samedi 14 mars 2015

(3) SERMONS CHOISIS (Spurgeon Charles)

Numérisation Yves PETRAKIAN
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LE CIEL ET L'ENFER

Je vous dis que plusieurs viendront d'Orient et d'Occident et seront assis à table au royaume des cieux, avec Abraham, lsaac et Jacob ; et les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres de dehors ; il y aura là des pleurs et des grincements de dents (Mat 8:11,12)
I
     Ce soir, mes chers auditeurs, j'espère vous encourager à chercher le chemin du ciel. Ce soir aussi j'aurai à exprimer devant vous de très rudes vérités concernant le sort de ceux qui seront jetés dans l'abîme de la perdition. 
     Ces deux sujets, je vais tâcher de les traiter avec l'assistance de Dieu. Mais auparavant, laissez-moi vous supplier, pour l'amour de vos âmes, de peser avec soin ce que vous allez entendre. Voyez si mes paroles sont, oui ou non selon la vérité de Dieu : si elles ne le sont pas rejetez-les entièrement ; mais si elles le sont prenez garde de quelle manière vous les écoutez ; car aussi vrai que vous comparaîtrez un jour devant Dieu, le grand Juge du ciel et de la terre, aussi vrai vous ne sauriez mépriser impunément la voix de son serviteur, la voix de son Évangile !
     Les versets que je vous ai lus renferment deux idées. La première est d'une douceur infinie, et je me plais à y arrêter mon esprit ; la seconde est terrible au plus haut degré ; mais l'une et l'autre étant également vraies, l'une et l'autre doivent être prêchées. La première idée de mon texte est contenue dans ces mots : Je vous dis que plusieurs viendront d'Orient et d'Occident et seront assis à table, au royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob. L'autre, sombre, menaçante, effroyable, est ainsi formulée : Les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres de dehors : il y aura là des pleurs et des grincements de dents.
     Reprenons la première de ces idées. - Voici une glorieuse promesse: Plusieurs viendront d'Orient et d'Occident et seront assis à table, au royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob. J'aime ces paroles, parce qu'elles me disent ce qu'est le ciel, parce qu'elles m'en laissent entrevoir les charmes. Elles m'apprennent, tout d'abord, que c'est un lieu où je serai assis, c'est-à-dire où je me reposerai. Quel douce pensée ! Quelle est douce surtout pour le travailleur, pour celui qui mange son pain à la sueur de son visage ! Souvent, en essuyant son front humide, il se demande avec tristesse s'il n'aura jamais ni trêve ni relâche. Ou bien le soir, en se jetant brisé sur sa couche, son coeur laisse échapper ce cri d'angoisse : « N'y a-t-il donc point un lieu où je pourrai me reposer, où mes membres fatigués ne seront plus contraints d'agir, où je trouverai enfin la paix après laquelle je soupire ? »
     Oui, enfant du travail et de la peine, oui, il est un heureux séjour où peine et travail sont inconnus. Au delà de la voûte azurée, il est une cité belle et radieuse ses murs sont de jaspe, sa lumière est plus éclatante que te soleil. Là les méchants ne tourmentent plus personne, et ceux qui ont perdu leur force se reposent. Là habitent des esprits immortels qui sont pour jamais à l'abri de la fatigue. Ils ne sèment ni ne moissonnent ; ils n'ont plus ni rude labeur, ni tâche excessive à accomplir. Que l'homme de loisir se plaise à envisager le ciel comme un lieu où son activité trouvera un constant aliment, je le conçois, et je suis persuadé qu'il ne sera pas déçu dans son attente. Mais pour le travailleur, - et par ce mot j'entends tout homme qui travaille, soit de son intelligence, soit de ses mains, - quelle délicieuse, quelle consolante perspective que celle d'un éternel repos ! O bonheur ! bientôt cette voix, si souvent épuisée par de longs efforts, pourra se taire ; bientôt ces poumons fatigués ne s'exerceront plus au delà de leur pouvoir ; bientôt ce cerveau excité ne sera plus harcelé par des pensées sans nombre ; bientôt, paisiblement assis au banquet de Dieu, je me reposerai de mes travaux !...
     Oh ! fils et filles d'Adam qui fléchissez sous le poids de la vie, prenez courage! Au ciel, vous n'aurez plus à tracer de pénibles sillons dans un sol infertile vous n'aurez plus à vous lever matin, à vous, coucher tard et à manger le pain de douleur ; vous n'aurez plus ni fardeau, ni souci, ni agitation ; tous vous serez paisibles, riches, heureux. Les mots de labeur, de fatigue, de souffrance n'existent même pas dans la langue du ciel.
     Et remarquez dans quelle illustre société les élus se trouveront. Ils seront assis, nous est-il dit, avec Abraham, Isaac et Jacob. Ces paroles me semblent réfuter de la manière la plus positive l'opinion de certains chrétiens qui pensent que dans l'autre vie on n'aura pas la faculté de se connaître. En effet, puisqu'il nous est déclaré ici en toutes lettres que nous serons assis avec Abraham, Isaac et Jacob, ne devons-nous pas nécessairement en conclure que nous connaîtrons ces patriarches et par conséquent aussi les autres habitants du ciel ?
     - On raconte qu'une digne chrétienne, avancée en âge, demanda à son mari, au moment de mourir : « Mon ami, penses-tu que tu me reconnaisses quand tu viendras dans la gloire ? - Si je te reconnaîtrai ? répondit celui-ci ; ne t'ai-je pas toujours connue ici-bas ? et crois-tu donc qu'au ciel je serai moins clairvoyant ? » Ce raisonnement me paraît sans réplique. De même que nous avons connu ici-bas, de même nous connaîtrons là-haut.
        Pour ma part, j'ai la douce assurance que lorsque, par la grâce de Dieu, je poserai mon pied sur le seuil du ciel, les bienheureux amis qui m'y ont précédé viendront me prendre par la main et me diront : Salut, bien-aimé ! te voici enfin. » Les proches retrouveront leurs proches ; les amis leurs amis. Tu retrouveras ta pieuse mère, toi, mon cher auditeur, qui pleures encore sur elle, si toutefois tu marches sur les traces de Jésus, il me semble la voir venant à ta rencontre à la porte du paradis, et quoique sans doute les liens de la nature auront perdu beaucoup de leur force, je ne puis me défendre de la pensée que son visage brillera d'une joie nouvelle lorsque, s'avançant vers le Seigneur, elle lui dira : Me voici, moi et les enfants que tu m'as donnés.
       - Mari, tu reconnaîtras ta femme. Mère, tu reconnaîtras ces chers petits êtres dont tu suivis avec angoisse la longue agonie et sur lesquels tu entendis tomber, avec les froides mottes de terre, ces terribles paroles : « L'argile à l'argile, la cendre à la cendre, la poudre â la poudre. » Oui, tu les retrouveras ; tu entendras encore leurs voix chéries ; tu sauras que ceux que tu as tant aimés, Dieu les a aimés mieux encore que toi.
      - Ah ! qu'il me semblerait triste et glaçant le monde à venir, si je ne devais ni connaître ni être connu ! En vérité, il n'aurait pour moi que bien peu d'attraits ! Mais quelle douceur, au contraire, dans la pensée que le ciel est la réalisation parfaite de la communion des saints, et qu'entre les croyants de tous les temps et de tous les pays, il s'établira pour l'éternité des relations étroites et personnelles !
      Souvent, je me plais à anticiper sur le bonheur que j'éprouverai à connaître Esaïe ; il me semble qu'à peine arrivé à la cité céleste, je demanderai à le voir, parce qu'il a parlé de Jésus plus qu'aucun autre prophète. Il me semble aussi que je m'empresserai de chercher au milieu de la foule Georges Whitefield, ce grand serviteur de Dieu, qui avec un zèle digne d'un esprit angélique, dépensa toute sa vie en prêchant le salut. Oh ! oui, nous aurons une société choisie dans le ciel. Et cependant toute distinction humaine sera abolie : riches et pauvres, savants et ignorants, ministres et laïques, nous fraterniserons tous ensemble.
      J'ai ouï raconter qu'une dame, visitée sur son lit de mort par un ministre de l’Évangile, lui posa cette étrange question : « Ne pensez-vous pas qu'il existe dans le ciel deux lieux bien distincts pour les différentes classes de la société ? J'avoue que je ne puis endurer l'idée de vivre éternellement en compagnie de ma servante. » A cela, le ministre répondit : « Ne vous mettez pas en peine à ce sujet, Madame ; car aussi longtemps que ce diabolique orgueil existera dans votre coeur, vous n'avez point à craindre d'aller au ciel. » Il disait vrai. Non, l'orgueil n'entrera pas dans le ciel. Il faut que nous nous abaissions nous-mêmes, que nous voyions dans tout homme un frère, que nous sentions qu'aux yeux de Dieu nous sommes tous égaux, avant de pouvoir espérer d'être admis dans la gloire.
    Quant à moi, je bénis mon Dieu de ce qu'au banquet céleste il n'y aura qu'une seule table. Le Juif et le Gentil s’assoiront côte à côte ; le grand et le petit paîtront dans le même pâturage : tous, nous serons assis avec Abraham, Isaac et Jacob.
     Mais les paroles que nous méditons ont une signification plus douce et plus profonde encore. A en croire certains esprits étroits, le ciel serait un lieu de dimensions fort restreintes, auquel ne trouveraient accès que les seuls chrétiens qui fréquentent leur lieu de culte. J'avoue qu'un ciel aussi mesquin m'est antipathique, et j'aime au contraire à lire dans les Écritures qu'il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. De ce qu'il est écrit dans l’Évangile : La porte est étroite et le chemin est étroit qui mène à la vie, et il y en a peu qui le trouvent, on a souvent conclu que le ciel sera moins peuplé que l'enfer. Cette opinion me semble inadmissible. Comment ! la part de Christ serait moins grande que celle du diable ? Satan l'emporterait sur Christ ? Non, cela ne peut pas être !

(Note du trad. de la 3e édition : Nous savons que l'argument employé ici par l'auteur a donné lieu à de fausses interprétations, et que quelques personnes ont cru voir dans ce passage des tendances à l'universalisme. Rien cependant ne saurait être plus contraire que ces tendances aux vues du Rév. Spurgeon, et Il suffit de lire la seconde partie de ce discours pour se convaincre qu'il n'est point de ceux qui disent : paix ! paix ! quand il n'y a point de paix. Afin de ne laisser aucun doute sur le véritable sens du passage en question, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de transcrire ici quelques lignes d'un autre discours de M. Spurgeon (Heavenly worship), où il explique ses vues sur ce point de la manière la plus nette : « Je crois qu'il y aura plus d'âmes au ciel qu'en enfer..... Si vous me demandez pourquoi j'ai cette croyance, voici ma réponse : Je me réjouis à la pensée que tous les petits enfants, aussitôt qu'ils rendent le dernier soupir, prennent leur essor vers le paradis : représentez-vous quelle immense multitude de ces jeunes esprits il doit y avoir devant le trône de Dieu !... Puis, de meilleurs jours approchent, quand la religion de Christ sera universelle, quand, d'un pôle à l'autre pôle, Jésus règnera en souverain, quand les royaumes se prosterneront devant lui, et les nations entières naîtront en un jour à une vie nouvelle. Dans la seule période millénaire, j'estime qu'il y aura assez d'âmes de sauvées pour combler tous les déficits des siècles précédents. » - Nous n'ajouterons rien à cette citation, si ce n'est que M. Spurgeon expose simplement ses idées, personnelles : libre à chacun de les discuter et de les juger...)

