auront été les témoins de votre vie privée et initiés à vos projets seront là devant vous. Là aussi seront tous les esprits des ténèbres, qui auront inspiré vos mauvais desseins et vous auront aidés à les exécuter. Les anges de Dieu seront là aussi, eux qui sont les yeux du Seigneur qui se promènent sur la terre, qui auront veillé sur votre âme et travaillé pour votre bien, si vous ne vous y êtes pas opposé. Là aussi sera votre conscience, un témoin qui en vaut mille, incapable désormais d'être ni aveuglée ni réduite au silence, mais obligée de connaître et de dire la vérité entière sur vos pensées, vos paroles et vos actions. Et si la conscience vaut mille témoins, Dieu ne vaut-il pas mille consciences ? Oh ! qui pourra subsister devant la face de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ ?
            Voyez, il vient ! Il fait des nues ses chariots ! Il accourt sur les ailes du vent ! Un feu dévorant va devant lui et derrière lui la flamme ! Voyez ! il est assis sur son trône, vêtu de lumière comme d'un vêtement, paré de majesté et d'honneur ! Voyez ! ses yeux sont comme une flamme de feu, sa voix comme le bruit des grosses eaux !
           Comment échapperez-vous ? Crierez-vous aux montagnes de tomber sur vous, aux coteaux de vous couvrir ? Hélas ! les montagnes elles-mêmes, les rochers, la terre, les cieux sont sur le point de disparaître ! Pouvez-vous arrêter la sentence ? De quelle façon ?   Avec tous tes biens, avec tes monceaux d'or et d'argent ? Pauvre aveugle ! Tu es sorti nu du sein de ta mère et tu entreras plus dépouillé encore dans la grande éternité. Ecoute la voix du Seigneur ton Juge : « Venez, les bénis de mon Père, possédez en héritage le royaume qui vous a été préparé dès avant la fondation du monde ». Paroles bénies ! combien différentes celles-là de cette voix qui fait retentir de ses échos la voûte des cieux : « Allez, maudits, au feu éternel, préparé pour le diable et pour ses anges ! » Et où est celui qui pourrait arrêter ou retarder, l'exécution de l'une ou de l'autre sentence ? Vain espoir ! Voici, l'enfer en bas s'agite pour engloutir ceux qui sont mûrs pour la destruction ! Et les
portes éternelles s'ouvrent toutes grandes pour laisser passer les héritiers de la gloire !
            « Quels ne devez-vous pas être par une sainte conduite et par des oeuvres de piété (2 Pierre 3 : 11) ? » Nous savons que bientôt le Seigneur descendra avec la voix de l'archange et la trompette de Dieu, et qu'alors chacun de nous comparaîtra devant lui et lui rendra compte de ses oeuvres. « C'est pourquoi, bien-aimés, en attendant ces choses, faites tous vos efforts, afin qu'il vous trouve sans tache et sans reproche dans la paix (2 Pierre 3 : 14) ». Pourquoi ne le feriez-vous pas ? Pourquoi un seul d'entre vous se trouverait-il à la gauche lorsque le Seigneur apparaîtra ? « Il ne veut point qu'aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance ; (2 Pierre 3 : 9) ; » par la repentance à la foi au Crucifié ; par la foi à l'amour pur à la parfaite image de Dieu, renouvelée dans le coeur et produisant la sainteté de la vie. Pouvez-vous en douter, en vous rappelant que le Juge de tous les hommes est aussi le Sauveur de tous les hommes ? Ne vous a-t-il pas acquis avec son sang précieux afin que vous ne périssiez point, mais que vous ayez la vie éternelle ?
               Oh ! faites l'épreuve de sa miséricorde plutôt que de sa puissance foudroyante ! Il n'est pas éloigné de chacun de nous et il est venu, non pour condamner, mais pour sauver le monde. Il se tient dans notre assemblée ! Pécheur, ne frappe-t-il point à cette heure à la porté de ton coeur ? Oh ! puisses-tu « connaître, dans celle journée qui t'est donnée, les choses qui appartiennent à ta paix (Luc 19 : 42) ! » Oh ! puissiez-vous tous aujourd'hui vous donner à celui qui s'est donné pour vous ; vous donner avec une foi humble, avec un amour saint, actif et patient ! Alors vous vous réjouirez d'une joie ineffable, dans ce jour où il viendra sur les nuées du ciel.





jeudi 11 juin 2015

LES SERMONS DE WESLEY Sermon 14 : LA REPENTANCE CHEZ LES CROYANTS

Numérisation Yves PETRAKIAN
Copie autorisée pour diffusion gratuite uniquement
Obligation d'indiquer la source http://456-bible.123-bible.com

(tiré du livre  LES SERMONS DE WESLEY  -1- )


Marc 1,15    (1767)

« Repentez-vous et croyez à l'Evangile ». (Matthieu 1 : 15)

