Chapitre 16
L'INTENTION DE L'ÂME
Matthieu 6:22
L'œil est la caractéristique la plus frappante et la plus importante du visage. Bleu comme l'azur du ciel, marron comme la noisette, noir comme une pierre de jais, il donne de l'expression et de la beauté au visage, se remplit de larmes de pitié, brille de l'éclat de l'affection et s'embrase du feu de la colère. Grâce à l'œil, nous sommes donc capables de discerner une grande partie des pensées et des intentions du cœur.
L'œil est également indispensable pour nous permettre d'accomplir les tâches de la vie. C'est grâce à l'œil que nous voyons pour accomplir notre travail, que nous découvrons le chemin que nous devons suivre et que nous regardons les visages de nos amis ou la beauté de la création de Dieu. Chaque fois que nous voyons une personne aveugle ou que nous passons devant des institutions consacrées à la restauration de la vue, élevons notre cœur pour remercier Dieu de ce don inestimable.
Il est intéressant de noter la comparaison que notre Seigneur utilise. Il parle de l'œil comme de la « lumière du corps » ; ailleurs, le même mot grec est traduit par « lampe » ou « bougie ». Dans Matthieu 5, nous découvrons la même expression : « On n'allume pas non plus une lampe pour la mettre sous le boisseau. » Le même mot est utilisé dans Luc 12 : « Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. » C'est le mot par lequel Jean-Baptiste est désigné dans Jean 5 : « Il était une lumière ardente et brillante » — par opposition à l'autre terme, appliqué uniquement à notre Seigneur : « C'était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant dans le monde. » Le ministère de Jean était la lampe qui éclairait les pas des hommes jusqu'à ce que « le Soleil de justice se lève avec la guérison dans ses ailes ». L'œil, dit notre Seigneur, est la lampe de la maison du corps. C'est comme s'Il considérait l'œil comme suspendu dans le vestibule du palais de la vie, projetant ses rayons vers l'extérieur, sur la voie publique animée, et vers l'intérieur, dans les profondeurs de l'âme.
Il est évident qu'il doit exister quelque chose dans notre vie intérieure qui correspond à l'œil, car notre Seigneur fait référence à l'œil comme emblème et symbole de quelque chose qui se trouve à l'intérieur. Il ne parle pas seulement de l'œil du corps, mais aussi de son corrélatif, l'œil de l'âme.
Quel est cet œil intérieur ? Certains ont supposé qu'il s'agit du pouvoir d'une affection concentrée, car l'amour répand véritablement une lueur chaleureuse sur tout le mobilier de la vie intérieure, ainsi que sur le vaste monde extérieur. D'autres ont affirmé que l'intellect est l'œil de l'âme, grâce auquel nous sommes capables de contempler le processus ordonné du monde et de considérer les processus de la pensée en nous. Une conception plus juste de la signification des paroles de notre Seigneur nous amène cependant à conclure que l'œil du corps correspond à l'intention et au but intérieurs de l'âme.
Si vous examinez un instant votre vie intérieure, en descendant dans les profondeurs qui se trouvent sous la surface de votre être, vous découvrirez qu'il existe un but ou un objectif profond qui est la véritable intention de votre vie. Au plus profond de vous-même, au-delà du jeu des émotions et de l'intellect, et de votre engagement dans divers intérêts, il existe un courant puissant qui coule perpétuellement à travers les ravins sombres de votre nature. Il se peut que vous en soyez à peine conscient ; vos amis les plus proches et les plus chers ne s'en rendent pas compte. Vous seriez surpris si cela était exprimé en autant de mots, mais il n'en est pas moins vrai qu'il existe une unité dans chaque caractère humain que Dieu perçoit. En chacun de nous, Il peut lire une unité de but et une unité de volonté. C'est là l'intention de l'âme, qui distingue chacun de nous de tous les autres.
LA LEÇON DE L'ŒIL
L'œil peut bien sûr être en bonne santé ou non. S'il est en bonne santé, un minuscule rideau suspendu à l'arrière de l'organisme s'ajuste pour recevoir les rayons focalisés provenant des objets extérieurs. Sur ce minuscule rideau se forme une image inversée de toutes les choses visibles.