     D'ailleurs, Dieu nous déclare expressément qu'une grande multitude, QUE PERSONNE NE POURRA COMPTER, sera sauvée. Combien cette pensée est réjouissante, mes chers amis ! Quelle bonne nouvelle pour vous et pour moi ! Si le salut n'était le privilège que de quelques-uns, nous pourrions craindre, et non sans raison, de ne pas y avoir part ; mais puisque le Seigneur affirme qu'une multitude innombrable sera sauvée, pourquoi vous et moi, pourquoi tous, tant que nous sommes ici, ne le serions nous pas ? Courage donc, pauvre pécheur, qui que tu sois ; courage, âme craintive et timorée ; ouvre ton coeur à l'espérance ! Il n'y a point sur la terre d'âme vivante dont on puisse dire qu'elle soit en dehors de !la grâce de Dieu. Il est, il est vrai, quelques infortunés qui, ayant commis le péché irrémissible, sont abandonnés de Dieu ; mais à part cette exception, je me plais à le proclamer, la souveraine miséricorde embrasse l'humanité tout entière. Plusieurs viendront et seront assis à table, au royaume, des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob.
     Et d'où viendront-ils, ces heureux convives qui prendront place à la table du Père de famille ? Mon texte nous l'apprend : ils viendront d'Orient et d'Occident. Les Juifs prétendaient que tous viendraient de la Palestine, en d'autres termes, qu'il n'y aurait au ciel personne que ne fût Juif. Renchérissant encore sur cette étroitesse de vues, les Pharisiens soutenaient que, hors de leur secte, le salut était impossible. Mais voici Jésus-Christ qui tient un tout autre langage : il affirme que de l'Orient et de l'Occident, il viendra des âmes au royaume de Dieu. C'est ainsi qu'il en viendra, n'en doutons pas, de ces lointaines contrées de la Chine, où le Seigneur semble actuellement ouvrir une si large porte à l'Evangile, il en viendra de notre vieille Europe comme de la jeune Amérique ; des régions tropicales de l'Australie comme des froides zones du Canada, de la Sibérie, de la Russie. De toutes les extrémités de la terre, il en viendra qui seront assis au banquet de Dieu.
     Mais outre ce sens naturel et que j'appellerai géographique, les paroles qui nous occupent me semblent avoir un sens figuré et spirituel. Selon moi, cette expression, l'Orient et l'Occident, désigne moins les points les plus reculés du globe, que cette classe d'âmes qui, en apparence, est, pour ainsi dire, aux antipodes du royaume de Dieu. Il y a tels pécheurs dans le monde, du salut desquels chacun désespère. On se dit - « A quoi bon raisonner avec eux ? Quel bien pourrait-on leur faire? Tout est inutile; ils sont trop dépravés, trop avilis, trop endurcis pour qu'ils puissent jamais être ramenés à Dieu. »
     O vous qui passez ainsi condamnation sur quelques-uns de vos semblables; sans vous douter qu'aux yeux de Celui qui juge justement, vous êtes peut-être plus coupable que le plus coupable d'entre eux, écoutez ce que dit Jésus-Christ dans les paroles de mon texte : Plusieurs viendront d'Orient et d'Occident et seront assis à table dans le royaume des cieux. Oui, sachez-le : des dernières limites du royaume de Satan, des derniers degrés de l'échelle du vice, plusieurs viendront qui feront partie de la multitude des rachetés, acquise au prix du sang de l'Agneau. Il y aura dans le ciel, plus d'un pécheur qui, à une époque de sa vie s'est plongé dans la fange des passions ; il y aura des intempérants, il y aura des femmes de mauvaise vie, qui, par la puissance de la grâce divine renoncèrent, ceux-ci à leur honteux excès celles-là à leurs débordements, et vécurent pendant le reste de leurs jours dans la tempérance, dans la justice et dans la piété.
     Vous souvient-il d'un remarquable incident du ministère du grand Whitefield ? Un jour prêchant devant un nombreux auditoire, il dit que « Jésus-Christ était prêt à sauver même les rebuts du diable, c'est-à-dire les âmes que Satan lui-même trouvait à peine assez bonnes pour lui. » Le service fini, son amie, lady Huntingdon, fit comprendre à l'éminent prédicateur que cette hardiesse de langage ne lui avait point semblé tout à fait convenable. A peine venait-elle de hasarder cette remarque, lorsqu'on vint dire à Whitefield que quelqu'un désirait lui parler. Il y va, et remonte un instant après. - « Madame, dit-il à lady Huntingdon, devinez qui m'attendait en bas ? C'était une pauvre femme, tombée au dernier degré de l'abjection. - Oh ! Monsieur Whitefield, m'a-t-elle dit, vous nous avez assuré que Jésus recevrait les âmes même qui sont comme les rebuts du diable, et moi je suis une de ces âmes !... » Cette parole fut le moyen de sa conversion.
     Que personne ne trouve donc mauvais si les serviteurs de Christ s'adressent aux péagers et aux gens de mauvaise vie. J'ai été accusé, je le sais, d'attirer autour de moi « la vile multitude ». A cela, je réponds: Que Dieu la bénisse, cette « vile multitude ! » Que Dieu la sauve par mon moyen, et je serai trop honoré ! D'ailleurs, si elle est « vile », comme on le dit, qui a plus besoin de l'Evangile qu'elle ? Qui a plus besoin que Christ lui soit annoncé ? Certes, ce qui manque dans notre siècle dégénéré, ce ne sont pas des prédicateurs du grand monde, ce sont des hommes qui portent la bonne nouvelle du salut à ceux que l'on appelle la lie du peuple.
     Pour ma part, je trouve dans cette déclaration de mon texte : Plusieurs viendront d'Orient et d'Occident, un puissant encouragement à annoncer l’Évangile aux plus grands des pécheurs. Je crois, ainsi que je l'ai déjà dit, qu'à l'exception de ceux qui ont commis le péché contre le Saint-Esprit (Note des éditeurs: Si le péché contre le Saint-Esprit est un obstacle insurmontable au salut, c'est parce qu'il rend la repentance impossible.) , il n'est pas d'homme sur la terre assez éloigné de Dieu pour que la grâce ne puisse l'atteindre. Je crois qu'il n'est pas jusqu'à l'un de ces malheureux, opprobre de l'espèce humaine, flétris, dégradés, abrutis presque par le vice, qui, par un effet de la souveraine miséricorde, ne puisse briller un jour dans la gloire, comme la splendeur de l'étendue. Trouvez-moi donc le dernier, le plus vil des pécheurs, je ne dédaignerai point de lui prêcher l'Evangile, car je sais que son âme immortelle est susceptible de salut, et de plus, je me souviens de cet ordre de mon Maître : Va dans les chemins et le long des haies, et presse d'entrer ceux que tu trouveras, afin que ma maison soit remplie. - Plusieurs viendront d'Orient et d'Occident, et seront assis à table au royaume» des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob.
     Il y a un mot encore dans ce beau passage sur lequel je désire attirer votre attention, avant de passer outre. Observez qu'il n'est pas dit : Ils pourront venir, ou : Ils viendront peut-être, mais : ILS VIENDRONT. Oh ! que j'aime ces affirmations si pleines, si positives de mon Dieu ! De la part d'un homme, affirmer, c'est presque une dérision. Il promet, et le plus souvent il ne peut tenir sa promesse, ; il jure, et le plus souvent il viole son serment. Mais avec Dieu, quelle différence ! S'il dit : « Je ferai », il fera ; s'il affirme une chose, elle a lieu. Or, il déclare ici que plusieurs viendront dans son royaume et quand même Satan s'écrierait avec rage « Ils n'iront pas ! » - quand même leurs propres péchés leur diraient : « Vous ne pouvez y aller ! » - bien plus, quand ils diraient résolument en leur cœur : « Nous ne voulons pas y aller ! » ILS IRONT, car Dieu l'a dit.
     - Oui, parmi ceux-là même qui aujourd'hui se moquent du salut et insultent à l’Évangile, il en est, je ne crains pas de le dire, qui, tôt ou tard, seront amenés captifs à l'obéissance de Jésus-Christ. « Mais quoi ? s'écrient peut-être quelques-uns de mes auditeurs, Dieu peut-il faire de nous des chrétiens ? » Oui, vous dis-je, et c'est précisément là qu'éclate l'admirable puissance de l’Évangile. La grâce divine ne sollicite pas le consentement de l'homme, mais elle l'obtient ; elle ne lui demande pas s'il la veut, mais elle lui donne de la vouloir ; elle ne s'impose pas à lui, mais elle transforme tellement sa volonté, que, reconnaissant sa valeur, il se prend à soupirer après elle, et la poursuit jusqu'à ce qu'il l'ait atteinte.
     Et comment expliquer autrement la conversion de tant d'incrédules, qui avaient dit à une époque de leur vie : « Jamais nous n'aurons rien à faire avec la religion » ? On raconte qu'un jour un impie déclaré entra dans un lieu de culte pour entendre les chants sacrés, et qu'aussitôt que le ministre prit la parole, il mit les doigts dans ses oreilles, déterminé à ne pas écouter. Mais au bout de quelques instants, voici qu'un petit insecte vient se poser sur son visage, ce qui l'oblige, pour le chasser, à déplacer une de ses mains. A ce même moment, le ministre prononçait ces paroles : Que celui qui a des oreilles pour ouïr entende. Surpris, remué dans sa conscience, l'incrédule écoute, et Dieu touche son coeur à salut. En sortant, il était un nouvel homme. L'impie se retira pour prier ; le railleur alla verser des larmes de contrition. Celui qui était entré d'ans la maison de Dieu par manière de passe-temps retourna chez lui, pressé de rechercher la communion de son Créateur. Le sceptique devint croyant ; le pécheur devint un saint
     - Et la transformation qui s'est produite chez cet homme peut se produire également chez tous. La grâce divine, je le répète, n'a pas besoin de votre consentement préalable : elle saura vous donner la volonté et l'exécution selon son bon plaisir. Du coeur le plus rebelle qui s'écrie dédaigneusement : « Je n'ai que faire de l’Évangile », elle peut, quand elle le veut, faire surgir cette humble supplication : « Seigneur, sauve-moi, ou je péris ! »
     Mais peut-être pensez-vous que vous pouvez vous convertir sans que votre âme subisse l'action prévenante de la grâce de Dieu. Erreur, erreur funeste, mes amis. Supposons qu'en cet instant même Jésus-Christ se présentât au milieu de nous ; quel accueil pensez-vous que lui ferait le plus grand nombre?
    Nous le couronnerions roi », me répondez-vous. Hélas ! je n'en crois rien ; je suis persuadé, au contraire, que la plupart d'entre vous le crucifieraient de nouveau, s'ils en avaient l'occasion. Oui, se tint-il là, devant vous, et vous dit-il : « Me voici, je vous aime », pas un de vous, abandonné à sa propre volonté, ne répondrait à ses avances. Fixât-il sur vous un de ces puissants regards capables de dompter les lions mêmes ; vous parlât-il avec cette voix d'où se sont échappés des flots d'une incomparable éloquence, pas un de vous, laissé à lui-même, ne deviendrait son disciple.
       Ce qu'il faut, pour fléchir les résistances de notre coeur c'est la puissance de la grâce, c'est l'influence du Saint-Esprit. Nul ne peut venir à moi, a dit Jésus-Christ, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire. Mais une fois que de pauvres pécheurs ont éprouvé ces attraits divins, oh ! alors, ils viennent, ils accourent de l'Orient et de l'Occident. Que le monde s'agite, que le monde se moque, il n'empêchera pas le Fils de Dieu de recueillir le fruit de ses souffrances et de sa mort. Si, parmi vous, il est des âmes qui le rejettent, d'autres l'accepteront ; s'il en est qui seront perdues, d'autres seront sauvées. Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, Jésus-Christ se verra de la postérité ; il prolongera ses jours et le bon plaisir de l’Éternel prospérera dans sa main. Quand le ciel, la terre et l'enfer se ligueraient ensemble, ils ne sauraient retenir loin de Jésus une seule des âmes que le Père lui a données !