                       On suppose généralement que la repentance et la foi ne sont que la porte de la religion ; qu'elles ne 
sont nécessaires qu'à l'entrée de la carrière chrétienne, quand on se met en route vers le royaume de Dieu. Et cette idée peut paraître confirmée par le grand Apôtre, lorsqu'il presse les chrétiens Hébreux de « tendre à la perfection », et leur dit de « laisser les premiers principes de la doctrine de Christ », « ne posant pas de nouveau le fondement, savoir : la repentance des oeuvres mortes et la foi en Dieu » ; — ce qui signifie tout au moins qu'ils devaient laisser comparativement de côté cette repentance et cette foi qui au commencement occupaient toutes leurs pensées, — pour courir vers le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ ».
                Et, sans doute, il y a une repentance et une foi qui sont plus spécialement nécessaires au commencement : une repentance qui est la conviction d'être entièrement pécheur, condamné et sans force, et qui précède la réception de ce royaume de Dieu qui, comme l'enseigne le Seigneur, est au dedans de nous » ; et une foi par laquelle nous recevons ce royaume, savoir : « la justice, la paix et la joie par le Saint-Esprit ».
                   Mais néanmoins, il y a aussi une repentance et une foi (à, prendre les mots dans un sens un peu différent) qui sont indispensables, lorsque nous avons déjà cru à l'Évangile et même à tous les degrés de la vie chrétienne, pour que nous puissions « poursuivre la course qui nous est proposée ».
                  Et cette repentance et cette foi nous sont tout aussi nécessaires pour persévérer et croître dans la grâce, que la première foi et la première repentance l'étaient pour entrer dans le royaume de Dieu.
              Mais dans quel sens devons-nous nous repentir et croire, étant déjà justifiés ? C'est une question importante et digne d'être examinée avec la plus grande attention.

I

Et, d'abord, dans quel sens devons-nous nous repentir ?