Si vous regardez dans les yeux d'une autre personne, et en particulier dans les yeux d'un petit enfant, vous verrez tout le panorama du monde se présenter comme dans un cinémascope. Ce rideau est constamment réajusté, afin que l'image nette du monde extérieur puisse s'y projeter. Lorsque nous voyageons en train, il est probable que la mise au point soit modifiée des milliers de fois en une heure, car chaque secousse et chaque oscillation du véhicule nécessitent un réajustement de la lentille.
Lorsque l'œil est en mauvaise santé, l'image est double ou floue. Il existe deux façons dont l'œil peut devenir défectueux. Pour employer une expression courante, il peut y avoir une obliquité appelée strabisme, telle celle qui défigure le noble visage d'Edward Irving. Mme Oliphant nous raconte que, bébé, il était couché dans un berceau en bois, à travers un trou qui lui permettait de regarder la lumière d'un œil, tandis que l'autre conservait sa direction habituelle. Ses yeux n'étaient donc pas parallèles, et il était impossible de les focaliser sur un objet donné. L'intention de l'âme peut être détournée d'un objectif unique dans une double direction. Nous pouvons prier dans le but d'obtenir une réponse de Dieu et, en même temps, de recevoir la reconnaissance des hommes. Nous pouvons essayer d'amasser les trésors de ce monde et, en même temps, être riches envers Dieu. Nous pouvons nous efforcer de servir deux maîtres : Dieu et Mammon. C'est l'équivalent, dans la vie spirituelle, d'un strabisme.
Une autre cause de mauvaise santé oculaire est lorsque les petites vésicules, qui alimentent en sang la minuscule membrane, sont surchargées, de sorte qu'il est impossible pour les nerfs délicats d'ajuster le cristallin, et que la vision devient floue et indistincte.
Une autre cause encore du mauvais œil est la formation d'un film à la surface de la pupille, qui empêche la lumière de pénétrer.
À l'opposé de tous ces maux, combien il est bon d'avoir un œil clair avec une vision nette ; et combien il est encore meilleur lorsque le but et l'intention de l'âme sont si unis que toute la vie est illuminée par la lueur d'une lumière claire et belle. Tout au long de ce chapitre, notre Seigneur s'oppose à cette double vision. Il dit : « Ne prétendez pas appartenir au royaume des cieux alors que vos cœurs sont enfouis dans la terre ; n'ayez pas deux maîtres ; ne soyez pas divisés par des soucis anxieux ; recherchez d'abord le royaume de Dieu. » Tout au long de ce chapitre, il nous invite en fait à faire de notre prière constante le cri du psalmiste : « Unis mon cœur pour craindre ton nom. » Notre Seigneur s'oppose avec force à toute duplicité de caractère, si bien décrite par John Bunyan dans le personnage de M. Facing-both-ways, qui avait un œil tourné vers le ciel et l'autre vers la terre, qui professait sincèrement une chose et en faisait sincèrement une autre, et qui, à cause de son irréalité invétérée, était incapable de voir la contradiction de sa vie. « Il essayait de tromper à la fois Dieu et le diable, mais en réalité, il ne trompait que lui-même et ses voisins. »
UN BUT SUPRÊME
Il existe trois types d'individus. Premièrement, ceux qui n'ont aucune intention. Deuxièmement, ceux qui ont une double intention. Troisièmement, ceux dont l'intention est pure et simple.
(1) Certains n'ont aucune intention. Ils vivent au jour le jour sans but ; leur regard intérieur n'est fixé sur rien en particulier. Ils prennent chaque jour comme il vient, en tirant tout ce qu'il peut leur apporter, en accomplissant le devoir qu'il leur impose ; mais leur existence est précaire, aléatoire, sans but, sans ambition, sans objectif divin. Ils ne peuvent pas dire, avec l'apôtre, qu'ils laissent derrière eux ce qui est passé et qu'ils s'efforcent d'atteindre ce qui est devant eux, ou qu'ils sont toujours engagés dans une seule chose. Il est tout à fait vrai que, dans de nombreux cas, il n'y a peut-être pas de grande cause à défendre, pas de sujets à explorer, pas d'objectif à atteindre pour gagner de l'argent, car on dispose déjà d'une compétence suffisante. Certaines personnes qui lisent ces mots sont peut-être des filles issues de familles aisées, ou de jeunes hommes héritiers d'une fortune considérable, ou encore des personnes menant une vie modeste qui n'ont pas vraiment besoin de voir plus loin que le quotidien ou la semaine avec sa routine habituelle ; mais même ces personnes devraient avoir un objectif suprême, celui de faire descendre la Nouvelle Jérusalem du ciel, d'établir le royaume de Dieu parmi les hommes, d'accélérer la venue du jour du Christ, ou d'être elles-mêmes plus pures et plus saintes. Devenir peut toujours être le but et l'intention suprêmes de l'âme : être un peu plus semblable au Christ, mieux le connaître et l'aimer, être capable de répandre davantage sa douceur et sa force sur les autres. Aucune vie n'est à ce point enfermée dans les hauts murs des circonstances qu'elle ne puisse s'élever vers la lumière profonde du ciel azur qui l'enveloppe.