      Et maintenant, toi, mon frère, qui te reconnais le premier des pécheurs, écoute-moi : je suis chargé d'un message pour toi de la part de Jésus. Il y a une âme dans cette assemblée qui se juge la plus indigne qui ait jamais existé. Il y a une âme qui se dit à elle-même : « Je ne suis pas digne que Christ m'appelle à lui..... » Âme ! c'est toi que j'appelle ! Toi, vile, souillée, misérable, aujourd'hui, en vertu de l'autorité que j'ai reçue de Dieu, je te presse d'aller à mon Sauveur ! Il t'invite par ma voix, il te cherche, il veut te sauver. Hâte-toi donc. Jette-toi à ses pieds. Touche le sceptre de sa miséricorde, afin que tu vives. Va, essaie de mon Sauveur, essaie de mon Sauveur, te dis-je ! Que s'il te rejette après que tu l'as cherché, publie en enfer qu'il a failli à ses promesses ! Mais non, cela ne sera pas, cela ne peut pas être ! Jamais Dieu ne mettra dehors celui qui vient à lui, car ce serait déshonorer son alliance de grâce. Il ne repoussera pas un seul pécheur repentant, aussi longtemps qu'il sera écrit dans sa Parole : Plusieurs viendront d'Orient et d'Occident et seront assis à table, au royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob.

II
     La seconde partie de mon texte est navrante. Autant il m'a été doux de parler sur la première, autant mon coeur se serre devant la pénible tâche qui se présente maintenant à moi. Mais, comme je vous l'ai dit en commençant, les vérités de la Bible doivent être annoncées, qu'elles soient sombres ou lumineuses. Dieu me garde d'imiter jamais ce lâche ministre de la Parole, qui disait un jour à son auditoire : Ceux qui n'aiment pas le Seigneur Jésus-Christ iront dans ce lieu que la politesse me défend de nommer. » Que, penseriez-vous de moi, mes amis; si, voyant une maison en flammes, je disais avec affectation : « J'estime que l'opération de la combustion s'accomplit ici près ? » Ne devrais-je pas bien plutôt crier de toutes mes forces : « Au feu ! au feu ! » de manière à être compris par tout le monde ? De même, lorsque la Bible parle des ténèbres du dehors, de la perdition éternelle, moi, prédicateur de l’Évangile, dois-je jeter un voile sur cette effrayante vérité, dois-je chercher à l'adoucir par des formes de langage ? A Dieu ne plaise ! Serviteur de Christ, je dois vous exposer clairement tout le conseil de mon Maître.
         Encore une fois, je le reconnais, la déclaration qui va nous occuper est terrible au plus haut point : Les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors ; il y aura là des pleurs et des grincements de dents.
        Et d'abord, qui sont ces enfants du royaume Je vais vous le dire. Autrefois, c'étaient les Juifs ; aujourd'hui, ce sont ces gens qui possèdent toutes les apparences de la piété, mais qui n'ont rien de ce qui constitue sa force ; ces gens, que vous pouvez voir tous les dimanches, leurs Bibles et leurs Psaumes à la main, se rendant à leur lieu de culte, posément, gravement, dévotement ; ces gens enfin qui se persuadent que leur salut est une chose hors de doute, ne considérant pas que leur piété n'est qu'un pur formalisme, où le coeur n'entre pour rien. Voilà quels sont les enfants du royaume. Ils ne possèdent ni grâce ni vie ; Christ n'habite point en eux ; aussi seront-ils jetés dans ténèbres de dehors.
        En second lieu, ces mots : enfants du royaume, peuvent s'appliquer à ceux qui ont joui de grands privilèges spirituels, et plus particulièrement aux enfants de parents chrétiens. Vous êtes des enfants du royaume, vous, mes chers auditeurs, à qui Dieu accorda l'inestimable bienfait d'avoir une pieuse mère. Ne vous souvient-il pas du temps où, vous prenant sur ses genoux, elle vous enseignait à bégayer le saint nom de Dieu, où elle vous conjurait de marcher dans les voies de la piété ? Et cependant, vous êtes encore, pour la plupart, sans grâce dans le coeur, sans espérance pour l'éternité ! Vous descendez, tête baissée, vers l'enfer ! Peut-être même tel d'entre vous a-t-il brisé le coeur de celle qui lui donna le jour. Oh ! qui pourrait dire ce qu'elle a souffert, cette tendre mère, pendant les nuits de débauche du fils de ses prières !...
       Comprenez-vous, enfants du royaume, combien votre culpabilité sera aggravée, si vous périssez malgré les larmes et les supplications d'une mère chrétienne ? Pour ma part, je crois que s'il y a un damné parmi les damnés, ce sera le fils rebelle qui descendra dans l'abîme, poursuivi par le souvenir des prières de son père et le front encore humide des larmes de sa mère. Jeunes gens et jeunes filles qui m'écoutez, il en est très probablement parmi vous (ô désolante pensée !) dont le sort sera tel ; il en est qui, des ténèbres du dehors où ils seront précipités, apercevront leurs parents dans la gloire et rencontreront leur regard de reproche qui semblera leur dire : « Après tout ce que nous avons fait pour vous, comment êtes-vous tombés si bas ? »
       Enfants du royaume ! vous que Dieu a véritablement traités comme des fils privilégiés; puisqu'il vous a entourés dès votre berceau de moyens de grâce et de salut, ne vous flattez pas d'être sauvés par cela seul que vous avez reçu une éducation chrétienne, contracté certaines habitudes religieuses, respiré dans votre famille une atmosphère de piété. Ne vous flattez pas que la ferveur d'une mère, que la sainteté d'un père vous soient imputées. Ne vous flattez pas même que les requêtes qu'ils ont adressée à Dieu en votre faveur, vous servent de laissez-passer à la porte du paradis. Non, le salut ne s'obtient que par des efforts personnels. Il ne vous sera pas demandé au dernier jour : « A-t-on prié pour toi ? » mais bien : As-tu prié pour toi-même ? Les supplications amoncelées de vos parents, jusqu'à la troisième et quatrième génération, atteignissent-elles les nues, qu'il ne vous serait pas possible d'en faire usage comme d'un marchepied pour escalader le ciel. Si vous ne possédez une piété vivante et expérimentale, vous serez perdus, tous vos amis fussent-ils mille fois sauvés.
      - Bien solennel est le songe qu'eut une fois une pieuse mère et qu'elle raconta à ses enfants. Elle rêva que le jour du jugement était venu. Les grands livres sont ouverts. Toute l'humanité est devant Dieu. Elle-même, entourée de ses enfants, se tient debout au milieu de la grande assemblée. Tout à coup, la voix du Seigneur Jésus se fait entendre : « Séparez la balle du froment, s'écrie-t-il. Placez les brebis à ma droite et les boucs à ma gauche. » Aussitôt, un ange s'avance en disant : « La mère est une brebis : elle doit aller à la droite ; les enfants sont des boucs : leur place est à la gauche. » - Alors il semble à cette mère que ses enfants cherchent à la retenir. « Mère, mère, ne nous quitte pas ! » s'écrient-ils avec angoisse. Et elle, les enlaçant de ses bras, leur répond avec larmes : « Mes enfants, que ne puis-je vous prendre avec moi ?... » Mais à cet instant, l'ange la touche ; et soudain ses larmes se sèchent. Une force surnaturelle lui est donnée ; les liens du sang perdent leur empire, et n'ayant plus d'autre volonté que celle de Dieu : « Mes enfants, dit-elle, je vous ai élevés chrétiennement ; je vous ai pressés de marcher dans les sentiers du Seigneur ; vous ne l'avez pas voulu : maintenant que puis-je faire, si ce n'est de dire AMEN à votre condamnation ?... »
        - Jeune homme, jeune fille, qui vivez loin de Dieu, qu'éprouverez-vous, je vous le demande, si ce songe devient jamais pour vous une affreuse réalité ? Qu'éprouverez-vous si au dernier jour vous entendez des voix bien connues, la voix de votre père, la voix de votre mère, prononcer un solennel « Amen ! » à cette terrible sentence portée contre vous : Allez, maudit au feu éternel, préparé au diable et à ses anges? En vérité, en vérité, je vous le dis, enfant du royaume, les mangeurs et les buveurs, les péagers et les gens de mauvaise vie vous devancent au royaume de Dieu ! De grands criminel qui auront pleuré sur leurs péchés au pied de la croix de Jésus, seront sauvés ; des impie des blasphémateurs, des pécheurs scandaleux convertis par la grâce de Dieu, seront sauvés tandis que plusieurs d'entre vous seront jetés dehors, simplement parce qu'ils n'auront pas voulu donner leur coeur au Seigneur Jésus-Christ, ni accepter franchement son Evangile.
Et ne sera-ce pas pour vous la douleur des douleurs, le supplice des supplices, -l'enfer de l'enfer, que de voir le premier des pécheur couché dans le sein d'Abraham, tandis que vous enfants du royaume, fils aînés de la maison, que Dieu avait fait naître, pour ainsi dire, au seuil même du ciel, serez au nombre des réprouvés ?...
           Mais prêtez-moi quelques instants encore votre attention, car je dois entreprendre la lamentable tâche de vous décrire le sort affreux réservé à ceux qui vivent et meurent loin de Dieu. Jésus-Christ nous dit qu'ils seront jetés dans les ténèbres du dehors ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents.
           Remarquez, en premier lieu, qu'il n'est pas dit : Ils iront, mais : Ils seront jetés. Je me représente un enfant du royaume, un hypocrite, un formaliste, arrivant à la porte du ciel. La souveraine justice, le reconnaissant à l'instant, ordonne à un ange de le saisir et de l'envoyer en son lieu. Aussitôt l'ange obéit, il le lie pieds et mains, et le tient suspendu au-dessus de l'abîme. Le malheureux frémit, son coeur défaille, ses os se fondent comme de la cire. Il cherche à mesurer du regard le gouffre béant, le gouffre sans fond qui va l'engloutir. Il entend des soupirs, des gémissements, des cris de désespoir qui s'échappent de ce gouffre... Où est maintenant ta force tant vantée, ô pécheur ? Où est ton audace, ton orgueilleuse assurance ? Tu trembles, tu pleures, tu demandes grâce, mais il est trop tard ! L'ange ouvre sa main, et tu tombes, tu tombes, tu tomberas éternellement, de profondeur en profondeur, d'abîme en abîme, sans jamais trouver un lieu où tu puisses asseoir la plante de ton pied ! Tu seras jeté dans les ténèbres du dehors...
       Et que signifie cette expression : les ténèbres du dehors ? Dans le langage scripturaire, le mot lumière doit se prendre, en général, dans le sens d'espérance ; d'où il s'ensuit naturellement que par ténèbres du dehors, nous devons entendre un lieu d'où l'espoir est à jamais banni. - Y a-t-il un homme vivant qui ait cessé d'espérer ? Je ne le pense pas. Peut-être l'un de vous a-t-il contracté des dettes ; ses créanciers le menacent de saisir tous ses biens ; mais n'importe ! il dit : « Je, suis dans un mauvais pas, c'est vrai ; cependant je puis en sortir, tout n'est pas perdu ; j'espère. »
         - Un autre est à la veille de voir son commerce ruiné. « J'en suis profondément affligé, dit-il ; mais après tout, j'ai de bons bras, je travaillerai, la fortune peut encore me sourire ; j'espère. »
        - Un troisième dit à son tour : « De pénibles soucis m'assiègent en ce moment, mais j'espère que Dieu me viendra en aide. »
      - « Quant à moi, reprend un quatrième, j'ai un ami gravement malade ; à vues humaines, son état est désespéré ; toutefois, j'espère qu'une crise favorable se déclarera enfin. »
       C'est ainsi que dans ce monde, chacun espère. Mais en enfer, on n'espère plus. Les damnés n'ont pas même l'espérance de mourir, l'espérance d'être anéantis. Ils sont irrévocablement, éternellement perdus. Sur chaque chaîne de l'enfer sont gravés ces mots : POUR TOUJOURS ! Le feu de l'enfer inscrit de toutes parts en caractères flamboyants, ces mêmes mots : POUR TOUJOURS ! Les yeux des damnés sont comme brûlés par la vue de ce fatal arrêt qui renouvelle incessamment leur désespoir : POUR TOUJOURS !