               Le mot repentance désigne fréquemment un changement intérieur, le changement de disposition du 
péché à la sainteté. Mais ici nous le prenons dans un sens tout différent, comme désignant une sorte de connaissance de nous-mêmes, par laquelle nous nous voyons pécheurs, pécheurs coupables et sans capacité par nous-mêmes pour faire le bien, quoique nous sachions bien que nous sommes enfants de Dieu.
           Il est vrai qu'aux premiers moments de notre adoption, quand nous venons de trouver la rédemption par le sang de Jésus, quand L'amour de Dieu vient d'être pour la première fois répandu dans nos cœurs, et que son royaume est établi en nous, il nous est naturel de penser que nous ne sommes plus pécheurs, que non seulement tous nos péchés sont couverts, mais qu'ils sont détruits. Comme nous ne sentons alors aucun mal dans nos cœurs, nous nous imaginons volontiers qu'il n'y en a plus.
              Il y a eu même des gens bien intentionnés qui se le sont imaginé, non seulement alors, mais toujours depuis ce moment ; s'étant persuadés que lorsqu'ils furent justifiés ils furent entièrement sanctifiés. Que dis-je ? ils ont maintenu comme règle générale qu'il en est ainsi, en dépit de l'Écriture, de la raison et de l'expérience. Ils croient sincèrement et soutiennent avec ardeur que par la justification tout péché est anéanti, et que, dès ce moment, il n'y en a plus dans le coeur du croyant, mais qu'il est entièrement pur. Mais quoique nous reconnaissions volontiers que « celui qui croit est né de Dieu » et que « celui qui est né de Dieu ne commet point le péché », nous ne pouvons pourtant accorder qu'il ne sente plus le péché au dedans : le péché ne règne plus, mais il demeure. Et la conviction de ce péché qui demeure dans le coeur est une des parties principales de cette repentance dont nous parlons maintenant.
              Il est rare, en effet, qu'il s'écoule beaucoup de temps avant que celui qui croyait tout péché disparu ne sente qu'il reste toujours de l'orgueil dans son coeur. Il est convaincu d'avoir eu de lui-même, sous plusieurs rapports, une plus haute opinion qu'il ne devait, et de s'être attribué l'honneur d'une chose reçue et de s'en être glorifié comme s'il ne l'avait pas reçue ; et pourtant il sait qu'il jouit de la faveur de Dieu. Il ne peut ni ne doit abandonner sa confiance ; et toujours le Saint-Esprit rend témoignage avec son esprit qu'il est enfant de Dieu.
              Il ne tarde pas non plus à sentir dans son coeur la propre volonté, une volonté contraire à celle de Dieu. Il faut bien que tout homme ait une volonté, aussi longtemps qu'il a une intelligence. C'est une partie essentielle de la nature humaine, comme au reste de tout être intelligent. Notre Seigneur lui-même avait une volonté humaine, car sans cela il n'aurait pas été homme. Mais sa volonté humaine était invariablement soumise à la volonté, de son Père. En tout temps, en toute occasion, et même dans l'affliction la plus profonde, il put dire : « Non ce que je veux, mais ce que tu veux ». Mais tel n'est pas toujours le cas, même pour un vrai croyant. Il sent fréquemment sa volonté s'élever plus ou moins contre celle de Dieu. Il veut, parce qu'elle plait à la nature, telle chose qui déplaît à Dieu, et il repousse, au contraire, parce que c'est pénible à la nature, ce qui est la volonté de Dieu à son égard. Il est vrai que, s'il persévère dans la foi, il combat de toutes ses forces cette disposition ; mais cela même suppose qu'elle existe et qu'il en a conscience.
               Mais la volonté propre est, aussi bien que l'orgueil, une sorte d'idolâtrie, et ces deux dispositions sont directement contraires à l'amour de Dieu. La même observation s'applique à l'amour du monde, que les vrais croyants sont également sujets à éprouver, et que chacun d'eux ressent plus on moins, tôt ou tard, sous une forme ou sous une autre. Lorsqu'on vient de « passer de la mort à la vie », alors, sans doute, on ne désire que Dieu. On peut dire en sincérité : « C'est vers ton nom et vers ton souvenir que tend le désir de mon âme » ; — « quel autre que toi ai-je au ciel ? voici, je n'ai pris plaisir sur la terre qu'en toi ». Mais il n'en est pas toujours ainsi. Avec le temps le croyant retrouvera, ne serait-ce que pour quelques moments, « la convoitise de la chair », on « la convoitise des yeux », ou « l'orgueil de la vie ». Et pour peu qu'il néglige de veiller et de prier, il peut même sentir des désirs impurs se ranimer ; il peut en être assailli avec violence jusqu'à ce qu'il ne lui reste presque aucune force. Il peut sentir les attraits des affections déréglées et éprouver même une forte inclination à aimer la créature plus que le Créateur, que ce soit un enfant, un père, un époux, une épouse, on l'ami « qu'il aime comme sa propre âme ». Il peut éprouver, sous mille formes, le désir des biens ou des plaisirs terrestres. Et dans la même proportion il oubliera Dieu, ne cherchant pas en Lui son bonheur et étant par conséquent « amateur des plaisirs plutôt que de Dieu ».
                S'il ne veille pas continuellement sur lui-même, il sentira renaître la « convoitise des yeux » ; la convoitise de satisfaire son imagination par quelque chose de grand, de beau ou de rare. Et de combien de manières ce désir vient assaillir notre âme ! Peut-être par de misérables riens, tels qu'un meuble, un objet de toilette, choses qui ne furent jamais destinées à satisfaire un esprit immortel. Et cependant combien ne nous est-il pas naturel, même après que nous avons « goûté les puissances du siècle à venir », de redescendre à ces désirs insensés et grossiers de choses « qui doivent périr par l'usage ! » Qu'il est difficile, même à ceux qui « savent en qui ils ont cru », de vaincre cette convoitise des yeux, en une seule de ses branches : la curiosité ; de la fouler constamment sous leurs pieds ; de ne désirer aucune chose, par le seul motif qu'elle est nouvelle !
            Et l'orgueil de la vie, que les enfants de Dieu trouvent difficile de le vaincre entièrement ! Saint Jean parait entendre par là à peu près ce que le monde appelle le « sentiment de l'honneur qui vient des hommes », le désir et l'amour de la louange, et ce qui en est inséparable, une crainte proportionnée du blâme. Celle-ci tient de près à la fausse honte, par laquelle nous rougissons de ce dont nous devrions nous glorifier. Et la fausse honte marche rarement sans la crainte des hommes qui enveloppe l'âme de mille pièges. Mais où sont les croyants, même parmi ceux qui paraissent forts dans la foi, qui ne trouvent en eux quelque chose de ces mauvais penchants ? Ils ne sont donc, eux aussi, qu'imparfaitement crucifiés au monde, car la mauvaise racine demeure encore dans leur coeur.
                 Ne sentons-nous pas également d'autres dispositions aussi contraires à l'amour du prochain que celles-là le sont à l'amour de Dieu ? La charité « ne soupçonne point le mal ». Que nous dit à cet égard notre conscience ? N'y-a-t-il jamais en nous ni jalousies, ni conjectures malignes, ni soupçons déraisonnables ou sans fondement ? Que celui qui est net à ces divers égards, jette la première pierre contre son prochain. Qui ne sent quelquefois d'autres dispositions ou mouvements intérieurs qu'il sait être contraires à l'amour fraternel ? Pas de malice, peut-être, ni de haine, nid'amertume, — mais d'envie ! surtout envers ceux qui possèdent quelque avantage réel ou supposé, que nous désirons sans pouvoir en jouir !
            N'éprouvons-nous jamais aucun ressentiment, quand nous sommes lésés ou injuriés, surtout par ceux que nous aimions particulièrement et que nous nous étions le plus empressés à aider on à obliger ?
            L'injustice ou l'ingratitude n'excitent-elles jamais en nous le moindre désir de vengeance ? le moindre désir de rendre mal pour mal, au lieu de « surmonter le mal par le bien ? » Ici également ne pouvons-nous pas voir tout ce qu'il y a encore en nous de contraire à l'amour du prochain ?
             La cupidité, dans tous les genres et à tous les degrés, est sans doute aussi contraire à cet amour qu'à l'amour de Dieu ; soit que nous désignions par là cet « amour de l'argent » qui n'est que trop souvent « la racine de tous les maux », ou, en général, le désir d'avoir plus, de posséder des biens plus considérables. Et qu'il y a peu d'enfants de Dieu qui en soient entièrement exempts ! Il est vrai qu'un grand homme, Martin Luther, avait coutume de dire qu'il « n'avait jamais eu d'avarice », — non seulement depuis sa conversion, mais même « depuis sa naissance ». Mais en ce cas je ne craindrais pas de dire qu'il serait le seul homme né de femme, (à part Celui qui était à la fois Dieu et homme) qui fût né sans cette passion. Je ne crois pas même qu'il y ait une seule âme régénérée, ayant vécu assez longtemps après sa conversion, qui ne l'ait sentie plus ou moins et plus d'une fois, surtout dans le second sens indiqué. Nous pouvons donc tenir pour vérité indubitable que la cupidité, et l'orgueil, et la propre volonté, et la colère, demeurent dans les cœurs même de ceux qui sont justifiés.