Ne vous contentez pas de dériver à travers la vie ; ne soyez pas satisfait d'être un morceau de bois flottant, balayé çà et là par le flux et le reflux du courant ; ne soyez pas une créature de circonstances ; car il est certain que si vous ne vivez pas avec un but divin pour Dieu et l'éternité, vous vivez certainement pour vous-même, pour votre confort, ou votre plaisir indolent, ou pour traverser les années avec le moins d'agitation et de friction possible, ce qui, au fond, et dans un monde comme celui-ci, si misérable et si nécessiteux, est de l'égoïsme pur et simple. Ne pas avoir de but, c'est avoir le pire des buts ; ne pas avoir d'ambition, c'est vivre pour soi-même ; ne pas avoir d'intention, c'est dériver sur la grande route en compagnie de ceux qui s'y engagent vers leur propre destruction.
(2) Certains ont une double intention. Ils ont entendu l'appel du Christ et ont reçu la semence du royaume ; mais dès qu'elle a atteint leur cœur, deux puissants concurrents ont tenté de partager avec elle la nourriture de l'âme. D'un côté, il y avait les soucis du monde, qui touchent principalement les pauvres et ceux qui luttent pour survivre ; de l'autre, la tromperie des richesses, qui touche principalement les opulents et les nantis. Pendant un bref intervalle, une lutte s'engagea pour savoir lequel des deux serait le maître, mais le conflit se termina rapidement par la victoire des épines robustes : ces brigands impitoyables s'emparèrent de toute la nourriture que le sol du cœur pouvait fournir et devinrent de plus en plus vigoureux et grands, jusqu'à ce que le petit grain se flétrisse et ne parvienne pas à porter son fruit à maturité.
MOTIF SOUS-JACENT
Ne pourriez-vous pas vous examiner vous-même ? Vous pensez être sincère, alors que vous pourriez être hypocrite ; ou, pour reprendre une comparaison du prophète, cuit d'un côté et pas de l'autre ; ou, pour reprendre une comparaison du grand rêveur, regardant dans une direction et louchant dans une autre. Vous semblez très sérieux dans votre travail chrétien, mais êtes-vous tout à fait sûr que votre dévotion apparente ne provient pas d'un caractère autoritaire qui aime être indépendant et grossier ? N'est-ce pas plutôt dû à une activité fébrile qui doit s'exercer dans de nombreuses directions afin que l'âme puisse s'échapper d'elle-même ; ou à une pitié et une sympathie naturelles pour les hommes qui vous inciteraient à accomplir un acte similaire même si vous n'aviez jamais entendu parler du Christ ? Bien sûr, vous vous dites que votre motivation est pure et unique, et que vous ne désirez que glorifier Dieu ; mais à ses yeux, il se peut que vous soyez en réalité motivé par les penchants naturels de votre nature, par votre désir d'être le premier, ou par votre appétit de notoriété ou d'argent. Le cœur est si trompeur qu'il nous convient de nous examiner avec toute la prudence nécessaire, de peur qu'à la fin de notre vie, nous ne découvrions que, tandis que nous semblions accomplir l'œuvre de Dieu, nous accomplissions en réalité la nôtre ; et que, tandis que nos amis nous attribuaient une grande dévotion religieuse, nous étions en réalité animés par un but vain, orgueilleux et indigne, qui privait notre noble service de toute valeur aux yeux de l'éternité.
