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Délivre-nous du malin
Mais délivre-nous du mal ». Nous avons déjà remarqué que cette demande est considérée ailleurs comme faisant partie de la sixième. Il y a cependant entre elles une différence assez notable. En disant : « Ne nous induis pas en tentation », nous prions Dieu de nous préserver des embûches du tentateur, mais la puissance de celui-ci subsiste. Quand nous ajoutons : « Mais délivre-nous du mal », nous demandons la délivrance complète et définitive de la tentation, la destruction de la puissance du tentateur. La forme employée dans le texte grec ne signifie pas une délivrance momentanée, provisoire, mais un acte définitif qui libère une fois pour toutes. Ainsi la septième demande est encore une prière pour le Royaume et doit exprimer notre désir de voir venir le temps où la victoire sur le mal sera décisive et durable. Le mot mal traduit d’ailleurs, décrit imparfaitement le sens de la demande. Elle signifie exactement : « Délivre-nous du malin », c’est-à-dire du tentateur. La dernière demande rappelle encore que finalement Satan qui se pose en prince de ce monde, devra perdre son empire, que toute sa puissance sera anéantie et lui-même écrasé sous nos pieds par la puissance de Dieu (Romains 16.20).
Tant que le monde restera soumis au malin, le Royaume de Dieu ne sera pas complètement établi sur terre, la création ne connaîtra pas la paix. Le Christ a combattu le malin, il a triomphé de lui, par sa mort même il l’a condamné, mais il ne l’a pas entièrement exclu de ce monde et il faut que ses disciples continuent le combat pour parfaire son œuvre. Il règne à la droite de Dieu, et il mettra tous ses ennemis sous ses pieds (Psaume 110.1). Ainsi que le dit saint Paul (1 Corinthiens 15.24) : « Il se soumettra toute principauté, toute autorité et puissance », en un mot tout ce qui s’élève contre Dieu et ses rachetés.
Il faut que nos efforts aussi concourent à ce but, que nous ne laissions pas de trêve au règne du malin et que nous ne cessions de supplier Dieu dans nos prières, d’y mettre fin. Mais en outre nous avons aussi le devoir de lui résister nous-mêmes, de le combattre par la foi en Christ le vainqueur, si nous voulons vraiment être délivrés, avec toute la création, du mal et du malin. Si la chrétienté avait toujours été fidèle à ce devoir, l’empire du malin pourrait avoir pris fin déjà, la délivrance définitive pourrait être accomplie. Elle est encore à venir, mais les combats cachés des serviteurs fidèles du Seigneur pré- parent son triomphe final. Il apparaîtra dans toute sa puissance et libérera pour toujours la créature asservie et gémissante. Alors Dieu sera tout en tous, la prière pour la délivrance de tout mal étant complètement exaucée.
Le règne, la puissance et la gloire
Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, éternellement. Amen. » Les dernières demandes nous ont ramenés à la grande cause du Royaume de Dieu, en nous rappelant la lutte contre l’empire du malin qui est aussi l’auteur des tentations. De même les paroles qui terminent la prière expriment la confiance absolue dans l’appui du Père céleste qui soutient ses enfants dans leur lutte pour le triomphe de cette cause. La conviction de la certitude de la victoire nous donne seule le droit de nous présenter devant Dieu avec les sept demandes, de vivre pour ainsi dire en elles. Pour faire nôtre la prière du Royaume, il faut que nous ayons aperçu par la foi le règne, la puissance et la gloire du Père, comme les disciples les ont vus apparaître en Jésus, les ont connus par lui et reçus dans leur cœur.
Il n’y a en réalité que lui qui puisse dire cette prière parfaitement. Les sept demandes sont les soupirs du Sauveur qui se tient au milieu des pécheurs et de leur misère et prie avec eux. Ses vrais disciples prient comme lui, avec une ferveur d’autant plus grande que le “Sauveur leur a fait mieux apercevoir le règne, la puissance et la gloire du Père. Ce serait donc se séparer de Jésus si on voulait supprimer le Notre Père. Plus tu es parfait, plus tu dois appeler de tes vœux le règne de Dieu, car toutes les puissances de ce monde te sont ennemies. « A toi le règne, Père bien-aimé qui es aux cieux ! Je suis assuré que nul, hors de toi, n’a le droit de régner sur les hommes, et tant que je verrai régner le monde et le malin et la chair, je prierai pour que ton règne vienne, et je répéterai avec confiance, après le Sauveur, les demandes pour ton Royaume ».
C’est là ce que pense le disciple de Jésus. Ou bien pouvons-nous entendre avec indifférence mépriser le nom de Dieu, voir les hommes placer plus haut les choses de la terre et d’autres noms ? Ne nous tromperions-nous pas nous-mêmes en nous laissant dominer par une autre puissance que celle du Père céleste, comme si d’autres que lui pouvaient nous dispenser la félicité ? Et si je me sens moi-même sous sa garde, puis-je ne pas m’émouvoir de ce que d’autres hommes soient encore dupes du péché et de la puissance du monde ? Le Royaume de Dieu, notre Père, n’a-t-il pas seul le droit d’exister?