               C'est pour en avoir fait l'expérience que tant de personnes sérieuses ont cru devoir entendre la fin du septième chapitre de l'Épître aux Romains, non de ceux qui sont « sous la loi », qui sont convaincus de péché, ce qui est indubitablement la pensée de l'Apôtre, mais de ceux qui sont « sous la grâce », qui sont « justifiés gratuitement par la rédemption qui est en Christ ». Et en un sens il est certain qu'elles ont raison il reste encore, même chez ceux qui sont justifiés, un esprit en quelque mesure charnel (ainsi l'apôtre dit, même aux fidèles de Corinthe : « Vous êtes charnels » ),il reste un coeur enclin au relâchement spirituel et toujours prêt à abandonner le Dieu vivant ; un penchant à l'orgueil, à la propre volonté, à la colère, à la vengeance, à l'amour du monde, en un mot à tout mal ; une racine d'amertume qui, si elle cessait un moment d'être comprimée, bourgeonnerait aussitôt ; et même un tel abîme de corruption que nous ne pouvons le mesurer sans la vive lumière d'en haut. Et la conviction de tout le péché qui demeure ainsi dans le coeur, est la repentance qui convient à ceux qui sont justifiés.
                    Mais il nous faut être de plus convaincus que ce péché, qui demeure dans nos cœurs, s'attache à toutes nos paroles et à toutes nos actions. Et même il est à craindre que beaucoup de nos paroles ne soient pas seulement mêlées de péché, mais bien tout à fait mauvaises, car telle est, sans doute, toute conversation contraire à la charité, tout ce qui ne découle pas de l'amour fraternel, tout ce qui est en désaccord avec le grand précepte : « Ce que vous voulez que les autres vous fassent, faites-le leur aussi de même ». Tels sont les rapports, les insinuations, les médisances, les censures de personnes absentes ; car nul ne voudrait qu'on fit sur lui des rapports par derrière lorsqu'il est absent. Mais combien sont peu nombreux, même parmi les croyants, ceux qui n'ont rien à se reprocher à cet égard ; ceux qui sont fermes à observer la bonne vieille règle « de ne dire que du bien des morts et des absents ! » Et, s'ils le font, s'abstiennent-ils de même de toute vaine conversation ? Tout cela est pourtant péché est « contriste le Saint-Esprit de Dieu », et même les hommes rendront compte au jour du jugement de toute parole oiseuse qu'ils auront prononcée ».
               Mais admettons que continuellement ils « veillent et prient », en sorte qu'ils ne «tombent » pas dans cette « tentation » ; que sans cesse ils gardent leur bouche et la porte de leurs lèvres, s'étudiant à ce que tous leurs discours soient accompagnés de grâce et assaisonnés de sel, et propres à communiquer la grâce à ceux qui les entendent ; cependant, malgré toutes leurs précautions, ne se laissent-ils pas chaque jour glisser dans des conversations inutiles ? Et même,quand ils s'efforcent de parler pour Dieu, leurs discours sont-ils purs et exempts d'un mélange de
péché ? Ne trouvent-ils rien à reprendre dans leurs intentions ? Parlant pour plaire à Dieu, ne le font-ils pas en partie pour se plaire à eux-mêmes ? Parlent-ils uniquement pour obéir à Dieu, et non pour faire aussi leur propre volonté ? Ou s'ils commencent avec un « oeil simple », poursuivent-ils en regardant à Jésus, et s'entretenant avec Lui pendant tout le temps qu'ils s'entretiennent avec leur prochain ? Lorsqu'ils reprennent le péché, ne sentent-ils ni colère ni malveillance envers le pécheur ? Quand ils instruisent les ignorants, n'éprouvent-ils ni orgueil, ni préférence pour eux-mêmes ? Lorsqu'ils consolent les affligés ou qu'ils s'excitent les uns les autres à la charité et aux bonnes oeuvres, ne se louent-ils jamais intérieurement eux-mêmes en se disant : « Voilà, tu as bien parlé », ou ne découvrent-ils en eux aucun mouvement de vanité, aucun désir que les autres pensent ainsi et en prennent sujet de les avoir en plus grande estime ? En tout ceci, ou tout au moins à plusieurs de ces égards, que le péché s'attache encore aux meilleurs discours même des croyants ! En avoir la conviction, c'est encore une face de cette repentance qui convient, même à ceux qui sont justifiés.
               Et quant à leurs actions, combien de pêchés n'y voient-ils pas attachés, si leur conscience est tout à faite veillée ? Dans leur nombre, combien n'y a-t-il pas d'oeuvres qu'on ne peut ni approuver, ni même excuser, si on en juge par la parole de Dieu, bien qu'elles semblent innocentes aux yeux du monde ? N'y en a-t-il pas qu'ils savent eux-mêmes ne pas être pour la gloire de Dieu ? ou même qu'ils ont faites, sans se proposer cette gloire et sans avoir égard à Dieu ? Et parmi celles qu'ils ont faites comme devant Dieu, n'en est-il pas plusieurs dans lesquelles ils n'avaient pas en vue Dieu seul, faisant leur propre volonté au moins autant que la sienne, et cherchant ce qui leur plaît, autant et même plus que ce qui plaît à Dieu ? Et quand ils s'efforcent de faire du bien à leur prochain, ne sentent-ils pas en eux-mêmes plusieurs mauvaises dispositions ? Leurs bonnes oeuvres, comme on les appelle, ne méritent donc pas rigoureusement ce nom, puisqu'elles sont souillées d'un tel mélange de mal : telles sont leurs oeuvres de charité. Et dans leurs oeuvres de piété, n'y a-t-il pas le même mélange ? Lorsqu'ils écoutent la parole qui peut sauver leurs âmes, n'ont-ils pas souvent de ces pensées qui leur donnent lieu de craindre qu'elle ne serve à leur condamnation plutôt qu'à leur salut ? Et n'en est-il pas souvent de même lorsqu'ils s'efforcent, soit en public, soit en particulier ; d'offrir leurs prières à Dieu ? Même dans ce que le culte présente de plus solennel, dans la célébration de la Cène du Seigneur, quelles sont leurs pensées ? Leur coeurs n'errent-ils pas souvent çà et là, et ne sont-ils pas souvent remplis de telles imaginations que leur sacrifice leur paraît devoir être en abomination au Seigneur ? En sorte qu'ils ont plus de honte maintenant de leurs meilleures oeuvres qu'ils n'en avaient auparavant de leurs plus grands péchés.
                D'autre part, combien de péchés d'omission peuvent être mis à leur charge ! Nous savons ce que dit l'apôtre : « Celui-là donc pèche qui sait faire le bien et qui ne le fait pas ». Mais n'y a-t-il pas à leur connaissance des milliers d'occasions où ils auraient pu, soit pour le corps, soit pour l'âme, faire du bien à leurs ennemis, à des étrangers, à leurs frères, et où ils ne l'ont pas fait ? De combien d'omissions n'ont-ils pas été coupables dans leurs devoirs en Dieu ? Que de fois ils ont négligé la communion, l'ouïe de la parole, la prière publique ou secrète ! Tant il est vrai que les hommes les plus saints ont lieu de s'écrier comme le faisait le pieux archevêque Usher, après tant de travaux pour Dieu, et presque à son dernier soupir  « Seigneur ! pardonne-moi mes péchés d'omission ».
                Mais, outre ces omissions au dehors, ne peuvent-ils trouver au dedans d'eux-mêmes des défectuosités sans nombre ? des défectuosités de tout genre : envers Dieu ils n'ont ni l'amour, ni la crainte ; ni la confiance qu'ils devraient avoir envers le prochain ils n'ont ni l'amour qui est dû à tout enfant des hommes, ni même celui qui est dû à tout enfant de Dieu, soit à ceux qui sont éloignés, soit même à ceux avec qui ils sont immédiatement en relation. Aucune disposition sainte n'atteint chez eux le degré qu'il faudrait ; ils sont imparfaits en tout, et c'est dans le sentiment profond qu'ils ont de cette imperfection qu'ils sont prêts à s'écrier avec M. de Renty : « Je suis un champ tout couvert de ronces » ; ou avec Job : «Je suis un homme vil : je me condamne et me repens sur la poudre et la cendre                   La repentance qui convient aux enfants de Dieu renferme de plus une conviction de culpabilité. Mais ceci doit être entendu avec réserve et dans un sens particulier. Car il est certain qu'il « n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ », qui croient en lui, et qui, par la puissance de la foi, marchent, non selon la chair, mais selon l'Esprit ». Et pourtant ils ne peuvent pas plus maintenant qu'avant d'avoir cru soutenir la stricte justice de Dieu. Celle-ci, sur tous les points que nous venons d'indiquer, les déclare encore dignes de mort, et n'était le sang expiatoire, elle prononcerait infailliblement leur sentence. Ils ont donc la conviction entière qu'ils méritent encore le châtiment, quoiqu'il soit détourné d'eux par ce moyen. Mais ici il y a, de part et d'autre, des écueils que peu de gens savent éviter. Ce sont les extrêmes opposés où se jettent la plupart des hommes, les uns se croyant condamnés quand ils ne le sont point, les autres croyant mériter d'être absous. Non, la vérité est entre deux : ils ne méritent encore, à proprement parler, que la damnation de l'enfer. Mais ce qu'ils méritent ne vient point sur eux, parce qu'ils ont un avocat auprès du Père. Sa vie, sa mort et son intercession s'interposent encore entre eux et la condamnation.
                Mais cette repentance des croyants comprend encore la conviction de leur entière impuissance. J'entends par là deux choses :