         Oh ! si je pouvais vous annoncer aujourd'hui que l'enfer serait un jour détruit, que ceux qui y sont détenus seraient finalement sauvés, il me semble que les régions infernales tout entières tressailliraient d'allégresse ! Mais non ! je ne le puis pas.. Je: dois vous dire, au contraire, que les enfants du royaume seront jetés pour toujours dans les ténèbres du dehors.
      Mais j'ai hâte d'en finir, car quel est l'homme qui aurait le courage d'entretenir longtemps ses semblables sur de tels sujets ?... Cependant, il faut que je poursuive ma tâche jusqu'au bout. - Que fait-on en enfer ? Mon texte nous l'apprend : Il y a des pleurs et des grincements de dents. On ne grince les dents, vous le savez, que lorsqu'on est en proie à une vive souffrance, ou sous l'impression d'une grande colère. Eh bien ! en enfer, il y a des grincements de dents perpétuels. Savez-vous pourquoi ? Un damné grince des dents contre un autre damné, et murmure: « C'est toi, misérable, qui m'as conduit ici ! C'est toi qui m'entraînas dans la voie du vice ! » Et l'autre lui répond, en grinçant des dents à son tour : « Qu'as-tu à me reprocher ? N'est-ce pas ton exemple qui par la suite m'incita à m'enfoncer toujours plus dans l'iniquité ? » Une fille grince des dents contre sa mère, en lui disant : «Tu m'as perdue corps et âme ! » et la mère, grinçant des dents contre sa fille; répond : « Je n'ai point de pitié pour toi, car tu m'as surpassée en débauche. » Des pères grincent des dents contre leurs fils, et des fils contre leurs pères. Et s'il y a des damnés qui grincent des dents avec plus d'amertume que tous les autres, il me semble que ce doit être les lâches séducteurs qui entendent la voix de celles qu'ils détournèrent jadis du sentier de la vertu, leur criant sans cesse avec une horrible ironie : « Ah combien nous sommes heureuses de vous voir souffrir autant que nous !...
        Mais en voilà assez. Détournons nos yeux de cet épouvantable spectacle. Qui voudrait le contempler plus longtemps ?... Je vous ai avertis solennellement, mes chers auditeurs. Je vous ai parlé de la colère à venir. Les ombres du soir s'avancent, - la nuit approche, - le matin de l'éternité va paraître.
        - Il va paraître pour vous, vieillards, que j'aperçois au milieu de cette assemblée : dans quel état vous trouvera-t-il ? Vos cheveux blancs sont-ils pour vous une couronne d'honneur, ou bien avez-vous attiré sur eux le mépris et la risée de tous ? Etes-vous au seuil du ciel, ou bien votre pied chancelant tremble-t-il déjà au bord de l'abîme ? Pauvres vieillards, au front ridé, à la démarche vacillante, voulez-vous donc franchir le dernier pas qui vous sépare de la perdition ? Celui qui vous parle n'est, il est vrai, pour les années que comme un enfant auprès de vous ; toutefois, souffrez qu'en cet instant il vous arrête et vous supplie de réfléchir. Déjà le bâton qui vous soutient ne rencontre plus de point d'appui ; la terre cède sous vos pieds..... Oh ! avant qu'il soit trop tard, rentrez en vous- mêmes et considérez vos voies ! Que soixante-dix années passées dans le péché se dressent devant vous. Que les fantômes de vos transgressions sans nombre se rangent en bataille sous vos yeux. Que comptez-vous faire, je vous le demande, lorsque ces soixante-dix années perdues sans retour, ces soixante-dix années de rébellion contre Dieu, comparaîtront avec vous devant le tribunal suprême ? Oh ! vieillards, vieillards, que Dieu vous donne de vous repentir aujourd'hui même et de placer votre confiance en Jésus !
           Et vous, hommes de l'âge mûr, vous n'êtes pas en sûreté non plus. Pour vous aussi, les ombres du soir approchent à grands pas. D'un instant à l'autre, la mort peut vous frapper. Il y a quelques jours à peine, je fus mandé de grand matin auprès du lit d'un mourant : c'était un homme dans la force de l'âge, naguère encore plein de vigueur et de santé. Je me rendis en toute hâte à sa demeure ; mais lorsque j'entrai, je ne trouvai plus qu'un cadavre. Ce qui est arrivé à cet homme peut arriver à chacun de vous, mes amis. Vous n'avez aucune garantie, aucune donnée certaine touchant la durée de votre existence. Demain, vous pouvez mourir. Permettez-moi donc de vous parler au nom des compassions de Dieu. Permettez-moi de m'adresser à vous, comme un frère s'adresserait à ses frères. Je vous aime, vous le savez ; c'est pourquoi je voudrais que mes paroles pénétrassent dans votre coeur. Oh ! quelle bénédiction, quelle joie ineffable que d'être du nombre de ces plusieurs qui, pour l'amour de Christ, seront admis au royaume des cieux ! Eh bien ! cette joie, cette bénédiction, vous pouvez les obtenir ; car Dieu a déclaré que quiconque l'invoquera sera sauvé. Il ne mettra dehors aucune âme qui s'approchera de lui par Christ.
          Un mot à vous aussi, jeunes gens et jeunes filles. Vous pensez, peut-être, que la piété ne vous concerne point. « Jouissons de la vie, dites-vous ; soyons gais, soyons joyeux. » Et jusques à quand, jeune. homme, jusques à quand comptes-tu marcher comme ton cœur te mène ? « Jusqu'à vingt et un an », dira l'un -, « jusqu'à trente. », dira l'autre. Mais que sais-tu, mon frère, si tu atteindras jamais cet âge ? D'ailleurs, en admettant que tu y arrives, souviens-toi que si aujourd'hui tu ne veux pas ouvrir ton cœur à la grâce de Dieu, tu le voudras bien moins alors.
        Le cœur humain, laissé à lui-même, ne se bonifie pas ; tout au contraire. Il est semblable à un jardin ; si vous souffrez qu'il reste inculte et que vous permettiez aux mauvaises herbes de s'y multiplier, son état ira tous les jours en empirant. A entendre les hommes, on dirait, en vérité, qu'ils peuvent se repentir quand il leur plait. Ah ! la véritable repentance n'est pas une oeuvre si facile ; c'est Dieu qui doit la produire en nous, et malheur à celui qui laisse passer le jour de sa visitation ! Au lieu donc de répéter avec une présomptueuse confiance : « Je me convertirai à telle oui elle époque », que le langage de votre coeur soit celui-ci : « Je veux aller à Dieu aujourd'hui même et lui demander de faire son oeuvre en moi, de peur que je ne meure dans mon impénitence. »
         Que vous dirai-je encore, mes chers auditeurs ? Je vous ai parlé du ciel et de l'enfer désirez-vous sérieusement échapper à l'un et parvenir à l'autre ? Dans ce cas, écoulez cette simple parole, qui vous indique ce que vous avez à faire pour atteindre ce double but : Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé. Mais il me semble entendre quelques-uns de vous m'interpeller en ces termes : « Prédicateur de l’Évangile, tu en reviens toujours aux mêmes doctrines. N'as tu donc rien de nouveau à nous annoncer ? La foi, toujours la foi, c'est le refrain de tous tes discours. » - Non, mes amis, non, je n'ai absolument rien à vous annoncer que le vieil Évangilel’Évangile toujours le même, parce qu'il est toujours vrai, l’Évangile qui se résume tout entier dans cette seule déclaration : Celui qui croira sera sauvé. Or, qu'est-ce que croire ? C'est se confier entièrement en Jésus. Pierre croyait, Pierre se confiait en son divin Maître lorsqu'il lui fut donné d'aller à sa rencontre en marchant sur les flots ; et si un moment il commença à enfoncer, c'est parce qu'à ce même moment sa foi commença à défaillir. Et de même que Jésus avait dit à Pierre : « Viens, marche sur la mer, n'aie point de peur » ; de même, il te dit, pauvre pécheur : « Viens à moi, marche sur tes péchés, ne crains rien. » Aie donc foi à la parole de Christ, et tu seras rendu capable de fouler tes péchés aux pieds, tu les subjugueras, tu triompheras sur eux.
        - Il me souvient du temps où, moi qui vous parle, je me rencontrai, pour la première fois, face à face avec mes iniquités. Je me crus le plus grand des pécheurs, le plus maudit des hommes. Je n'avais pas commis, il est vrai, ce que le monde appelle des fautes criantes ; mais je me souvenais qu'ayant plus reçu que les autres, il me serait aussi plus redemandé. Mon salut me semblait presque une impossibilité ; toutefois, je priais, je demandais grâce ; mais mois après mois s'écoulait sans que je reçusse de réponse à mes prières. Parfois, j'étais si las de ce monde que je souhaitais la mort ; mais ensuite, je songeais au monde à venir et je frémissais d'effroi. Tantôt mon méchant coeur me suggérait la pensée que Dieu devait être un tyran sans entrailles, puisqu'il ne répondait pas à mes cris ; et tantôt, humilié dans le sentiment de mes démérites, je reconnaissais que s'il m'envoyait en enfer, il ne serait que juste.
       J'étais dans cet état, lorsqu'un jour j'entrai dans un lieu de culte. Le prédicateur - (que je n'ai jamais revu depuis lors et que je ne reverrai probablement que dans le ciel) - ouvrit la Bible et lut ces paroles d'Esaïe Vous tous les bouts de la terre, regardez vers moi et soyez sauvés. Puis, se tournant de mon côté, comme s'il m'eût distingué au milieu de la foule, il répéta par trois fois, d'une voix impressive, ce mot : Regardez, regardez, regardez ! Et moi, qui jusqu'alors m'étais persuadé que pour me sauver j'avais tant à faire, je découvris enfin qu'il ne s'agissait que de regarder ! Moi, qui avais cru que je devais me tisser laborieusement un vêtement pour cacher les souillures de mon âme, je compris que Christ, en échange d'un seul regard, me couvrirait d'un manteau royal !
       - Oui, regarder à Jésus, voilà, pécheur, ce qu'est le salut. Tu n'as, pour être sauvé, qu'à regarder à la croix, tout comme les Israélites dans le désert n'avaient qu'à élever leurs yeux vers le serpent d'airain pour être guéris de leurs blessures.
       Regarde donc à Jésus, mon frère. Jésus seul peut faire du bien aux pécheurs. Regarde à lui avec la simplicité d'un petit enfant. Ne crains point ; il ne trompera pas ton attente. Tu ne saurais jamais te confier avec trop d'abandon en mon charitable Maître.
      Et maintenant, mes chers auditeurs, laissez-moi vous supplier en finissant, comme je l'ai déjà fait en commençant, de peser attentivement mes paroles. Demandez-vous quel est votre état spirituel, et puisse le Saint-Esprit vous révéler que vous êtes par nature morts, perdus, condamnés ! Puisse-t- il vous faire sentir combien c'est une chose terrible que de tomber en enfer, et vous donner la sainte ambition de parvenir à la gloire du ciel ! Et comme autrefois l'ange qui pressait Lot de s'enfuir de Sodome, puisse ce même Esprit vous presser, vous prendre par la main et vous dire de sa voix puissante : Hâte-toi ! sauve ta vie ! ne regarde pas en arrière, de peur que tu ne périsses !
     Oui, hâtez-vous, hâtons-nous. Et Dieu veuille qu'au grand jour de l'éternité nous nous retrouvions tous dans la félicité des cieux !


jeudi 12 mars 2015

(2) SERMONS CHOISIS (Spurgeon Charles)

Numérisation Yves PETRAKIAN
Copie autorisée pour diffusion gratuite uniquement
Obligation d'indiquer la source http://456-bible.123-bible.com



LA PREMIÈRE PRIÈRE DE SAINT PAUL

Car voilà, il prie (Actes IX, 11).
I
                   Le Seigneur  a bien des manières  d'éteindre la persécution.  Jamais il ne souffrira que son Église soit vaincue par ses ennemis ou anéantie par ses adversaires ; et les moyens ne lui manquent pas pour détourner les coups des méchants, ou même, au besoin, pour renverser leurs desseins de fond en comble.