Comme le dit l'apôtre, la seule intention suprême de chaque enfant de Dieu devrait être de plaire à Dieu. Combien peu d'entre nous peuvent dire avec lui : « À qui j'appartiens et qui je sers ! » « Il m'importe peu d'être jugé par vous ou par le jugement des hommes ; celui qui me juge, c'est le Seigneur. »
(3) Veillons à avoir une intention pure et simple. Notre but devrait être de mettre toute notre âme dans une seule chose : faire la volonté de Dieu, afin que toute notre vie religieuse soit passée devant le Père, qui voit dans le secret ; que nos aumônes, nos prières, nos jeûnes soient pour ses yeux, et ses yeux seuls ; et que toute notre vie émane de sources cachées où l'Esprit de Dieu couve, comme ces sources du Nil dissimulées au cœur des grandes montagnes, dont le secret a si longtemps défié les recherches des explorateurs. La lampe d'une vie sainte est la pure intention de l'âme, qui ne cherche à rien gagner pour elle-même, qui n'a aucun désir de plaire aux hommes ou de recevoir leurs éloges, qui ne fuit pas l'adversité et ne recherche pas le soleil, mais qui se fixe comme seul but suffisant que Dieu soit satisfait et qu'à la fin du bref pèlerinage de la vie, on puisse dire de chacun de nous, comme on l'a dit d'Hénoch : « Il avait ce témoignage, qu'il avait plu à Dieu ».
Quelle bénédiction qu'une telle vie ! La lumière de l'intention pure de l'âme illumine Dieu, le devoir, l'amour humain, la gloire de la création et la signification de l'histoire, de la littérature et de l'art. Je me souviens d'un moment de ma vie, lors d'une crise très importante, où pendant des semaines j'ai été déchiré entre deux revendications fortes et contradictoires, et où j'ai finalement été contraint de mettre de côté tous mes engagements et de partir seul au milieu de la nature, où j'ai soigneusement examiné mon cœur jusqu'au plus profond de moi-même. J'ai découvert que la difficulté à discerner la volonté de Dieu venait du fait que je laissais trop de considérations personnelles entrer en conflit avec ma voix intérieure ; et lorsque je les ai définitivement mises de côté, que j'ai apaisé et calmé ma vie afin de prendre conscience que je n'étais animé que par un seul but — connaître et accomplir la volonté de Dieu —, alors la lampe de l'intention pure a éclairé le chemin qui, j'en étais sûr, était celui qui m'était destiné. Et depuis que j'ai osé suivre cette voie à partir de ce moment-là, tout le reste m'a été donné. C'est lorsque Salomon a demandé à avoir un cœur sage et intelligent, afin de connaître le dessein de Dieu, que Dieu lui a donné l'honneur, la richesse et une longue vie. Ces paroles du Christ résonnent encore et encore parmi les plus profondes qu'il ait jamais prononcées : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. »
UNE PRIÈRE INDISPENSABLE
Si la lampe de la pure intention de l'âme n'est pas maintenue pure et propre, « combien grande est l'obscurité ! » Notre Seigneur fait bien sûr allusion au fait que lorsque l'obscurité s'installe dans la forêt, les bêtes se faufilent, les clairières résonnent du rugissement du lion, du cri du chacal, du rire de la hyène. Une multitude d'animaux qui sont restés tranquilles dans leurs tanières pendant que le soleil brillait se glissent dehors ; et Notre Seigneur dit que lorsque le cœur d'un homme est déterminé à faire la volonté de Dieu, les passions les plus basses et les plus viles de sa nature — comme autant d'animaux de proie — restent dans leurs cachettes ; mais dès que le brouillard s'installe et que l'âme cesse de vivre dans le seul but intense de plaire à Dieu, alors les ténèbres envahissent la maison de la vie, et toutes sortes de choses mauvaises et impures, qui autrement seraient réduites au silence et au secret, commencent à se révéler. « Quelle est la grandeur de ces ténèbres ! » Si je m'adresse à des hommes qui sont conscients qu'il y a des ténèbres sur la vie, sur la vérité, sur la Parole de Dieu ; s'ils sont perplexes et tourmentés par l'intrusion de choses mauvaises qui les remplissent de doutes, permettez-moi de les exhorter à demander à Dieu de « purifier les pensées de leur cœur par l'inspiration de son Saint-Esprit, afin qu'ils puissent L'aimer parfaitement et magnifier dignement son Saint Nom ».
(à suivre)
Version originale anglaise disponible dans le domaine public
source : https://connaitrechrist.net/
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