1° Que maintenant pas plus qu'avant d'être justifiés ils ne sont capables par eux-mêmes d'avoir une bonne pensée, de former un bon désir, de prononcer une bonne parole, de faire une bonne oeuvre ; qu'ils n'ont encore aucune sorte ni degré de force propre, aucun pouvoir de faire le bien, ni de résister au mal ; aucune capacité de vaincre le monde, le diable ou leur mauvaise nature, ni même d'y résister. Ils peuvent, sans doute, faire tout cela ; mais ce n'est point par leur propre force. Ils ont le pouvoir de surmonter ces divers ennemis, car « le péché n'a plus domination sur eux » ; mais cela ne vient pas même en partie de leur nature; c'est un pur don de Dieu et qui leur est donné, non pas tout à la fois, comme une provision suffisante pour beaucoup d'années, mais de moment en moment.

2° Par cette impuissance, j'entends aussi une incapacité absolue de nous délivrer de cette culpabilité dont nous avons encore conscience, et qui fait que nous mettons encore le châtiment du péché ; j'entends aussi l'incapacité de faire disparaître, je ne dirai plus par nous-mêmes, mais par ce degré même de grâce que nous avons, soit la volonté propre, l'amour du monde, la colère, et, en général, le penchant à abandonner Dieu, que nous savons par expérience demeurer encore même chez les régénérés ; soit le mal qui, malgré tous nos efforts, s'attache à toutes nos paroles et à toutes nos actions. Joigniez-y l'entière incapacité d'éviter toujours des discours sans charité, et surtout sans profit, de nous garder des péchés d'omission, et de suppléer à ce qui nous manque en toutes choses, surtout au défaut d'amour et à l'imperfection des autres dispositions saintes et justes que nous devons avoir pour Dieu et pour les hommes.