                Parmi, ces moyens, il en est deux qu'il emploie d'ordinaire : il confond le persécuteur, ou bien, dans sa miséricorde, il le convertit. Tantôt le Dieu fort sème le trouble et la confusion dans le camp de ses ennemis, il frappe de vertige les enchanteurs et d'impuissance les magiciens ; à celui qui ose lui faire la guerre, il permet de courir à sa perte ; puis il jette un regard de triomphante dérision sur le misérable insensé qui avait espéré de dire Aha (Psa 35:21) à l'Eglise de Dieu. Mais parfois aussi il convertit le persécuteur ; d'un antagoniste déclaré, il se fait un ami ; d'un fougueux adversaire de l’Évangile, il fait un ardent soldat de la croix.
                    Du sein des ténèbres, il tire la lumière ; de celui qui dévorait, il fait sortir le miel ; des cœurs les plus durs, il suscite des enfants à Abraham. Tel fut le cas de Saul de Tarse. Un fanatique plus exalté ne saurait se concevoir. Le sang du fidèle Etienne avait rejailli sur lui ; car si complaisante, si officieuse était sa cruauté, que tandis qu'on lapidait le premier martyr, il gardait les vêtements de ses bourreaux.
                Vivant à Jérusalem, élève dans la savante école de Gamaliel, Saul se trouvait journellement en contact avec les disciples de l'Homme de Nazareth. En rencontrait-il dans les rues, il les insultait et les couvrait d'injures ; bien plus; : il obtint contre eux des mandats d'arrêt et les fit mettre à mort. Et maintenant, pareil à une bête féroce qui a goûté le sang, le jeune Pharisien ne respire plus que carnage ; sa fureur est à son comble ; et, pour couronner dignement son oeuvre homicide, il part pour Damas, afin de se saisir de tous les chrétiens, soit hommes, soit femmes, qu'il trouvera dans cette ville ; il les amènera liés à Jérusalem, et assouvira la soif sanguinaire qui le dévore, en leur faisant subir la peine due, suivant lui, à leur abominable hérésie. Mais, ô merveille de la puissance de Dieu ! Jésus arrête ce forcené dans sa course insensée. Juste au moment où, la lance en arrêt, il va fondre sur Christ, Christ le rencontre, le terrasse, le renverse, puis lui adresse, cette question : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Ensuite, ce charitable Sauveur daigne lui ôter son coeur rebelle ; il lui donne un nouveau coeur et un esprit droit, - change complètement ses vues et ses projets, - le conduit à Damas, - le tient prosterné à ses pieds pendant trois nuits et trois jours, - parle à son âme, - lui fait entendre des sons mystiques, des paroles ineffables, embrase son coeur tout entier de la sainte flamme de l'amour ; et lorsque enfin le futur Apôtre des Gentils, sortant de sa longue extase, commence à prier, Jésus descend aussitôt du ciel, apparaît en vision à Ananias, et lui dit : « Lève-toi, et t'en va dans la rue appelée la Droite, et cherche dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse ; CAR VOILA, IL PRIE. »
                  Ces dernières paroles, mes frères, sont d'abord L'ANNONCE D'UN FAIT DE HAUTE IMPORTANCE : « Voilà, il prie ! » et, en second lieu, UN ARGUMENT présenté par le Seigneur à Ananias : « Car voilà, il prie. » - Je me propose de considérer tour à tour mon texte sous ces deux aspects ; ensuite j'essaierai d'en faire L'APPLICATION à vos coeurs : il est vrai, qu'à bien parler, Dieu seul peut accomplir cette dernière tâche: ; toutefois, j'ose espérer qu'il voudra bien se servir de la prédication de ce jour, pour vous disposer à recevoir les instructions que sa Parole va vous donner.
                      Je le répète, ces mots du seigneur à Ananias « Va et cherche un nommé Saul, de Tarse, car voilà, il prie », étaient L'ANNONCE: D'UN FAIT DE HAUTE IMPORTANCE. Et remarquez, en premier lieu, que ce fait était connu de Dieu lui-même. Saul fut conduit par l'influence de l'Esprit saint à désirer la grâce divine ; et du moment qu'il commença à prier, Dieu commença à écouter sa voix.
                  N'avez-vous  point été frappés, mes chers amis; en lisant  les paroles du Seigneur à Ananias, des détails si minutieux dans lesquels il entre relativement à Saul ? Evidemment celui-ci était l'objet de son intérêt tout particulier. Jésus connaît la rue où il loge : « Va dans la rue appelée la Droite. » Il connaît la maison où il habite : « Cherche dans la maison de Judas. » Il sait son nom, il sait même de quel pays il est originaire : « Cherche un nommé Saul, de Tarse. » Enfin, il sait qu'il est présentement en prière : « Voilà, il prie. »
                 - Oh ! qu'elle est réjouissante: la pensée que Dieu s'occupe ainsi avec la plus tendre sollicitude de toute âme qui s'approche de lui ! Voici un pauvre pécheur, contrit et humilié; il se retire dans la solitude de sa chambre, il fléchit le genou devant Dieu ; l'angoisse de son coeur brisé ne se traduit peut-être que par des larmes et des soupirs... Mais, ô prodige ! ces soupirs de contrition ont fait vibrer toutes les harpes du paradis ! ces larmes de repentir ont été recueillies par le Seigneur et seront conservées à toujours dans l'urne lacrymatoire du ciel !
                   Le plus humble suppliant, celui-là même qui n'ose formuler une requête, est compris par le Très- Haut. Il peut n'offrir à Dieu qu'une larme furtive, qu'une larme timide, mais qu'importe ? une larme n'est-elle pas souvent la plus éloquente des prières ? Les larmes d'une sincère pénitence sont les diamants du ciel. Les gémissements de cœurs humiliés viennent se joindre, comme autant de notes mélodieuses, à la sublime harmonie qui retentit nuit et jour devant le trône de Jéhovah. Oh ! mes bien-aimés, ne comprenez-vous pas tout ce qu'il y a de doux et d'encourageant dans la pensée que Dieu prend garde aux prières des fils des hommes ! Peut-être quelques-uns de vous se sont-ils, dit plus d'une fois :
                 « Sûrement, je suis un être trop insignifiant, trop coupable et trop vil pour que Dieu daignât faire attention à moi, alors même que j'essaierais de chercher sa face. » Mes amis, chassez loin de vous des idées aussi impies, - aussi païennes, dirai-je. Notre Dieu n'est pas un Dieu qui vit plongé dans un songe perpétuel, ou qui s'enveloppe d'épaisses ténèbres en sorte qu'il ne puisse voir. Il n'est pas comme Bahal, qui n'entend point. « Il se peut,, il est vrai, que les batailles, le tumulte de ce monde le laissent indifférent ; il ne se soucie ni de la pompe ni du fastueux étalage des rois ; il ne prête point l'oreille aux bruyantes fanfares de la musique guerrière, et détourne ses yeux des scènes de triomphe et de gloire humaine.
                   Mais partout où un coeur souffre et gémit ; partout où un œil s'élève au ciel, voilé de pleurs ; partout où des lèvres tremblantes murmurent une prière ; partout où retentit un amer soupir ou un sanglot de componction, - là Jéhovah prend plaisir à regarder. Il s'approche ; il prête l'oreille ; il inscrit les prières de l'âme pénitente dans un registre ; il les dépose, comme des fleurs sèches, dans son livre de mémoire, et quand, au dernier jour, le livre sera ouvert, il s'en exhalera un suave parfum. - Aie donc bon courage, pauvre pécheur qui te repens ! Fusses-tu même le plus indigne, le plus vil des criminels, le Seigneur entend ta requête; et il dit de toi ce qu'autrefois il disait de Saul, de Tarse : « Voilà, il prie ! »
                  Où as-tu prié ce matin, mon frère ? Est-ce dans une grange ? ou dans ton cabinet ? ou à côté de ton lit ? ou bien peut-être dans ce lieu de culte ? Je ne sais, mais Dieu le sait ! - Et à présent encore ton œil humide ne s'élève-t-il pas vers le ciel ? Dis, pauvre coeur troublé , n'entends-je pas sortir de tes lèvres, en cet instant même, ce cri d'angoisse : « O Dieu, sois apaisé envers moi qui suis pécheur ? » S'il en est ainsi, mon frère; sois-en certain, Dieu a déjà ouï ta voix.
               - Qui n'admirerait  la merveilleuse  célérité avec laquelle le fluide électrique transmet les messages que l'homme lui confie ? Et pourtant la Parole de mon Dieu me fait connaître un moyen de communication qui dépasse infiniment en vitesse l'électricité même c'est la prière « AVANT qu'ils crient, je les exaucerai, a dit l"Éternel, et LORSQU'ILS PARLERONT ENCORE, je les aurai déjà entendus (Esaïe, 55: 24). » Paul éprouva la vérité de, cette glorieuse promesse; et toi de même, n'en doute pas, ô pécheur, tu es entendu par Celui qui est assis sur le trône.
                  Mais le fait annoncé dans mon texte n'était pas seulement connu de Dieu ; il était encore, sans, nul doute, le sujet d'une grande joie dans le ciel. « Voilà ! dit Jésus, il prie ! » Ne sent-on pas que cette parole du Sauveur était un cri d'allégresse ? Une seule fois nous lisons dans l’Évangile que Jésus tressaillit de joie dans son esprit ce fut lorsque, élevant les yeux, il dit : « Je te loue, ô père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les a révélées aux enfants ! Oui, mon Père, cela est ainsi parce que tu l'as trouvé bon. »
                  Et à présent encore, rien ne réjouit le Pasteur de nos âmes comme de voir ses brebis entrer dans son paisible bercail ; il triomphe en esprit lorsqu'une pauvre âme égarée en franchit le seuil. Oh ! sûrement un sourire, tel qu'il n'en existe qu'en paradis, dut illuminer le visage de Jésus, quand il put dire à Ananias : « Voilà, . j'ai gagné le coeur de mon ennemi, j'ai sauvé mon persécuteur ; dans ce moment même, il fléchit le genou devant mon marchepied : voilà, il prie ! » Jésus avait plus de joie pour cette brebis perdue et retrouvée que pour quatre-vingt-dix-neuf autres qui ne s'étaient point égarées. - Mais il n'était pas le seul à se réjouir; les anges partageaient son allégresse. Si la voix de Jésus dirigeait le chant, tous les esprits célestes s'y joignaient d'un même coeur.
                Lorsqu'un élu de Dieu naît sur la terre, incontinent les anges entourent son berceau. Il grandit, il se développe, et le péché se développe avec lui. Il s'engage dans les sentiers de l'iniquité ; son ange l'y suit ; il s'attache à ses pas, il contemple avec tristesse ses égarements ; une larme brille dans son regard quand celui qu'il aime offense Dieu. Mais finalement cette âme est conduite à écouter l’Évangile. L'ange l'observe avec bonheur ; il veille, il attend. Bientôt la Parole de Dieu pénètre dans la conscience du pécheur ; le voilà qui pleure et qui enfin murmure : « Seigneur, prends pitié de moi ! » Et soudain, l'ange déploie ses ailes , il remonte en hâte vers les cieux. « Anges frères, écoutez tous ! s'écrie-t-il avec transport ; je vous apporte une bonne nouvelle : Voilà, il prie, il prie ! Alors l'armée céleste éclate en chants de louanges ; il y a fête dans le séjour de la gloire ; les voûtes du ciel retentissent de cris de triomphe, car en vérité, je vous dis qu'il y a de la joie parmi les anges de Dieu pour un seul pécheur qui s'amende (Luc 15: 10).