Oui, nous souffrons de voir d’autres puissances régner à côté de lui, et nous apprenons à prier : « Que ton règne vienne ! » « Viens, Seigneur Jésus, toi qui règnes pour la gloire de Dieu le Père, détruis les autres royaumes. » Il faut que Dieu intervienne pour renouveler la terre, et la parole pleine de foi et d’assurance : « C’est à toi qu’appartient le règne », renferme l’ardent désir et l’attente de son règne. Alors aussi la volonté du Père sera faite sur la terre comme au ciel : toutes les volontés des hommes, jusque-là égoïstes et obstinées, se soumettront à la volonté du Père qui régnera par son amour sur tous. Cela sera certainement, car « C’est à toi qu’appartient le règne. » Exauce notre prière, la prière du Sauveur. « A toi appartient aussi la puissance. » Nous savons que nous ne prions pas en vain, car toutes choses sont possibles à notre Père céleste. Il peut nous exaucer magnifiquement, si nous le prions en vrais adhérents du Royaume, en serviteurs de Jésus. Il a la puissance d’établir son règne, comme de nous dispenser ce dont nous avons besoin chaque jour, il peut aussi bien nous donner notre pain quotidien que pardonner nos péchés, nous préserver de la tentation et nous délivrer du mal. En Jésus nous apercevons la puissance du Père révélée sur la terre pour le salut de tous. Jésus n’est-il pas vainqueur en toutes choses ? Douterions-nous qu’il soit victorieux jusqu’au bout et établisse le règne de son Père ? Jamais !
Nous connaissons la puissance de Dieu, nous l’avons vue à l’œuvre et c’est avec joie que nous nous joignons à la prière du Seigneur et faisons nôtre la grande cause, car nous savons que tout doit et peut s’accomplir par la puissance infinie de Dieu le Père. « A toi appartient aussi la gloire », telle est l’affirmation finale. A lui sont la louange, l’honneur et la gloire, et toutes les créatures qui vivent et se meuvent en lui, annoncent cette gloire de Dieu.
Mais dans le monde pécheur, beaucoup de créatures ne connaissent plus Dieu et ne glorifient plus son nom, souvent même le déshonorent. Elles n’ont pour lui ni reconnaissance, ni louange, et ne l’implorent jamais. Elles se glorifient elles-mêmes aussi longtemps qu’elles le peuvent, et elles finissent par tomber dans l’opprobre parce que la gloire de Dieu qu’elles n’ont pas reconnue, n’est pas trouvée en elles. Cela peut-il durer ? Oh ! non. « A toi, Père céleste, la gloire. Il faut que tout ce qui vit te glorifie. En toi nous avons la vie, le mouvement et l’être, avec toutes les créatures ». Nous savons que le jour viendra où ceci sera révélé à tous et nous prions avec le Sauveur, le premier-né de toutes les créatures, en qui toutes naîtront de nouveau par la foi, pour que toute la création rayonne à nouveau la gloire de Dieu et que le nom du Père soit répété et glorifié dans le monde entier. Ainsi la parole : « A toi appartient la gloire », exprime notre foi dans la révélation finale de la gloire du Père par toute la création.
La perspective de cette gloire vers laquelle nous marchons nous rassure au milieu des terribles combats qui nous sont encore imposés, car c’est « éternellement » que tout sera bien. Quelle consolation de se dire, en levant les yeux vers le Père céleste, que son règne, sa puissance et sa gloire, toutes ces choses excellentes dureront éternellement. Tous les royaumes du monde, avec leur grandeur, leur puissance, leur faste, sont bien misérables en comparaison.
Car de tout temps tout a trouvé sa fin, et parfois une fin d’autant plus terrible que l’on s’était éloignés davantage de la gloire du Dieu paternel. Le monde peut périr, notre Dieu fort demeure. C’est le cœur paisible que nous disons : « Amen », c’est-à-dire : « En vérité, cela sera. » Luther traduit : « Oui, oui, qu’il en soit ainsi ! ». Oui, il en sera ainsi : Ce que les fidèles disciples de Jésus demandent chaque jour d’un cœur fervent, pour la glorification du Père, s’accomplira. Toute la création se réjouit, au milieu de tous ses soupirs, de la gloire à venir que Dieu déploiera et révélera à ses yeux.
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Textes choisis des écrits de Christophe Blumhardt, fils de Jean-Christophe Blumhardt, Les disciples de Jésus nous indique la voie du disciple en révélant le Roi que nous suivons, la communauté dont nous appartenons et les règles qui gèrent la vie du disciple de Jésus-Christ.
Avec un Avant-propos d’Armand Lederlin.
Dans Jean-Christophe Blumhardt — homme de grande foi nous sommes face-à-face avec un homme qui prenait au sérieux les promesses de l’évangile. A partir du repentir, il réalisait un renouveau dans sa paroisse sans précédant, suivi par des miracles et guérisons. L’influence de cet homme de Dieu retentit jusqu’à nos jours.
Pourquoi nous vivons en communauté (1927) d’Eberhard Arnold et La communauté fraternelle (1650) d’Andreas Ehrenpreis, soulignent l’importance de l’engagement que nous nouons avec nos sœurs et frères en Christ. Selon Ehrenpreis, la vie en communauté est la plus grande exigence de l’amour.
Eberhard Arnold — conférencier, écrivain et pasteur — fut le fondateur du mouvement dit Bruderhof, fondé à Sannerz en Allemagne en 1920. Eberhard Arnold — sa vie, son témoignage contient une brève biographie, écrite par Emmy Arnold, ainsi que des extraits des conférence, écrits et lettres d’Arnold.
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