               Si quelqu'un hésite à admettre cela et croit que la justification donne la capacité de faire disparaître ces péchés, et du coeur et de la vie, qu'il en fasse l'expérience. Qu'il essaie si, par la grâce qu'il a déjà reçue, il peut chasser l'orgueil, la volonté propre, ou, en général, la corruption innée. Qu'il essaie s'il peut rendre ses paroles et ses actions pures de tout mélange de mal ; s'il peut éviter toute conversation sans charité et sans profit, et tout péché d'omission, et s'il peut enfin suppléer aux nombreuses défectuosités qu'il trouve encore en lui-même. Que, sans se laisser décourager par un ou deux essais infructueux, il répète et répète sans cesse l'épreuve : plus il la répétera, plus profonde deviendra sa conviction, qu'en toutes ces choses son impuissance est entière.
             Cette vérité est réellement si évidente qu'il s'en faut peu que tous les enfants de Dieu, ça et là dispersés, quoiqu'ils diffèrent sur d'autres points, ne s'accordent tous à reconnaître, que, bien que nous puissions « par l'Esprit mortifier les oeuvres du corps », combattre et vaincre le péché, tant intérieur qu'extérieur ; bien que nous puissions affaiblir de jour en jour nos ennemis, nous ne pouvons cependant les expulser. Quelle que soit la grâce donnée dans la justification, nous ne pouvons par elle les extirper. Pour tant que nous puissions veiller et prier, nous ne pouvons purifier entièrement nos cœurs ni nos mains. Non, sans doute, nous ne le pouvons, jusqu'à ce qu'il plaise à Notre Seigneur de parler encore à notre coeur, de lui dire pour la seconde fois : « Je le veux, sois nettoyé » ; alors seulement la lèpre disparaît ; alors seulement la mauvaise racine, le sens charnel est détruit, alors la corruption innée n'existe plus. Mais s'il n'y a pas de second changement, de délivrance instantanée après la justification, s'il n'y a pas autre chose qu'une oeuvre graduelle de Dieu (oeuvre que personne ne conteste), alors il faut, bon gré mal gré, nous résigner à rester pleins de souillures jusqu'à la mort, et, dès lors, à rester jusqu'à la mort coupables et dignes de châtiment.
              Car il est impossible que cette culpabilité cesse de peser sur nous aussi longtemps que le péché demeure ainsi dans notre coeur et s'attache à nos paroles et à nos actions, mais plutôt, selon la rigueur de la justice, chaque pensée, chaque parole, chaque acte nouveau en augmente le poids.