                     Et outre les anges, mes chers amis, il se peut qu'il y ait dans le ciel d'autres esprits qui se réjouissent de la conversion des pécheurs. Je veux parler des esprits des justes arrivés à la perfection, de ceux qui nous ont aimés ici-bas et qui nous ont devancés dans l'éternel repos. Pour ma part, je ne compte que peu de parents dans le ciel, mais j'y ai une vénérable aïeule que je chéris tendrement et qui m'entoura de soins et d'affection pendant une partie de mon enfance. Quand elle était sur la terre, elle priait pour moi; et il me semble que des demeures éternelles où elle fut soudainement introduite, elle a dû suivre, du regard son petit-fils bien-aimé à mesure qu'il avançait dans la vie. Lorsqu'elle l'a vu cheminant dans les voies du péché et de la folie, assurément elle n'a pu éprouver de la douleur - car il n'y a point de larmes dans les yeux des saints glorifiés ; - ni même du regret - car un tel sentiment est inconnu devant le trône de Dieu : toutefois, quand vint l'heure bénie, où, par un effet de la grâce souveraine, je fus contraint à prier ; où, seul en face de Dieu, je me prosternai et luttai avec lui, alors, oh ! alors, ne passa-t-il pas sur son visage béatifié comme un éclair, d'une joie nouvelle, et ne dut-elle pas, elle aussi, s'écrier avec ravissement : «Voilà, il prie, il prie ? » Il lui sembla en cet instant, j'imagine, qu'elle jouissait d'une double portion de félicité ; elle crut posséder deux ciels, - un en moi et un en elle-même.
                   - Et toi, mon jeune auditeur, n'as-tu pas aussi un être aimé dans la gloire ? Ta mère peut-être parcourt à cette heure les rues pavées d'or du paradis ; peut-être te regarde-t-elle à l'instant où je te parle. Enfant, elle t'a nourri de son lait, elle t'a porté sur son sein, elle t'a consacré à Jésus- Christ. Du ciel où elle est maintenant, elle te contemple avec ce degré d'intense anxiété qui est compatible avec le bonheur. Parle, jeune homme, que se passe-t-il dans ton âme, ? Entends-tu la voix de Christ, qui te dit au moyen de son Esprit : « Venez à moi ? » Verses-tu des larmes d'une vraie repentance ? Oh ! s'il en est ainsi, je me représente ta mère répétant, à son tour, le coeur débordant de béatitude : « Il prie, il prie ! » Je la vois qui s'incline une fois de plus devant le trône de Dieu, en lui disant, avec l'accent d'une indicible reconnaissance: « Je te rends grâces, ô toi, Etre tout bon, de ce que l'enfant que tu m'avais donné sur la terre, est devenu ton enfant pour l'éternité ! »
                    Mais s'il est dans le ciel des saints glorifiés qui plus que tous les autres saluent avec joie la conversion des pécheurs, sans contredit ce doit être ceux qui furent ici-bas de fidèles, de véritables ministres du Seigneur. Oh ! mes chers amis, vous ne pouvez savoir combien un véritable ministre de Dieu aime vos âmes! Peut-être pensez-vous que c'est chose facile de monter en chaire et de prononcer un sermon. Si c'était là tout, Dieu sait qu'en effet notre tâche nous semblerait bien aisée ; mais lorsque nous vous voyons devant nous, et que nous songeons que de nos paroles dépendent en quelque mesure votre salut ou votre perdition éternelle ; - lorsque nous réfléchissons que si nous sommes es sentinelles infidèles, Dieu redemandera votre sang de nos mains ; - lorsque nous pensons aux centaines, aux milliers d'âmes qui nous ont déjà entendus et auxquelles peut-être nous avons souvent parlé comme nous n'aurions pas dû le faire; - quand, dis-je, nous nous souvenons de ces choses, oh ! bon Dieu ! notre âme est saisie de frayeur, nous frémissons et nous tremblons !...
                   Luther avait coutume de dire qu'il pouvait affronter sans crainte ses ennemis, mais que jamais il ne montait en chaire sans que ses genoux se heurtassent l'un contre l'autre. Ah ! mes frères, sachez-le, la prédication de l’Évangile n'est pas un jeu d'enfant. Ce n'est point une chose qui se puisse accomplir sans préparation ou sans anxiété : c'est au contraire une tâche solennelle, une tâche terrible, lorsqu'on l'envisage dans ses rapports avec l'éternité. Si vous saviez comme le serviteur de Christ prie pour vous ! Allez écouter le dimanche soir sous la fenêtre de son cabinet ; vous l'entendrez gémir amèrement, parce que sa parole n'a pas été plus fidèle ; vous l'entendrez criant à Dieu, dans l'angoisse de son coeur : « Qui a cru à notre prédication, et à qui le bras de l’Éternel a-t- il été révélé ?... »
                Mes bien-aimés, quand nous voyons une âme parvenir à la connaissance du Seigneur, nous éprouvons un sentiment que je ne saurais mieux comparer qu'à celui d'une personne qui aurait sauvé un de ses semblables sur le point de se noyer. Voyez ce malheureux qui se débat contre les flots ; il enfonce, il disparaît, il va périr ! Mais à ce moment, je m'élance à son secours, je le saisis d'une main ferme je nage avec lui vers la terre, je le dépose sur le rivage. Le médecin arrive; il l'examine, le touche, mais il secoue la tête et dit « Je crains qu'il n'ait cessé de vivre. » Oh! alors avec quelle anxiété je me penche sur cet homme que j'ai essayé d'arracher à la mort ! Comme mon coeur bat avec force tandis que je place mon oreille sur sa poitrine et devant sa bouche !... A la fin, je m'écrie : « Il respire ! il respire ! il est sauvé ! »
                 Quelle douceur dans cette pensée ! Combien je me sens heureux. Ainsi en est-il de tout fidèle ministre de Christ. Dès qu'il s'aperçoit qu'une âme de son troupeau commence à prier, il se dit avec une sainte émotion : « Elle respire, elle n'est pas morte; elle est vivante ! » Et il peut tenir ce langage en toute assurance, car une âme qui prie réellement montre par là qu'elle n'est plus morte dans ses fautes et dans ses péchés, mais qu'elle a été vivifiée par la puissance de l'Esprit. Or, si le salut des pécheurs cause dès ici-bas au prédicateur de l’Évangile une joie à nulle autre pareille, que sera-ce, je le demande, si des tabernacles célestes il lui est donné de voir une âme qu'il a disputée à la mort éternelle prosternée devant Dieu ? Oh ! sûrement son coeur bondira au-dedans de lui ; il frappera des mains en signe de réjouissance quand il pourra s'écrier : « Voilà, le Seigneur me donne un fils ! Voilà, il prie ! »
                 Observez encore, mes frères, que l'événement dont parle mon texte, - sujet de joie auprès de Dieu, - était un sujet d'étonnement sur la terre. Je me représente Ananias élevant ses mains jointes vers le ciel, au comble de la stupéfaction. Oh ! mon Seigneur, dut-il :dire, est-ce bien possible ? Saul de Tarse serait-il en prière ? Il n'est pas un homme dans le monde que je me fusse moins attendu à voir invoquer ton nom. »
                  Je ne sais ce qui en est de mes collègues dans le ministère, mais quant à moi, je l'avoue, j'éprouve fort souvent des impressions analogues à celles que ressentit Ananias dans cette circonstance. Ainsi, par exemple, il m'arrive quelquefois de regarder avec satisfaction tels ou tels de mes auditeurs et de me dire : « Voilà des personnes bien disposées ; je crois que je les gagnerai ; certainement une bonne oeuvre se poursuit en elles, et bientôt je les entendrai raconter ce que le Seigneur a fait pour leurs âmes. »             
          Toutefois, au bout de quelque temps, je ne vois plus ces personnes ; elles disparaissent de nos saintes assemblées, elles retournent vers le monde. Que fait alors mon bon Maître ? Au lieu de ces âmes sur lesquelles je comptais, il m'en envoie dont je n'espérais rien ; il convertit un homme perdu de mœurs, un pécheur scandaleux peut-être, à la louange de la gloire de sa grâce. Alors c'est à mon tour de lever mes mains en haut, disant comme Ananias : « Seigneur, est-il bien possible ?... »
                   Je me rappelle un fait de cette nature qui s'est accompli il y a peu de temps. Un marin d'une soixantaine d'années entra un dimanche dans une chapelle. C'était un homme qui avait vieilli dans le vice ; il était adonné à la boisson et semblait trouver une jouissance particulière à prononcer des imprécations et des blasphèmes. Le prédicateur avait choisi pour texte de son discours cette portion de l’Évangile qui nous montre Jésus pleurant sur Jérusalem. Le marin écoute, et bientôt il se demande: « Quoi, se pourrait-il que Jésus-Christ eut pleuré sur un misérable tel que moi ? » Il se sentait si indigne qu'il n'osait croire à tant d'amour. Cependant, à l'issue du service, il va trouver le ministre : « - Monsieur, lui dit-il, voilà soixante ans que je navigue sous le pavillon du diable : il est temps que je change de patron. Je voudrais couler bas le vieux navire et m'embarquer à bord d'un nouveau, où j'arborerai pour toujours les couleurs du Prince Emmanuel.
                    Et à partir de ce moment, cet homme devint un homme de prières, marchant en toute intégrité devant Dieu !
                  - C'est ainsi,  mes frères, que Dieu choisit  souvent  les derniers des pécheurs pour en faire des monuments de sa grâce. II semble se plaire à déjouer nos prévisions. Parfois, il passe à côté d'un diamant sans y prendre garde, et il ramasse le caillou du chemin. De pierres de nulle valeur, il fait naître des enfants à Abraham. Le Seigneur est plus habile que le plus habile chimiste ; car non seulement il sait raffiner l'or, mais il transforme en or fin un vil métal. Il prend les êtres les plus souillés, les plus méprisables, et les façonne en héritiers du ciel. Ils sont pécheurs et il les nettoie ; ils sont impurs et il les sanctifie.
                  Oui, étonnante, merveilleuse, était la conversion de Saul de Tarse; mais, à tout prendre, mes bien-aimés, votre conversion ou la mienne sont-elles donc moins étonnantes? Si on vous eût dit, il y a quelques années, que vous vous joindriez à une Eglise et que vous seriez comptés au nombre des enfants de Dieu, qu'auriez-vous répondu, je vous le demande ? « Impossible ! absurde ! vous seriez- vous écriés ; nous, devenir méthodistes ? non, jamais ! Qu'avons-nous à faire de la religion ? Nous voulons continuer à penser et à agir, comme bon nous semble. » N'est-ce pas là, mes amis, le langage que vous et moi aurions tenu? Comment donc se fait-il que nous soyons aujourd'hui ce que nous sommes ? Lorsque nous réfléchissons à la transformation complète qui, s'est opérée en nous, ne nous paraît-il pas que nous rêvons ? Dieu a laissé bien des membres de nos familles qui valaient mieux que nous, et pourquoi nous a-t-il choisis ? Oh ! n'est-ce pas une chose étrange, une chose inouïe ? Et ne pourrions-nous pas, comme Ananias, nous écrier, avec un geste d'étonnement : « Voilà, c'est un miracle sur la terre ! c'est un prodige dans le ciel ! »
                Enfin remarquez, mes chers auditeurs, que le fait exprimé par ces simples mots : « Voilà, il prie », était sans précédent dans la vie de saint Paul. Il est vrai que le jeune Pharisien avait eu coutume de monter régulièrement au temple deux fois le jour, à l'heure de la prière. L'y eussiez-vous accompagné, vous l'auriez entendu très certainement prononcer d'éloquentes oraisons, dans le genre de celles-ci : « O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes je ne suis ni un ravisseur ni un péager ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède (Luc 18: 11,12). » Oh ! oui, sans nul doute, vous l'auriez entendu haranguer le Seigneur en termes pompeux et magnifiques. Néanmoins, il est dit expressément dans mon texte, : « Voilà, il prie. » Eh.. quoi ! Saul n'avait-il donc jamais prié auparavant ? Non, mes frères, jamais. Le culte qu'il avait offert à Dieu pendant toute sa vie ne comptait pour rien : par le fait, ce n'était pas un culte.