II

              Voilà dans quel sens nous devons nous repentir, après que nous sommes justifiés. Et sans cette repentance nous ne pouvons avancer. Car notre mal n'est guérissable que si nous le sentons. Mais si nous avons cette repentance, alors nous sommes appelés à «croire à l'Évangile ».
             Ce commandement aussi doit être pris dans un sens particulier, différent de celui dans lequel on croit pour la justification. Croyez la bonne nouvelle de ce grand salut que Dieu a préparé pour tous les peuples. Croyez que Celui qui est « la splendeur de la gloire du Père, et l'image empreinte de sa personne, « peut sauver parfaitement ceux qui s'approchent de Dieu par Lui ». Il est capable de vous sauver de tout le péché qui demeure encore dans votre coeur. Il est capable de vous sauver de tout le péché qui s'attache à toutes vos paroles et actions. Il est capable de vous sauver des péchés d'omission et de perfectionner en vous ce qui est défectueux. Il est vrai que quant à l'homme c'est impossible ; mais quant à l'Homme-Dieu toutes choses sont possibles. Car qu'y a-t-il de trop difficile pour Celui à qui « toute puissance est donnée dans le ciel et sur la terre ? » Il est vrai qu'il ne nous suffit pas de savoir qu'il le peut faire : pour croire qu'il veut le faire, qu'il veut manifester ainsi son pouvoir, il faut qu'il l'ait promis. Mais il l'a promis ; il l'a promis surabondamment et dans les termes les plus forts. Il nous a donné ces « grandes et précieuses promesses » , soit dans l'Ancien, soit dans le Nouveau Testament. Ainsi dans la Loi, la partie la plus ancienne. des oracles de Dieu, nous lisons : « Le Seigneur ton Dieu circoncira ton coeur et le coeur de ta postérité, afin que tu aimes l'Éternel ton Dieu de tout ton coeur et de toute ton âme (Deutéronome 30 : 6) ».
                 Ainsi dans les Psaumes : « Il rachètera Israël » — l'Israël de Dieu — « de toutes ses iniquités ». Ainsi dans le Prophète : « Je répandrai sur vous des eaux pures et vous serez nettoyés ; je vous nettoierai de toutes vos souillures et de tous vos dieux infâmes. — Je mettrai mon Esprit au dedans de vous et je ferai que vous marcherez dans mes statuts et les pratiquerez. Je vous délivrerai de toutes vos souillures (Ézéchiel 36 : 25-29) ». Ainsi, enfin, dans le Nouveau Testament : « Béni Soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, de ce qu'il a visité et racheté son peuple, et de ce qu'il nous a suscité un puissant Sauveur — selon le serment qu'il avait fait à Abraham notre père, de nous accorder qu'après avoir été délivrés de la main de nos ennemis, nous le servirions sans crainte, en sainteté et en justice, devant Lui, tous les jours de notre vie (Lu 1 : 68 et suivants.) ».
                Vous êtes donc bien fondés à croire, non seulement qu'il peut, mais encore qu'il veut faire ces choses ; qu'il veut vous nettoyer de toute souillure, de la chair et de l'esprit, qu'il veut « vous délivrer de toutes vos souillures ». C'est après cette grâce que vous soupirez maintenant ; c'est de cette foi que vous avez maintenant besoin. J'ai besoin de croire, que le grand médecin, l'ami de mon âme, a bien la volonté de me rendre net. Mais quand veut-il le faire ? Aujourd'hui ou demain ? Laissons-le répondre lui-même : «Aujourd'hui ; si vous entendez » ma « voix n'endurcissez pas votre coeur ». Si vous renvoyez à demain, vous endurcissez vos cœurs, vous refusez d'entendre sa voix.
           Croyez donc qu'il a la volonté de vous délivrer aujourd'hui. Il veut vous délivrer maintenant. « C'est maintenant le temps favorable », c'est maintenant, qu'il dit : « Sois nettoyé ! » Croyez seulement et vous ne manquerez pas d'éprouver aussitôt que « toutes choses sont possibles pour celui qui croit ».
              Continue à croire en Celui qui t'a aimé et s'est donné pour toi, en Celui qui « porta tes péchés en son corps sur le bois » ; et il continuera à te sauver de toute condamnation par l'application non interrompue de son sang expiatoire. C'est ainsi que nous nous maintenons justifiés. Et si marchant « de foi en foi », nous croyons pour être nettoyés de la corruption innée, pour être délivrés de toutes nos souillures, nous sommes pareillement délivrés de toute cette culpabilité que nous sentions auparavant. En sorte que nous pouvons dire non seulement : Seigneur, il me faut constamment la vertu de ton sang ; mais encore dans la pleine assurance de la foi ; Seigneur, j'éprouve constamment la vertu de ton sang ! Car, par cette foi sans cesse renouvelée en sa vie, en sa mort, en son intercession, nous sommes, de tous points, nettoyés, et non seulement nous ne sommes plus sous la condamnation, mais nous ne la méritons plus comme auparavant, car le Seigneur purifie et nos cœurs et nos actions.
              Par cette même foi nous sentons toujours reposer sur nous ce pouvoir de Christ par lequel seul nous sommes ce que nous sommes, qui nous rend capables de persévérer dans la vie spirituelle et sans lequel, quelque saints que nous soyons dans un moment donné, nous serions l'instant d'après, des démons. Mais aussi longtemps que nous retenons notre foi en Lui, « nous puisons des eaux, avec joie, aux sources de cette délivrance ». Appuyés sur notre Bien-Aimé, sur Christ qui est en nous l'espérance de la gloire, qui habite dans nos cœurs par la foi, et il qui toujours intercède pour nous à la droite de Dieu, nous recevons son secours pour penser, dire, faire les choses qui lui sont agréables. C'est ainsi que dans toutes leurs oeuvres, il vient au-devant de ceux qui croient en Lui, et les fait avancer par son constant secours, en sorte que c'est en Lui qu'est le commencement, la continuation et la fin de tous leurs desseins, de tous leurs discours, de toutes leurs actions. C'est ainsi que par la communication de son Esprit, il purifie les pensées de leurs cœurs, afin qu'ils puissent l'aimer d'un amour parfait et glorifier dignement son saint nom.
                C'est ainsi que, chez les enfants de Dieu, la repentance et la foi se correspondent l'une à l'autre. Par la repentance nous sentons que le péché demeure dans nos coeurs et s'attache à nos paroles et à nos actions par la foi nous recevons le pouvoir de Dieu en Christ qui purifie nos cœurs et nos mains. Par la repentance, nous nous voyons encore dignes de châtiment pour toutes nos dispositions, paroles et actions : par la foi, nous savons que notre « avocat auprès du Père ne cesse de plaider pour nous, et qu'il éloigne ainsi de nous, sans cesse, la condamnation et le châtiment. Par la repentance, nous avons la conviction permanente de notre incapacité pour le bien ; par la foi, nous obtenons non seulement la miséricorde, mais la « grâce pour être secourus dans le temps convenable ». La repentance repousse jusqu'à la possibilité d'un autre secours ; la foi accepte tout le secours nécessaire de Celui qui a « toute puissance dans le ciel et sur la terre ! » La repentance dit : « Sans lui je ne puis rien » ; la foi dit : « Je puis toutes choses par Christ qui me fortifie ». Par lui je puis non seulement vaincre, mais expulser tous les ennemis de mon âme.
                Par lui je puis « aimer le Seigneur mon Dieu, de tout mon coeur, de toute mon âme, de toute ma pensée et de toutes mes forces » ; Je puis marcher dans la sainteté et dans la justice devant Lui tous les jours de ma vie.

III

De ce qui précède, nous pouvons aisément conclure :

              1. Combien est pernicieuse l'opinion que dès que nous sommes justifiés nous sommes entièrement saints et que nos cœurs sont dès lors purifiés de tout péché. Nous sommes alors, il est vrai, délivrés, ainsi qu'il a été dit, de la domination extérieure du péché, et la puissance du péché intérieur est même brisée de telle sorte que nous ne sommes plus du tout obligés ni de le suivre, ni de lui obéir ; mais il n'est point vrai que le péché intérieur soit dès lors totalement détruit, que l'orgueil, la volonté propre, la colère, l'amour du monde n'aient plus de racine dans le coeur, ou que l'affection charnelle et le penchant du coeur à s'éloigner de Dieu soient extirpés. Supposer le contraire n'est pas non plus, comme on pourrait croire, une erreur innocente et inoffensive. Non, elle fait un mal immense ; elle rend tout changement ultérieur impossible ; car évidemment ceux qui sont en santé n'ont pas besoin de médecin, mais ceux qui se portent mal. Si donc nous croyons être déjà tout à fait guéris, il n'y a pas lieu de chercher une plus complète guérison. Dans cette supposition il serait absurde d'attendre aucune autre délivrance du péché, soit graduelle, soit instantanée.

                Au contraire, la conviction profonde que nous ne sommes pas encore entièrement guéris, que nos cœurs ne sont pas tout à fait purs, qu'il y a encore en nous des sentiments charnels qui, de leur nature, sont inimitié contre Dieu, et que le corps du péché est encore là, tout entier, affaibli mais non détruit, cette conviction ne permet aucun doute sur l'absolue nécessité d'un changement plus complet. J'accorde sans doute que, dès l'instant que nous sommes justifiés, nous sommes nés de nouveau : dès cet instant nous expérimentons au dedans ce que l'Écriture appelle « un passage des ténèbres à la lumière », — de l'image de la brute et du diable à l'image de Dieu, —des sentiments terrestres, sensuels et diaboliques  aux sentiments qui étaient en Jésus-Christ. Mais sommes-nous dès lors entièrement changés ? Sommes-nous complètement transformés à l'image de Celui qui nous a créés ? Bien loin de là ! Il y a toujours en nous un abîme de péché, nous le sentons, et c'est ce qui nous presse de chercher avec larmes une entière délivrance auprès de Celui qui est puissant pour sauver. De là vient que ceux d'entre les croyants qui n'ont pas la conviction de leur profonde corruption ou qui n'en ont qu'une conviction légère et doctrinale ont peu de souci de leur entière sanctification. Il se peut qu'ils admettent un tel changement pour le moment de la mort ou pour une époque antérieure qu'ils ne sauraient fixer. Mais ils ne souffrent guère d'en être privés ; ils n'en sont ni affamés, ni altérés. Ils ne sauraient l'être, jusqu'à ce qu'ils se repentent dans le sens que j'ai indiqué, jusqu'à ce que Dieu leur dévoile la face du monstre qu'ils cachent en leur sein, et leur montre l'état réel de leur âme. Alors seulement, sentant leur fardeau, ils soupireront après la délivrance. Alors, et seulement alors, ils s'écrieront dans l'angoisse de leur âme :
Brise les liens du péché
Et mets mon âme en liberté !
Il n'y a de vrai repos pour moi
Que dans la pureté d'un esprit tout à toi !

            2. Une seconde conclusion à tirer de nos réflexions, c'est qu'une profonde conviction de notre démérite et même, dans un certain sens, de notre coulpe, dans l'état de justification, est absolument nécessaire pour nous faire apprécier toute la valeur du sang expiatoire, pour nous faire sentir qu'après, comme avant la justification, nous en avons le plus grand besoin. Sans cela nous ne pouvons regarder le sang de l'alliance que comme une chose commune dont nous n'avons pas maintenant grand besoin, tous nos péchés passés étant effacés. Oui, mais si notre coeur est encore impur, aussi bien que notre vie, il en résulte pour nous une espèce de culpabilité toujours nouvelle qui nous exposerait à chaque instant à une nouvelle condamnation, si nous ne pouvions dire de notre Rédempteur  :

Il vit toujours aux cieux
Pour plaider notre cause,
Par son sang précieux.

Il y a dans les paroles qui suivent une forte expression de la repentance des croyants et de la foi qui doit en être inséparable : En moi chaque souffle est péché ; je ne fais point ta volonté ici-bas comme les anges dans le ciel.
              Mais la source demeure toujours ouverte ; je m'y lave les pieds, le coeur, les mains, jusqu'à ce que je sois rendu accompli dans l'amour ».

              3. Enfin une dernière conclusion, c'est qu'une conviction profonde de notre extrême impuissance, de notre extrême incapacité pour retenir ce que nous avons reçu, et plus encore pour nous délivrer nous-mêmes de ce monde d'iniquité qui demeure dans nos cœurs et dans nos actions, peut seule nous enseigner à vivre véritablement de la foi en Christ, non seulement comme étant notre sacrificateur, mais aussi comme notre roi. C'est ce qui nous dispose réellement à « l'exalter », à « rendre toute gloire à sa grâce, à « le recevoir comme un vrai Christ, un parfait Sauveur, et à poser en réalité la couronne royale sur sa tête ».
                Belles paroles ! qui n'ont que peu ou point de sens dans bien des bouches, mais qui s'accomplissent dans toute leur force et leur profondeur, lorsqu'ainsi nous sortons, en quelque sorte, de nous-mêmes, pour ne plus vivre que de sa vie ; lorsque nous rentrons nous-mêmes dans le néant, pour qu'il soit « tout en tout ». Sa grâce toute puissante ayant alors détruit « toute hauteur qui s'élève contre lui, il s'ensuit que toute disposition, toute pensée, toute parole, toute action est amenée « captive » et soumise à « l'obéissance de Christ ».