               J'ai ouï raconter qu'un vieillard auquel on avait enseigné dans son enfance à dire à Dieu : « Seigneur, je te prie de bénir mon père et ma mère », continua à répéter machinalement ces mêmes paroles pendant soixante-dix années de sa vie, c'est-à-dire bien longtemps après que ses parents furent morts. Au bout de ce temps, il plut à Dieu, dans son infinie miséricorde, de toucher le coeur de ce vieillard : il reconnut son inconcevable aveuglement ; il comprit que malgré son attachement routinier à certaines formes, il ne s'était jamais sérieusement approché de Dieu : il avait récité prières sur prières, mais jamais il n'avait prié,
           - Il en était de même de Saul. Le culte qu'il avait rendu à Dieu n'avait été qu'une dérision ; ses longues prières, que vaines redites. Mais enfin, de son cœur humilié s'échappe une sincère invocation, et c'est alors que Jésus lui rend ce témoignage : « Voilà, il prie ! »
           Voyez-vous cet homme qui essaie d'obtenir une audience de son Créateur ? Il dépose une pétition en vers latins au pied du trône du Tout-Puissant ; mais Dieu. reste impassible il s'enveloppe dans une calme indifférence. Alors le suppliant s'y prend, d'une autre manière ; il se procure un livre, et, s'agenouillant de nouveau, il lit la plus belle, la plus vénérable, la meilleure des prières qui ait jamais été composée ; mais le Très-Haut ne prend point garde à ce froid et creux formalisme. A la fin, le pauvre pécheur jette le livre de côté, oublie son latin, et s'écrie avec larmes : « O Seigneur, écoute-moi pour l'amour de Christ ! » Aussitôt Dieu répond : « Je t'écoute, pauvre âme angoissée ; j'ai entendu ta voix ; voilà la grâce que tu cherchais. »
             - Mieux vaut une seule prière sentie que dix mille prières formalistes ; mieux vaut un simple élan de l'âme que les plus sublimes formules des livres. Toute prière qui ne part que des lèvres ou de l'intelligence est en abomination devant Dieu ; celles-là seules qui jaillissent du plus profond du coeur lui sont agréables. Ah ! mes chers auditeurs, vous le dirai-je, au risque de vous scandaliser ? Je crains qu'il n'y ait parmi vous des centaines d'âmes qui n'ont pas réellement prié une seule fois dans leur vie..... Et que comptez-vous faire, je vous le demande, quand il vous faudra mourir ? Pensez-vous entrer au ciel sans prière ? Funeste illusion ! On l'a dit : « La prière est le mot d'ordre du chrétien mourant » ; si donc, ce mot d'ordre, vous ne le possédez pas, vous serez bannis pour toujours de la présence de Dieu.

II
                Mais, comme je l'ai dit en commençant, si mon texte est l'annonce d'une grande nouvelle, il est aussi UN ARGUMENT présenté par le Seigneur à Ananias. - Et d'abord c'était un argument bien propre à rassurer Ananias. Naturellement, la mission qui lui était confiée inspirait à celui-ci des inquiétudes pour sa sûreté personnelle ; il lui semblait qu'en allant vers Saul, il se jetait, pour ainsi dire, dans la caverne d'un lion. « Certainement, pensait-il, puisque je suis un disciple de Christ, Saul de Tarse se saisira de moi et m'amènera à Jérusalem. » Alors voici, le Seigneur lui dit : « Il prie l » et à l'instant toute appréhension s'évanouit de son coeur. « Cela suffit, Seigneur, dut-il répondre avec joie ; si Saul prie, je n'ai rien à craindre. »
              -Et vous de même, mes chers auditeurs, soyez assurés que vous n'avez rien à craindre d'un homme de prières. Je ne sais comment expliquer ce fait, mais il est positif que les incrédules mêmes entourent le fidèle chrétien d'une certaine vénération. Un maître impie aime pourtant à avoir à son service un domestique pieux ; tout en méprisant la religion pour lui-même, il l'estime dans son serviteur, et, s'il prie, il lui accordera une confiance particulière. Il est vrai que de nos jours, hélas ! il est des gens qui se font passer pour des hommes de prière et dont la conduite prouve que leurs prétentions ne sont que feinte et mensonge. Il va sans dire que je ne parle point de ceux-là : mais quant aux âmes qui prient dans le vrai sens du mot, ne craignez pas, je le répète, de placer en elles une confiance sans bornes.
            Qui s'entretient  avec Dieu en secret, se conduit  droitement  en public. Qui s'approche souvent du trône de la grâce, offre toute garantie. Il me souvient d'avoir entendu raconter un fait qui confirme ce que j'avance d'une manière bien remarquable. Deux touristes parcouraient ensemble les montagnes de la Suisse. A la nuit tombante, ils se trouvèrent au milieu d'une forêt, où ils ne tardèrent pas à apercevoir une petite hôtellerie, d'assez triste apparence. L'un des voyageurs, incrédule déclaré, dit à son compagnon qui était chrétien : - « L'aspect de cette maison ne me plaît pas ; je crois qu'il serait imprudent de nous y arrêter. - Entrons toujours, répliqua l'autre ; nous verrons mieux ce qui en est. » Ils y entrèrent en effet ; mais l'intérieur de la maison leur sembla non moins suspect que l'extérieur. Leur malaise allait croissant, quant tout à coup le maître du logis leur dit : « Messieurs, j'ai l'habitude de lire la Bible et de prier chaque soir avec ma famille ; me permettez-vous d'accomplir aujourd'hui cet acte de dévotion en votre présence ? - Certainement; avec le plus grand plaisir ! » s'écrièrent les voyageurs.
             Après le culte, chacun gagna sa chambre. « Je suis complètement rassuré », dit tout bas l'incrédule à son compagnon. - Pourquoi cela ? demanda celui-ci. - Parce que notre hôte a prié. - Ah ! il paraît, repartit le chrétien, qu'après tout vous faites quelque cas de la religion : parce qu'un homme prie, vous pouvez dormir tranquille chez lui. » - Et bien doux fut cette nuit-là le sommeil des deux voyageurs ; car ils sentaient que dans une maison qui avait pour toit la prière et pour murailles la piété, aucun être humain ne pouvait songer à leur nuire.
            - Vous le voyez, mes frères, il n'était pas d'argument plus propre à apaiser les craintes d'Ananias que celui exprimé par ces simples mots : Voilà, il prie.
                 Mais il y a plus. Ces paroles étaient encore un argument tout-puissant en faveur de la sincérité de Paul. La prière particulière est, sans contredit, la meilleure pierre de touche d'une sincère piété.
                 Si Jésus avait dit à Ananias : « Voilà, Saul prêche », Ananias aurait été en droit de répondre : « Seigneur, il peut prêcher, tout en n'étant qu'un hypocrite. » Si Jésus avait dit : « Voilà, il assiste à une. assemblée de l'Eglise », Ananias aurait pu répliquer : « Seigneur, il peut s'y être glissé comme un loup en habits de brebis. » Mais au lieu de cela, que lui dit son Maître ? « Voilà, Saul prie. » Dès lors, Ananias est convaincu de la sincérité du nouveau converti.
             - Et  aujourd'hui  comme alors, mes chers amis, la prière secrète, la  prière individuelle est la plus sûre garantie de la sincérité d'une âme.
            Pour ma part, lors qu'un jeune chrétien vient me consulter au sujet de son état spirituel, et qu'il m'entretient de ce qu'il sent et de ce qu'il fait, le plus souvent je coupe court à la conversation en lui disant : « Agenouillez-vous et priez. » D'ordinaire il s'excuse, mais j'insiste. Enfin, il se prosterne, il gémit, il pleure ; les paroles lui manquent, et ce n'est qu'au bout d'un certain temps qu'il parvient à balbutier d'une voix tremblante : « Seigneur, aie pitié de moi, qui suis le plus grand des pécheurs ! » Les impressions religieuses de mon jeune frère m'inspirera déjà plus de confiance ; mais si je pouvais l'accompagner chez lui, s'il m'était donné de le voir prosterné dans la solitude et répandant son âme devant Dieu, oh ! c'est alors que je me sentirais sûr qu'une bonne oeuvre est commencée en lui, - car celui-là est un vrai chrétien qui prie en particulier.
             Le fait seul que vous lisez chaque jour dans un livre de dévotion ne prouve pas le moins du monde que vous soyez un enfant de Dieu ; mais, je le répète, si, dans le secret de votre cabinet, vous priez de tout votre coeur, on peut dire, sans crainte de se tromper, que votre piété est sincère. Un peu de sincère piété vaut mieux que des montagnes de formalisme. La piété du chez soi est la meilleure piété ; la prière secrète est la meilleure prière.
               De deux choses l'une : ou la prière vous fera renoncer au péché, ou le péché vous fera renoncer à la prière. - Mais l'on peut se tromper soi-même, tout en étant sincère ; Paul ne se trompait pas; et la preuve, c'est que le Seigneur pouvait dire de lui : « Voilà, il prie. »
              La prière du coeur, en effet, témoigne de la réalité de notre conversion aussi bien que de notre sincérité. S'il me fallait résumer toute la religion chrétienne en un seul, mot, je n'en choisirais pas d'autre que celui-ci : La prière. Si l'on me demandait ce qui constitue, à mon avis, l'essence même de la vie chrétienne, je répondrais encore : La prière. Il faut nécessairement que l'âme ait été convaincue de son péché avant d'avoir pu prier ; il faut qu'elle ait eu quelque espérance de pardon avant d'avoir osé s'approcher de Dieu. Par le fait, dans la prière sont renfermées toutes les expériences, toutes les vertus du chrétien. Dites moi seulement, mon cher auditeur, que vous êtes un homme de prière, et je vous répondrai aussitôt : « Dans ce cas, je n'ai aucun doute ni sur la réalité ni sur la sincérité de votre religion. »
                Une dernière remarque avant de quitter cette partie de notre sujet. Les paroles que nous méditons étaient encore un argument qui établissait de la manière la plus concluante l'élection de Paul. C'est ce que nous montrent clairement les paroles qui suivent celles de mon texte : « Cet homme est un instrument que j'ai choisi », ( Ou, selon d'autres versions, un vaisseau d'élite.)
             - Je connais beaucoup de personnes pour qui la doctrine de l'élection est un sujet de perpétuel tourment ; souvent même il m'arrive de recevoir des lettres où l'on me prend à partie, parce que je prêche cette doctrine. Voici la seule réponse que j'aie à faire à cet égard. L'élection est une vérité enseignée dans la Bible, si elle vous déplaît, allez demander à mon Maître pourquoi il l'y a mise: quant à moi, je n'y puis rien. Je ne suis qu'un serviteur, et je ne fais que vous rapporter ce que j'ai reçu d'en haut. Si j'étais au service d'un maître de la terre, je n'oserais altérer le message qu'il m'aurait confié: il se trouve que je suis un ambassadeur du ciel, et malheur à moi si je ne vous transmettais pas fidèlement le message du Seigneur ! Que si vous trouvez à redire à ce message, encore une fois, je n'y puis rien : adressez-vous à qui de droit.
              « Mais, dira quelqu'un, comment puis-je savoir si j'ai été choisi de Dieu ? Je crains de ne pas être au nombre des élus. » - Pour te répondre, mon cher auditeur, permets-moi de te poser à mon tour quelques questions. Pries-tu ? Si l'on peut dire de toi : « Voilà, il prie », certainement on peut aussi ajouter : « Voilà un instrument choisi de Dieu. » - As-tu la foi ? Si tu l'as, tu es un élu. Tels sont les signes de l'élection. Si tu ne possèdes, ni foi ni esprit de prière, tu n'as aucune raison de penser que tu fais partie du peuple particulier de Dieu.
               Mais gémis-tu  de ne pas croire encore ? Souhaites-tu  d'aimer Christ ? Y a-t-il dans ton cœur - je ne dis pas un désir - mais la millième partie d'un désir de t'approcher de Jésus ? Et ce désir, tout faible qu'il est, te porte-t-il à crier à Dieu avec ferveur et avec larmes ? S'il en est ainsi, ô mon frère, rassure-toi ; ne crains pas de ne pas être un élu ; car de même que la prière de Paul était une marque certaine de son élection, de même quiconque s'adresse à Dieu avec sincérité, prouve par là qu'il a été élu avant la création du monde, afin qu'il fût saint et irrépréhensible devant Christ, par la charité. (Eph 1:4).

III
           Venons-en maintenant à L'APPLICATION. Je regrette, mes chers amis, de ne pouvoir traiter convenablement un sujet aussi sérieux ; toutefois, je me console dans la pensée que mon glorieux Maître demande à chacun selon ce qu'il a et non selon ce qu'il n'a pas. Je suis profondément pénétré du sentiment de mon impuissance ; je sais que je ne pourrai parler à vos consciences d'une manière aussi solennelle que je devrais le faire ; quoi qu'il en soit, mon droit est auprès de l'Éternel, et mon oeuvre est auprès de mon Dieu, et au dernier jour, il sera manifesté que si je n'ai pas mieux rempli les devoir de mon ministère, j'ai failli par faiblesse ou par erreur, mais non par un manque de cordiale affection pour vos âmes.
Et d'abord je m'adresserai à mes frères dans la foi.
             Ne voyez-vous pas, mes bien-aimés, leur dirai-je, qu'un esprit de véritable et fervente dévotion est le plus sûr indice que nous sommes de fils de Dieu ? Cela étant, ne s'ensuit-il pas tout naturellement que plus nous persévérerons dans la prière, plus nous jouirons de l'assurance de notre salut ? Peut- être quelques-uns de vous ont-ils perdu dernièrement cette glorieuse assurance et la paix qui en découle ; ils ne savent plus s'ils sont, oui ou non, des enfants de Dieu leurs âmes sont remplies de ténèbres. Mes frères, voulez-vous savoir où vous avez perdu le témoignage de votre adoption ? Je vais vous le dire : c'est dans votre cabinet.
              Toutes les fois qu'il y a affaiblissement de vie spirituelle chez un chrétien, soyez sûrs que le mal a commencé là, et pas ailleurs. Je vous parle, hélas ! d'après mon expérience. Souvent je me suis éloigné de Dieu : j'ai perdu pour un temps cette douce saveur de son amour que j'avais goûtée autrefois ; j'ai eu à m'écrier dans la tristesse de mon âme : « Le Seigneur m'a-t-il rejeté pour toujours et ne continuera-t-il plus à m'avoir pour agréable ? » Je suis monté dans la chaire de vérité, mais j'ai prêché sans feu et sans énergie. J'ai ouvert la Bible, mais n'y ai point trouvé de lumière. J'ai voulu entrer en communion avec Dieu, mais tous mes efforts ont été vains. Et savez-vous quelle était la cause de ce déplorable état spirituel. ? J'avais prié avec mollesse et langueur. Oui, mes frères, me voici devant vous, confessant mon péché ; je reconnais que lorsque mon âme a été en souffrance, j'avais à quelque degré négligé la prière.
           O chrétiens ! voulez-vous être heureux ? Priez beaucoup. Voulez-vous être victorieux du monde ? Priez toujours davantage. Qui cesse de prier, cesse de combattre. C'est la prière qui préserve de la rouille les armes de l'enfant de Dieu. « Si les douze apôtres eux-mêmes revenaient à la vie, disait un chrétien éminent, et que; pour jouir de leurs entretiens, vous négligeassiez vos dévotions particulières, ils auraient porté le plus grave préjudice à vos âmes. »
               La prière est le navire qui revient au port chargé du plus riche fret ; c'est le terrain qui rapporte à celui qui le cultive la plus abondante moisson. Mon frère, tu te plains de ne pas jouir d'une communion plus intime avec Dieu ; mais à qui la faute, je te le demande, si ce n'est à toi, - à toi, qui le matin prends à peine le temps, avant de courir à tes affaires temporelles, de prononcer, à la hâte, deux ou trois mots de prière, et qui rentrant le soir fatigué de corps et d'esprit, n'as pour ainsi dire, à consacrer à Dieu que les instants de rebut de ta journée ? - Et ce que dis aux individus, je le dis également aux Eglises. Si aujourd'hui il y a si peu de vie dans nos troupeaux, c'est parce qu'il n'y a pas plus de prières. Pour mon compte, j'ai la plus triste opinion des Eglises qui ne prient pas. Si je vais le dimanche de lieu, de culte en lieu de culte, je vois partout des auditoires considérables mais si je vais dans la semaine aux réunions de prières, je n'y trouve qu'une douzaine de personnes. Dieu peut-il nous bénir, Dieu peut répandre son Esprit sur nous, tant que les choses sont en cet état ? Sans doute, il pourrait faire, mais ce ne serait pas selon l'ordre de ses dispensations, car il dit expressément à Sion qu'elle enfantera des fils quand elle sera en travail d'enfant (Esa 56:8)
              Mes frères, emportez  dans vos  cœurs cette  pensée, qu'il nous faut plus, de prières. Allez et dites à votre pasteur que son troupeau ne prie pas assez. Engagez vos amis à prier avec vous.
               Dussiez-vous même être seul, établissez une assemblée de prière ; et si on vous demande combien de personnes y assistaient, répondez sans hésiter : « Nous étions quatre ; car avec moi il y avait Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit, et nous avons joui ensemble d'une riche et intime communion. » - Si nos Eglises ne répandent devant Dieu comme des flots de supplications, je ne sais en vérité ce qui adviendra d'elles. 
              Oh ! puisse  le Seigneur nous réveiller  tous, et nous exciter à crier vers lui, car alors la victoire sera à nous. Plût à Dieu, mes bien-aimés, que je pusse en cet instant même ranimer dans vos cœurs, par ma parole, la flamme vacillante de la lumière, en sorte, qu'en quittant ce lieu de culte, vous allassiez, chacun de votre côté, incendier pour ainsi dire vos familles, vos Eglises, vos alentours, jusqu'à ce qu'enfin l'Eglise de Christ tout entière, gagnée de proche en proche par ce saint embrasement, et s'offrant à Dieu en sacrifice vivant et saint, fît monter vers son trône comme une fumée d'adorations et de louanges !
               En résumé, mes frères, voici ce que je vous dis : Si vous priez, vous avez dans ce fait même une preuve que vous êtes chrétiens ; moins vous priez, plus vous avez de raison de suspecter votre christianisme ; et si vous aviez eu le malheur de renoncer complètement à la prière, ce serait un signe que votre âme a cessé de respirer, ou plutôt qu'elle n'a jamais eu le souffle de la vie.
              Mes dernières paroles sont pour les inconvertis. Oh ! pécheurs, que ne donnerais-je pas en cet instant, pour me trouver ailleurs que dans cette chaire ; car si c'est déjà une chose solennelle, pour un prédicateur de l’Évangile, que de s'adresser aux croyants, qu'est-ce donc que d'avoir affaire avec vous ?... D'un côté, nous craignons de vous encourager par nos paroles à compter sur vos propres forces, et de l'autre, nous tremblons à l'idée de vous laisser dormir du fatal sommeil de l'indolence et d'une fausse sécurité. Je crois qu'il n'est pas de fidèle ministre du Seigneur qui ne se sente parfois embarrassé quant à la manière dont il convient de vous faire entendre la vérité ; - non pas que la nécessité de vous annoncer l’Évangile soit pour nous un sujet de doute, mais nous voudrions pouvoir vous l'annoncer de telle sorte que vos âmes fussent gagnées à Christ. Pour ce qui me regarde personnellement, je puis me comparer avec vérité à une sentinelle, qui, debout à son poste, est accablée de lassitude. Avec quelle énergie sa volonté se débat contre l'infirmité physique qui menace de la vaincre ! Le souvenir de sa responsabilité l'excite à de nouveaux efforts. Ce n'est pas le vouloir qui lui manque, c'est le pouvoir. Et moi de même, sentinelle du Seigneur, je souhaite ardemment d'être fidèle, mais en même temps le sentiment de mon incapacité pèse lourdement sur moi. Oh ! veuille le Saint-Esprit me venir en aide, et non seulement à moi, mais à tous mes collègues dans le ministère, afin que les uns et les autres nous nous appliquions à exalter, non point la liberté humaine ou la justice propre, mais uniquement la grâce qui est en Jésus !
      Maintenant donc, ô pécheurs qui m'écoutez, je vous déclare hautement, solennellement, qu'une âme qui ne prie point est une âme qui n'a point Christ. Oui, j'en atteste le Dieu vivant, vous qui ne connaissez rien de la prière du coeur, êtes encore sans Dieu,, sans espérance, étrangers à la république d'Israël ! Vous qui ne savez pas ce que c'est que de gémir sur vos péchés, êtes complètement dépourvus de la piété qui sauve! Et souffrez que je vous demande si vous avez jamais sérieusement réfléchi à l'épouvantable état dans lequel vous vous trouvez. Vous êtes éloignés du Seigneur; par conséquent le Seigneur est irrité contre vous, car sa Parole nous déclare que le Dieu fort s'irrite tous les jours contre le méchant. Oh ! pécheur, lève tes yeux en haut. Ne vois-tu pas le regard courroucé de l’Éternel qui te suit en tous lieux ? Oh ! je t'en supplie, pour l'amour de toi- même, songe au sort qui t'attend, si tu vis et meurs sans prière ! Et ne te persuade point que la misérable prière que tu comptes peut-être prononcer à ton lit de mort te sauvera. De telles prières, je ne crains pas de dire, sont, pour la plupart, de lugubres comédies, et rien de plus ! c'est une monnaie qui n'a pas cours dans le ciel, car elle est marquée au coin de l'hypocrisie et faite de vil métal… Mondains qui m'écoutez, prenez donc garde ! Que ferez-vous quand la fin viendra? Il serait à désirer pour vous que la mort fût un éternel sommeil, - mais elle ne l'est point. L'enfer est une réalité, - réalité plus terrible qu'on ne saurait dire ! Je ne veux pas chercher à émouvoir vos imaginations en vous décrivant les tourments des damnés : Dieu veuille que vous ne les connaissiez jamais par expérience !... Oh ! qui pourrait concevoir les souffrances de cet infortuné, qui, du milieu de flammes dévorantes, s'écrie avec angoisse: « Que n'ai-je une goutte d'eau pour rafraîchir ma langue ! Voyez ses lèvres brûlantes, son visage contracté par l'excès de sa douleur... Mais encore, une fois, je ne veux point vous décrire cet horrible tableau. Qu'il me suffise de te dire, pauvre pécheur, que l'enfer des enfers sera pour toi la pensée de l'éternelle durée de ton supplice. Lorsque les damnés élèvent leurs regards vers le trône de Dieu, ils voient inscrite sur ce trône, cette irrévocable sentence.: POUR TOUJOURS! Lorsqu'ils secouent les chaînes brûlantes de leurs tourments, ces chaînes mêmes leur crient : POUR TOUJOURS ! Lorsqu'ils poussent des hurlements de désespoir, les échos infernaux leur répondent : POUR TOUJOURS ! O lamentable pensée ! Etre en enfer, et y être pour l'éternité !...
           Mes frères, voulez-vous échapper aux peines éternelles, voulez-vous être au nombre des bienheureux ? sachez que la route du ciel ne se trouve que par la prière. Invoquez le Seigneur Jésus, demandez le Saint-Esprit, approchez-vous du trône de la grâce. Retournez; retournez ; et pourquoi mourriez-vous, ô maison d'Israël ? Je suis vivant, dit l’Éternel, que je ne prends point plaisir à la mort du pécheur, mais plutôt qu'il se détourne de son mauvais train et qu'il vive. Le Seigneur est miséricordieux et plein de compassion. Allons donc à lui en disant : « Il guérira nos rébellions, il nous aimera de bon cœur, il nous pardonnera abondamment, pour l'amour de son Fils. »
             Oh ! si je pouvais en ce jour gagner une seule âme, je serais satisfait. Si j'en gagnais vingt, quelle ne serait pas ma joie ! Plus j'attirerai d'âmes à Christ, plus nombreuses seront les couronnes qui ceindront mon front..... Mais qu'ai-je dit ? Non, Seigneur Jésus, elles ne ceindront point mon front, car je les jetterai toutes à tes pieds, en te disant : « Non point à moi; ô Éternel, non point à moi, mais qu'à ton nom soit la gloire, aux siècles des siècles ! »